‹ Cours de microscopie complémentaire des études médicales. Anatomie microscopique et physiologique des fluides de l'économieChapitre 99 sur 123 · EFFET DU SÉJOUR PROLONGÉ DU LAIT DANS LES MAMELLES · texte numérisé non relu

EFFET DU SÉJOUR PROLONGÉ DU LAIT DANS LES MAMELLES

Un chimiste distingué, M. Péligot, a démontré par une série de recherches et d’expériences précises , un fait curieux, relatif à la sécrétion du lait, et qui trouve d’importantes applications dans la pratique : il résulte de ses analyses que plus le lait séjourne dans les mamelles , plus il s’éclaircit et devient aqueux ; c’est le contraire de ce qui se passe pour toutes les autres sécrétions de l’économie, où l’on voit le liquide sécrété devenir plus consistant et plus épais à mesure qu’il demeure plus longtemps dans ses réservoirs; ainsi l’urine et la bile deviennent plus denses par un séjour prolongé dans les organes où elles s’amassent, et il en est de même de tous les autres fluides , de ceux même qui s’épanchent accidentellement dans les cavités et dans les tissus; la partie la plus liquide est résorbée et il ne reste bientôt plus que les éléments les plus solides.

M. Péligot a établi que si l’on partage en trois parties le produit d’une même traite^ c’est-à-dire tout le lait que donne en une fois une vache ou une ânesse, de manière à le recueillir successivement dans trois vases différents , le premier lait est le plus aqueux et le plus pauvre; le second est plus riche, et le troi-

CQ agitant le lait avant d’opérer , mais il y a d’autres inconvénients qu’il serait trop long et trop minutieux de rapporter ici , et qui exigent absolument une observation immédiate. Je recommande en outre de n’observer que de très-petites gouttes de lait étendu entre deux lames de verre mince.

sième le plus substantiel de tous. Ce résultat n’est probablement que la conséquence de la circonstance précédente; car on peut croire que Ta première portion du lait qui s’écoule quand on trait un animal , est la plus anciennement sécrétée, celle qui a séjourné le plus longtemps dans l’organe , tandis que la dernière est la plus nouvellement formée.

On n’ignorait pas absolument cette circonstance, et les nourrices ont de tout temps remarqué , sans se rendre compte de la cause de ce phénomène , que la première portion du lait qui s’écoule de leurs seins , quand elles sont restées pendant longtemps, pendant une nuit par exemple , sans donner à téter , est claire et séreuse, tandis que les portions suivantes reprennent leur caractère et leur consistance habituels; plusieurs d’entre elles sont même dans l’usage de rejeter cette première portion comme mauvaise et de ne donner à l’enfant que le lait qui vient ensuite ; toujours est-il que le fait suivant est acquis à la science : le lait devient plus aqueux par son séjour dans l’organe qui le fournit. Or , on tire un parti très-utile de cette propriété dans la pratique pour diriger, en certains cas et surtout dans celui dont je parlais tout à l’heure , l’allaitement et. le régime alimentaire de l’enfant.

En effet, il suffit d’éloigner les époques de l’allaitement, ou en d’autres termes les repas de l’enfant, c’efstà-dire de mettre plus d’intervalle entre les moments où on lui donne à téter, pour obtenir un lait plus léger et moins abondant en principes nutritifs; c’est précisément le moyen que j’ai employé auprès de la mère dont

je parlais tout à l’heure, et cette simple précaution m’a suffi en plus d’une occasion analogue \

' On a parlé d’autres altérations encore dans le lait et entre autres de particules rouges provenant de la matière colorante du sang ; il sufiSra de lire les deux lettres suivantes pour savoir à quoi s’en tenir sur la nature de ces particules ; et ces lettres , qui font honneur à leur auteur , montreront combien il faut apporter de l’éserve dans les observations microscopiques.

LETTRES DE M. TÜRPIN , MEMBRE DE L’INSTITÜT. v

Monsieur et ami ,

Une chose qui m’étonne au plus haut point m’a été rapportée , et si elle est vraie , il n’y a plus qu’à renoncer à toute possibilité de s’entendi’e entre observateurs s’occupant de l’investigation des mêmes objets et usant des mêmes moyens d’observation,

Yous auriez dit à la Société philomatique que les agglomérations globulineuses rouge sanguin que j’ai signalées dans mon Mémoire, et que je considère comme formées de globulins rouges échappés des globules sanguins après leur destruction, n’existaient point comme matière organique, et que j’avais été trompé par une illusion dont vous avez fait connaître la soui’ce.

Cette source d’erreur consisterait dans des points rouges qui se ti'ouveraient parfois renfermés dans la matière du verre.

Je commence par dire que de semblables points me sont totalement inconnus, et que dans le cas de leur existence, si je me croyais capable de les confondre avec un corps quelconque porté sur le porte-objet, je renoncerais à jamais à me servir du microscope.

Il y a longtemps que j’observe et que j’ai dessiné, pour la première fois , les agglomérations sanguines dont enfin j’ai parlé. Ces agglomérats ou ces coagulums de globulins rouges sont variables quant au volume ; il n’est pas rare d’en voir d’un demi-millimètre, et je dois dire, quoique un peu honteux d’avoir à repousser une aussi étrange assertion, que ces agglomérations sanguines nagent pêle-mêle avec les autres corps que l’on observe.

Ce n’est pas après i5 années d’observations microscopiques qu’il est possible de se tromper sur les corps que l’on examine ; quant aux conséquences que l’on en tire et aux analogies que l’on voit entre

Page 1