AVERTISSEMENT
Quelques-uns des Mémoires que j'ai publiés sur divers sujets sont épuisés depuis long-temps ; il y a plusieurs années qu'il n'existe plus, chez les libraires, d'exemplaire de mon Mémoire sur le Lait, et bon nombre de savants m'ont fait l'honneur de m'inviter à donner une nouvelle édition (îe ce travail, ou mieux, à réunir ensemble mes recherches de microscopie sur les différents fluides de l'économie. C'est cette dernière voie que j'ai choisie , en adoptant l'ordre et la distribution des leçons de mon Cours de Microscopie. On trouvera donc, dans ce recueil, l'ensemble de mes recherches microscopiques sur le mucus, sur l'urine, le fluide séminal, le lait, etc. Ces recherches étendues, et complétées autant qu'il m'a été possible de le faire depuis mes premières publications ,
'j AVEUnsSEMEM.
jointes aux considérations physiologiques et aux applications pratiques qui en découlent, font la principale matière des leçons que je reproduis ici.
POST-SCIIIPTUM.
Les expériences auxquelles je me livre en ce moment avec M. Léon Foucault me permettent d'annoncer pour mon prochain Cours (janvier 1844), une application intéressante de la lumière électrique. Nous avons l'espoir de pouvoir substituer avec avantage la lumière produite par le courant voltaïque , à la lumière du gaz oxy-liydrogène, pour les démonstrations faites au moyen du microscope solaire.
Paris, le 10 octobre 1843.
DES ÉTUDES MEDICALES.
Depuis sept ans je me livre à renseignement public de la microscopie, appliquée aux études médicales; j'ai fondé cet enseignement à mes frais, à mes risques et périls ; il m'est permis de tirer quelque satisfaction de mes efforts , puisqu'au milieu de la décadence de l'enseignement médical particulier, malgré l'indifférence des médecins et les obstacles apportés par la nature même des observations microscopiques , le succès que j'ai obtenu a dépassé ce que mon zèle et mes convictions me permettaient d'espérer. Mes cours , suivis par un grand nombre d'auditeurs nationaux et étrangers, ont contribué à vaincre les préventions des médecins, à faire comprendre l'importance du microscope, et à lui attirer l'intérêt et la confiance qu'il mérite.
Je ne me dissimule pas ce qui reste à faire encore pour répandre l'usage de cet instrument dans la pi'atiquc médicale, pour le populariser comme il devrait l'être;
^ COURS DE MJCllOSCOl'lE.
mais en se reportant à une dizaine d'années en arrière, en voyant les progrès que celle science a faits depuis lors , en jugeant du futur par le passé, il est impossible de n avoir pas confiance dans son avenir ; certes, il lui reste moins de chemin à parcourir pour parvenir à son but et pour être admise au rang qui lui appartient , qu'elle n'en a fait pour s'élever jusqu'au point où nous la voyons aujourd'hui
Je me hâte de dire , dans la crainte qu'on n'interprète mal ma pensée et que l'on ne m'attribue une prétention bien éloignée de mon esprit, que je ne réclame ni le mérite de l'invention, ni l'honneur d'avoir contribué seul au développement de cette science; bien d'autres que moi ont agrandi le champ des observations microscopiques par des travaux plus importants que les miens; mais comme je ne veux pas non plus abandonner la part qui me revient dans ce mouvement, je distinguerai entre les applications qui ont été faites du microscope, les recherches d'histoire naturelle en général , celles de physiologie et d'anatomie, des recherches qui ont pour but les études du médecin proprement dites, les questions cliniques et la pratique médicale,
I^es premières n'avaient pas besoin de mon concours pour se propager, elles sont depuis longtemps introduites dans la science, et d'illustres observateurs les ont cojisacrécs parleurs travaux. Il n'en est pas de même
' Il siiftii-a, poni- donner une idée de la marche de cette science, de rajipeler qu'un célrbre piofesseur de nos (acuités niait encore, dans des leçons de physiologie imprimées en i855, l'existence des nnimalcults spermaliqnes sur lesquels il a fait depuis des recherches intéressantes.
des applications spéciales du microscope dans le cercle des études médicales; non-seulement les médecins sont longtemps restés étrangers aux observations microscopiques, mais ils les repoussaient comme ne donnant lieu qu'à des visions chimériques; le mot illusion microscopique y par lequel ils accueillaient tout ce qu'oa leur disait de cette science, était à peu près le seul qu'ils connussent de son vocabulaire. Leur opinion à cet égard est le plus grand obstacle que cette méthode, si bien accueillie et si féconde ailleurs, ait rencontré de ce côté, et on ne saurait croire tout ce qu'il a fallu d'efforts pour la détruire. La microscopie a été retardée de dix ans par ce mot dans ses applications aux études médicales, tandis qu'elle s'étendait et rendait tant de services aux autres branches des sciences naturelles. Ce n'est que depuis peu d'années, à force de rendre les médecins témoins de faits qu'ils niaient, en mettant sous leurs yeux les objets les plus palpables , en allant à eux et les forçant pour ainsi dire de mettre l'œil au microscope; ce n'est qu'en leur donnant la solution de questions obscures, telles que celles qui concernent les insectes parasites, les zoospermes, les sédiments des urines, les matières muqueuses, etc., questions insolubles par tout autre procédé que par l'analyse microscopique, que leur résistance a cessé, et qu'un certain nombre d'entre eux sont entrés dans cette voie.
Sous ce rapport, l'on m'accorde volontiers d'avoir* donné une impulsion utile à la microscopie ; j'ai fait pour les études cliniques et médicales ce qui était fait depuis longtemps pour les diverses branches des sciences naturelles; j'ai appliqué à l'étude des objets et des
* COURS DE MICROSCOPlIi.
problèmes qui intéressent le médecin et le praticien, l'instrument devenu usuel entre les mains des botanistes et des entomologistes, et dont la chimie organique elle-même ne peut plus se passer.
On me permettra d'entrer ici dans quelques détails sur les moyens que j'ai employés pour arriver à ce résultat, surtout en ce qui concerne l'enseignement de la microscopie ; sur la manière dont je considère cette science et son avenir, du point de vue où je me suis placé; sur ce qui reste à faire pour la constituer, et enfin sur ce que doit être le microscope entre les mains du médecin.
A part les travaux que j'ai publiés sur divers sujets de microscopie, et dont il ne m'appartient pas d'apprécier la valeur, j'ai mis tous mes soins à établir un cours pratique d'observations microscopiques. Aucune science ne pouvait moins que celle-ci se passer de démonstrations pratiques , car comment fixer l'attention des auditeurs, exciter leur intérêt, gagner leur confiance, par des leçons purement théoriques sur une partie de la science étrangère à la matière des examens, dont l'utilité leur était d'autant moins démontrée qu'ils croyaient à peine à la réalité de son objet? Comment, en outre, donner une idée nette de faits qui ne tombent pas ordinairement sous les sens, qu'il est si difficile de représenter exactement, et dont aucune description ne peut remplacer l'aspect? Il fallait donc avoir recours aux démonstrations pratiques, seules propres à attirer les auditeurs curieux, les auditeurs méfiants, à former de véritables élèves à cette méthode d'observation, et à répandre des notions exactes.
Ici se présentaient des difficullés nouvelles. Pour peu que le nombre des auditeurs devînt considérable, qu'il s'élevât à plus d'une vifigtaine dans un cours, comment faire voir à chacun d'eux, à des yeux peu exercés , des objets minutieux , d'une préparation souvent difficile, et s'assurer que tel détail de structure ne serait pas confondu avec tel autre , sans prolonger ces démonstrations au delà du temps que les élèves peuvent consacrer à ces études? Certes, si on eût consulté Lebaillif sur un pareil enseignement , il y a une quinzaine d'années, lorsqu'il demandait quatre heures aux amateurs qui venaient le prier de leur montrer la circulation du chara, il n'eût pas manqué de rejeter ce projet comme impossible.
Après avoir fait mes premiers essais d'enseignement devant un auditoire restreint, avec un petit nombre d'instruments, à l'époque où je n'avais encore de matériaux que pour huit ou dix leçons, j'ai compris la nécessité d'appeler à mon aide tous les moyens de démonstration possibles; j'ai eu d'abord recours au microscope solaire pour peindre siu* un écran les objets amplifiés, de manière à ce qu'ils fussent aperçus de tous les points d'un amphithéâtre à la fois; cet instrument est précieux, et on pourrait en tirer un gi'and parti dans l'enseignement, si on jouissait du soleil, comme dans certains climats, d'une manière à peu près fixe et régulière, et si les objets à étudier offraient toujours assez de dimension et de consistance pour se transmettre nettement à l'œil par ce moyen.
Mais l'état de l'atmosphère est trop variable à Paris pour pouvoir compter sur cette méthode; rien n'est
6 COURS DE MICUOSCOPIIÎ.
plus rare ici qu'un ciel pur et sans nuage à jour et à heure fixes, comme il le faudrait dans un enseignement régulier, devant un auditoire pour lequel tout retard et tout embarras dans les expériences est une cause de désordre; en outre, les objets dont j'avais à m'occuper, en étudiant la nature intime des liquides et des tissus, étaient la plupart d'une trop grande ténuité pour résister à la chaleur du soleil et surtout pour être reproduits sur l'écran et arriver distinctement à l'œil à une certaine distance.
Je n'ai pas dû néanmoins renoncer entièrement à cet instrument, qui offre, je le répète, un précieux moyen de démonstration à l'égard des objets qui, comme les tissus végétaux, les parties d'insectes, la circulation dans les animaux et dans les plantes, se peignent d'une manière admirable par ce procédé ; certains phénomènes et certaines parties élémentaires des corps organisés sont si parfaitement reproduits avec cet appareil, que je n'ai pas voulu négliger ce moyen de frapper l'esprit et l'imagination des élèves ; rien ne donne une plus grande idée de la circulation du sang dans les animaux, du cours merveilleux des fluides dans l'intérieur des cellules végétales, de la structure variée du tissu des plantes et de l'anatomie des insectes, que ces belles expériences, dans lesquelles on voit le sang se précipiter dans des vaisseaux gros comme le corps, ou bien le double courant poussé par une force inconnue dans les cellules du chara, ou l'admirable structure d'une coupe de monocotylédone ou de dicotylédone, ou les parties délicates et si artistement travaillées des insectes.
J'ai souvent entendu des cris d'admiration involon-
taires s'élever dans raïuphithéâtre à la vue de eos tableaux animés; aussi suis-je étonné qu'on ne mette pas à proGt, dans l'enseignement des facultés, un semblable procédé de démonstration , si propre à seconder le zèle et le talent du professeur, à captiver l'attention, à pénétrer les esprits, h inspirer le goût des études, et à répandre des idées nouvelles. Pour moi, je n'ai reculé devant aucun sacrifice pour ui'emparer de ce puissant instrument, et n'enssé-je qu'un petit nombre d'applications à en faire, je me suis décidé à l'employer en me servant de la lumière artificielle du gaz oxy-bydrogène, pour suppléer à l'inconstance de la lumière du soleil.
M. le doyen de la faculté de Médecine et M. le professeur P. Dubois, m'ayant permis de disposer de l'amphitbéâtre de la Clinique, j'ai fait construire un appareil à gaz sur un plan tout à fait nouveau, qu'il serait trop long de décrire ici, dont j'ai fait un fréquent usage dans l'enseignement auquel je me livre; cet appareil, approprié aux circonstances et aux localités dans lesquelles je me trouve , a été visité avec Intérêt par les personnes qui suivent mes cours; elles ont pu en apprécier la manœuvre et les effets, et j'ai l'espoir qu'il sera tôt ou tard imité par ceux qui entreprendront de répandre l'enseignement de la microscopie.
Mais cet instrument était loin, comme je l'ai dit, de suffire à la démonstration des objets que je devais passer en revue dans mes leçons, et qui font réellement le fond de mon enseignement; l'étude des bumeurs du corps et des particules qu'elles contiennent , les observations relatives aux globules sanguins, aux globules du lait, du mucus, aux animalcules spermatiques, etc.,
s COURS DE MICROSCOPIE.
Jie so prêtent pas à cette méthode. 11 iic me restait qu'une seule voie pour arriver à mon but, c'est-à-dire à l'établissement d'un cours pratique de microscopie, d'un cours dans lequel , après la description théorique des objets et l'exposé des questions qui se rattachent à la connaissance de ces objets, chaque fait pût être vérifié par tous les auditeurs, comme ils suivent, dans un cours de chimie ou de botanique, la description d'une substance ou d'une feuille que le professeur met sous leurs yeux. Je voulais que pas un élève, en sortant d'une leçon sur le sang, sur le lait, sur l'urine ou sur le fluide séminal, ne doutât de l'existence et de la manière d'être du globule sanguin, du globule laiteux, du cristal d'acide urique ou du zoosperme. Le seul moyen de parvenir à ce résultat était de multiplier les instruments dételle sorte, que les substances, disposées d'avance sous une collection de microscopes rangés par ordre et bien éclairés, pussent être examinées après chaque leçon par les élèves; c'est ce qui a été fait, et je puis dire que le succès de ces démonstrations m'a bien récompensé des soins et des sacrifices qu'elles ont exigés. Une vingtaine de microscopes éclairés par des lampes, afin d'avoir une lumière fixe et constante, et de pouvoir faire mes leçons le soir, à l'heure où les élèves sont libres de leurs occupations principales, sont placés sur des tables devant lesquelles on peut circuler ; chaque microscope porte une étiquette indiquant la nature de l'objet; après la leçon, huit ou dix élèves descendent, de chaque coté de l'amphithéâtre, dans l'enceinte où sont disposés les instruments, s'écoulent à mesure qu'ils ont passé les objets en revue, et sont remplacés par d'antres,
do manière qu'en une flomi-lieure au plus, cent ou cent quarante auditeurs peuvent examiner les substances dont il a été question, et en prendre une connaissance suffisante pour constater l'exactitude des faits.
Ces démonstrations demandent beaucoup de soin, surtout dans le choix et dans la préparation des substances. Lorsqu'il s'agit de faire voir des objets microscopiques à des personnes peu exercées, réunies en certain nombre, dans un espace de temps assez court, il faut que cliaque objet soit net, et qu'aucune circonstance ne vienne troubler l'observation; il n'en est pas de ces démonstrations comme de celles que l'on fait dans son cabinet, entre quelques personnes seulement, auxquelles on peut indiquer précisément le point à considérer, qui y reviennent à plusieurs fois, jusqu'à ce qu'on se soit bien assuré qu'elles voient exactement l'objet tel qu'il est; peu importe dans ce cas que la substance soit plus ou moins pure, plus ou moins mélangée d'autres substances, et que des particules étrangères soient en même temps répandues dans le cliamp du microscope; pourvu que l'objet se présente nettement à la vue dans un point, il est facile de s'entendre, et il n'y a pas à craindre qu'on le confonde avec quelque autre objet accidentel. Observe-t-on , par exemple, des globules de sang ou des globules de pus, il ne sera pas nécessaire que tous les globules soient parfaitement distincts , qu'il ne s'y trouve mêlé aucune substance étrangère, aucune bulle d'air, aucun flocon albumineux, que tous les globules purulents soient intacts; tandis que dans un cours public aucune de ces circonstances n'est indifférente. Il suffira, pour montrer le soin que l'on doit
10 COIIUS DE MICROSCOPIE.
apporter dans le choix et clans la préparation tics suhstances, de citer les faits suivants :
Ne connaissant pas exactement, il y a quelques années, les circonstances dans lesquelles on doit recueillir le pus, pour trouver les globules intacts et non désagrégés, il m'est arrivé, après avoir fait dans ma leçon, l'histoire de ces globules, indiqué leurs caractères distinctifs, de n'avoir h montrer que des globules désagrégés, réduits à leurs éléments constituants, à leurs globulins, de telle sorte que les élèves ne retrouvaient pas, dans les échantillons que je mettais sous leurs yeux, les formes et les caractères que je venais de décrire; il m'a fallu beaucoup d'attention pour remarquer que le pus fourni par un abcès récemment ouvert , n'est pas favorable pour l'étude de cette substance , ou du moins pour une démonstration publique; la plupart des globules ont perdu leurs caractères dans le pus qui a séjourné pendant longtemps dans un foyer; plusieurs sont encore intacts, mais le plus grand nombre est désagrégé , ou se désagrège facilement entre les lames de verre, de telle sorte que les élèves risquent de prendre le détritus des globules ou les globulins pour les globules eux-mêmes; c'est à cette circonstance qu'il faut attribuer la divergence d'opinion des anciens observateurs sur la structure des globules purulents, et la différence de leurs descriptions. Pour avoir les globules purulents intacts et avec leurs caractères tranchés, il faut recueillir le pus, non au moment où on ouvre un abcès, ce pus est déjà ancien et altéré, mais le pus récemment sécrété, tel qu'il s'écoule d'un foyer ouvert depuis quelques jours; les abcès du sein qui suppurent
longtemps, sont les plus fovorablcs pour ce genre d'observations; voilà pour le choix des substances.
Quant aux précautions qu'exige la préparation , je dirai seulement, que j'ai vu des élèves prendre pour un globule sanguin, une bulle d'air renfermée au milieu du liquide étendu entre les deux lames de verre.
J'ai dû m'attacher soigneusement à l'étude do ces circonstances et d'autres semblables, qui se présentent en foule dans les observations microscopiques , et ce n'a pas été le moindre sujet de mes recherches et de mes préoccupations; il m'a fallu plusieurs années d'expérience pour acquérir les connaissances nécessaires à cet égard; pour savoir précisément les conditions dans lesquelles chaque substance doit être prise et présentée aux élèves, et c'est peut-être le point sur lequel je possède le plus de notions spéciales.
On comprendra maintenant comment il est si difficile, dans l'état actuel de la science, de se faire aider par un préparateur dans un cours pratique de microscopie, et comment chaque leçon , indépendamment du travail de cabinet, n'exige pas moins de quatre heures de ma part, tant pour la préparation des quinze ou vingt échantillons qui doivent passer sous les yeux des élèves , que pour la leçon elle-même et la démonstration.
Mais je puis le dire, et j'avoue que j'éprouve de la satisfaction à l'exprimer, il n'est pas un seul objet qui ne soit vu nettement pai' tous les élèves qui suivent mes cours, par les moins exercés comme par les plus habiles, et tous sortent avec une notion précise et une conviction éclairée; c'est ce dont je puis facilement
m'assuror par les questions que je leur adresse clans le cours de la démonstration.
Se dois ajouter néanmoins que de semblables démonstrations ne peuvent pas suffire pour se faire une idée complète de la nature intime des substances soumises à l'examen, pour s'exercer à ce que j'appelle les analyses microscopiques , ni pour acquérir l'habitude d'appliquer les réactifs chimiques et de manœuvrer l'instrument; j'ai institué, pour cette étude approfondie, des conférences particulières dans lesquelles les expériences sont répétées par les élèves eux-mêmes; mais n'est-ce pas déjà un résultat satisfaisant et utile, que de faire connaître les éléments intimes des fluides et des solides organiques, d'apprendre à distinguer les globules du sang, du mucus, du lait, du pus, les zoospermes, la fibre musculaire et nerveuse, les cristallisations de l'urine, les divers tissus végétaux, les principaux organes des plantes et les principaux phénomènes qu'ils présentent?
Quant au plan de mon cours, voici comment il est conçu : j'ai pris pour cadre de mon enseignement l'enseignement même de la faculté de Médecine de Paris en m'attachant à démontrer expérimentalement tout ce qui ne peut qu'être indiqué théoriquement à l'école, dans le domaine de l'observation microscopique. Ainsi la microscopie fait nécessairement partie de sept ou huit branches des sciences médicales professées à la Faculté, mais elle n'y entre que théoriquement, l'enseignement n'étant pas organisé pour des démonstrations pratiques ; l'anatomie, la physiologie, la pathologie, la chimie, l'histoire naturelle, la médecine légale, etc., s'appuient.
dans bien des cas sur l'observation microscopique, elles ne peuvent marcber sans elle, et celle-ci leur devient de plus en plus essentielle chaque jour; on ne peut aujourd'hui parler des éléments ana.tomiques des corps organisés des deux règnes, des phénomènes physiologiques qui se passent en eux, des produits morbides auxquels ils donnent naissance, sans invoquer le microscope, et il est également impossible défaire l'histoire chimique delà fécule, du sang, du lait, etc., de traiter les questions de médecine légale relatives au sperme, ou de décrire le développement de l'œuf, sans se fonder sur la méthode d'observation dont nous parlons ; mais les professeurs sont dans l'impuissance de montrer les faits eux-mêmes, et leurs ressources se bornent, dans l'état actuel de l'enseignement, à la description orale et aux figures tracées sur le tableau.
J'ai entrepris de combler cette lacune par des expériences directes, en montrant les objets qu'on ne voit pas dans les cours de la Faculté, et en ajoutant à ces démonstrations les considérations scientifiques, et les applications qui ressortent de la structure et de la composition intime des substances; c'est sous ce rapport que j'ai pu intituler mon cours, complémentaire des études médicales.
Mais loin de chercher à étendre l'usage du microscope au delà des limites qu'il comporte , et d'en exagérer l'importance, je n'ai cessé de m'opposer aux applications indiscrètes qui en ont été faites, dans certains cas où cet instrument ne peut évidemment fournir que des renseignements erronés ; j'ai cru rendre plus de services réels à celte science, en restant en deçà des
COURS DE MlCROStOPIE.
bornes quollo peut atteindre, qu'en la portant inconsidérément au delà, et en lui demandant ce qu'elle ne peut donner maintenant; il me paraît facile de tracer la voie que doit suivre l'observation microscopique, d'indiquer le cbamp dans lequel elle doit se circonscrire , au point de vue des études que nous avons embrassées, en partant d'un principe et d'une sorte de définition de l'instrument lui-même qui montrent clairement le but vers lequel on doit tendre.
Quel est l'objet principal de l'observation microscopique ? N'est-ce pas de nous donner d'abord des notions sur les caractères physiques des corps et ensuite sur leur composition? Ne nous servons-nous pas surtout de cet instrument pour apprendre à distinguer les unes des autres des substances élémentaires qui échappent à la simple vue par leur ténuité ? à reconnaître leur manière d'être, leur structure, et les phénomènes qu'elles produisent ? Le microscope est donc une espèce de réactif qui s'applique aux corps concrets, limités, ayant des formes régulières ou constantes, puisque la vue ne peut saisir les objets qui n'ont pas de structure, si on peut ainsi dire. Dans les liquides, par exemple, l'inspection microscopique ne peut nous servir qu'à étudier les particules solides qui y nagent, comme les globules dans le sang, ou les zoospermes dans le fluide séminal, et rarement elle nous sert à étudier la composition du liquide même ; et encore faut-il que les corps solides nageant dans les fluides offrent quelque constance et quelque régularité dans leurs formes et dans leurs caractères, sinon on risque de les confondre avec des particules étrangères tout à fait différentes. C'est donc à
tort que l'ou voudrait appliquer cette méthode de recherche à l'observation des liquides dépourvus de toute particule solide et concrète, ou à l'étude de substances amorphes, sans caractères physiques précis et sans réactions chimiques marquées; ces substances ne tombent pas dans le domaine de l'observation microscopique, ou du moins ce moyen ne nous offre à leur égard que des renseignements négatifs fort incomplets ; aussi n'a-t-on obtenu que des résultats insignifiants de l'examen microscopique appliqué au fluide vaccin; et à moins que Ton ne démontre positivement, dans ce fluide, l'existence si souvent annoncée et toujours démentie de particules spéciales ou d'animalcules, rien d'intéressant ne ressortira de cet examen. Sans vouloir donc restreindre excessivement le champ de l'observation microscopique, il est bon de ne jamais oublier que le microscope est, comme je viens de le dire, une espèce de réactif propre à définir d(.'s substances qui, par leur nature même ou par leur quantité, échappent aux procédés de l'analyse chimique; cette idée, attachée à l'emploi du microscope, est utile pour maintenir les observateurs dans une bonne voie.
I^es propriétés physiques des corps ne suffisant pas toujours pour les caractériser, il est indispensable de combiner l'action des réactifs chimiques, et de porter comme l'a très-bien dit M. Raspall, le laboratoire du chimiste sur la platine du microscope; aussi ne manquons-nous jamais d'indiquer les propriétés chimiques les plus importantes en même temps que les caractères physiques des substances dont nous faisons l'examen microscopique; sans doute, dans la plupart des cas,
lé COURS Î)E MlCUOSCOI'IIi:.
l'aspect seul clos globules sanguins, des cristaux d'acide iirique, des vésicules épidermiques, permet de reconnaître ces substances et de les distinguer de toutes les autres ; il est utile néanmoins de savoir comment les globules sanguins se comportent avec l'eau, les acides et les alcalis, de s'assurer que les particules que l'on a sous les yeux, indépendamment de leur forme caractéristique et propre aux globules rouges du sang, sont solubles dans l'acide acétique , solubles dans l'ammoniaque, insolubles dans l'acide nitrique; de même que pour les cristaux d'acide urique, que l'on reconnaît presque toujours à la simple vue, on doit vérifier s'ils se dissolvent avec effervescence dans l'acide nitrique concentré, et s'ils résistent à l'action de l'acide acétique.
Mais ces épreuves deviennent rigoureusement nécessaires quand il s'agit de substances dont les formes sont insignifiantes ou peuvent se confondre avec celles d'autres corps; ainsi, par exemple, l'espèce de poussière cristalline amorphe de l'urale d'ammoniaque pourrait être facilement confondue avec des globulins de matière organique, si on ne la soumettait pas à l'action d'un acide faible qui transforme ces cristaux grenus en lames rliomboïdales d'acide urique ; de même que les prismes très-courts de phosphate ammoniaco-magnésien simulent quelquefois les cristaux octaédriques d'oxalate de chaux, et ne s'en distinguent nettement que sous l'influence d'un acide faible qui dissout les uns et n'attaque pas les autres; les matières. grasses demandent à être traitées par l'éther, pour constater leur caractère essentiel, la fécule doit être mise en contact avec l'iode, et le lait purulent avec l'ammoniaque.
Quant au procédé pour faire agir les réactift chimiques sur les substances soumises à l'examen microscopique, il est très-simple et d'autant meilleur qu'il permet de suivre l'action du réactif à mesure qu'elle se produit sur les moindres particules; il consiste, après avoir placé l'objet entre deux lames de verre sous le microscope, à introduire le réactif par capillarité, en déposant une goutte de ce réactif au bord de la lame de verre supérieure; on assiste ainsi au phénomène chimique qui se manifeste, on voit la substance se dissoudre si elle est soluble, tantôt avec effervescence et tantôt sans dégagement de gaz, se colorer en bleu si elle est amylacée, ou en jaune comme je l'ai démontré, si elle contient de l'azote, ou bien rester intacte, etc.; rien n'est plus curieux dans certains cas que ce genre d'observation, et je ne connais pas d'expérience plus intéressante que celle dans laquelle on voit naître et grandir sous ses yeux les crislaux réguliers d'acide urique, par la décomposition de l'urate d'ammoniaque, ou que celle indiquée par M. Payen, qui montre la réaction de la fécule par la transformation des substances végétales en amidon '.
On a imaginé des appareils ingénieux, mais compliqués, dispendieux et embarrassants à manier pour observer l'effet de l'élévation de température et de l'ébul-
' CeUe expérience se fait de la manière suivante : On imprègne le tissu végétal (cellulose) de solution aqueuse d'iode, puis on fait pénétrer une goutte d'acide suHurique concentré ; les membranes de cellulose se gonflent et prennent une belle couleur bleue-violette en passant à l'état d'amidon; cette coloration disparaît à mesure que la dissolution s'opère complètement et transforme la substance en dexlrine.
t8 COUKS m AUCUOSCOl'IE.
lition sur les coi'ps;oii verra combien nous suppléons facilement à ces appareils, au moyen de lames de verre ordinaire et d'une lampe à alcool.
En résumé, le microscope étant surtout considéré comme un moyen de reconnaître les corps et de distinguer les éléments organiques entre eux, nous ne perdrons jamais de vue ce but, que nous nous sommes spécialement proposé d'atteindre dans tous nos travaux; lorsque ce résultat pourra être obtenu, nous emploierons le microscope sans réserve, en accordant à cette méthode d'investigation la confiance qu'elle mérite; dans les cas contraires, nous nous abstiendrons et nous n'hésiterons pas à dire que nous faisons peu de cas des applications qui ont été faites du microscope à des substances mal définies, que l'on n'est parvenu à caractériser nettement ni par leurs propriétés physiques, ni par leurs réactions chimiques; nous avouerons sans détour rimpuissance de cette méthode à distinguer jusqu'ici le globule purulent du globule muqueux, la matière tuberculeuse de la matière cancéreuse, et de même pour d'autres produits morbides qui réclament impérieusement le secours de l'analyse chimique proprement dite, et complète; nous serons plus empressés, dans l'intérêt même delà science que nous cultivons, à poser ses limites qu'à les exagérer. Mais ceci établi et convenu, nous ferons hardiment la part de l'observation microscopique, et nous montrerons avec assurance en quoi elle est souvent préférable à l'analyse chimique, comment elle est seule applicable dans une foule de cas qui intéressent essentiellement le physiologiste, le patliologistc et le praticien.
liMUODUCTJOiN. 19
Ces cas se divisent en deux classes : dans les uns, on a affaire à des substances du domaine de la chimie jDroprement dite , que les procédés de cette science sont aptes à déterminer, mais qui leur échappent par leur quantité insaisissable et impondérable; ces substances, produits de l'organisation, ne sont pas organisées par elles-mêmes, et je les désigne sous le nom de matières organiques. Tels sont, par exemple, les sels qui se déposent dans l'urine et qui ne diffèrent pas des sels obtenus par l'art. Il est clair que le phosphate ammoniaco-magnésien , que l'urate d'ammoniaque, l'oxalate de chaux , l'acide urique , n'appartiennent pas exclusivement à l'analyse microscopique, et que l'analyse chimique est parfaitement applicable à leur nature; mais, eu raison de leur proportion souvent très-minime dans les liquides où ils se trouvent, et de la difficulté des procédés d'analyse par l'une ou l'autre méthode, il n'est jpas moins évident que l'examen microscopique est ordinairement le seul moyen de constater leur présence , et le seul surtout qui soit à la portée des médecins. Quelques cristaux d'acide urique ou d'oxalate de chaux seraient inappréciables par l'analyse chimique, tandis que l'inspection microscopique, bien dirigée, apprend immédiatement tout ce qu'il importe au médecin de savoir à ce sujet.
Vodà pour les petites quantités : voyons maintenant ce qui concerne la nature intime des corps organisés.
Ici, non-seulement l'analyse microscopique est préférable à l'analyse chimique , mais elle est seule applicable, et tout autre moyen est impuissant à résoudre les questions qui se présentent.
20 COURS DE MlCUOSCOl'lE.
Ija notion principale , essentielle des corps organisés, réside précisément dans leur organisation. Que nous importe , par exemple , de savoir que le fluide séminal contient plus ou moins d'albumine, plus ou moins de matières salines ou muqueuses, et telle proportion d'eau? Qu'est cette notion sous le rapport physiologique, et surtout sous le rapport du caractère fondamental de cette substance et du diagnostic , en comparaison de celle que nous révèle l'existence d'animalcules particuliers, caractéristiques, qui distinguent la liqueur séminale de toutes les autres humeurs de l'économie , et auxquels appartient probablement le rôle important de ce fluide? N'est-ce pas comme si on connaissait les éléments constituants du marbre , l'acide carbonique et la chaux , sans connaître le marbre lui-même? Et ne rencontre-t-on pas d'ailleurs l'albumine, les sels, l'eau partout dans les fluides, aussi bien dans le pus que dans le sperme, dans certains mucus que dans la sérosité? L'analyse chimique est-elle de quelque secours pour découvrir des globules de pus dans le lait, ou pour décider une question de médecine légale relative au sperme?
Quels sont, parmi les microscopes de formes si variées et de puissance diverse que l'on fabrique aujourd'hui, les plus propres aux observations qui intéressent particulièrement le médecin, et qui feront l'objet de ce livre? Je crois utile de donner quelques renseignements, à cet égard, pour les personnes qui veulent entreprendre de se livrer aux études microscopiques, et de leur indiquer les objets accessoires essentiels, afin de leur éviter des dépenses su-
perfliies, et de prévenir des erreurs qui ont contribué à entretenir parmi les médecins des préventions mal fondées contre le microscope , et à eu retarder l'application entre leurs mains.
Je me bornerai à quelques notions très-simples, les personnes auxquelles cet ouvrage s'adresse étant probablement encore, pour la plupart, étrangères au maniement du microscope.
Il est d'abord nécessaire de bien distinguer le microscope simple du microscope composé. Ces deux espèces de microscopes sont fondées sur un principe trèsdifférent; ils s'appliquent à peu près de la même manière, mais leurs effets et les objets auxquels ils conviennent ne sont pas les mêmes , et ils forment réellement deux instruments distincts. J'insiste sur ce point, parce qu'il a été l'origine d'une grande confusion, d'erreurs et de déceptions parmi les médecins ; je suis obligé de combattre à chaque instant ces erreurs , et j'ai beaucoup de peine à les détruire.
J^e microscope simple n'est pas autre chose qu'une loupe montée sur un pied d'une forme quelconque, ne grossissant pas les objets par elle-même, mais permettant de les considérer de très-près en diminuant la divergence des rayons lumineux ; d'un pouvoir ordinairement faible, elle peut être d'une grande puissance lorsqu'elle est d'un très-court foyer ; la petitesse de la lentille étant une condition indispensable pour obtenir un pouvoir amplifiant un peu fort avec une loupe simple, le champ de la vision est nécessairement restreint, la lumière peu répandue, et l'observation devient d'autant plus difficile; l'objet placé très-près de la lentille, et à
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peu de distance de l'œil, ne so manie pas facilement, aussi le microscope simple ne convient-il pas aux observateurs peu exercés, pour l'examen des objets d'une excessive ténuité.
C'est néanmoins à cet instrument qu'ont eu recours la plupart des médecins qui ont voulu s'essayer aux observations microscopiques, se rendre compte de l'utilité de ce moyen d'investigation , et vérifier les faits qu'on leur avait annoncés ; ils ont donné d'autant plus volontiers la préférence à cet instrument, que le microscope simple est d'un prix peu élevé, tandis que les microscopes composés étaient encore fort chers il y a quelques années; et, en outre, un observateur célèbre par ses recherches microscopiques, ayant adopté une certaine forme de microscope simple, auquel on a donné son nom, beaucoup d'amateurs et, en particulier, de médecins, ont cru ne pouvoir mieux faire que de se procurer le microscope-Raspail, au prix de 3o fr. , les autres microscopes ne se vendant pas moins de 3oo à 400 fr. M. Raspail ayant fait de bonnes et importantes observations microscopiques, on s'est imaginé que l'instrument vendu sous son nom devait suffire à toutes les recherches ; mais on a bientôt rencontré des difficultés qui ont refroidi le zèle, qui ont découragé les efforts, et le microscope a été négligé, rejeté même comme un instrument inutile ou trompeur. Le microscope simple, bon pour de certaines observations entre les mains d'un observateur habile comme Leeuwenhoëk ou comme M. Raspail, qui du reste ne s'est pas privé, dans ses travaux, du secours du microscope composé, n'a rien produit entre les mains nouvelles dans lesquelles
il est tombe, ou plutôt il a produit, l)ion contre les vœux, et l'intention de son auteur, la méfiance et l'incrédulité. Il n'est pas un élève nouveau, arrivant à mon cours, qui sache distinguer un microscope composé d'un microscope simple, et qui ne me demande, en voyant un microscope composé d'Oberhaeuser, de Chevalier ou même d'Amici, si c'est là le microscope de M, Raspail? C'est la première question que l'on m'adresse et à laquelle je suis depuis longtemps habitué à répondre; pas un élève, pas un médecin n'y manque, tant est grande, d'une part, la popularité du microscope-Raspail, et de l'autre, l'ignorance du public médical à l'égard des microscopes et de leur usage.
Dans l'état actuel de l'art, et entre les mains des observateurs peu exerces, le microscope simple ou la loupe, n'est réellement applicable qu'aux particules d'une certaine dimension, mais c'est un instrument indispensable pour la préparation des objets anatomiques qui n'exigent pas un pouvoir amplifiant au-dessus de vingt à trente fois.
Il n'en est pas de même du microscope composé ; cet instrument, comme son nom l'indique, se compose de systèmes de lentilles combinées de manière à multiplier l'effet des unes par le pouvoir amplifiant des autres. Quelle que soit la forme donnée à cet instrument et la complication de ses différentes parties accessoires, il résulte toujours d'un tube plus ou moins long, portant à l'une de ses extrémités une ou plusieurs lentilles convergentes, au-devant desquelles se place l'objet à examiner, et qui , pour cette raison, se nomment lentilles objectives ou l'objectif; et h l'autre extrémité une ou
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pliisioiii's l(Mitilles ('igaleincnl coavcrgenlos tlésign<;oR sous le nom iS^ocidaire; c'est à cette seconde lonlille en effet que s'applique l'œil pour regarder dans le microscope et pour voir l'image amplifiée formée par l'objectif; le grossissement définitif est le produit des grossissements résultant de chacun de ces verres, ou des systèmes de verres. Si, par exemple , l'objectif grossit dix fois en diamètre et l'oculaire cinq fois, le grossissement sera cinquante, et ainsi de suite.
Depuis les anciens microscopes, fameux quoique trèsimparfaits de Dellebarre et de Dollond (1770 à 1800), jusqu'à nos microscopes actuels, on a imaginé une foule de modifications dans la forme et dans l'arrangement des différentes pièces, qui ne changent rien à la disposition générale et fondamentale que je viens de rappeler; le microscope horizontal d'Amici lui-même ne diffère des microscopes verticaux ordinaires que par l'adjonction d'un prisme qui , réfléchissant la hmiière, permet de placer horizontalement le corps de l'instrument , tout en conservant la disposition horizontale de la platine sur laquelle doivent être posés les objets que l'on observe.
La plupart des observations ayant lieu au microscope par transparence, ou, en d'autres termes, le plus grand nombre des substances que l'on examine étant trèsminces, et laissant passer la lumière, on les éclaire par transparence, au moyen d'un miroir concave qui réfléchit les rayons lumineux : ce microscope est le plus universellement employé.
Le miroir réflecteur est une invention moderne , et il n'existait pas dans les anciens microscopes. On éclai-
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rail alors directement les objets au moyen de la lumière naturelle ou d'une lumière artificielle, et on se servait des microscopes à peu près comme on se sert aujourd'hui des lorgnettes de spectacle. Je possède une collection de microscopes historiques, non pas complète, mais assez curieuse, dans laquelle on voit des microscopes ainsi disposes, et plusieurs gravures représentant des observateurs disséquant des objets microscopiques en regardant dans le ciel, comme s'ils observaient les astres. J'ai moi-même renouvelé cette forme de microscope, non dans l'intention de perfectionner l'instrument, mais pour lui donner le moins de volume possible et pour le mettre à bas prix. Ce microscope de poche est destiné aux observations que l'on peut être à même de faire en voyage, ou aux lits des malades dans les hôpitaux, etc. Quoique presque aussi puissant et aussi net dans ses effets que le microscope ordinaire, il est beaucoup moins propre que ce dernier aux recherches suivies ; le but que je me suis proposé indique suffisamment l'usage que l'on doit faire de ce petit microscope
Enfin, une petite pièce nommée diaphragme , destinée à laisser passer plus ou moins de lumière, suivant la nature de l'objet que l'on observe, complète les parties essentielles du microscope. Le diaphragme mobile de Lebaillif, que l'on retrouve au reste dans quelques anciens microscopes oubliés, est le plus généralement adopté ; cette pièce a été singulièrement perfectionnée
' Ce microscope se trouve avec une instruction chez Soleil, opticien , rue de l'Odéon , 55 ; son prix est de 4o fr.
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clans les grands microscopes do Trécourt et Geoi'ges Oberhaeuser.
Il est inutile d'ajouter que l'on obtient des grossissements plus ou moins considérables, suivant la force des lentilles objectives et des oculaires que l'on adapte aux microscopes, et qu'il est nécessaire d'avoir une série de ces verres, pour les appliquer suivant les circonstances; mais on s'exagère singulièrement l'avantage des pouvoirs amplifiants d'une force extraordinaire. Moins on a l'habitude du microscope, et plus on désire avoir des grossissements considérables. On a entendu parler de lentilles grossissant plusieurs milliers de fois, et on n'en voudrait pas d'autres ; les opticiens ont contribué à ces exagérations par leurs annonces emphatiques. Il est bon de savoir que, dans l'état actuel de l'art, les meilleures combinaisons de lentilles ne dépassent pas cinq ou six cents fois, sans perdre en lumière et en netteté ce qu'elles gagnent en force; or, que sert d'amplifier les objets outre mesure, si oh les rend en même temps vagues et confus? mieux vaut assurément un grossissement plus faible avec beaucoup de netteté et de clarté; on peut affirmer d'ailleurs qu'un bon système de lentilles grossissant trois ou quatre cent fois, suffit parfaitement à l'observation des objets les plus ténus. Quant à moi, il n'est pas un objet ni un seul détail, pas même les appendices filamenteux d'une incommensurable finesse des animaux infusoires, que j'aie jamais réussi à voir mieux avec un grossissement de sept à huit cents fois, qu'avec im pouvoir amplifiant de quatre cents. Le plus souvent même, ce dernier vaut infiniment mieux; tous
les micrographes expérimentés sont d'accord avec moi sur ce point.
Ainsi réduit à sa plus simple expression , et sans tenir compte d'une multitude de pièces accessoires, utiles, mais non indispensables, dont les instruments de prix sont pourvus, le microscope est aujourd'hui lin instrument abordable; sou prix, si élevé il y a peu d'années, s'est successivement réduit, et cette circonstance est on ne peut plus heureuse pour la science : non-seulement ce moyeu d'investigation se trouve ainsi à la portée d'un plus grand nombre de personnes, mais les bons microscopes n'étant plus concentrés entre quelques mains privilégiées, les observateurs ne sont plus admis à s'appuyer sur les qualités spéciales de leurs instruments, pour accréditer des observations et des résultats hasardés, qui se soutenaient jadis par le défaut de vérification et de contrôle. Chacun peut avoir maintenant pour une modesle somme, en s'adressant aux opticiens habiles qui se livrent spécialement à la fabrication des microscopes, un instrument propre à répéter et à vérifier toutes leâ expériences connues , à faire des observations nouvelles, sans avoir à craindre d'être mis en erreur par le fait même de l'instrument et par son imperfection; il ne s'agit plus de faire venir à grands frais des microscopes de l'étranger, de consacrer I Goo ou I 200 francs à cette acquisition. Sans parler des microscopes fabriqués par plusieurs opticiens distingués, on peut recommander particulièrement ceux de MM. Georges Oberliaeuser et Charles Chevalier, qui ont rendu de véritables services à la microscopie. Certes, nous eussions été bien heureux, il y a une
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quinzaine d'années, de pouvoir nous procurer j)our 5oo ou 600 francs, un instrument aussi parfait que le microscope que Georges Oberhaeuser donne aujourd'hui pour 1 00 francs.
Parmi les pièces accessoires du microscope, il en est d'utiles, avons-nous dit; il en est d'autres q^ui ne sont que pour le luxe ou pour des raffinements de commodité. Quelques-unes méritent une mention spéciale : je ne parle pas de la loupe, propre à éclairer les corps opaques, cette pièce faisant nécessairement partie de tout microscope; mais ou a im.aginé d'autres moyens d'éclairage, sur lesquels je dois exprimer mon opinion : ces moyens plus ou moins ingénieux, dont les uns consistent à faire arriver la lumière sur l'objet par une double réflection, à l'aide de miroirs de différentes courbes , les autres à employer des prismes convenablement disposés, me semblent tous moins simples et moins efficaces qu'une forte loupe sur laquelle on reçoit un faisceau lumineux. C'est le mode le plus anciennement employé et le meilleur encore, suivant moi, surtout en se servant de la flamme d'une bonne lampe.
On a également inventé une foule de petits appareils pour recevoir les divers objets à examiner, ainsi que pour les soumettre à l'action de la chaleur et des réactifs chimiques. Sans condamner ces inventions , j'y attache peu d'importance. Je fais également peu de cas de la platine mobile ou chariot, destinée à mouvoir les objets dans tous les sens , avec plus de précision que ne le fait la main. Ces appareils augmentent beaucoup le prix des microscopes et peuvent facilement se remplacer par des moyens très-simples et non coûteux :
liNTllODUCTlOlV. 29
c'est ainsi que les divers réactifs et que la chaleur cUemènie peuvent s'appliquer directement, et sans peine, aux objets placés entre deux lames de verre, pendant qu'on les observe au microscope, sans le secours d'aucun instrument particulier; il vaut même mieux s'exercer la main et se confier h elle, que de s'habituer à se servir d'appareils fonctionnant mécaniquement et aveuglément : rien ne peut suppléer le tact et la délicatesse intelligente des doigts pour des observations minutieuses. Nous ferons l'application de ce principe en décrivant les préparations et les expériences relatives aux sujets dont il sera question dans cet ouvrage.
Je dois néanmoins convenir que le compresseur de Pnrkinje est très-commode dans plusieurs circonstances; ce petit instrument m'a rendu , comme à beaucoup d'autres, de véritables services.
Mais, en fait de pièces accessoires, la chambre claire, caméra lucida, est d'un usage si fréquent qu'on peut la considérer comme très-utile, sinon comme indispensable. Plusieurs points importants sont en effet résolus à l'instant par l'emploi de cet instrument. On sait que ce petit appareil, auquel on donne une disposition différente, selon qu'il doit servir avec le microscope horizontal ou avec le microscope vertical, s'applique audevant de l'oculaire, et que, par un ingénieux artifice, il semble retracer sur le papier l'image de l'objet mis en observation; il résulte de là que le pouvoir amplifiant du microscope, que le diamètre et en même temps le dessin de l'objet, peuvent être pris sans aucune difficulté; il y a bien quelques précautions à observer et quelque habitude à acquérir pour le maniement de cet
COUUS DE MICIIOSCOIME.
appareil : ces précautions ne peuvent êti-c indiquées que par la praticjuc, et l'usage ne tardera pas à en apprendre beaucoup plus que les détails dans lesquels nous pourrions entrer ici.
En résumé, le matériel d'un médecin qui veut se livrer aux recherches microscopiques, peut se réduire à un microscope composé, d'une centaine de francs, pourvu d'un objectif faible, grossissant environ cent fois; d'un objectif fort, grossissant au moins trois cents fois, et de deux oculaires; le tout placé dans une boîte contenant des lames et une baguette de verre, un micromètre, une paire de pinces, deux scalpels fins, quelques aiguilles montées sur manches , une paire de ciseaux, quelques tubes et verres de montre pour recueillir les substances. Les réactifs ordinaires se bornent au papier de tournesol et à sept flacons pour la dissolution aqueuse d'iode, l'acide nitrique, l'acide acétique, l'ammoniaque, l'alcool, l'élher et l'eau distillée; que l'on ajoute à cela une loupe simple , la lampe à espritde-vin, le compresseur, la cainem lucida , un décimètre divisé sur ivoire, des crayons et un compas, et l'on aura le nécessaire à peu près complet dîi médecin micrographe.
Tels sont les seuls objets nécessaires' pour les études médicales auxquelles nous consacrons cet ouvrage, et que nous recommandons aux personnes qui veulent procéder avec économie; il peut être agréable d'augmenter ce matériel de beaucoup d'autres appareils accessoires, de se munir d'une série plus complète d'objectifs et d'oculaires, etc. Rien de mieux si on veut mettre 5 ou (ioo francs, ou môme i ooo fi-anrs, à l'achat d'uu
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microscope; mais il faut savoir que cette dépense n'est nullement nécessaire, et , dans tous les cas, il est impossible de prévoir d'avance quels seront tous les objets dont on aura besoin : cela dépendra de la direction que l'on donnera à ses recherches, tels objets convenant mieux pour la préparation des substances solides, tels autres pour observer les liquides, les instruments accessoires n'étant pas les mêmes pour l'anatomiste et pour le botaniste, etc. C'est pourquoi il vaut mieux se procurer ces instruments à mesure du besoin qu'on en éprouve, et surtout se réserver la faculté de les improviser et de les combiner soi-même, selon les expériences auxquelles on veut les appliquer. J'ai cru devoir entrer dans ces détails, afin de donner un avertissement aux personnes qui se hâtent d'acheter sans but une foule de pièces et d'appareils accessoires, dont elles ne trouvent pas l'emploi , et qui leur deviennent inutiles.
Ou attendrait peut-être de moi, dans cette introduction, une description détaillée des procédés microscopiques, une sorte de manuel à l'usage des commençants, indiquant la manière de recueillir, de préparer et d'observer chaque substance, de la soumettre aux opérations chimico-microscopiques,etc.; un pareil Hvre bien fait serait sans doute utile, mais je ne sais en vérité s'il serait possible de le mener à bonne fin , tant l'observation microscopique se compose de procédés minutieux, difficiles à décrire et variables, suivant l'objet qu'on étudie et le but qu'on se propose. Toutefois, on consultera avec fruit le Manuel du Micrographe , de M. Charles Chevalier, particulièrement en ce f£ui con-
cerne les divers microscopes et leurs accessoires, le Traité pratique du Microscope, de M. Mandl , et le Nouveau Manuel complet de l'observateur au MicroS' cope , de M. Dujardin. Mais la meilleure manière d'acquérir l'habitude du microscope est sans contredit de s'y exercer, non en commençant, comme on ne le fait que trop souvent, par des recherches nouvelles sur un sujet difficile, mais en répétant au contraire des observations faciles et connues. C'est pourquoi, je considère chaque chapitre de cet ouvrage comme un manuel , et , avant de publier ce livre, j'avais fait paraître mon Tableau des sédiments des urines , dans le double but de faire connaître ces substances et d'offrir un sujet d'exercice aux commençants. La prétention de débuter, dans une science nouvelle, par un travail original, est un moyen infaillible de n'arriver à rien et d'être bientôt découragé. C'est à tort que l'on s'imagine qu'il ne s'agit que de regarder dans le microscope , et que, par conséquent, tout le monde est apte à se servir de cet instrument comme on se sert d'une lorgnette de spectacle. L'observation microscopique constitue réellement une science qui a ses principes et ses règles, ses difficultés et ses méthodes, dont la connaissance ne s'improvise pas plus que celle de toute autre science. Vouloir immédiatement employer un instrument nouveau à des recherches nouvelles, c'est entreprendre deux choses à la fois, dont une seule présente assez de difficultés pour mériter qu'on s'en occupe d'abord exclusivement ; il faut même dire que ce genre d'observation exige une certaine aptitude spéciale qui paraît manquer à quelques personnes , par suite d'un défaut dans l'or-
saiie de la vue , ou d'inhabileté dans Texcrcice de la o
main.
Ou me permettra d'exprimer ici mon opinion sur la partqucdevraitavoir lamicroscopie dans l'enseignement actuel des sciences médicales , et sur ce qui devrait être fait pour cette science nouvelle. Je tiens à exposer mes idées sur ce point, autant pour réduire à leur juste valeur les suppositions hasardées qui ont été faites à ce sujet, que pour bien faire connaître mes justes prétentions en faveur d'une science que je crois digne de tout l'intérêt des hommes qui s'occupent de l'avenir et du perfectionnement de l'enseignement.
J'ai, en plus d'une occasion, réclamé l'institution de nouveaux cours qui me semblent nécessaires pour compléter l'enseignement de la faculté de Médecine ; mais je suis le premier à reconnaître que la création de chaires nouvelles dans une faculté , est une question grave; cette question n'offre pas seulement à considérer l'objet de la chaire, le choix du professeur, les difficultés qui s'opposent à toute espèce d'établissement nouveau et à l'extension des privilèges partagés par un petit nombre de membres d'un même corps; l'importance relative <ie la matière de l'enseignement est aussi un point essentiel, surtout dans une école où se font des cours nombreux, obligatoires pour les élèves qui se préparent aux. examens, et qui occupent presque toutes les heures de la journée; encore faut-il que les élèves puissent suivre ces cours avec fruit et qu'ils trouvent le temps d'aller de l'un à l'autre; la journée, après tout, n'a qu'un certain nombre d'heures, et dans la faculté de Paris, telle qu'elle est organisée, ce n'est pas sans peine
«^^ COUDS DE MlCllOSCOPIE.
que l'on intercalerait des cours nouveaux; ce n'est donc qu'avec beaucoup de réserve que l'on doit songer à élargir le cadre, déjà fort rempli, do cet enseignement.
Mais, d'un autre côté, les sciences prenant chaque jour de l'accroissement et se subdivisant par suite de leur extension même, il devient nécessaire d'étendre l'enseignement, sous peine de le laisser incomplet et audessous des besoins de l'époque: de cette double considération résulte, suivant moi, la nécessité de diviser l'enseignement, au moins en ce qui concerne les facultés de médecine, en deux degrés; l'un, supérieur, réservé aux branches les plus importantes et les plus générales de la science; l'autre, secondaire, pour les rameaux de second ordre, servant de complément au premier; à l'un appartiendraient les chaires proprement dites, à l'autre l'enseignement intermédiaire sous forme de conférences et de répétitions, dans lesquelles les élèves seraient préparés à l'enseignement supérieur, exercés aux expériences qui ne peuvent être qu'indiquées ou montrées de loin dans les grands amphithéâtres, et même interrogés avant d'arriver à l'examen du professeur.
Ce n'est ici ni le lieu ni le moment de développer le plan complet d'organisation, tel que je le conçois pour l'enseignement des facultés de médecine ; il me suffit d'en poser la base pour montrer la part que je croirais bon de donner à la microscopie; personne, je pense, ne contesterait l'utilité de démonstrations ayant pour but de répéter devant les élèves toutes les expériences indiquées dans les différents cours de la faculté ; de faire devant eux les applications du microscope à l'étude de
INTUODUCTION. 35 la Structure intime des substances qui font la matière des cours de chimie, d'anatomie, de physiologie, de botanique, de médecine légale ou de pathologie; tel est le rôle auquel devrait se borner actuellement la microscopie dans les facultés de médecine, et il n'est pas douteux qu'elle ne le remplît au profit des études et de la science; nous ne demandons pour elle que ce qui se fait déjà pour quelques autres branches de l'enseignement, et le système que nous proposons n'est lui-même qu'une extension de ce qui existe aujourd'hui.
Voici maintenant, en résumé, quel sera le plan de cet ouvrage; il est, ainsi que je l'ai dit, consacré à l'étude des fluides, en laissant de côté l'organisation des solides ou des tissus de l'économie; je passerai successivement en revue le sang et les différentes humeurs des sécrétions , les phénomènes physiologiques qu'elles présentent, et leurs produits morbides; mais la limite entre les fluides et les solides n'est pas tellement tranchée qu'il ne m'arrive quelquefois de franchir la ligne de démarcation conventionnelle que j'indique ici; je ne tiens pas à rester strictement enfermé dans une définition systématique.
Un Allas d'analomie microscopique sera joint à l'ouvrage, mais cet Atlas paraîtra séparément, un peu plus tard que le texte lui-même; la raison de ce retard mérite d'être expliquée.
Cet Atlas offrira une innovation que je crois intéressante et utile ; il comprendra des figures de deux ordres; les unes seront exécutées d'après les idées que je me fais de la structure intime des objets microscopiques dont 11 sera question ; ces figures systématiques font
36 COUUS DE MICUOSCOIME.
destinées à faire bien comprendre les descriptions du texte et h les compléter.
Mais à côté de ces figures, où l'on tiendra moins compte de l'apparence extérieure des corps que de ce que l'on croit être leur structure intime et leur composition, dans lesquelles la nature sera souvent exagérée, afin de rendre les détails plus sensibles, on placera d'autres figures représentant exactement les objets tels qu'ils apparaissent, et indépendamment de toute interprétation; pour arriver à ce résultat, je n'ai voulu me fier ni à ma propre main, ni même à celle d'un dessinateur, toujours plus ou moins influencé par les idées théoriques de l'auteur; profitant de la merveilleuse invention du daguerréotype, les objets seront reproduits avec une fidélité rigoureuse, inconnue jusqu'ici, au moyen des procédés photographiques.
On se souvient peut-être des premiers essais que j'ai faits pour appliquer la méthode daguerrienne à la reproduction des objets microscopiques : le 24 février 1840, j'ai eu l'honneur de présenter à l'Académie des sciences un microscope-daguerréotype au moyen duquel j'avais obtenu l'image de plusieurs objets d'histoire naturelle et de quelques tissus, tels que le tissu osseux et le tissu dentaire; depuis lors, ces essais ont été repris avec le plus grand succès par un amateur distingué de photographie , qui a apporté dans ces expériences le talent et l'habileté dont il a fait preuve dans toutes les images daguerriennes sorties de ses mains. Les résultats obtenus par M. Léon Foucault avec le microscope -daguerréotype , non -seulement sur les objets solides , mais sur les particules inti-
INTRODUCTION. ^7 mes des fluides, telles que les globules sanguins des diverses classes d'animaux, les globules du lait, du mucus, du pus, les zoospermes, etc., sont véritablement des plus remarquables, et donneront une valeur particulière à l'Atlas que nous publierons; c'est une précieuse conquête pour la science, et l'application la plus importante peut-être que l'on ait faite de la photographie à la reproduction des objets de la nature; jamais l'art ne peut arriver h reproduire d'une manière aussi frappante l'aspect du champ microscopique avec ses moindres détails et toutes les circonstances qui accompagnent les objets, leurs variétés de forme, de position, etc. Notre collection de dessins n'est pas encore complète, et c'est ce qui retarde la publication de l'Atlas; mais ce que nous possédons déjà nous permet d'annoncer aux micrographes des résultats tout à fait dignes de leur attention et de leur intérêt. Nous trouverons dans cette application des procédés photographiques à la reproduction des objets microscopiques, outre l'avantage inappréciable de donner des figures d'une exactitude absolue, le moyen de convaincre les esprits les plus réfractaires à l'observation microscopique; comment, en effet, se refuser à admettre la réalité des images fournies par le microscope , lorsqu'un objet vu sous telle forme, avec un grossissement de cinquante fois , se présente encore avec les mêmes formes, amplifié par des grossissements de trois cents ou de cinq cents fois; lorsque cet objet vient se peindre de lui-même, se fixer sur la planche sans le secours de l'art , sans que la main de l'homme y mette rien du sien, par le seul effet de la lumière, et tou-
^8 COURS DE MICROSCOPIE. — INTRODUCTION, jours identique clans ses moindres détails, à l'image perçue par l'observateur dans le microscope? Le daguerréotype n'est-il pas arrivé à propos pour donner la dernière preuve, la démonstration la plus complète en faveur des observations microscopiques, et détruire ce qui pourrait rester de prévention contre les prétendues illusions de l'instrument?