EFFET DU SÉJOUR PROLONGÉ DU LAIT DANS LES MAMELLES
Un chimiste distingué, M. Péh'got, a démontré par une série de recherches et d'expériences précises, un fait curieux, relatif à la sécrétion du lait, et qui trouve d'importantes applications dans la pratique : il résulte de ses analyses que plus le lait séjourne dans les mamelles, plus il s'éclaircit et devient aqueux; c'est le contraire de ce qui se passe pour toutes les autres sécrétions de l'économie, où l'on voit le liquide sécrété devenir plus consistant et plus épais à mesure qu'il demeure plus longtemps dans ses réservoirs; ainsi l'urme et la bile deviennent plus denses par un séjour prolongé dans les organes où elles s'amassent, et il en est de même de tous les autres fluides, de ceux même qui s'épanchent accidentellement dans les cavités et dans les tissus; la partie la plus liquide est résorbée et il ne reste bientôt plus que les éléments les plus solides.
M. Péligot a établi que si l'on partage en trois parties le produit d'une même traite, c'est-à-dire tout le lait que donne en une fois une vache ou une ânesse, de manière à le recueillir successivement dans trois vases différents, le premier lait est le plus aqueux et le plus pauvre; le second est plus riche, et le troi-
en agitant le lait avant d'opérer, mais il y a d'autres inconvénients qu il serait trop long et trop minutieux de rapporter ici, et qui exigent absolument une observation immédiate. Je recommande en outre de n'observer que de très-petites goutles de lait étendu entre deux lames de verre mince.
sième le plus substantiel de tous. Ce résultat n'est probablement que la conséquence de la circonstance précédente; car on peut croire que la première portion du lait qui s'écoule quand on trait un animal , est la plus anciennement sécrétée, celle qui a séjourné le plus longtemps dans l'organe, tandis que la dernière est la plus nouvellement formée.
On n'ignorait pas absolument cette circonstance, et les nourrices ont de tout temps remarqué , sans se rendre compte de la cause de ce phénomène , que la première portion du lait qui s'écoule de leurs seins, quand elles sont restées pendant longtemps, pendant une nuit par exemple , sans donner à téter , est claire et séreuse, tandis que les portions suivantes reprennent leur caractère et leur consistance habituels; plusieurs d'entre elles sont même dans l'usage de rejeter cette première portion comme mauvaise et de ne donner à l'enfant que le lait qui vient ensuite ; toujours est-il que le fait suivant est acquis à la science : le lait devient plus aqueux par son séjour dans l'organe qui le fournit. Or, on tire un parti très-utile de cette propriété dans la pratique pour diriger, en certains cas et surtout dans celui dont je parlais tout à l'heure, l'allaitement et le régime alimentaire de l'enfant.
En effet, il suffit d'éloigner les époques de l'allaitement, ou en d'autres termes les repas de l'enfant, c'està-dire de mettre plus d'intervalle entre les moments où on lui donne à téter, pour obtenir un lait plus léger et moins abondant en principes nutritifs; c'est précisément le moyen que j'ai employé auprès de la mère dont
je parlais tcut à l'iieiire, et cette simple précaution m'a suffi en plus d'une occasion analogue
' On a parlé d'autres altérations encore dans le lait et entre autres de particules rouges provenant de la matière colorante du sang ; il suffira de lire les deux lettres suivantes pour savoir à quoi s'en tenir sur la nature de ces particules ; et ces lettres , qui font honneur à leur auteur , montreront combien il faut apporter de réserve dans les observations microscopiques.
LETTRES DE M. TURPIN , MEMBRE DE L'iNSTITUT.
Monsieur et ami ,
Une chose qui m'étonne au plus haut point m'a été rapportée , et si elle est vraie , il n'y a plus qu'à renoncer à toute possibilité de s'entendre entre obsei'vateurs s'occupant de l'investigation des mêmes objets et usant des mêmes moyens d'observation.
A^ous auriez dit à la Société phiiomatique que les agglomérations globulineuses rouge sanguin que j'ai signalées dans mon Mémoire, et que je considère comme formées de globulins rouges échappés des globules sanguins après leur destruction , n'existaient point comme matière organique, et que j'avais été trompé par une illusion dont vous avez fait connaître la source.
Cette source d'erreur consisterait dans des points rouges qui se trouveraient parfois renfermés dans la matière du verre.
Je commence par dire que de semblables points me sont totalement inconnus, et que dans le cas de leur existence, si je me croyais capable de les confondre avec un corps quelconque porté sur le porte-objet, je renoncerais à jamais à me servir du microscope.
Il y a longtemps que j'observe et que j'ai dessiné, pour la première fois, les agglomérations sanguines dont enfin j'ai parlé. Ces agglomérats ou ces coagulums de globulins rouges sont variables quant au vohmie; il n'est pas rare d'en voir d'un demi-millimètre, et je dois dire, quoique un peu honteux d'avoir à repousser une aussi étrange assertion, que ces agglomérations sanguines nagent pêle-mêle avec les autres corps que l'on observe.
Ce n'est pas après i5 années d'observations microscopiques qu'il est possible de se tromper sur les corps que l'on examine ; quant aux conséquences que l'on en lire et aux analogies que l'on voit entre
CODllS DE MlCttOSCOPlE.
influence de la nourriture et des différentes espèces d'aliments sur le lait.
On ne connaît pas de moyen d'augmenter la sécrétion du lait chez les femmes, ou de rendre leur lait
eux, c'est autre chose. Ici il n'est pas toujours facile d'être d'accord, mais aussi ou doit s'y attendre.
Ce qui s'est passé me fait souvenir qu'un habile observateur disait aussi à la même Société philomatique , que j'avais pris des stomates d'épidernie pour ce que j'annonçais être des organes nouveaux sous le nom de biforines. A des choses semblables peut-on répondre autrement que par le silence le plus absolu, lorsque entre un stomate et une biforine il n'y a pas plus de rapport qu'entre un oeil et une oreille. Mais cela fait mal parce que cela s'écrit et que cela tend à jeter dans la science une confusion inextricable.
Recevez , Monsieur et ami, la nouvelle assurance de mon estime.
TUBPIN.
Ce lundi 5 mars i838.
Paris , ce 8 mars i838.
Monsieur et ami ,
Vous avez eu complètement raison de dire à la Société philomatique que ce que j'avais figuré et annoncé , dans mou dernier Mémoire, comme étant des agglomérations informes composées de globulins rouge sanguin , échappées des globules du sang après leur destruction, n'avaient point le sang pour origine, et que ces coagulums de formes et de grandeurs variables étaient renfermés dans la matière du veri e dont se composent les lames dout nous nous servons pour nos observations microscopiques.
L'existence de cette matière l ouge ponctiforine ou globulineuse, et inégalement agglomérée dans le verre , est d'autant plus utile à faire connaîUe qu'elle imite parfaitement la coagulation et la couleur du sang, qu'elle n'avait jamais été observée , qu'elle a pu être une cause d'erreur, et qu'existant dans nos porte-objets, elle se montre couslamnient mêlée aux corps soumis à l'observation.
En signalant cette matière rouge sauguin dans le verre, vous fe-
plus riche; ia nature des aliments ne paraît, quoi qu'on en ait dit et en dépit des préjugés répandus, avoir aucun effet déterminé; l'important est évidemment que la digestion s'opère bien; tous les aliments qui sont bien digérés sont bons pour la nourrice; de bonnes digestions, un bon sommeil et de l'exercice en plein air sont les principales conditions pour les nourrices.
Mais ce que l'on ne peut pas faire dans lespècé humaine, on l'obtient chez les animaux; on réussit trèsbien à modifier le lait des vaches et des ânesses, à le rendre plus ou moins riche, suivant l'espèce de nourriture et de fourrage qu'on leur donne, et même à faire passer dans leur lait certaines substances médicamenteuses dont l'analyse chimique constate la présence.
Gn sait , par exemple , que le lait le plus riche s'obtient sous l'influence de la nourriture aux betteraves , et que le lait le plus léger, au contraire, est fourni par lescarottes; de telle sorte que , si r,on veut faire prendre à un malade , à un enfant, le lait le plus faible pos-
rez connaître un fait nouveau, et en même temps vous éviterez aux micrographes l'erreur dans laquelle je suis tombé à l'égard de ces petits coagulnms couleur de sang.
Cette erreui- aura cela de bon qu'elle fera sentir aux personnes qui se servent du microscope l'utilité de s'assurer de ia pureté ou des corps étrangers que peuvent renfermer les lames de verre employées comme porte-objets.
Toutes celles que je possède sont remplies de ces taches ou de ces agglomérations de granules rouges.
Vous m'obligerez en communiquant ma lettre sainedi à la Société philomatique.
Agréez, Monsieur, l'assurance de ma considération distinguée.
TuilPIN,
452 CODRS DE MICROSCOPIE.
sible naturellement, il faut prendre la première portion de la traite d'une vache, ou d'une ânesse, principalement nourrie de carottes; si, au contraire, on veut donner le lait le plus riche, c'est la dernière portion de la traite qu'il faut choisir chez une vache nourrie de betteraves.
C'est aux recherches de M. Péligot surtout que l'on doit la connaissance de ces faits si utiles dans la pratique, et l'on nous saura gré sans doute de reproduire ici le travail de ce chimiste distingué sur le lait d'ânesse
* .... On sait que, dans le lait, les substances qui présentent un intérêt réel et des changements sensibles dans les proportions sont la matière grasse ou le beurre, la matière caséeuse et le sucre de lait. J'ai fait usage d'un procédé qui m'a permis d'apprécier avec assez d'exactitude la quantité de ces trois substances, et j'ai négligé les sels minéraux qui se trouvent en quantités très-minimes, et qui n'exercent d'ailleurs aucune influence sur le sens des phénomènes que j'ai observés.
Voici le procédé que j'ai suivi. Je commence par peser, ou plutôt par mesurer une certaine quantité de lait dont je connais d'avance la densité; au moyen d'une douce évaporation au bainmarie, continuée jusqu'à ce que la matière ne perde plus de poids, j'obtiens la quantité d'eau et de matières solides contenue dans ce lait.
Le résidu sec, qui est ordinairement sans couleur, est formé essentiellement de beurre, de caséum et de sucre de lait. Pour séparer ces trois matières et apprécier le poids de chacune d'elles, on les traite par un mélange d'alcool et d'élher sulfurique, qui a pour objet de dissoudre toute la matière grasse. Le beurre étant ainsi séparé, on sèche avec soin le résidu indissous, qui consiste maintenant en caséum et en sucre de lait. La différence entre son poids actuel et son poids primitif donne la quantité de beurre existant dans le lait soumis à l'analyse.
Le mélange de caséum et de sucre de lait restant est traité à son tour par l'eau froide, qui enlève seulement le sucre du lait; en séchant et pesant pour la troisième fois le résidu qu'on obtient, le-
INFLUENCE DE LA NOURRITURE SUR LE LAIT. 453 Le lait de vache nourrie aux carottes convient Irèsblen pour suppléer le lait des nourrices , et on fait,
quel consiste en caséum, on a le poids de cette substance et en même temps celui du sucre de lait.
On voit d'ailleurs que, d'après la métbode que j'ai suivie, en faisant la somme de poids trouvée pour le beurre, le caséum et le sucre de lait obtenus séparément, on doit retrouver le poids du résidu sec obtenu par suite de l'évaporation du lait au Ijain-marie ; on a ainsi une vérification à laquelle doit satisfaire l'analyse quand elle est exacte.
La densité du lait d'ànesse varie entre io5o et io55, la densité de l'eau étant représentée par looo; elle est à peu près la même que celle du lait de vacbe, lequel renferme cependant un poids plus considérable de matières solides. Ce résultat, qui paraît contradictoire, s'explique en raison de la grande quantité de beurre que renferme le dernier lait, comparativement à celle que contient le! lait d'ânesse; cette quantité tend à diminuer la densité.
Sous le rapport de la composition, le lait d'ânesse difl'ère beaucoup des autres laits par la proportion considérable de sucre de lait qu'il contient; c'est à la prédominance de cette matière qu'il faut sans doute attribuer la plupart de ses propriétés médicales.
D'après une moyenne tirée de seize analyses, j'ai trouvé que cent parties de lait d'ânesse renferment :
Matières solides. . . q,53 Ij^"^''"^; • ; •. '.29
^ , {Sucre de lait 6,20
liau QO,47i^ .
^ '^^f Caséum i,g5
La proportion des matièrès solides obtenues par son évapoi-ation varie entre 7 et 11 pour 100 de lait; elle est quelquefois, mais rarement, au-dessous de 7.
La composition du lait d'ânesse est bien loin de se présenter toujours la même. Parmi les variations qu'il peut éprouver dans sa nature, ainsi que les autres laits, de la part d'une multitude de causes, il faut placer en première ligne l'influence de la nourriture. Ces modifications sont d'autant plus intéressantes à étudier qu'elles sont les plus faciles à réaliser parmi celles dont la médecine peut tirer parti.
Mais pour apprécier avec quelque précision, au moyen de l'ana-
'î'Si CODRS DE MlCllOSCOPIE.
aujourd'hui un grand usage de ce lait dans l'alimentation des enfants. On pourrait également recourir dans
lyse chimique, les difl^rences que le régime alimentaire apporte à la nature du lait, il faut se placer dans des circonstances si difficiles à réaliser, que ce n'est qu'avec une extrême défiance que je présente les résultats auxquels je suis parvenu ; cependant j'ai cherché à écarter avec le soin le plus minutieux les causes nombreuses qui pouvaient troubler leur appréciation exacte.
Afin de rendre les résultats comparables, la même ânesse a été soumise successivement aux différentes noun-itures dont je vais parler : au bout de quinze jours au moins d'un régime uniforme, son lait a été soumis à l'analyse. Ce lait a été constamment recueilli dans des circonstances pareilles , à la même lieure du jour, après six heures de sevrage. Voici le détail des expériences :
Première expérience. — Une ânesse de six ans, ayant un lait de quatre mois et demi, a été nourrie pendant un mois avec des carottes dépouillées de leurs fanes ; au bout de ce temps, ce lait contenait, pour cent parties :
Beurre 1,2 5
Matières solides. . . 8,49 ' Eau 9i,5i
Sucre de lait 5,62
Caséum 1,62
Ce lait présenta une particularité digne de remarque : évaporé presque à siccité, il offrait une couleur orangée, et exhalait d'une manière très-prononcée l'odeur particulière de la carotte. C'est un fait de plus à joindre aux exemples connus du passage dans le lait d'un grand nombre de matières colorantes ou possédant des odeurs spéciales.
Cette ânesse mangeait 18 kilogrammes de carottes par jour.
Deuxième expérience. •— La même ânesse fut ensuite nourrie avec des betteraves rouges ; son lait, analysé au bout de quinze jours, était formé de :
Beurre 1,39
' Sucre de lait 6,5 1
Matières solides... 10,20 Eau 89,77
Caséum 2,33
certains cas au lait filtré ; ce liquide diffère du lait or-
C'est la nourriture qui a fourni le lait le plus riche en matières solides; l'anesse mangeait par jour 21 kilogrammes de betteraves.
Tvoisièjne expérience. — On a donné pendant un mois à la même ânesse 7 kilogrammes d'avoine concassée et 5 kilogrammes de luzerne sèche par jour ; son lait renfermait, au bout de ce temps :
Matières solides. . . 0,371 * • • /
{ aucre de lait 0,12
tau 90,0:) J ^ , o/r
^ ' (Caseum i,85
Quatrième expérience. — Enfin, la même a été nourrie pendant quinze jours avec des pommes de terre ; son lait a donné à l'analyse :
Beurre 1,59
Matières soh des. . . 9,2g' Eau QOj?!
Sucre de lait 6,70
Caséum 1,20
En acceptant ces analyses comme exactes, on serait porté à conclure que la betterave est la matière qui convient le mieux pour donner un lait riche en principes solides ; viennent ensuite les mélanges de luzerne et d'avoine, puis les pommes de terre , et enfin les carottes.
Afin de rendre plus complète cette série d'expériences, on a cherché, en outre, à se rendre compte du poids du lait fourni à la suite des diflérentes nourritures dont je viens de parler : ce poids a été trouvé d'autant plus fort , que la quantité de matières solides existant dans le lait était elle-même plus considérable.
Ainsi on a recueilli , au bout d'un sevrage de neuf heures : •
Après la nourriture avec les betteraves. . . i kil. 5oo de lait.
Avec avoine et luzerne i — 5oo
A vecles pommes de terre i — aSo
Avec carottes i — 000
Il est évident, d'ailleurs, qu'en donnant, comme je viens de le faire , les quantités comparatives d'eau et de matières solides conte-
45 G COURS DE MlCllOSCOPIE.
(linairo en ce qu'il est presque entièremeiil privé de
nues flans le fait après ces différentes nourritures, je ne prétends nullement aborder la question des effets thérapeutiques que ces laits peuvent produire dans leur emploi comme médicaments ; il est possible qu'ils prennent, dans certains cas, des qualités spéciales dont je n'ai pas dû rechercher les causes, que probablement, d'ailleurs , je n'aurais pas su trouver.
Parmi les autres circonstances qui peuvent influer beaucoup sur la quantité des principes contenus dans le lait, il en est deux sur lesquelles j'ai dû porter une attention particulière; il était d'autant plus important de chercher à les apprécier avec exactitude, que les variations qu'elles apportent ont été ou complètement négligées ou faussement interprétées, non-seulement pour le lait d'ânesse, mais pour les autres laits qui ont été cependant mieux étudiés.
C'est une opinion assez généralement répandue que le lait éprouve des modifications notables , selon le temps plus ou moins long qu'il séjourne dans les mamelles. Pour connaître le sens des variations qu'il subit dans cette circonstance , je me suis procuré le lait d'une même ânesse, recueilli d'abord après une heure et demie de sevrage, puis après six heures, et enfin après vingt-quatre heures. Ce lait, soumis à l'analyse, contenait :
Après I h. j/2 desevrage. Après 6 h. Après 24 b.
De ces analyses il faut tirer la conséquence que le lait, au lieu de s'enrichir par un séjour prolongé dans les mamelles, comme on l'admet généialement , s'appauvrit au contraire d'une quantité très-notable. Ce résultat inattendu me surprit tellement au premier abord, que je fus persuadé que quelque erreur s'était introduite dans mes analyses, ou tout au moins qu'en étudiant un lait après une heure et demie de sevrage, et un autre après vingt-quatre
matière grasse, et du petit-lait en ce qu'il contient le
heures, j'avais outre-passé les limites entre lesquelles la sécrétion s'eflectue d'une manière régulière et normale.
Je recommençai donc mes analyses sur le lait d'une autre ânesse placée dans des circonstances plus naturelles; son lait fut examiné après six heures et après douze heures de sevrage. Voici les résultats :
Ajiriis 6 11, de sevrage,
Après 12 leures
Enfin, les mêmes épreuves tentées une troisième fois sur un autre lait ont encore fourni des résultats analogues à ceux qui précèdent.
Il ne m'est donc plus permis de douter que le lait ne devienne d'autant plus pauvre en pi-incipes solides et nutritifs qu'il a séjourné plus de temps dans les mamellès; il paraît qu'arrivé à un certain état de richesse qu'il ne peut dépasser, il absorbe de l'eau, probalDlement par un effet d'endosmose digne de toute l'attention des physiologistes.
Envisagé sous un autre point de vue, ce lait présente encore uu intérêt particulier : il est au moins vraisemblable que le lait d'ânesse n'est pas le seul qui présente les variations que je viens de signaler; des observations ultérieures viendront confirmer leur généralité; on sait que c'est une habitude généralement répandue parmi les nourrices d'allaiter les enfants à de longs intervalles, lorsqu'elles cherchent à leur fournir une nourriture plus substantielle; il y aura là encore, sans doute, un préjugé à combattre, un usage à réformer, quand l'expérience directe aura prouvé qu'elles ne peuvent obtenir, par celte pratique, qu'un résultat inverse.
Non-seulement le lait peut ainsi varier dans sa composition selon le temps plus ou moins prolongé du sevrage, mais il présente encore des différences sensibles à l'analyse, selon l'ordre dans lequel il arrive dans une même traite. Ainsi , en divisant en trois parties le
càséura dissous. Le lait filtré est un aliment léger,
lait recueilli sans interruption dans une même traite après neuf heures de sevrage, j'ai trouvé que celui qui a été récolté le pre-
mier contenait :
Beurre 0,96
Sucre de lait 6^5o
Caséum i^^g
Matières solides g^22
Eau go,'j8
Celui qui survint ensuite était formé de :
Beurre 1^02
Sucre de lait 6,48
Caséum i,g5
Matières solides g, 45
Eau go, 55
Enfin le lait qu'on récolta le dernier a donné :
Beurre i,5a
Sucre de lait 6,45
Caséum 2,97
Matières solides 10,94
Eau 89,06
Ainsi , dans une même traite , le lait le plus riche est celui qu'on obtient le dei'nier; ce résultat est connu depuis lougtem]is des habitants des campagnes, et Dejeux et Parmentier ont trouvé que le lait de vache tiré le dernier est plus chargé de beurre que le premier, et par conséquent spécifiquement plus léger.
Quant à l'explication qu'on peut donner du sens de cette variation, il faut la rattacher aux observations qui viennent d'être faites sur l'influence qu'exerce un sevrage plus ou moins prolongé sur la nature du lait ; il paraît probable que quand on commence une traite, le lait qui arrive le premier est du lait ayant déjà absorbé une quantité d'eau qui dépend du temps qu'il a séjourné dans les
facile à digérer, assez nourrissant et n'ayant aucune
mamelles; à mesure qu'il sort, il est remplacé par du nouveau lait qui se régénère presque instantanément; celait, qu'on peut regarder comme provenant d'un sevrage très-court, est par conséquent plus riche en principes solides, et enrichit le lait avec lequel il est recueilli.
Les modifications que le lait d'ànesse éprouve sous l'influence des causes que je viens de signaler, paraîtront sans doute aux médecins de nature à être mises à profit dans quelques-unes des circonstances morbides pour lesquelles il est usité. Il est difficile d'admettre, ce me semble, que, dans les cas graves que ce lait est fréquemment appelé à combattre, il soit toujours indifférent de donner aux malades un médicament dont la quantité peut quelquefois varier, à l'insu du médecin , du simple au double. Ce n'est pas que je pense assurément qu'il soit possible , dans la pratique, d'ordonner à chacun im lait d'une composition déterminée et constante; mais, comme cette composition varie dans im sens donné dont elle s'écarte peu, il est facile de se placer dans des circonstances favorables pour profiter des avantages qui peuvent résulter de la^uste appréciation de ces variations. Veut-on avoir, par exemple , un lait très-léger? après avoir fait choix de la nourriture, on ordonnera la première portion d'une traite faite après un sevrage longtemps prolongé. Pour avoir un lait riche en principes nutritifs, le sevrage, au contraire, devra avoir été Irès-court , et le lait, dans une même traite, récolté le dernier. Ces prescriptions, si elles ont de l'importance, ce que je suis hors d'état d'affirmer, sont assurément d'une exécution facile et pratique.
Je terminerai ce Mémoire en rendant compte de quelques essais entrepris dans le but de découvrir si certaines substances minérales introduites dans la nourriture peuvent passer et se retrouver dans le lait.
On a administré pendant dix jours à une ânesse trente grains d'iodure de polassium ; au bout de ce temps, son lait a été recueilli et évaporé à siccité ; le résidu a été incinéré dans un creuset de platine. La partie soluble dans l'eau, rendue acide par l'acide sulfurique, a donné, au moyen de la dissolution d'amidon et du chlore, une coloration en bleu Irès-scnsible; ce lait renfermait donc de l'iodure de potassium. La médecine pourra tirer un parti avantageux de ce fait, qui n'a rien de surprenant d'ailleurs, car
460 COURS DE JIICROSCOPIE.
propriété laxative; il pourrait être utile chez les cnfauts disposés à la diarrhée, auxquels ou voudrait administrer une nourriture peu substantielle '.
ce corps doit passer dans le lait comme le sel marin qu'on peut y introduire en grande quantité. En elï'et, une ânesse, dans la nourriture de laquelle on mêlait deux cents grammes de sel marin, a fourni un lait contenant assez de cette substance pour présenter une saveur salée, impossible à méconnaître : je dois ajouter que la qualité du lait n'a pas ])aru augmentée par cette addition.
J'ai fait de nombreux essais dans le but de constater la présence du mercure, d'abord dans le lait d'une ânesse qui prenait par jour cinq grains de sublimé corrosif, puis dans le lait d'une chèvre à laquelle on a pu, sans inconvénient, en administrer jusqu'à douze grains. Malgré le soin que j'ai mis à cette recherche et la variété des méthodes que j'ai employées, il m'a été impossible de constater la 2H'ésence du métal que je cherchais. Il ne faudiait pas en conclure assurément qu'il ne s'en trouvait pas dans ces laits, les meilleurs procédés pour en reconnaître de très-faibles quantités laissant beaucoup à désirer.
On fit prendre à une ânesse trente grammes de bicarbonate de soude pendant six jours; au bout de ce temps , son lait fut trouvé très-alcalin; il renfermait io,5 de matières solides. 11 est évident que le carbonate de soude avait agi sur ce lait, car le lait d'ânesse m'a paru constamment acide -.j'ai fait l'expérience sur quinze laits que j'ai essayés au moment même où ils étaient récoltés, afin d'éviter l'influence de l'air, et tous ont rougi sensiblement le papier de touj'uesol.
Ici se termine la tâche que je m'étais imposée ; je m'estimerai heureux si ces essais, tout incomplets qu'ils sont, présentent quelques faits nouveaux aux méditations des physiologistes et des médecins.
E. PÉLIGOT.
{Extrait du Journal des Connaissances me'dico-chirurgicales.)
' J'ai fait beaucoup d'expériences dans le but de trouver un moyen de fdtrer le lait d'une manière à la fois rapide et complète. J'ai combiné la pression avec le choix de substances propres à retenir les globules laiteux. Mais, après bien des tentatives, je suis