RICHESSE ET PAUVRETÉ DU LAIT
INFLUENCE D'uN LAIT PAUVBE.
Un lait pauvre en globules ou en crème est un lait aqueux, qui ne contenant pas en suffisante quantité les éléments véritablement nutritifs, ne procure pas une bonne alimentation à l'enfant, n'entretient passes forces et ne lui fournit pas tout ce qui est nécessaire à son développement. C'est une des causes les plus fréquentes du mauvais résultat de l'allaitement; l'enfant pâtit et végète faute de nourriture , et cette circonstance échappe d'autant plus facilement qu'elle se rencontre très-souvent avec une abondance notable et une bonne apparence extérieure du lait.
La pauvreté des éléments du lait accompagne, il est vrai, dans bien des cas, la rareté de ce fluide ; mais ces deux conditions ne sont pas nécessairement liées l'une h l'autre; on peut voir du lait très-abondant et pauvre, de même qu'il peut être en petite quantité et riche en principes nutritifs. Cette dernière circonstance est moins défavorable à la constitution que la première; avec un lait peu abondant, mais riche et de bonne nature, l'alimentation n'est qu'incomplète, tandis qu'un lait abondant et pauvre détermine des accidents du coté des voies digestives, fatigue les organes en les gorgeant d'une grande quantité de liquide que l'estomac et les intestins ont à digérer sans profit pour la réparation des forces et pour la nutrition. J'ai constaté en mainte occasion la coïncidence de la diarrhée et même le développement du muguet avec la pauvreté du lait des nourrices.
INFLUENCE DE l'eXCÈS DE RICHESSE DU LAIT.
Si le lait peut être trop pauvre en principes solides et nutritifs pour fournir un aliment substantiel à l'enfant, il est un autre état du lait que l'on ne peut appeler une altération , puisqu'il n'est pour ainsi dire que l'exagération d'une bonne qualité, qui offre néanmoins de l'inconvénient dans certaines circonstances : le lait d'une nourrice peut être trop chargé de principes solides, trop riche, trop nourrissant en un mot, relativement à la force de l'enfant, ou plutôt à celle de ses organes digestifs; voici ce que j'ai rencontré et ce que je puis citer à ce sujet : Une jeune femme récemment accouchée avait mis au monde, sans aucun accident, un enfant bien conformé et bien portant; au bout de quelques jours, l'enfant parut souffrir, et ses digestions furent dérangées; ces accidents persistant au delà du terme habituel des coliques qui se manifestent dans la première enfance, on pensa que la mère n'était peut-être pas dans de bonnes conditions pour nourrir, et l'on attribuait à la nature de son lait les mauvaises digestions de l'enfant; il était déjà question de chercher une nourrice, quoique la mère fût dans les meilleures conditions apparentes, et qu'elle eût déjà nourri un premier enfant avec succès ; j'examinai le lait de celte femme, et je lui trouvai tous les caractères du meilleur lait ; seulement je fus frappé de la prodigieuse quantité de ses globules : ils étaient tellement serrés, qu'à peine voyait-on quelques espaces libres entre eux, et partout ils se présentaient sans confusion
RICHESSE ET PAUVRETÉ DU LAIT. 445 ni agglomération; c'est le lait le plus riche que j'aie encore rencontré; d'après cet examen, j'engageai la mère à continuer de nourrir son enfant, en prenant seulement le soin d'éloigner les heui'es de l'allaitement, afin de laisser aux digestions le temps de se faire, et pour diminuer un peu la consistance du lait par son séjour dans les mamelles; cette simple précaution suffît et remplit le but; la nourriture s'est faite avec succès, l'enfant s'est parfaitement élevé, et maintenant il jouit de la meilleure santé
Après avoir examiné le lait chez plusieurs femmes à diverses époques de l'allaitement, je n'ai pas tardé à remarquer que les globules sont, ainsi que je l'ai déjà indiqué, généralement plus gros dans les laits riches que dans les laits pauvres; en outre, il paraît évident qu'en ne tenant compte que de la masse des globules et négligeant quelques globules exceptionnels beaucoup plus gros que les autres, que Ton rencontre dans les laits tout nouveaux, les globules vont en augmentant de volume depuis l'accouchement jusqu'à une certaine époque de l'allaitement; ainsi il y a plus de globules d'une grosseur moyenne, de ^577 millimètre, par exemple, dans un lait de trois mois que dans le même lait lorsqu'il 'n'a que quinze jours; et réciproquement le nombre de très-petits globules est plus considérable à trois semaines de l'accouchement qu'au bout de plu-
' Cette circonstance n'est pas rare, et je la rencontre fréquemment chez les nourrices de la campagne, fortes et vigoureuses, auxquelles on confie des enfants d'une constitution moyenne ou cliétive ; rien n'est plus commun que de voir des enfants trop nourris et qui souffrent de cet excès de nourriture.
sieurs mois. J'ai fait beaucoup de tentatives pour déterminer cet accroissement d'une manière plus exacte, dans l'espoir de pouvoir arriver par ce moyen à connaître Tage du lait ; j'ai essayé de compter sur un micromètre le nombre des globules d'un certain diamètre dans une quantité de ces petits corps pris au hasard , Ou bien j'ai mesuré les plus gros globules, pensant que l'on n'en trouverait d'un certain diamètre que dans le lait d'un certain âge; toutes ces tentatives ont été infructueuses, par la raison quil y a, comme je l'ai dit, dans tous les laits des globules de toutes les dimensions, depuis millimètre environ jusqu'à et plus , et ce n'est que dans la proportion relative des gros et des petits que le lait diffère suivant son âge. Il faudrait donc pouvoir compter un très-grand nombre de globules et les mesurer, afin d'établir cette proportion , et l'on sent que cette opération est tout à fait impossible; en outre, la grosseur des globules n'est pas absolue; elle varie d'une femme à une autre aux mêmes époques; par conséquent, j'ai dû renoncer à toute recherche ultérieure tendant à déterminer l'âge du luit d'après cette règle, et pour le moment je ne vois de possible que la distinction d'un lait de huit à quinze jours au plus d'avec un lait de plusieurs mois, et encore risquerait-on souvent de se tromper
' Il est indispensable pour toutes ces expériences d'opérer sur le lait tout frais , et au moment où il vient d'èlre tiré : si l'on attend que la séparation du sérum et de la crème se soit opérée, si l'on tarde jusqu'à ce que celle-ci soit montée à la surface du liquide, on conçoit que la quantité de globules que l'on trouvera sera bien plus grande dans la crème que dans le sérum ; l'observation ne sera plus nette et distincte : on remédie en partie à cet inconvénient