‹ Cours de microscopie complémentaire des études médicales [electronic resource]Chapitre 18 sur 129 · TRANSFORMATION DES GLOBULES LAITEUX EN GLOBULES SANGUINS · texte numérisé non relu

TRANSFORMATION DES GLOBULES LAITEUX EN GLOBULES SANGUINS

Voici ce que montre l'observation du sang, faite à différentes époques après l'injection du lait.

Au bout de deux heures environ , un grand nombre des globules du lait ne sont déjà plus intacts au milieu des globules sanguins; les plus petits se sont réunis trois à trois, quatre à quatre, et se sont enveloppés, en roulant dans le sang, d'une couche albumineuse qui forme autour d'eux imc vésicule analogue à celle des globules blancs. Les plus gros sont restés seuls, mais on les voit également environnés d'une couche semblable, et bientôt ils se fractionnent au milieu de leur enveloppe; dans cet état, les globules laiteux sont encore reconnaissables, soit par leurs caractères physiques, soit par la manière dont ils se comportent avec les agents chimiques.

Un certain nombre ue sont pas encore modifiés.

Un peu plus tard , la transformation des globules laiteux est plus avancée ; ils ont pris tout à fait l'aspect des globules blancs du sang , et, s'ils n'offraient pas encore une certaine résistance plus prononcée à l'action des agents chimiques, on les confondrait entièrement avec les globules blancs.

Le sang se montre alors très-riche en globules blancs ; mais peu à peu ceux-ci subissent des modifications de plus en plus profondes; leurs globuhns internes s'effacent, se dissolvent dans l'intérieur de la vésicule, le globule s'aplatit, et déjà il présente une très-légère coloration jaunâtre; seulement ils résistent mieux à l'eau et à l'acide acétique que les globules sanguins proprement dits, et c'est par là qu'ils s'en distinguent encore. Énfin, après vingt-quatre heures , ou au plus tard après quarante-huit heures, tout est rentré dans l'état normal; on ne retrouve plus de globules de lait dans le sang; la proportion entre les globules blancs et les globules sanguins, entre les globules imparfaits et les globules parfaits, est revenue ce qu'elle est ordinairement; en un mot, la transformation directe des globules laiteux en globules sanguins est opérée. C'est en effet la conséquence à laquelle je suis arrivé par une série nombreuse d'observations exécutées avec tout le soin dont je suis capable; et si mes sens et mon jugement ne m'ont point trompé, j'aurai établi le fait physiologique de la transformation de certaines substances, et, en particulier du lait, en sang, par le mélange direct de ces substances avec le fluide sanguin. J'ai fait des expériences analogues avec d'autres matières, dont il sera question plus tard.

COUUS DE MlCUOStOl'lE.

Le lait pourrait donc être considéré comme une sorte de chyle, comme du sang imparfaitement élaboré, auquel il ne manquerait, pour ainsi dire, qu'un degré de plus de développement pour devenir du sang parfait. Tel est le rapport physiologique qui unirait ces deux fluides, rapport que d'autres recherches expérimentales sur l'alimentation des jeunes animaux, viendront confirmer plus loin.

Je ne veux pas entrer ici dans le détail de toutes les expériences que j'ai faites avec d'autres substances, dont les unes ont déterminé la mort, et dont les autres ont été bien supportées et assimilées comme le lait luimême; il me suffira de dire que des injections de lait altéré ont tué les animaux dans les veines desquels elles ont été pratiquées, de même que des émulsions faites avec l'eau et le beurre. Quant au choix de l'ordre des vaisseaux sanguins, le résultat a été le même, soit que le lait ait été introduit par les veines ou par les artères; dans les cas où la proportion de liquide injecté était Considérable, on avait le soin de laisser écouler une certaine quantité de sang, afin d'éviter les inconvénients d'une trop grande réplétion du système sanguin.

Une chienne qui allaitait ses petits a été soumise à des expériences du même genre sans aucun accident; un chien auquel j'avais retiré une grande partie de son sang, et auquel j'avais injecté 160 grammes de lait, n'est mort qu'au bout de douze heures.

Peut-on déterminer le point de l'économie où se fait cette transformation des globules blancs en globules sanguins parfaits; en d'autres termes, existe-t-il un organe particulièrement chargé de cette fonction?

L'observation microscopique du sang, au moyen surtout des injections de lait , permettait d'aborder cette question, et je l'ai faite de la manière suivante :

Deux heures environ après l'injection, des lapins, des chiens , des oiseaux , etc. , ont été ouverts ; j'ai recueilli le sang dans les divers organes, dans le poumon, dans le foie, la rate; partout j'ai trouvé le sang dans l'état que j'ai décrit plus haut, contenant un certain nombre de globules blancs à tous les degrés de formation , et des globules rouges plus ou moins parfaits ; toutefois, la rate m'a offert des circonstances particulières si déterminées et si constantes, que je dois les mentionner, et que, peut-être, éclaireront-elles enfin sur les véritables fonctions de cet organe, si longtemps et si vainement cherchées. Je n'ose me flatter d'avoir complètement résolu ce problème, et ce n'est qu'avec réserve que je m'exprimerai à cet égard.

Le sang contenu dans les gros vaisseaux de la raté n'offre rien de très-remarquable; mais en exprimant celui qui est renfermé et comme combiné au tissu de cet organe, on lui trouve une composition bien digne de fixer l'attention. En effet, ce sang est tePIe^ ment riche en globules blancs, que le nombre de ceuxci l'emporte presque sur celui des globules sanguins parfaits; mais en outre les globules blancs y sont, d'une manière évidente, à tous les degrés de formation et de développement, et l'examen de ce sang ne me semble plus laisser aucun doute sur la transition que j'ai indiquée plus haut des globules blancs aux globules rouges, et sur les phases successives par oii passent les globules blancs pour parvenir à l'état de globules sanguins par-

COURS DE MlCKOSCOl'li;.

faits. Ce phénomène est surtout frappant après Ii;s injections de lait, et pendant le travail qui se fait dans l'espace de vingt-quatre heures , pour transformer l'immense quantité de globules laiteux en globules sanguins. On ne peut pas s'empêcher de croire que ce ne soit là réellement le point, le laboratoire, si on peut dire ainsi, où s'opère cette transmutation , et que la rate ne soit le véritable organe de cette importante fonction. Mais je conçois combien de semblables faits, et combien la théorie qui en résulte, auraient besoin d'être confirmés par les recherches d'autres observateurs pour être déiinitivement adoptés avec confiance.

FIN DES GLOBULES SANGUINS

J'ai dû aller plus loin encore dans la voie que je viens de parcourir et me demander, après avoir établi l'ori- ^\ne et le mode de formation des globules sanguins, ce que deviennent les globules sanguins eux-mêmes , quels sont les usages, quel est le but et quelle est la fin de ces petites particules organisées? Sont-elles le dernier terme d'organisation du fluide sanguin, et vont-elles, ainsi qu'on l'a imaginé, constituer les différents organes, par leur réunion, par leur fusion, en subissant d'autres transformations?

Je suis loin de partager cette opinion; mais je conviens qu'il ne m'est pas donné d'appuyer celle que je vais énoncer sur des faits positifs et directement observés ; à défaut des expériences directes que cette investigation ne me semble pas comporter, ou que du moins je n'ai pas encore imaginées , passons en revue

DES GLOBULES BLANCS, ETC. 101 des considérations dont l'ensemble aura du moins quelque poids.

Avec quelque soin que l'on observe la circulation du sang, dans les organes et chez les animaux qui se prêtent à cet examen , que ce soit dans le système artériel, dans le réseau capillaire, ou dans les veines proprement dites, que ce soit même dans l'intérieur des organes sécréteurs , ainsi que je parviens à le faire avec tant de netteté dans les follicules muqueux de la langue des grenouilles , nulle part on ne voit les globules sanguins sortir des vaisseaux, ni s'épancher au dehors, pour aller se combiner aux tissus et aux différents organes qu'ils traversent; arrivant directement du cœur par les troncs artériels, on peut les suivre dans tout le cours du cercle circulatoire qu'ils accomplissent, au sein d'un organe d'une richesse vasculaire excessive comme la langue, et qui contient à peu près tous les éléments anatomiques, tous les systèmes organiques, tels que membranes, muscles, nerfs, tissu cellulaire, organes sécréteurs réduits à leur plus simple structure (follicules muqueux), etc.; on- les voit revenir par les veinules, par les veines de plus eu plus grosses , à mesure qu'elles s'anastomosent, et dans aucun point on n'aperçoit aucune solution de continuité par où des globules aussi volumineux que ceux du sang des reptiles puissent s'échapper.

Il se fait, au contraire, à travers les parois des vaisseaux et dans l'intérieur des glandes, une transsudation de liquide dont on peut facilement s'assurer, en essuyant la partie dans laquelle on observe la circulation , et particulièrement le point correspondant à un follicule;

102 COURS DE MlCnOSCOPIE.

on ne tarde pas à lo voii- se recouvrir d'im nouveau fluide plus ou moins visqueux. C'est de cette manière que le sang me paraît porter, dans tous les points de l'organisme, les matériaux propres à constituer les organes, et à fournir le produit des diverses sécrétions. C'est ainsi que se forment les organes, qu'ils assimilent les éléments qui leur conviennent, par un mécanisme et par une faculté à la vérité complètement inconnus dans l'état actuel de la science 5 le fluide qui trans— fiude est le véritable fluide organisateur, allgemeiner hildungsflÏLssigkeit. C'est par transsudation de la parlie fluide du sang, et non par la sortie des parties concrètes, des globules sanguins, que l'organisation s'opère.

Les globules ne sont donc pas l'élément véritablement essentiel du sang, en ce sens qu'ils n'expriment pas le plus haut degré de formation et d'élaboration de ce liquide; ils ne sont pas le dernier terme où parvienne ce fluide avant d'aller constituer les organes; ce n'est qu'un état intermédiaire par où passe le fluide sanguin, avant d'arriver à son état parfait, et avant de posséder l'éminente faculté qui en fait l'agent général de l'organisation.

Nous devons donc nous demander ce que deviennent les globules sanguins proprement dits, lorsqu'ils ont accompli toutes leurs transformations , et qu'ils sont arrivés au dernier terme de leur développement?

Ici, encore une fois, l'observation directe manque; mais d'après les faits que nous venons de passer en revue, on ne peut concevoir d'autre changement que leur dissolution ; c'est là, en effet, suivant moi, ledcr-

DES GLOBULES BLANCS, ETC. 103 nier terme et la fin de leur évolution. Les globules se dissolvent dans le sang lorsqu'ils ont subi leurs différentes mutations, et quand ils sont suffisamment élaborés; ils constituent ainsi le fluide organisateur dans lequel se trouve l'élément spontanément coagulable, la fibrine et les autres matériaux de l'organisation.

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