DU PUS
Il y a une telle analogie entre les caractères microscopiques du mucus et ceux du pus , que ces deux substances se confondent ensemble considérées de cette manière ; les globules du mucus sont tellement semblables à ceux du pus, par leurs caractères pbysiques, leur structure et leur composition apparente, qu'il n'est pas possible , quoi qu'en aient dit plusieurs observateurs, et en particulier M. Gueterbock, de Berlin, dont j'estime d'ailleurs beaucoup le travail sur le pus, de les distinguer les uns des autres; ce qui ne veut pas dire que le mucus soit la même chose que le pus , ni que nous prétendions assimiler ces deux matières l'une à l'autre; il y a de notables différences entre elles, et le médecin ne doit pas plus les confondre que s'il s'agissait du lait et du sang. Mais ce n'est pas par l'élément microscopique que le mucus et le pus diffèrent; il y a autre chose que les particules solides dans le pus; ce liquide se compose de deux parties essentielles et distinctes, les particules concrètes, organisées, que nous désignons sous le nom de globules, et le fluide dans lequel elles nagent; or, c'est le fluide qui constitue l'élément principal du pus; c'est en lui que résident les principes qui le caractérisent et qui le séparent du mucus; ce fluide, il est vrai, échappe à l'observation microscopique, comme tous les fluides, l'inspection optique ne s'appliquant qu'aux caractères physiques des particules concrètes et limitées. Dans le mucus et dans le pus on ne voit au microscope que
1'» COURS DE MlCROSCOl'IE.
l'élément globuleux , de même que dans le lait et dans le sang on n'aperçoit que les globules. Le liquide n'ayant ni forme ni limite, et ne réfractant pas la lumière dans un point autrement que dans l'autre, ne tombe pas sous le sens de la vue. De ce que les globules sont identiques, ou paraissent tels, il ne s'ensuit donc pas que les matières ne soient pas essentiellement distinctes, mais la distinction ne peut pas être faite au microscope.
Cette similitude entre les globules muqueux et purulents est un fait digne de remarque, d'abord sous le point de vue de l'analyse microscopique, et en second lieu sous le point de vue pbysiologique. On voit combien l'analyse microscopique est incertaine lorsqu'il s'agit de discerner l'élément purulent au milieu de l'élément muqueux, et de déterminer si une petite quantité de pus est mêlée h du mucus. Pour moi je ne crains pas d'avouer, qu'après Une étude appi'ofondie du sujet, je ne suis encore parvenu à aucun moyen certain pour distinguer un globule de mucus d'un globule de pus, et que je n'ai même aucune confiance dans les caractères qui ont été indiqués par certains observateurs. Il faut bien s'entendre dans cette question : je ne veux pas dire que le mucus et le pus ne se reconnaissent pas facilement à leurs caractères extérieurs, aux caractères que j'appelle cliniques et qui sont familiers aux praticiens; mais ces caractères n'apparaissent que sur ime certaine quantité de matière, et alors le médecin n'a pas besoin d'appeler le microscope à son aide; il est certain qu'il ne confondra jamais une masse de pus avec une masse de mucus; la difficulté ne commence
PUS. 179 que lorsqu'il s'agit de minimes quantités, lorsqu'on soupçonne des traces de pus dans une matière muqueuse, et c'est alors que le microscope serait précieux pour reconnaître un globule purulent h coté d'un globule muqueux ; mais c'est précisément ce que nous ne pouvons pas faire, et je le dis sans hésiter, comme je proclamerai ailleurs avec confiance l'excellence du microscope. On peut , à la vérité, à l'aide de quelques circonstances accessoires , arriver à un degré plus ou moins grand de probabilité; les globules purulents ne présentent pas tout à fait l'aspect général des globules muqueux; ceux-ci, par exemple, sont ordinairement liés entre eux par une substance visqueuse, tandis que les premiers, libres et détachés, roulent isolément sur la lame de verre, dans le liquide où ils sont plongés. Cette circonstance et quelques nuances analogues peuvent aider l'observateur exercé à former son jugement. Dans l'examen des sédiments de l'urine, cette disposition n'est pas entièrement inutile à considérer; mais ce n'est là qu'un cai'actère incertain et qui ne peut inspirer qu'une médiocre confiance.
On peut s'étonner au premier abord d'une analogie aussi grande entre des produits de nature et d'origine si diverses; mais cette analogie s'explique et se conçoit facilement dans les deux hypothèses suivantes :
Dans l'une de ces hypothèses, on considère le globule muqueux comme réellement identique avec le globule purulent ; il n'y aurait qu'une seule espèce de globule de cette nature, et cette espèce appartiendrait dans tous les cas à la sécrétion purulente; le mucus dans son état normal et dans son intégrité parfaite, ne con-