DU PUS DANS LE SANG
îl n'est pas de sujet qui ait été plus étudié que cC-' lui-ci, et j'y suis revenu pour ma part un grand nombre do fois; il n'en est pas, qui soit plus important, ni qui mérite à un plus haut degré l'attention du physiologiste et du médecin ; mais malheureusement il n'est pas non plus de question moins avancée, quant aux moyens de reconnaître la présence du pus dans le sang, de constater le mélange des globules purulents avec les globules sanguins; vingt fois j'ai cru le problème cclairci au point d'être résolu, et toujours, après un examen plus approfondi , j'ai dû renoncer à l'espoir de vaincre la difficulté que présente ce sujet; et c'est qu'en effet la difficulté est telle, elle est tellement inhérente à la constitution même des deux substances qu'il s'agit d'analyser, qu'elle paraît de plus en plus insurmontable, à mesure que l'on connaît mieux la matière.
Ici encore, il faut bien poser la question; il né s'agit pas seulement de l'existence du pus en nature , réuni en masse au sein d'un caillot sanguin , comme en un foyer phlegmoneux ; la détermination d'un cas semblable demande assurément que l'on y regarde de près et qu'on ne se prononce qu'avec une grande réserve ; je ne doute pas que, plus d'une fois, une apparence plus ou moins trompeuse n'ait induit en erreur, et que du sang modifié par quelque circonstance accidentelle
n'ait été pris pour du pus ; on ne saurait donc s'environner de trop de lumières, ni apporter trop de soin dans l'examen de la matière. L'inspection microscopique, surtout, ne doit pas être négligée; elle offre plus de ressources que tout autre procédé d'analyse pour un sujet semblable, mais encore faut-il, même avec ce moyen , se tenir soigneusement en garde contre une circonstance qui apporte une grande confusion dans cette recherche, et qui a été la source de beaucoup d'illusions et d'erreurs. Cette circonstance n'est autre que l'existence des globules que nous avons décrits sous le nom de globules blancs du sang, dont la structure et la composition , les caractères physiques et chimiques sont tellement semblables aux caractères physiques et chimiques des globules purulents, qu'il me paraît jusqu'ici impossible de les distinguer les uns des autres. Ce problème est d'autant plus difficile si ce n'est insoluble, que les globules blancs du sang indépendamment de leur similitude avec les globules du pus, peuvent se présenter en si grand nombre dans le sang, par suite de phénomènes morbides que nous avons indiqués en parlant du fluide sanguin , qu'il semblerait que des globules étrangers se sont introduits dans ce liquide, et que l'on ne saurait attribuer leur présence à une autre cause qu'au mélange du pus.
Mais s'il est difficile de décider la question lorsqu'il s'agit d'une collection de matière d'apparence purulente, située au centre d'un caillot, combien le problème n'est-il pas encore plus obscur lorsqu'on entreprend de rechercher le pus mêlé au sang pendant la vie, et de distinguer des globules purulents à côté des
globules blancs naturellement mêlés au sang et qui leur ressemblent à tous égards? Je répète que dans certains cas indiqués plus haut, j'ai trouvé dans le sang un si grand nombre de globules blancs, et de globules blancs si parfaitement comparables aux globules purulents, qu'il m'était impossible de les en distinguer, et que j'aurais cru avoir affaire à un cas de résorption purulente, si l'ensemble des symptômes morbides et si l'examen cadavérique ultérieur, ne m'eussent forcé de rejeter entièrement cette idée. Je ne sais si, dans le cas oiije tomberais sur un sang réellement purulent, il ne m'apparaîtrait pas des caractères que je ne soupçonne pas et qui trancheraient la question; peut-être l'obstacle que je signale ne tient-il, pour moi, qu'à ce que je n'ai pas encore eu l'occasion d'examiner un sang vraiment altéré par le pus ; mais ce que je puis affirmer, c'est que j'ai plusieurs fols rencontré dans le sang de malades, des proportions considérables de globules ayant tous les caractères des globules de pus, et que j'aurais infailliblement considérés comme tels, si je n'avais pas connu d'une part, la grande analogie de structure et de forme des globules purulents avec les globules blancs du sang; et de l'autre si la nature de la maladie et l'autopsie n'avaient pas éloigné toute idée de pus circulant avec le sang.
L'analogie devient encore plus frappante entre les globules blancs et les globules purulents, lorsqu'on examine le sang altéré par son séjour en dehors des vaisseaux, ou par un commencement de putréfaction cadavérique ; on trouve alors les globules blancs réunis en masses et par plaques , simulant à un si haut point
la matière purulente, qu'il faut être averti par une expérience répétée pour ne pas se laisser aller à l'illusion la plus complète.
Je dirai peu de chose des différentes espèces de pus, attendu que les notions que nous possédons à cet égard sont peu étendues ; quant au mélange du pus avec les différents fluides sécrétés de l'économie, ce point, d'un grand intérêt pour le diagnostic et pour la pratique, trouvera plus convenablement sa place lorsque nous traiterons de ces différents fluides, tels que l'urine, le lait, etc.; l'analyse des produits morbides appartenant à ces liquides est le véritable triomphe de la microscopie.
Nous connaissons les caractères microscopiques du pus phlegmoneux que nous avons pris pour type de nos descriptions ; nous voudrions pouvoir donner, ainsi qu'on a souvent essayé de le faire, des caractères également nets et précis pour distinguer le pus tuberculeux, le pus cancéreux, etc.; mais ici encore nous n'hésiterons pas à avouer notre impuissance, quoique, tout récemment , un observateur, pour lequel nous avons une grande estime, ait énoncé des moyens qu'il considère comme suffisants pour reconnaître ces différentes espèces de pus ; nous citerons volontiers la description du docteur Lcbert ' ; mais nous dirons que,
' « Lés tubercules, dit le clocleur Lebeit dans une note qu'il a remise à M. Louis, pour la dernière édition de son ouvrage (^echerches sur la PJiihisie, i" édition, Paris, i843, pag. vde la préface), ont des éléments microscopiques qui leur sont propres, et les distinguent de toutes les autres productions morbides ; ils suivent en cela la loi générale, qui veut que tout ce qui est réellement différent en pathologie le soit aussi dans la composition moléculaire.
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aaiis contester eu rien la vérité des faits sur lesquels il s'appuie, nous doutons que, dans la pratique, il fût
« Les tubercules contiennent une grande quantité de globules moléculaires, dont le diamèU-e varie de 1/800 à 1/400 de millimètre, une substance hyaline qui lie leurs éléments, et une espèce de corpuscules qui leur donne un caractère particulier. Ces corpuscules ont une forme irrégulière, anguleuse, un diamètre qui varie de i/ioo à i/i5o de millimètre, et un contour ordinairement très-tranché. Leur intérieur est jaunâtre, un peu opalin, et contient souvent un plus ou moins grand nombre de granules moléculaires distribués dans sa substance; jamais on n'y trouve de véritables noyaux, qui sont si ordinaii-es dans les globules cancéreux, et si constants dans les globules du pus. L'acide acétique , qui rend ces derniers transparents en y montrant des noyaux d'une manière bien nette, rend aussi les coi-puscules tuberculeux plus transparents, sans y faire voir de véritables noyaux. Si l'on étend ces corpuscules de la matière tuberculeuse d'une quantité d'eau assez considérable pour les y faire nager, on reconnaît qu'au lieu d'être aplatis comme les globules du pus et du cancer, leur forme se rapproche de celle d'une sphère irrégulièrement polyédrique. Ils sont d'ailleurs si nombreux ordinairement, ils offrent dans les meilleures préparations microscopiques tant de couches superposées, qu'il faut les avoir souvent observés, et avec des grossissements à la fois nets et forts, de quatre à cinq cents diamètres par exemple , pour en avoir une idée nette, pour s'en faire une image exacte et les retrouver dans tous les tubercules. Le pus a souvent été signalé comme le point de départ du. tubercule , et même il a été confondu à l'état concret, avec la matière tuberculeuse; "mais il en diffère essentiellement.
« .... Le tubercule ne diffère pas moins du cancer que du pus, même dans les cas où l'œil ne voit que de la ressemblance entre eux. Les principaux éléments du cancer sont des fdores et des globules. Ceux-ci varient suivant les espèces, sont plus grands que les corpuscules tuberculeux, ont des contours non anguleux, contiennent presque tous des noyaux , et présentent souvent un véritable emboîtement. Leur diamètre varie de 1/180 à 1/40 de millimètre, et, dans quelques cas, ce diamètre est encore plus grand. Les corpuscules tuberculeux n'atteignent jamais le ininimian de celle dimension. Le squirrhe offre luie trame fibreuse, dense, ir-
-"0 COURS DE MTCUOSCOPIE.
possible de se fier à de tels caractères , pour affîi-iner, sans autre renseignement, que telle substance est du tubercule ramolli, et que telle autre appartient à la suppuration cancéreuse ; pour apprécier la valeur de semblables caractères, il faut les appliquer sans savoir d'avance sur quelle matière on opère, et prononcer d'après la seule inspection microscopique ; toute autre manière de faire l'épreuve est incertaine et trompeuse; et nous doutons que M. Lebert pût arriver sûrement à la vérité, sans autres renseignements que ceux qu'il puise dans les caractères des globulins, dans leur différence de grosseur, etc.
régulière ou rétiforme, entre les mailles de laquelle se trouvent des globules ronds ou légèrement ovalaires, ayant jusqu'à i/5o de millimètre, contenant ordinairement un noyau rond, ovale ou irrégulier. Ils sont aplatis, peu sphériques, et beaucoup de leurs noyaux sont libres, sans membrane d'enveloppe. Quelquefois les globules s'allongent, sont fusiformes, et ont une forme qui tient le milieu entre les globules et les fibres. — Les globules du cancer alvéolaire diffèrent davantage encore des corpuscules tuberculeux. Leur diamètre varie entre 1/60 et i/5o de millimètre; ils contiennent un noyau de 1/160 à 1/120 de millimètre, à l'intérieur duquel sont encore des granules. Ils sont aplatis et finement ponctués à leur surface. On trouve en outre dans cette espèce de cancer, des globules qui ont jusqu'à 1/16 de millimètre de diamètre, composés de globules, emboîtés concentriquement les ims dans les autres. Les globules du cancer ence'phaloïde n'offrent pas moins de difîerence; ils ont de 5 à 7/400 de millimètre, contiennent, un, deux, rarement trois petits noyaux de i à 2/400 de millimètre, placés ordinairement à la circonférence, ronds ou ovales; leur couleur est pille, leur surface est bomogène. Les noyaux ont des contours nettement dessinés. Quelques globules ont une membrane d'enveloppe , et paraissent contenus dans un plus grand globule dont le diamètre atteint alors i/5o de millimètre.»