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PUS DE LA BLENNORRHAGIE, DES CHANCRES ET DES BUBONS

Je me bornerai donc , dans l'état actuel de la science, et malgré les recherches pubhées sur ce sujet par M. Gluge, par M. Gruby et par d'autres, à dire en peu de mots, à propos de quelques espèces de pus spéciales , que le pus de la blennorrhagie urétrale ou vaginale ne diffère en rien , au microscope , du pus d'un phlegmon ordinaire; que le pus des ulcérations syphilitiques primitives , des chancres , lorsqu'ils n'ont pas été traités par des applications topiques contient des vibrions nombreux et d'une grande ténuité {fig. 40)7 le pus de la simple balanite présente les mêmes animalcules, tandis qu'on ne les rencontre pas dans le pus des chancres secondaires, pas même dans celui des bubons , qui , d'après les expériences de M. Rlcord, est susceptible de donner naissance à un chancre par inoculation. Que conclure de ces différents faits, si ce n'est que la présence de cet infusoire paraît être purement accidentelle et sans aucun rapport avec la nature même de la maladie

' Il serait curieux de voir si ces animalcules disparaîtraient sous l'influence d'un traitement général spécifique , de l'administration du mercure à l'intérieur, par exemple, sans aucune application externe.

* Voici comment je m'exprimais relativement au pus des chancres et des bubons syphilitiques, dans un Mémoire sur le mucus et le pus, publié en iSSy :

« Ce pus offre généralement des globules moins nets et moins réguliers dans leurs formes que le pus phlegmoneux ordinaire, et surtout le liquide dans lequel ils nagent contient des parcelles étrangères, comme si un certain nombre des globules s'étaient dissous, et que leurs débris fussent répandus dans le liquide. '

« Ces particules étrangères doimenl à l'imago un aspect peu uet, pointillé, comme parsemé de petites granulations. On dii-ait, et c'est ce qui rend mieux ce que je clierclie à faire comprendre, qu'une poussière très-fine est mêlée aux globules eux-mêmes.

« Eu poursuivant attentivement l'examen microscopique, on découvre de notal)les différences, suivant la nature des ulcères d'où provient le pus.

« Dans les chancres situés sur le gland , ou entre le prépuce et le gland , le pus m'a toujours offert un grand nombre d'animalcules ayant la forme des vibrions décrits par MiUler sous le nom de vibrio lineola. Je n'avais pas, au premier abord, attaché d'importance à la présence de ces vibrions qui sont si communs, et qui se multiplient avec tant de rapidité dans les matières animales en putréfaction, et dans une foule d'infusions; je n'avais, il est vrai , remarqtié rien de semblable dans les autres espèces de pus que j'ai soumises à l'inspection microscopique; mais je pensais que la présence de ces animalcules dans le pus, comme celui dont nous jjarlons, qui est soumis au contact de l'air, n'avait rien de particulier ; ce n'est qu'après avoir recherché en vain les mêmes petits vers dans des pus provenant de différentes plaies, dans des pus fétides, altérés par les influences de l'air, que ce caractère particulier de la sécrétion purulente des chancres du gland a frappé mon attention. Ainsi j'ai eu à ma disposition du pus infect, fourni par une plaie du col, à la suite d'une opération pratiquée par M. Velpeau ; ce pus était profondément altéré, les globules étaient en partie dissous, et cependant il ne contenait pas de vibrions. Le pus grisâtre des ulcères situés sur toute autre jiartie du corps ne m'a pas non plus offert d'animalcules ; la putréfaction elle-même n'en développe que très-lentement dans le pus conservé, même pendant les chaleurs de l'été; ainsi, tandis qu'au bout de deux jours il existe déjà un grand nombre de vibrions dans du sang exposé à l'air, le pus n'en présente pas encore ordinairement après six ou huit jours. Enfin, ayant rencontré des vibrions dans le pus pris chez la femme dans les mêmes circonstances , c'est-à-dire dans le cas de chancres à la vulve , j'ai pensé que ce fait méritait attention.

« Les animalcules en question sont-ils caractéristiques du virus syphilitique, ou du moins jouent-ils un rôle dans la transmission des affections vénériennes , et particulièrement dans la production du chancre ? Telle est la question qui se présente la première à l'esprit.

« La tendance à expliquer la propagation des maladies conta-

gicuses par l'existence de certains animalcules chargés d'un principe dclctôre, est comme on sait très-générale; mais il ne s'agit pas ici de l'aire une théorie plus ou moins ingénieuse et séduisante, et je vais me borner à rechercher les circonstances dans lesquelles se produisent les vibrions ; j'exposerai les faits tels qu'ils se sont présentés, et s'il n'en résulte pas que les animalcules sont les agents de l'infection syphilitique, enverra du moins combien les chancres sont favoi-ables à leur développement, combien l'élément vénérien paraît nécessaire à leur existence, et peut-être sera-t-on, comme moi , porté à croire qu'ils ne sont pas tout à fait indifférents dans la contagion. Dans tous les cas, et indépendamment de la question médicale, ces animalcules seront intéressants à considérer sous le rapport de leur histoire naturelle.

« J'ai di\ commencer par étudier le pus des ulcères syphilitiques situés ailleurs que sur le gland et à la vulve; ainsi que je l'ai dit, je n'y ai rencontré d'animalcules d'aucune espèce, excepté une seule fois dans le pus d'un ulcère de la jambe, chez une femme infectée de la maladie vénérienne; cet ulcère, d'un fond livide, offrait les principaux caractères de la pourriture d'hôpital ; il s'en écoulait une matière très-fétide qui, examinée au microscope, présentait une multitude de vibrions.

« Le pus des bubons de l'aine, chez les vénériens affectés de chancres, ne m'a non plus jamais offert de ces animalcules à quelque période que ce fût de leur suppuration; ce pus est, comme l'on sait, visqueux, fdant, et souvent grisâtre; il n'a pas l'apparence du pus phlegmoneux, louable, qui est blanc, crémeux et sans ténacité. Son aspect microscopique ne présente rien de particulier; il se compose de globules semblables à ceux du pus ordinaire. Je reviendrai sur l'absence d'animalcules dans ce pus, à l'occasion de l'inoculation.

« C'est donc seulement dans le pus sécrété autour du gland qu'il existe des vibrions; c'est \k qu'on les voit par milliei'S et conslamnient, s'ils n'ont pas été détruits par des injections ou des caustiques; mais on ne les trouve pas seulement lorsqu'il y a des chancres bien déterminés. Dans certains cas désignés par les praticiens sous le nom de balanites, on rencontre les mêmes animalcules; mais la balanite est souvent vénérienne, et même il n'est pas rare de ti ■ouver de petits chancres à la face interne du prépuce en même temps que l'inflammation du gland. La ligne de démarcation ne paraît pas toujours facile à établir entre la simple balanite et les érosions plus ou moins profondes qui constituent le chancre ; la limite

entre ce qui est ou ce qui n'est pas syphilitique n'est pas encore nettement posée pour tous les cas, en dépit des recherches et même des expériences tentées à l'aide des inoculations. Les laits suivants serviront peut-être à éclairer un point de cette importante question.

« S'il était démontré qu'il ne se produisît de vibrions dans le pus sécrété autour du gland, que lorsque cette suppuration est d'origine syphilitique, si l'élément vénérien était nécessaii-e dans cette circonstance au développement de ces animalcules, leur présence offrirait un moyen de diagnostic précieux qu'il ne faudrait certainement pas négliger.

« Avant tout , il fallait rechercher si l'existence des vibrions ne tenait pas au lieu où se fait la suppuration, plutôt qu'à la nature même du pus. On sait en effet que la matière sébacée, que sécrètent les follicules situés à la base du gland , donne aux écoulements de cette partie des propriétés particulières caractérisées surtout par une odeur âcre et repoussante; ne serait-ce pas le mélange de cette humeur avec le pus qui favoriserait la production des animalcules, et ne trouverait-on pas de ces vibrions dans la matière sébacée même à l'état normal ?

« J'ai soumis au microscope cette matière prise chez des individus non vénériens, et je n'y ai pas trouvé d'animalcules; mais afin de favoriser autant que possible leur développement, je me suis déterminé à exciter sur le gland d'un individu sain, et n'ayant jamais eu d'affection syphilitique, une suppuration artificielle, si je puis dire ainsi , au moyen d'un vésicatoire ; un petit emplâtre vésicant a donc été appliqué dans la gouttière située à la base du gland, au lieu où siègent de préférence les chancres; la vésicule étant formée, l'épithélium a été enlevé, et une suppuration assez abondante s'est établie pendant huit jours sans le secours d'aucune pommade excitante; il existait donc là une blennorrhée, et même une ulcération, qui ne se distinguait d'un véritable chancre que par ses bords unis et non taillés à pic; cette plaie était d'ailleurs presque sans douleur ; le pus a été examiné tous les jours avec le plus grand soin, et jamais il ne m'a été possible d'y découvrir aucune trace d'animalcules ; il se composait de globules comme le pus ordinaire, et pas un seiU vibrion ne s'est montré nageant dans le liquide où étaient suspendus ces globules ; ce pus ne différait pourtant de celui des chancres ni par le lieu d'où il provenait, ni par ses propriétés physiques apparentes ; il n'en différait que par la cause qui avait produit l'ulcération; en un mot, il était privé de

l'élément sypliilit-ique : aussi quelques lotions d'eau blanche outcUes suffi pour déterminer promptement la cicatrisation de la petite plaie. Ne serait-on pas, d'après cela, moins disposé maintenant à se moquer de l'opinion de feu CuUerier, qui croyait à l'existence d'animalcules particuliers dans les ulcères syphilitiques?

« Pour savoir si les animalcules pouvaient se propager sur im autre point du corps que le gland, du pus de chancre, dans lequel on avait constaté la présence des vibrions, a été inoculé sur la cuisse du malade qui avait fourni le pusj le surlendemain il existait une pustule remplie d'un liquide séro-purulent contenant une grande quantité des mêmes vibrions; à la pustule a succédé une ulcération dont on a arrêté les progrès par la cautérisation. Il est donc évident, d'après cette expérience, que les vibrions dont il s'agit peuvent se propager ailleurs que sur le gland.

« Je n'ai pas poursuivi ces expériences (et je profite de l'occasion pour le dire), parce que je suis loin de les regarder comme tout à fait innocentes et légitimes; ainsi, dans le cas qui vient d'être rapporté, l'inoculation a déterminé un abcès douloureux et assez considérable, accompagné de fièvre pendant deux jours; mais indépendamment de cet accident particulier qui survient très-rarement, peut-on affirmer qu'il n'y ait aucun inconvénient à multiplier les points d'infection sur le corps, et tout est-il fini quand on a arrêté la marche de l'ulcération par la cautérisation? C'est aux hommes instruits et consciencieux qui pratiquent chaque jour ces expériences dans les hôpitaux, à résoudre cette grave question; quant à moi, tout ce qui tient à l'infection syphilitique me paraît encore environné de trop d'obscurité pour me livrer sans scrupule à ce genre d'investigation. »

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