SALIVE
La salive , telle qu'elle se trouve dans la bouche , n'est pas un liquide simple; elle est toujours mêlée à luie plus ou moins grande quantité de mucus buccal , et c'est à cette circonstance qu'il faut attribuer la diversité des opinions énoncées par les physiologistes et les chimistes sur la réaction chimique de ce fluide; les uns disent que la salive est acide, d'autres qu'elle est alcaline, d'autres enfin qu'elle est neutre, ou tantôt acide et tantôt alcaline. Le caractère chimique de la salive , ou plutôt du fluide buccal , dépend de la plus ou moins grande proportion de mucus de la bouche qu'il contient. La salive est alcaline dans l'état normal, mais le mucus sécrété par la membrane muqueuse de la bouche étant acide, il eu résulte que, suivant que ce mucus est en petite quantité ou bien au contraire en excès, le caractère chimique de la salive se manifeste, ou bien est masqué par celui du mucus ; si donc on essaie la salive , au moment où une grande quantité de mucus buccal est amassée dans la bouche, comme le matin par exemple chez beaucoup de personnes, on la trouve acide; mais alors c'est le mucus qui réagit et non la salive elle-même. Si, au contraire, on attend que la bouche soit net-
FLUIDES SÉCUÉTJÎS l'KOPUEAlENT DITS. 209
toyco et la sécrétion salivairc excitée par la mastication , on reconnaît la véritable réaction de la salive, qui est alcaline chez les personnes bien portantes. Il pourra arriver que le fluide buccal ne soit ni alcalin , ni acide , c'est-à-dire qu'il soit neutre, si le mucus n'est pas en grand excès , mais dans une proportion précisément suffisante pour neutraliser l'alcalinité de la salive; et enfin on trouvera le fluide buccal acide ou alcalin chez le même individu, suivant que l'on appliquera le papier réactif sur tel ou tel point de la bouche, sur la langue par exemple où le mucus s'amasse eu plus grande quantité ou sous la langue où la salive domine.
On voit donc que lorsqu'on veut s'assurer des véritables propriétés chimiques de la salive, il faut commencer par nettoyer la bouche pour enlever le mucus buccal et attendre qu'une nouvelle portion de salive arrive pure et sans mélange; on trouvera alors, ainsi que nous l'avons dit, que la salive est alcaline dans l'état physiologique. Mais ce caractère peut changer sous l'influence de certaines affections morbides; d'alcaline, la salive peut devenir neutre, ou même franchement acide, ainsi que je l'ai souvent rencontrée; c'est surtout dans les cas d'affection de l'estomac et des voies digestives que cette modification se présente. J'ai trouvé la salive acide (voyez mon Traité spécial de la Salive ' ) chez des malades atteints d'une inflammation de l'estomac , de gastrite, et elle se montre fré- ([ucnnnent avec ce même caractère chez les enfants
* Hisioirephysiologif/ue cL palhologique de la Salive. Paris, i856.
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affectes de nuigiiet; on voit la salive revenir à son caractère normal, à mesure que lu maladie s'éloigne et que la santé se rétablit.
Le caractère chimique de la salive n'a pas seulement de l'intérêt sous le rapport de la physiologie et de la pathologie des voies digcstivcs, il est digne d'attention sous le point de vue de l'altération des dents; il est très-probable en cifet que l'acidité de ce fluide n'est pas sans influence sur la carie générale des dents qui se manifeste si souvent , surtout dans la jeunesse , chez les personnes affectées de gastrite chronique
Le mélange du mucus buccal dans la salive, se reconnaît au microscope, à la présence des cellules d'épithélium; de même que pour la sueur, ces lamelles ne font qu'accidentellement partie du fluide; elles sont dues à la desquamation de l'épithélium de la muqueuse buccale.
Comme pour la sueur, nous dirons que l'on pourrait se servir du microscope pour étudier les modifications de la salive au moyen des cristallisations qui se produisent par l evaporatiou de ce liquide sur une lame de verre; dans l'état normal, l'évaporation de la salive donne lieu à une belle cristallisation qui rappelle les formes du sel ammoniac {fig. 40 5 c'était à ce caractère qu'un observateur habile, M. Lebaillif, reconnaissait si l'on était à jeun ou si l'on avait mangé, et qu'il s'amusait à dire aux personnes qui venaient le visiter le matin, si elles avaient ou non déjeuné. En effet, la salive du matin avant que la sécrétion n'ait
■ Un dentiste très-liabilc, M. Regnart, a publié des observations iiilérossantcs à ce sujet.
FLDIDES SÉCRÉTÉS PROPREMENT DITS. 211 été excitée par les aliments, est mêlée d'iiuc grande quantité de mucus buccal qui se i-ecounaît à ses lamelles épitliéliales, et qui trouble la cristallisation élégante et régulière des sels de ce fluide.