‹ Cours de microscopie complémentaire des études médicales [electronic resource]Chapitre 61 sur 129 · LAIT · texte numérisé non relu

LAIT

Existe-t-il des urines réellement laiteuses ? A en croire les observations rapportées parles auteurs, nonseulement il existerait des urines de cette espèce, mais les exemples seraient loin d'en être rares. Certes , si on entend par urine laiteuse des urines de couleur blanche rappelant la nuance du lait, rien n'est plus commun ; si même il suffit de la présence d'une matière grasse en excès, donnant par sa condensation un aspect blanchâtre et laiteux au liquide, pour établir le fait d'une urine laiteuse, on en rencontrera encore assez facilement des exemples; mais si par urine laiteuse on veut désigner, comme on doit le faire , une urine contenant les éléments essentiels du lait, c'est-à-dire la matière grasse, la matière caséeuse et le sucre de lait, non-seulement les cas d'urine laiteuse deviennent très-rares, mais il est même douteux qu'il en existe. Quant à moi , je n'en ai jamais rencontré que par suite de supercheries de malades qui ont été découvertes, et M. Ilayer est dans le même cas. Nous avons cru, l'un et l'autre, avoir un jour trouvé une véritable urine laiteuse chez une jeune

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leinmc qui rendait cffcctivcnient une urine blanche, dans laquelle l'examen microscopique faisait découvrir dos globules butyreux, et qui précipitait du caséum par l'acide acétique; mais la circonstance de globules gras, absolument semblables à ceux du lait, calibrés comme eux, fut précisément ce qui me donna des soupçons. J'admets bien, en effet, que par une aberration extraordilîaire de sécrétion, les éléments du lait puissent passer dans l'urine, comme y passent la bile, l'albumine, etc.; mais que ces éléments s'y trouvent sous la forme qu'ils ont dans la mamelle, que les globules laiteux soient exactement calibrés par le tissu du rein connue par les vaisseaux galactopbores, c'est ce qui n'est nullement probable. Nous crûmes donc devoir redoubler de précaution auprès de la malade qui rendait l'urine en question , quoique celte femme n'eût en apparence aucun intérêt à nous tromper , qu'on l'eût soumise à une grande surveillance , et même à quelques épreuves assez rudes ; nous nous décidâmes à la sonder, et nous obtînmes une urine parfaitement claire et normale !

Nous étions donc dupes de l'une de ces inexplicables supercheries que l'on rencontre assez souvent dans les hôpitaux, par lesquelles certains malades simulent des affections rares, sans autre but que de tromper ou d'occuper d'eux. La femme dont nous parlons convint qu'elle avait eu l'adresse, chaque fois qu'on lui avait demandé de son urine, d'y introdu»ire quelques gouttes de lait, à l'aide d'un petit flacon qu'elle tenait caché dans son lit.

On ne saurait donc se tenir trop eu garde à l'égard des urines laiteuses, puiscjue ni M. Bayer, ni moi, ni

dautres observateurs, ne rencontrons plus , dejîuis que l'on y regarde de près , d'urine laiteuse que l'on disait autrefois si peu rare.

Toutefois, j'ai eu récemment à ma disposition une urine remarquable, qui pourrait peut-être bien être considérée comme véritablement laiteuse; elle m'a été remise par M. Depaul , cbef de clinique de M. le professeur P. Dubois, et elle provenait d'une femme atteinte de metro-péritonite à la suite de couches. Cette urine, claire et limpide au moment de l'émission , se troublait et prenait un aspect laiteux par le refroidissement; la chaleur lui rendait sa transparence première.

Je crus d'abord avoir affaire à une de ces m-ines si communes, dans lesquelles un excès d'urate d'ammoniaque venant à se précipiter, trouble momentanément le liquide et lui donne un aspect blanc-laiteux; mais l'urine ne s'éclaircissant pas au moyen des acides, je fis un examen plus attentif, et je m'assurai que la substance eu suspension n'était autre chose que de la matière grasse soluble dans l'éther; cette urine précipitait en outre une matière floconneuse avec l'acide nitrique ; elle contenait donc de l'albumine, mais de plus elle se troublait légèrement par l'acide acétique.

Cette urine fut remise à M. Bouchardat qui constata les mêmes propriétés que moi ; cet habile chimiste fut d'avis que cette urine contenait une matière organique, si ce n'est identique, au moins très-analogue à la caséine. Je regrette de n'avoir pas prié M. Péligot d'y rechercher le sucre de lait , dont la présence eût définitivement tranché la question. Peut-être n'avons-nous eu encore là qu'une urine graisseuse, contenant à la

SÉDIMENTS. 271 fols de ralbiimine comme on en rencontre de temps en temps, et comme M. Rayer en cite des exemples dans son grand et bel ouvrage sur les maladies des reins'.

J'ai parlé des globnies de ferment à propos des urines diabétiques, je n'ai pas à y revenir ici.

On a signalé la présence de poils dans l'urine, mais je n'ai pas eu l'occasion d'observer ce fait; j'ai vu de petits filaments analogues à ceux que l'on rencontre si fréquemment dans le mucus vaginal et dont on ignore la nature.

M. Leroy d'Étiolles a fait mention d'animalcules, de vibrions existant dans l'urine récente, chez des individus affectés de certaines maladies de la prostate ; je n'ai pas non plus été à même de vérifier l'observation de cet habile et ingénieux expérimentateur.

L'urine peut contenir encore beaucoup d'autres co^y^j" étrangers, de produits morbides, tels que de la matière tuberculeuse , cancéreuse, des vers, des acéphalocystes provenant des reins, de l'intestin, ou de foyers eu communication avec les voies urinaires ; des matières fécales à la suite de fistules inteslino-vésicales ou de communications anormales de l'intestin avec la vessie ou l'urètre; des débris de foetus; diverses matières injectées ou introduites dans la vessie ; des poisons ou des médicaments ayant traversé le torrent de la circulation ; mais on conçoit que notre but n'est pas de prévoir tous les cas qui pourraient se présenter et que nous devons nous renfermer dans les circonstances physiologiques et pathologiques les plus communes.

' Traite' des Maladies des Reins et des Altérations de la Sécrétion urinaire, Paris, 1 839-1841 , 5 vol, in-8 et Atlas, ia-fol. col.

COURS DK MIOUûSCOPlli:

SECONDE DIVISION DES SÉDI3IENÏS OKGANISÉS. URINES ALCALINES.

Nous aurons peu de chose à dire des sédiments formés par les substances organisées dans les urines alcalines, attendu que ce sont les mêmes matières que nous venons de voir dans les urines acides, qu'il nous faudrait passer en revue de nouveau; ce que nous avons dit précédemment s'applique donc aux urines alcalines, sauf les modifications que détermine l'alcalinité de l'urine sur quelques-unes de ces substances et qu'il est important de connaître. •

Lorsque l'alcalinité de l'urine est prononcée, les globules muqueux et les globules purulents ne s'y conservent pas longtemps intacts; ils sont attaqués par l'alcali, se désagrègent et se réduisent à leurs éléments, c'est-à-dire à leurs globulins; on ne doit donc pas s'attendre à trouver les globules du mucus ou du pus, avec leurs formes nettes et tranchées dans l'urine alcaline; un certain nombre de globules, il est vrai, sont encore assez bien conservés pour se reconnaître au milieu des débris des autres, mais il faut être averti pour les discerner dans la masse confuse que ces matières offrent aux yeux dans l'urine alcaline ; d'autant plus que des cristaux de phosphate ammoniaco-raagnésien viennent encore se joindre ordinairement aux dépôts muqueux et purulents de ces urines.

L'urine alcaline a encore une autre action sur le pus; elle le transforme en une matière filante et glaireuse, absolument semblable aux matières glaireuses

SÉDIMENIS. 273 proprement dites, de telle sorte qu'excepté un peu plus d'opacité dans un cas que dans l'autre, il n'y a guère aucun moyen de distinguer le pus du mucus dans l'urine alcaline.

Les globules sanguins ne résistent pas non plus longtemps à l'action cle l'urine alcaline ; ils se dissolvent et ne laissent aucune trace de leur présence, si ce n'est une légère coloration rouge ou rosée du liquide, propre à faire soupçonner leur existence.

Enfin les zoospermes eux-mêmes qui se conservent si bien dans l'urine ordinaire, sont détruits assez rapidement dans l'urine fortement alcaline.

Telles sont les substances sur lesquelles l'urine alcaline exerce une action que nous devions noter; les autres matières s'y comportent à peu près comme dans l'urine acide.

H ne nous reste plus qu'une dernière observation à faire pour terminer le grand cbapitre des urines. Les matières salines et colorantes de ce liquide, se déposent et cristallisent fréquemment à la surface des globules, des lamelles épitbéliales et rendent ainsi ces particules organisées, plus ou moins opaques et comme granulées; ces incrustations offrent quelquefois des figures bizarres comme {fig. ) ; les acides dissolvent la matière saline et laissent à nu les globules ou les squames avec leur forme connue

• Résume des principaux cavacLtres pliysiques et chimiques de l'urine normale, sous forme de modèle de consultation.

L'urine de M"" présente les caractères suivants : 1». Elle est claire et limpide au moment de l'émission , avcc quclqucs filaments blancs.

-^'^ COUUS DE MICUOSCOPIE.

2». Couleur jaune citrinc; 3°. Odeur aromatique, sous aucune fétidité; 4°. Réaction chimique acide; elle rougit le papier bleu de tournesol j

5". Par le refroidissement et le repos, cette urine ne laisse déposér aucun sédiment; léger nuage muqueuxau milieu du liquide;

6". Cette urine marque à l'aréomètre de Beaunié de 2» à 3" ;

7^ Elle ne précipite ni par l'acide nitrique, ni par la chaleur, et par conséquent ne contient pas d'albumine;

8". Evaporée dans un verre de montre, elle ne laisse pour résidu qu'une matière saline, non sucrée;

9°. Une goutte de cette urine, prise h la surface du hquide en repos, ou au fond du vase, ne laisse apercevoir au microscope, ni cristaux d'acide urique, ni urate d'ammoniaque, ni oxalate de chaux, ni phosphate amnioniaco-maguésien, ni globules muqueux, purulents ou sanguins, ni zoospermes;

10". Et enfin, mêlée par partie égale avec de l'acide nitrique concentré, elle ne donne pas lieu, après vingt-quatre heures de repos, à une cristallisation abondante de nitrale d'urée.

D'où il résulte que cette urine présente tous les caractères de l'urine saine et normale.

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