‹ Cours de microscopie complémentaire des études médicales [electronic resource]Chapitre 8 sur 129 · DES PARTICULES SUSPENDUES DANS LE SANG OU DES GLOBULES SANGUINS · texte numérisé non relu

DES PARTICULES SUSPENDUES DANS LE SANG OU DES GLOBULES SANGUINS

Le sang n'est pas un liquide homogène , une dissolution de matières entièrement solubles, et privée, dans l'état de vie, de toute substance solide et concrète. S'il en était ainsi, nous ne pourrions pas suivre et voir, comme nous le voyons au microscope, le cours et la marche du sang dans l'intérieur des vaisseaux. Le mouvement d'un liquide homogène coulant dans des vaisseaux exactement pleins, ne serait pas sensible à la vue, tandis que le mélange de particules solides qui se meuvent et se déplacent, rend le cours du sang parfaitement appréciable à la vue, ainsi que nous le dirons lorsque nous étudierons le fluide sanguin dans les vaisseaux et le phénomène de la circulation.

Le sang contient donc des particules solides, nageant dans ce fluide, circulant avec lui, et auxquelles il doit plusieurs de ses propriétés importantes. Ces particules sont en nombre incommensurable , et la moindre gouttelette de sang en renferme des myriades; jusqu'à ces derniers temps, les observateurs n'en connaissaient et n'en décrivaient que d'une seule espèce : les globules rouges ou sanguins proprement dits, les seuls que l'on aperçoive par les procédés ordinaires d'observation , et

58 COURS DE MICnOSCOPIE.

dont le nombre est incomparablement au-dessus de celui des autres espèces de globules qui existent en même temps dans le fluide. Ceux-ci , relativement rares et disséminés, sont cachés par les premiers, qui remplissent entièrement le champ du microscope , et ils ne peuvent être découverts qu'à l'aide de certaines précautions : aussi ne s'est-on , pendant bien longtemps, occupé que des globules i-ouges ou sanguins proprement dits. Les autres, dont on avait bien remarqué de temps en temps quelques traces, n'avaient pas fixé et ne semblaient pas mériter l'attention ; on leur attribuait d'ailleurs une fausse origine, en les considérant comme des débris des premiers; on verra au contraire combien leur étude est digne de nous intéresser aujourd'hui.

Les petits corps solides, répandus dans le sang, se distinguent par des formes régulières et constantes, par une composition complexe et une structure déterminée; ils ont une véritable organisation , et on peut même dire une vie propre ; car ils ont un commencement, un développement et une fin. Ils passent par diverses transformations successives, depuis leur origine jusqu'au moment où ils ont accompli leur évolution et rempli leur but final, qui est de constituer le fluide vraiment organisateur, le bildungsflûssigkeit des physiologistes allemands. Les globules sanguins n'ont qu'un état transitoire, pendant lequel ils jouissent sans doute de quelque action spéciale sur l'organisme; mais ils ne servent pas, ainsi qu'on l'avait établi dans une théorie ingénieuse qui a longtemps régné dans l'école, à former par la réunion de leurs noyaux en cliapelet, la fibre élémentaire organique; ils ne concourent pas directe-

DES GLOBCLES SANGUINS. 5.9

ment au développement des organes par leur adjonction mécanique, et jamais on ne les voit sortir des vaisseaux pour aller s'incorporer aux tissus. En un mot, les globules suspendus dans le sang ne sont pas le dernier terme de l'élaboration du fluide sanguin.

Étudions maintenant ces diverses espèces de globules ; observons leur forme, leur dimension, leur structure , leur composition intime ; voyons comment ils se comportent avec les agents extérieurs et les réactifs chimiques : apprenons enfin à les distinguer les uns des autres par des caractères assez nets pour pouvoir les reconnaître partout où ils se trouveront, et sans jamais les confondre avec d'autres.

Il existe trois espèces de particules en suspension dans le sang et roulant avec lui : i°. les globules rouges ou sanguins proprement dits ; 2°. les globules blancs; 3°. les globulins.

Indiquons d'abord la manière de préparer le sang pour l'observer au microscope. Cette préparation est bien simple : elle consiste à déposer une très-petite gouttelette de sang ( grosse comme une tête d'épingle) sur une lame de verre bien propre , puis à placer un autre petit carré de verre mince sur la goutte de sang, de manière à l'étendre, en couche très-mince et transparente, entre les deux lames de verre. Dans cet état, la substance est bien disposée pour être soumise au microscope et observée avec un grossissement de trois à quatre cents fois. Les globules sanguins se distingueront nettement, séparés les uns des autres ou réunis en chapelet, mais non agglomérés en masses confuses. Une piqûre faite au bout du doigt est le moyen le plus

commode pour se procurer le sang humain que Ion veut étudier de cette manière.

Quant aux réactifs que Ton veut faire agir sur les globules, je répète ce que j'ai dit dans l'introduction : on les introduit par capillarité entre les surfaces des lames, en déposant une goutte du liquide au bord de la lame de verre supérieure à son point de contact avec la lame inférieure.

La forme, la dimension et la structure de ces globules sont différentes, suivant la classe d'animaux auxquels ils appartiennent : circulaires dans le sang des mammifères, ils sont elliptiques dans le sang des oiseaux, des poissons et des reptiles. Chez tous les animaux, ils sont plats; nulle part on ne les trouve renflés dans tous les sens ou sphériques. Ils contiennent la matière colorante du sang : c'est à eux que ce liquide doit sa couleur rouge.

Le sang de l'homme, que nous prenons pour type du sang des mammifères, offre donc des globules circulaires, aplatis, renflés vers leur contour, et légèrement déprimés dans leur centre, qui paraît clair ou obscur suivant que l'on approche l'objet plus ou moins du microscope (,y%'. 2 et 3) : on se fera une idée assez juste de leur forme en se les représentant comme de petites lentilles molles dont on aurait déprimé le centre par une légère compression.

D'après cette forme, on conçoit qu'un globule sanguin roulant dans un liquide, doit se présenter alter-

DES GLOBULES SANGUINS. ^1

Hâtivement par la face et par la tranche, comme ferait une pièce de monnaie {fig. 4 ).

Cette forme et cet aplatissement des globules sanguins, si faciles à constater à la première inspection microscopique, n'ont pourtant pas été reconnus d'abord, et beaucoup d'observateurs ont décrit ces globules comme "étant de petites sphères. Cette erreur tient moins à l'imperfection des instruments qu'on employait alors qu'au procédé dont on se servait pour disposer les objets sous le microscope. On délayait , comme on le fait encore aujourd'hui , et comme c'est nécessaire dans une foule de cas, la matière avec de l'eau; mais, ignorant que le premier effet du contact de l'eau sur les globules sanguins des quatre classes d'animaux vertébrés, est de modifier leur forme, de les renfler dans un sens en les diminuant dans l'autre, de les rendre sphériques en un mot, on considérait cette forme comme primitive et comme leur appartenant réellement. Ce n'est pas le seul exemple d'erreur commise par suite de l'action des modificateurs et de l'eau en particulier, dont on méconnaissait l'effet. Nous retrouverons un fait analogue à propos des globules de sang d'oiseau, auxquels on attribuait une forme anormale à leur origine dans l'embryon.

On n'est d'accord sur la véritable dimension des globules du sang comme de beaucoup d'autres objets microscopiques très-petits , que depuis que l'on possède des moyens de mesure d'une exactitude rigoureuse, et d'un emploi commode; l'application de la caméra lacida au microscope a mis tous les'observateurs à même de s'assurer très-approximativement de cette dimen-

sion, et l'on ne diflère plus aujourd'hui que de quelques centièmes de millimètres sur le diamètre de ces petits corps. Les globules de sang humain ont dcyf^à millimètre, et les variétés que l'on trouve dans les observations à cet égard dépendent moins de l'imperfection des moyens de mesure, que de la variété même qui existe dans la grosseur des globules du même sang; tous les globules, en effet , n'ont pas strictement la même dimension, et il y a des différences entre eux, sous ce rapport, dans les limites que nous venons d'indiquer.

C'est aux globules dont nous parlons qu'appartient la matière colorante du sang, c'est à eux que ce liquide doit sa belle couleur rouge; le sang privé de ses globules est incolore , ou légèrement jaunâtre comme le sérum , et nous avons vu , dans l'expérience de Mùller, le caillot de fibrine décoloré quand il est séparé des globules.

Toutefois, la couleur des globules n'apparaît pas au microscope lorsqu'on les observe par le procédé ordinaire, et cette circonstance est toujours remarquée avec quelque surprise par les personnes qui considèrent les globules sanguins pour la première fois; elles s'étonnent de ne voir qu'une légère teinte jaune-clair qui ne leur rappelle pas du tout la belle couleur rouge du sang.

C'est qu'en effet la couleur des corps disparaît lorsqu'ils sont réduits à une extrême minceur, et qu'on les regarde par transparence ou par réfraction. Il arrive pour les globules sanguins ce qui se présenterait pour une lame de verre rougo réduite à une pellicule trèsmince , et que l'on placerait entre l'œil et la lumière:

DES GLOBULES SANGCINS. 63

la couleur serait h peine sensible, et pour l'apercevoir il faudrait mettre plusieurs de ces lamelles les unes sur les autres , ou bien les examiner, non par transparence , mais en laissant tomber la lumière à leur surface ou par rèflection.

C'est ce qui se passe pour les globules sanguins que l'on soumet au microscope; pour les bien voir, pour distinguer nettement leurs formes et leurs contours, il faut qu'ils soient libres et détachés les uns des autres; c'est pourquoi on a soin d'étendre une très-petite couche de sang entre deux lames de verre , afin de pouvoir / observer des globules isolés , et non accumulés et confondus ensemble, comme ils seraient dans une couche plus épaisse; la coloration de ces particules si excessivement minces et traversées par une lumière très-vive , disparaît alors presque entièrement , ou plutôt il n'en reste qu'une légère nuance jaune.

Mais si l'on veut reconnaître la couleur réelle des globules sanguins , et s'assurer qu'ils sont véritablement rouges, il suffit de les examiner réunis en petites masses, ou bien en faisant tomber la lumière sur eux comme si on observait un corps opaque , pour voir aussitôt apparaître leur teinte d'un beau rouge.

Page 1