CHAPITRE PREMIER — LES PARENTS 13* II* père et la mare
L'homme libre, responsable, et soumis à la loi morale, n'est pas né pour vivre isolé. C'est un ^ire «o«a- È/e, qui n'arrive à la perfection de sa nature que par ses relations avec ses semblables. Le Bien, vous le savez, ne consiste pas seulement à respecter en soi la dignité de la personne humaine, mais à savoir se sacrifier pour autrui, et à préférer le désintéressement à l'égoïsme.
Le premier degré de la société humaine est la Iktnllle, qui se compose essentiellement d'uil père, d'une mère et de leurs enfants.
La famille est le plus étroit de ces cercles où se réunissent les individus pour s'entr' aider et s'entr'aimer; c'est le plus simple des groupes dont l'ensemble forme !a Société.
La famille est une institution naturelle, car chez
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les animaux eux-m6mes on en retrouve l'image ; maïs le rôle et les fonctions de ses différents membres sont relevés et transformés par la dignité morale que l'homme apporte dans tout ce qu'il fait. Les oiseaux nourrisBent,et défendent leurs petits ;' le mâle ne quitte point la femelle pendant qu'elle couve, et ni l'un ni l'antre ne s'éloignent du nid avant d'avoir vu la couvée prèle à s'envoler et capable de se suffire à elle-même. Mais combien tous ces actes instinctifs sont différents de ceux qu'accomplissent librement, par amour et par bonté, vos parents, à vous autres!
Vous savez d'avance tout ce que vous leur devez ; il est pourtant bon d'y insister et d'examiner encore quels devoirs et quels droits reviennent à chacun des membres de cette association fondée sur l'amour et le dévouement.
Le chef de la famille est le pare; c'est lui qui donne son nom à tous les autres, et qui a la responsabilité de leur vie et de leur conduite. En se mariant, il a promis h sa compagne aide et protection, ainsi qu'aux enfants à naître. La famille forme un corps dont il est le bras et la tête. Il ne se contente pas en effet de pourvoir aux besoins de tous les siens, de les nourrir et de les vêtir, il éclaire leur esprit et dirige leur caractère. Le plus souvent ses occupations l'appellent au dehors, et il laisse à la mère le soin de la maison et l'éducation des plus jeunes enfants qui restent auprès d'elle.
La mdre a ainsi une tâche sacrée : elle est la première a former le cœur de l'enfant, à surveiller ses penchants naturels, ii redresser ses mauvais instincts, à. lui inspirer l'amour du foyer et le respect du bien.
Ces leçons ne s'effacent jamaisde la mémoire. Abraham Lincoln, le président de la République des États- Unis, qui était le fils d'un pauvre bûcheron et s'était élevé seul, par son honnêteté et son mérite, à La plus hautç situation de l'État, répondait un jour aux députés qui venaient le féliciter: « Ce n'est point moi qu'il faut louer, mais ma mère, à qui je dois tout! » Les enseignements d'une mère ont en elTet quelque chose de plus intime, de plus profond, de plus délicat encore que ceux du père, qui connaît l'enfant de moïns près, et dont l'attention n'est pas aussi uniquement concentrée sur ses moindres actes.
L'influence que le père exerce dans la maison n'est pas moindre que celle de la mère, mais elle est un peu différente. La mère est tout tendresse et tout dévouement ! elle ne serait parfois que trop disposée à sacrifier son repos et sa santé aux enfants : elle est la paix et la douceur du foyer. Le père y apporte quelque chose de plus, l'autorité qu'il exerce au nom de la nature et au nom de la loi. Tous les membres de la famille lui doivent obéissance, sauf la mère, pour qui un tel mot serait impropre, puisqu'elle est poiir le père l'alliée de tous les instants, et qu'elle a droit de donner son avis sur tout ce qui intéresse le groupe.
C'est plutôt la mère qui représente Vattachemeni au foyer, l'amour de la famille, les devoirs qui retiennent l'homme chez lui et lui font goûter le bonheur calme au milieu des siens. C'est plutôt le père qui représwite la société du dehors, avec les obligations . qu'elle impose et qui arrachent l'homme aux douceurs de la maison pour lui demander des dévouements plus
larges. Le père est, dans la famille, le délégué de la Patrie et de la Loi. Il élève son fils dans la pensée qu'un jour il lui faudra se rendre à l'armée et combattre pour son pays; il lui apprend de bonne heure que l'homme ne s'appartient pas, n'appartient même pas entièrement à sa famille, mais qu'il doit se tenir prêt à tout sacrifier si quelque danger vient à menacer la liberté ou la sécurité du sol natal.
On vous a déjà conté l'histoire des Horaces^, que notre grand poète Corneille a célébrée en beaux vers. Deux villes, Rome et Albe, se disputent le premier rang dans le pays où elles sont situées. Pour éviter les horreurs de la guerre, on choisit, de part et d'autre, trois hommes qui représentent leur patrie dans une lutte définitive ; la ville dont les champions auront triomphé recevra l'hommage de l'autre. Au premier choc, les Curiaces, partisans d'Albe, sont tous trois blessés; deux des Horaces, partisans de Rome, sont tués: le troisième, resté seul, hésite un instant et prend la fuite, suivi de ses trois adversaires. Un cri de douleur et de désespoir s'échappe de toutes les poitrines des Romains, et, sans en voir davantage, Julie, une parente du vieil Horace, le père des trois champions de Rome, court lui apprendre ce qui se passe.
« Rome est vaincue, crie-t-elle, mais votre plus jeune fils survit! »
Croyez-vous que le père va se réjouir de savoir qu'un de ses enfants a échappé à la morl? Non, il ne . voit que la défaite de sa patrie et la honte dont son