‹ Cours de morale ... cours supérieurChapitre 15 sur 44 · JULIE · texte numérisé non relu

JULIE

Que voulieZ'Vous qu'il fit contre trois ?

LE TŒIL HORACE.

Qu'il mourût !

Ce cri sublime d'un père qui place l'amour de la patrie au-dessus de tous les sentiments de famille, émut tellement les spectateurs de la pièce, lorsqu'elle fut représentée pour la première fois sur un théâtre, que la séance en fut un moment interrompue par ies pleurs et les acclamations.

Aussi avec combien de joie apprit-on, un peu plus tard, que Julie, partie trop tôt, s'était trompée sur les véritables intentions du jeune Horace. Il avait fui, mais pour séparer ses adversaires qui, inégalement blessés, le suivaient à des distances différentes. Il les avait tués l'un après l'autre et Itome triomphait! Quelle joie pour le vieil Horace ! il ne veut plus entendre de plaintes ni voir de larmes :

On pleure injualement des pertes domestiques, Quand on en voit sortir des victoires publiques. Rome triomphe cCAlhe, et c'est assez pour notts : Tous nos maux à ce prix doivent nous être doux.

SOMMAIRE

L'homme est fait pour vivre en société. La première société est la famille, où le père représente l'autorité, et la mère l'attachement au foyer.

La famille est d'institution naturelle ; la raison et la dignité de l'homme lui donnent une fixité, une durée et une noblesse qu'elle n'a point chez les animaux.

LES PAREKT3.

14° Devoln d«i panuts «iiTen lenn enfants :

•oiai matéiiali.

Sans pousser l'héroïsme aussi loin qu'Horace, qui se réjouit de la mort de ses fils, parce qu'en mourant ils ont servi la patrie, combien de pères ont été consolés d'une perte irréparable, en songeant que le saag dé leur enfant a été versé pour la gloire et pour le salutde la mère commune ! Combien, surtout, auraient maudit comme lui la lâcheté qui leur aurait conservé un fils indigne de vivre !

Sous cette réser^'e, le premier devoir des parents envers les enfants auxquels ils ont donné la vie, est de veiller à la oonaervatlon et à l'entretien de oette Tie. 11 n'y a point dé parents si dénaturés qui manquent à ce devoir-là ; les animaux eux-mêmes témoignent à leurs petits, à peine nés, une sollicitude qui est une nécessité de nature, car les petits ne tarderaient pas à périr, incapables qu'ils sont de suflire eux-mêmes à leurs besoins.

L'enfant est peut-être, de ce cAté te plus mal partagé des êtres vivants ; les oiseaux, les chats, les chiens peuvent, au bout de quelques jours, chercher eux-mêmes leur nourriture et fuir leurs ennemis ; l'enfant reste attaché pendant des mois au sein de sa mère, ne sachant que dormir et crier ; il lui faut deux années pour apprendre à marcher, à parler, à comprendre les autres et à se faire comprendre d'eus. Pendant tout ce temps, la mère est en quelque sorte son esclave ; elle est tout absorbée par lui : elle est

S8 U PASIILLE.

seule à le nourrir, à le soigner. Le père, qui rentre après son travail, s'attendrit à le voir, mais n'ose pas môme le toucher de ses robustes mains qui pourraient le froisser. C'est à notre mère que nous appartenons d'abord, et de là vient la tendresse infime, l'attachement sans égal, qui nous lie à elle.

Enfants, n'oubliez jamais ce que vous devez à vos mères. 11 n'est point d'âme si dure et si sombre qui ne s'adoucisse et ne s'éclaircisse à ce souvenir; il n'est pas d'homme souillé de crimes dont le cœur n'ait été touché par un éclair de repentir à cette pensée !

Mais voici que l'enfant grandit : il a bientôt d'autres besoins que ceux de la nourriture. C'est le travail du père qui doit y subvenir. Il faut habiller le fils et la fille, les envoyer à l'école, satisfaire quelques petites fantaisies innocentes, acheter des jouets, des billes, des poupées, des friandises, et aussi des objets plus sérieux, des livres, des cahiers, toutes les fournitures que réclame l'école.

L'enfant a achevé ses classes, un autre souci apparaît : quel métier lui donner ? car on ne peut pas le jetcrdansla vie, inutile et désarmé, sans aucun moyen de sufRre à ses besoins. Le père ne peut pas toujours le garder à sa charge ; et puis le père peut mourir, et s'il ne laisse point de fortune derrière lui, que deviendront la mère et les petites sœurs? Allons, le fils suivra le père aux champs, si le père est cultivateur ; il apprendra à labourer, à bêcher, à faucher, à semer, à battre le blé et à faner l'herbe. Si l'on possède une terre, on sera deux à s'en occuper ; il n'y aura plus besoin de prendre un journalier pour aider ie père. Si l'on ne possède rien, que des bras et de la bonne

LBS PARENTS. 50

voloDté,on ira travailler chez les autres, et l'on tâchera d'amasser à d,eux un petit pécule qui serve à achever ua champ.

Ce n'est pas difiîcile, dans ce cas-là, d'établir le fils. Mais si le père est ouvrier, il faudra bien qu'il mette son fils en apprentissage, quelquefois dans une ville éloignée. Encore des dépenses à faire, que le jeune homme devra reconnaître un jour. Son père était couvreur ou charpentier, il gagnait peu et peinait beaucoup : il a voulu que son fils choisit un meilleur métier : on en a fait un ébéniste, un horloger, un peintre. Au moment où il commence à gagner largement sa vie, voici que le service militaire l'enlève à son métier pour des années, et il faut encore que les bons parents économisent quelques francs pour les envoyer de temps à autre au pauvre conscrit, qui pleure en recevant leur lettre.

Ce n'est guère qu'à vingt-cinq ans qu'il est sorti d'affaire. Alors enfin, le père et la mère peuvent se reposer et attendre le moment qui les payera de toutes leurs peines, celui où ils feront sauter sur leurs genoux quelque joli bébé blond et rose, pour qui ses parents vont recommencer la vie de travail et de privations qu'on a menée pour eus.

Que de dévouements, que de- sacrifices représente dans chaque famille l'éducation de l'enfant! C'est que l'eiifant, voyez-vous, c'est la famille elle-même qui se continue, et qu'en lui les parents se sentent survivre indéfiniment comme le nom qu'ils transmettent à leurs descendants.

Les parents ont envers les enfants des devoirs d'ordre matériel, qui sont d'entretenir leur vie, pendant le premier âge, de leur procurer un métier et de les mettre en état de sufGre eux-mêmes à leurs besoins.

IS" D«voln d«s par«nU {mite) : iolns lnt«li*ctaali

Ce n'est pas seulement la vie du corps que les parents doivent donner aux enfants, tant que ceux-^i ne sont pas en état de sufGre eus-mémes à leurs besoins, c'est aussi la vie de l'âme ou, pour parler plus clairement, ce n'est pas assez de la nourriture matérielle et des dépenses d'entretien qui s'y joignent, il faut y ajouter l'éducation intellectuelle et morale, sans laquelle le père et la mère peuvent bien paraître avoir rempli leur tâche envers la nature, — comme les animaux lorsqu'ils ont élevé leurs petits, — mais non envers la société, qui demande que leur famille fournisse ou un homme vraiment digne de ce nom, ou une femme méritant de devenir mère à son tour.

L'édacatton Intellectuelle commence aussitôt que l'enfant est capable de comprendre ce qu'on lui dit. Trop souvent alors, surtout dans les villes, on l'abandonne à une nourrice ignorante et crédule, qui encombre son esprit d'une foule de contes absui-des ou de préjugés propres à fausser sa jeune raison. On

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