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« l'expéïîence et la raison, c'est que la vertu « ne peut mener qu'au bien , tandis que le vice « conduit nécessairement au mal. Suivons la « vertu, cueillons gaîment les fleurs qui nais- « sent sous ses pas, et semons-en notre chemin, « sans craindre, désirer, ni prévoir le terme «du voyage.—
« Vous m'étonnez. Je savois bien que sur les « traces des plaisirs et de la beauté on cueilloit « des fleurs.... — artificielles et passagères. — « Mais j'avoue que celles qui naissent sous les
« pas de la vertu — Sont naturelles et dura-
« blés. Le calme du passé , le repos du présent , « la sérénité de l'avenir.... — Et vous appelez « cela des jouissances. Quoi donc ! ne pas souf- --< frir , est-ce jouir ? — Oui. Le bien , ici bas , « n'est , pour ainsi dire, que l'absence du mal. « — Quoi ! vous me réduiriez au bonheur « négatif.^ — Pas tout-à-fait ; je sais qu'à votre « âge il a besoin d'activité. Sortez des lan- « gueurs de la mollesse et de la léthargie des » plaisirs , éveillez-vous à la voix de l'honneur, « et retournez à lui, il en est toujours temps. «L'estime reconquise honore peut-être plus • une femme qu'une estime paisiblement con- « servée. Méritez l'amour des malheureux , « l'amitié de vos amans , le respect de vos amis ,
a votre propre suffrage , et vous connoîtrez
« l'activité du bonheur. »
A ces mots , portant sur le philosophe un regard plein de courage et de douceur , Leontium se lève, lui présente la main, et lui dit : « Conduisez-moi ; » puis tout à coup , s'arrêtant par réflexion , elle ajoute en rougissant : « Mais si l'on me voit avec vous , ne craignez- « vous pas que votre réputation n'y perde ? — « Si la vôtre y gagne , la mienne n'aura rien « perdu. » Et ils prirent ensemble le chemin des jardins.
Tandis qu'ils traversoient les rues d'Athènes, les hommes corrompus s'écrioient : « Epicure « est perverti. » Les hommes vertueux disoient en souriant : « Leontium est convertie. »
La nouvelle prosélyte en entrant dans l'école de son maître, crut arriver dans sa famillç. Ce fut là qu'elle fit connoissance avec la paix et l'amitié. Elle ne pouvoit voir sans admiration le parfait accord qui régnoit au milieu de cette multitude d'êtres, différens de naissance, de sexe, d'âge, d'humeurs et de préjugés. Là, les entretiens étoient animés mais paisibles ; la forme en étoit agréable, et le fond toujours utile, quelquefois même sévère; mais l'austérité du sujet disparoissoit sous l'aménité du style et les grâces de l'enjouement. C'étoit le
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rire de la folie et le langage de la raison. On ne se quittoit pas sans s'être mutuellement instruit , et l'on ne s'instruisoit jamais sans s'amuser. Aussi desiroit-on sincèrement de se revoir; car on espéroit, de part et d'autre, échanger de nouvelles connoissances, et c'étoit se promettre de nouveaux plaisirs.
Comment comparer, sans rougir, la solidité de ces entretiens si simplement aimables, avec la nullité de nos brillans soupers et de nos soirées à la mode ?
Vous arrivez avec un sourire apprêté.
Autour de vous froidement on s'empresse.
On se lève par politesse ; Eh bien ! dit-on, comment vous êtes- vous portée? —
Horriblement : je prends du thé. — Moi, les bains. — Moi , les eaux. — Et moi , le lait d'ânesse. — Car rien n'est plus bourgeois que la bonne santé. On soupe sans manger. Tout le premier service Se passe en complimens : on renvoie à Tofûce
L'appétit et la liberté.
On trouve tout délicieux ;
On laisse tout sur sou assiette.
On applaudit aux ennuyeux ;
Et l'on bâille dans sa serviette.
On parle de loix , de bonnets , D'habits nouveaux , d'opéras , de gazettes ,
D'actrices , de chevaux anglais.
On révèle au grand jour les intrigues secrètes. Ou trouve les fripons des gens universels ,
Les honnêtes gens incroyables ,
Les riches parens immortels ,
Et les créanciers impayables.
En général , rien ne décolore l'esprit et n'attiédit le plaisir comme ce qu'on appelle l'usage ou la politesse. Ces puérilités de convention consistent clans quelques gestes affectés , quelques syllabes insignifiantes , et surtout dans une abnégation de nos propres idées , qui nous font renoncer à nous - mêmes , pour devenir tels et tels qui ne sont rien, et qui, s'identifiant poliment les uns avec les autres, composent, par leur réunion , le néant de la société.
Aussi Épicure, en réunissant ses disciples, s'étoit bien gardé de polir leurs caractères , de peur d'en effacer l'empreinte de la nature. On les voyoit généralement animés d'un même esprit ; mais chacun suivoit son humeur particulière : aucun d'eux ne ressembloit aux autres ; mais tous avoient un air de famille.
Le philosophe parcourant ce tableau d'un regard , dit à sa nouvelle élève : « Ceux qui « sont assez heureux pour vivre avec des « hommes de même caractère et de même opi- «nion, trouvent la sûreté dans leur société.
« Cette disposition réciproque d'humeurs et « d'esprits , est le gage solide de leur union , « et fait la félicité de leur vie. Ils se voyent sans '< défiance, se parlent sans contrainte, s'aiment " sans réserve , et attendent sans foiblesse le " moment inévitable de leur séparation. »
O femmes ! cet esprit conciliateur est un don particulier que vous tenez de la nature , et dont vous ne sentez pas assez le prix. A chaque instant , les moindres circonstances de la vie découvrent en vous la force de cet instinct harmonieux. S'agit-il de rapprocher des amis divisés, de négocier une affaire délicate, de solliciter une faveur, de réunir une société de talens , ou une assemblée de plaisirs ? vous parlez ; soudain les difficultés s'applanissent , la haine s'apprivoise , l'orgueil s'humanise , toutes les vanités se taisent , et les rapports s'établissent entre des hommes étonnés de se voir , de se convenir, de s'estimer, et de ne se quitter qu'avec le désir, l'espoir de se réunir. Ah ! ne vous lassez jamais de rejoindre , de resserrer, d'entrelacer les nœuds fragiles de la société ; et souvenez-vous souvent que cet art aimable qui prépare la jouissance d'un moment, ou les agrémens d'une soirée, si vous l'exerciez tous les jours , éterniseroit le bonheur de la vie.
Ce fut dans ce long calme de la paix et de l'amitié , qu'Épicure vit s'écouler ses rapides années. Jamais l'ambition n'en troubla la tranquillité. Cependant , comme l'amitié fait naître l'estime, et l'estime la confiance, les Athéniens lui offrirent les premiers emplois de la république. Il leur répondit en philosophe et en citoyen : «Je hais les grandeurs, car j'aime mon repos ; mais j'aime encore plus ma patrie. Je refuse les emplois dont vous voulez m'honorer , parce qu'ils sont confiés à des hommes dignes de les exercer. Un temps viendra peutêtre où les orages de l'anarchie submergeant l'honneur, et faisant surnager l'impudence, l'esclave qui nettoie ma chaussure ou raccommode mon manteau , voudra s'emparer de la tribune ou siéger au milieu de l'Aréopage. Alors fuyant les ombrages de la paix, foulant aux pieds les roses du plaisir , négligeant les études de la philosophie , et peut-être même les conseils de l'amitié, vous me verrez, au milieu du peuple assemblé , réclamer à haute voix les droits de la raison , de la science et de la probité, contre la stupidité, l'intrigue, l'ignorance , et périr s'il le faut en disputant le gouvernail sacré de l'État à des mains indignes ou incapables de le diriger. Mais tant
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qu'il sera confié à des pilotes respectables, laissez-moi vivre sur le navii e comme simple passager. Je m'endors au souffle des zéphyrs ; comptez sur mon réveil au premier bruit de la tempête. »
Jamais il n'eut besoin de se réveiller. Chacun de ses jours fut un passage du bonheur de la veille au bonheur du lendemain. Il avança vers la mort , sans la désirer ni la craindre. « La présence de la mort , disoit-il , n'est rien «pour nous, puisque nous ne la voyons pas. «Elle ne nous effraie qu'en perspective; ap- « prochons , et le fantôme disparoît. Elle n'est • rien , tant que dure la vie : dès qu'elle arrive , « la vie n'est plus. Ainsi elle n'a d'empire ni « sur les morts ni sur les vivans : ceux-ci ne « la sentent pas encore, ceux-là ne la sentent « plus. Le plaisir ou la douleur dépendent du « sentiment ; or la mort n'est que la privation « du sentiment ; donc la mort n'est rien. ^
O Epicure , quel oubli de votre cœur ! Quoi ! vous aviez des amis , et pour vous la mort n'étoit rien ! Ah ! vous l'avez dit peut-être , mais vous ne l'avez jamais pensé : ou bien vous avez confondu :
Oui , la mort pour nos sens n'est rien en elle-même. Mais mettons de nos cœurs les intérêts à part.
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N'est-ce rien pour le cœur que l'instant du départ , Quand il a séjourné près des êtres qu'il aime ? L'aveugle , en expirant , caresse encor son chien. Pour mourir sans regret , il faudroit n'aimer rien. Eh ! quel est l'indigent , quel est le solitaire , An moment où la mort entre dans sa chaumière , Qui , les yeux élevés et les bras éteudus Vers le ciel , les oiseaux , les arbres du bocage , Dont il aimoit l'a/ur et les chants et l'ombrage , Ne soupire en disant : Je ne vous verrai plus !
Ce philosophe étoit mieux d'accord avec le sentiment et la raison , quand il ajoutoit : « La vie la plus longue n'est pas toujours la « plus désirable. Il en est de l'existence comme a des mets, dont l'abondance ne vaut pas la « délicatesse. Notre bonheur ne dépend pas « du nombre de nos années, mais des voluptés «pures dont nous les remplissons. La vie , « comme on le prétend, n'est point un mal ; o il ne tient qu'à nous qu'elle soit un bien. »
Pardonnez, mesdames, si dans le sentier sévère de la morale , ma pensée , à chaque pas, a semblé décliner vers vous. Dès qu'il s'agit de félicité ou de consolation , c'est à vous que le cœur s'adresse ; et le cœur conduit la pensée. Oui, femmes , vous êtes responsables du bonheur de la terre , soit que vous exer-
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ciez l'empire de îa vertu , ou le pouvoir de la beauté. Tel caprice de femme, en irritant l'homme puissant soumis à sesloix, a fait couler le sang d'un peuple de malheureux. Tel mot , sorti d'une bouche enchanteresse , a désarmé le bras de la fureur , et donné la paix à la moitié de l'univers.
Epicure qui regardoit le bonheur des hommes comme l'affaire la plus délicate et la plus importante dont le sage dût s'occuper , toléroit les préjugés qui sembloient le favoriser , et combattoit ouvertement toutes les erreurs qui pouvoient lui nuire. Il repoussoit surtout le système de la fatalité , qui excuse le méchant et désespère le malheureux. « Il est , disoit-il ' '< quelques événemens, qu'on ne peut ni pré- " voir , ni maîtriser ; mais il vaut mieux être « infortuné et vertueux , que de parvenir hon- « teusement au comble de la prospérité. » Le plus heureux alors n'est pas toujours celui dont le sort paroît être le plus désirable ; et l'épouse orgueilleuse d'un nouveau favori de la fortune , qui , environnée d'une scandaleuse profusion , dissipe sans plaisir des trésojs extorqués sans pudeur , s'entoure d'un peuple d'intrigans qui l'adulent et la diffament , néglige des enfans qui l'oublient , trompe un mari qui la dédaigne, enrichit des valets qu
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la méprisent , se ruine en fêtes brillantes dont on profite en la décriant , et promène dans un char doré une parure étincelante dont elle doit le travail à vingt artisans, et l'or à cent malheureux; qui , tourmentée par les désirs insatiables et la fièvre irritante de la vanité , troque effrontément ses immenses richesses pour des ridicules et du scandale; une telle femme ne donneroit-elle pas une année de son existence pour un seul jour de la mère de famille, supportant avec son époux une injuste adversité qu'adoucit leur tendresse, et que leur courage ennoblît , adorant ses enfans qui la chérissent , ménageant pour eux les débris de sa fortune, la retrouvant au sein de l'économie , servie par l'attachement et la fidélité , consolée par de vieux amis qui l'apprécient et la respectent , ne sortant qu'avec sa famille, qu'entourée des louanges des mères qui la montrent à leurs enfans , cachant sous une parure modeste son front où brille l'empreinte de la vertu , et ne levant son voile que pour sourire aux honnêtes gens qui l'admirent , aux malheureux qiii la bénissent , au Ciel dont elle est digne et qui l'envie à la terre.
Tel fut , pendant quarante ans , le sort d'Epicnre , lorsqu'au milieu des dons de la fortune , il se soumettoit aux loix les plus sévères de la
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simplicité et de la frugalité. Ces deux vertus lui paroissoient être deux trésors inappréciables. Réunissons-les; elles nous rendent insensibles à la perte de notre fortune, puisqu'elles nous font riches sans profusion. Exerçons-les séparément. La simplicité, en éloignant les regards de l'envie , lui dérobe nos défauts , lui dissimule nos bonnes actions, et nous ménage les moyens de les multiplier. De la frugalité naît la force du corps , et de celle-ci la force de l'ame. Or point de volupté, si le corps n'est exempt de souffrance et l'esprit d'agitation. Aussi la volupté pure est sœur de la frugalité et de la simplicité : et n'oublions pas que ces trois soeurs sont inséparables.
O quel tableau charmant , que celui de ces jeunes épicuriennes, recevant leurs vêtemens des mains de la modestie, et leur nourriture des mains de la tempérance ; l'esprit naturel comme leur parure, le cœur pur comme l'onde qui les désaltéroit, étendant leur bienfaisance en restreignant leur nécessaire, riches du superflu dont elles se privoient pour les malheureux, et se privant sans cesse pour s'enrichir tous les jours !
En parcourant les diverses saisons de la vie, leur ame n'en éprouvoit point les variations. Si quelquefois un sentiment plus vif éveilloit
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dans leur sein le feu sacré de la volupté , ce n'étoit point cette flamme dévorante qui desséche et tarit le plaisir ; c'étoit la chaleur vivifiante du printemps , dont leur figure offroit la fraîcheur et l'image. Aussi, jouissant paisiblement des songes du passé , de la réalité du présent, et des illusions de l'avenir, saisissant encore les sensations fugitives du bel âge , sentant vivement tout le prix d'une parole consolante , d'une larme essuyée , d'un désir prévenu , d'un regard de la reconnoissance , d'un mot de la confiance, d'un sourire de l'amitié, elles arrivoient au terme de la vie , tenant encore par la main la jeunesse; car on est jeune , tant que le cœur n'a point vieilli.
Ce fut au milieu de cette heureuse famille que la mort vint frapper, à soixante - douze ans, le père aimable , aussi jeune que ses enfans. Pendant quatorze jours , Epicure éprouva des souffances aiguës, qui ne purent altérer sa sérénité. Il ne se masquoit point , comme Zenon , d'un rire orgueilleux ; il trouvoit , ainsi que Montaigne, que le rire d'un mourant a toujours mauvaise grâce; mais la douceur de ses regards tempéroit sur son visage l'expression de la douleur, comme un rayon pur éclaircit les nuages d'un ciel nébuleux. Enfin , sentant ses forces s'épuiser, il se fit
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mettre dans un bain tiède ; et prenant un peu de vin , il le but avec ses amis , en leur disant : « Adieu, jouissez de la vie, et gardez mes pré- «ceptes.» A ces mots, il ferma les yeux, et son trépas ressembla moins au dernier moment de la douleur, qu'au premier instant du sommeil.
Le lendemain de sa mort, Idoménée , l'un de ses disciples absens , reçut de lui un billet conçu en ces termes : « Je vous écrivois le plus « heureux jour de ma vie, puisque c'étoit le « dernier. Le souvenir de mes progrès dans « la philosophie charmoit mes douleurs. Les «jouissances de l'ame sont les remèdes des « maux du corps. Cultivez donc vos heureuses « dispositions ; vivez sage, vous mourrez heu- « reux. »
Le seul chagrin réel qu'Epicure éprouva dans toute sa vie , fut celui de voir plusieurs de ses disciples, qui matérialisant sa morale, en firent le système du libertinage. Cette secte se grossit , en peu de temps , d'une foule de partisans ; car il y avoit à Athènes assez de nouveaux riches , quelques anciens débauchés et beaucoup d'ignorans. Ce faux culte de la volupté remplaça long-temps le véritable , et les Grecs abandonnèrent l'adoration de la vertu pour l'idolâtrie des plaisirs. En vain le
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philosophe les rappeloit à la sévérité de ses principes ; ils convinrent du texte de sa morale ; mais ils se réservèrent la liberté des commentaires; et pour leur usage particulier, ils mirent le texte en écrit , et les commentaires en action.
Cependant , parmi ses commentateurs , quelques-uns ne commirent que d'heureuses infidélités.
Horace fut un des zélateurs de cette secte un peu trop indulgente. Il en pratiquoit la morale dans les bosquets de Tibur, et la chantoit dans le palais de Mécène.
Lucrèce , un peu avant Horace, la célébra, retendit , et mélangea sa substance céleste d'un poison , que le charme de l'harmonie insinua dans le cœur de ses contemporains. La corruption universelle suivit de près ce prestige; et la pratique de tous les vices fut le fruit des préceptes de la vertu.
D'où vient la source intarissable de tant de malheurs ? de la volupté mal définie. Cet abus de mots est plus pernicieux que l'on ne pense ; et pour n'en citer ici qu'un exemple, quand un homme se déclare Vami d'une femme , j'engnge celle-ci à le prier, avant tout, de lui définir son amitié , et à se défier d'autant plus du nouvel ami, qao sa définition sera plus
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embarrassée : car le sentiment le plus dangereux est celui qui peut le moins se définir.
Le vrai culte, ainsi que les hérésies des épicuriens furent long -temps ensevelis sous le règne de la barbarie ; mais Gassendi en rétablit parmi nous la doctrine dans toute sa pureté; et les hommes , dont le génie honora le plus le siècle dernier et celui où nous vivons, se firent honneur de marcher sur les traces d'Épicure.
Voyons maintenant de quelle manière Epicure détourna les calomnies et les fausses interprétations des ennemis et des hérésiarques de sa docti ine : car il est bien difficile de se concilier l'amitié générale , sans s'exposer aux traits de la haine.
Les stoïciens, en prêtant à la Sagesse un maintien sévère, un regard farouche, un langage sentencieux et mordant , repoussoient de son temple ceux qui s'approchoient pour lui rendre hommage. Les voluptueux , tels que les sybarites, en la privant de son énergie et soulevant le voile qui couvre sa tête auguste, faisoient rougir son front et celui de ses adorateurs Epicure seul , lui conservant sa grâce et sa dignité , la présentoit aux humains telle qu'ils la désirent , et c'étoit chez lui seul qu'ils venoient l'adorer.
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Épicure avoit donc pour ennemis ces deux partis , entre lesquels il suivoit le sentier de la raison. Ces hommes, divisés par l'intérêt et l'opinion , mais rapprochés par l'envie , se réunirent pour conjurer sa perte; et le rencontrant au milieu de l'assemblée du peuple, un stoïcien s'écria le premier :
Citoyens , je dénonce à votre tribunal Un liomme qui se fait aimer de la jeunesse , Un homme dangereux , qui , par son art fatal , Captive en un moment l'estime et la tendresse, Exempt de préjugés , de crainte , de regrets ,
Du sort défiant les caprices ,
Veillant au milieu des délices ,
Et dormant au sein de la paix.
A ces mots, Épicure transporté de joie s'écria :
Me reconnoît-on à ces mots ? — Oui. — Puisque ce portrait a quelque ressemblance^ Puisqu'en m'y comparant vous m'avez reconnu, Je vous demande à tous la juste récompense
Que vous devez à la vertu. — A la vertu ? — Je suis l'ami de la jeimesse ! Je fais naître à la fois l'estime et la tendresse ! Je brave les destins et les opinions !
J'impose un joug aux passions !
Le bonheur , jour par jour , file ma vie entière ! Et la paix , chaque soir , vient fermer ma paupière !
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Hélas ! s'il étoit vrai ! si parmi les mortels Un tel homme eût jamais habité sur la terre , Qui de vous lui pourroit refuser des autels ?
A cet argument imprévu , les suffrages du peuple se réunissent en faveur d'Épicure. Un sybarite les suspend , en s'écriant d'une voix un peu foibie :
J'invoque ici les loix et leur sévérité , Pour punir la doctrine et l'immoralité
D'un homme dont tout le mérite
Est de chercher la volupté ,
Et de l'enseigner. — Sybarite ,
En nommant ma divinité , Tu profanes son nom. Ta langueur , ta paresse ,
Ta stupide inutilité ,
Sont les crimes de la mollesse.
Mais ne sont pas la volupté.
Apprends que la volupté pure N'accorde ses faveurs qu'aux mortels vertueux ;
• Qu'elle est fille de la nature , Dont elle a conservé les traits majestueux ;
Qu'une ame forte et magnanime
Peut seule goûter ses bienfaits ,
Et qu'elle n'habita jamais
Dans un cœur souillé par le crime.
Ce fut elle , en naissant , qui dirigeâmes pas , M'enseigna mes devoirs, fut mon guide et mon maître.
Vous qui ne la connoissez pas , Sachez du moins comment j'appris à la connoître.
^lO COUKS
Dès que je connus le plaisir ,
La peine ou Tespérance , Mon cœur éprouva le désir
D'en faire confidence.
Partageant ma félicité ,
J'en doublai la mesure , Et je me dis : La volupté
Est dans l'amitié pure.
Mais l'amitié pour le bonheur
Ne suffit pas encore.
L'amour fermentoit dans mon cœur
Daphné l'y fit éclore.
Dédaignant toute autre beauté ,
Je n'idolâtrai qu'elle , Et je me dis : La volupté
Est dans l'amour fidèle.
Je vis pleurer des malheureux.
Sensible à leurs alarmes , Je pleurai d'abord avec eux ,
Puis j'essuyai leurs larmes.
Jamais mon cœur n'avoit goûté
Si douce jouissance , Et je me dis : La volupté
Est dans la bienfaisance.
Ainsi , simple dans mes discours Et dans mon caractère ,
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Je jouis en faisant toujours
Le bien que je peux faire , Et de tout plaisir apprêté
Dédaignant l'imposture , Je ne trouve la volupté Qu'au sein de la nature.
A ces mots , une acclamation universelle , un murmure d'attendrissement et de plaisir fit triompher le philosophe , et confondit ses accusateurs. Tandis qu'ils se retiroient la rage dans le cœur et la rougeur sur le front , tout le peuple reconduisoit Épicure en répétant avec ivresse :
n nous a dit la vérité :
Quand on a l'ame pure , On ne trouve la volupté
Qu'au sein de la nature.
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