DES BUVEURS DU XVII 1^ SIECLE
Jupiter ! du haut de la nue , De ce monde extermine enfin Ces buveurs qui , sans retenue , Mettent moitié d'eau dans leur via.
Fais revivre ces premiers âges , Où les Ris , l'Amour et Vénus Enchaînoient les fous et les sages Avec les pampres de Bacchus.
Après le gain de vingt batailles , Les Duguesclins et les Bayards , Trinquant à l'ombre des futailles , S'excitoient aux travaux de Mars.
Pour de plus paisibles conquêtes , Comme eux ranimons notre ardeur; Les Grâces seront toujours prêtes A couronner l'heureux vainqueur.
Céladons , chantez- vos Climènes ; Moi , je célèbre le bon vin :
Gémissez du poids de vos chaînes ; Je bois , et n argue du chagrin !
Mon amante n'est point rebelle , Jamais je ne soupire en vain ; Mais je la trouve encor plus belle , Lorsque je vois mon verre plein.
Va , cours , infortuné poète , D'HJppocrène épuise les eaux ; Moi je n'embouche la trompette Que sur le cul de mes touneaus..
Apollou donne la colique Aux cygnes du sacré vallon ; Pour moi , ma verve poétique Réside au fond de mon flacon.
Vous qu'une soif aveugle entraîne , Vous qui , laissant le vin d'Ay , Allez boire l'eau de la Seine Dans les bouteilles de Passy ; Puisse cette liqueur fatale Vous mener bientôt chez Pluton , Pour subir le sort de Tantale Dans une tonne de Mâcon !