SUR LE RETOUR DU PRINTEMPS
Accourez , Nymphes , sur ces rives ,
Ne craignez plus les Aquilons ;
Voyez les ondes fugitives
Qui serpentent dans ces vallons.
Assez et trop longtemps sur nos humides plaines Nous avons vu régner le dieu des noirs frimas. Mais enfin des Zéphyrs les tièdes haleines Annoncent le Printemps qui marche sur leurs pas.
Demain , lorsque la jeune Aurore
Ouvrira les portes du jour ,
Combien nous allons voir éclore
De fleurs pour orner son retour !
Dans quel noble appareil le Printemps va paroître ! Les Tritons , pour le voir , sortent du sein des eaux ^ Les Faunes , les Sylvains ont reconnu leur maître , Et célèbrent sa gloire au son des chalumeaux.
Voyez sur ce léger nuage
S'avancer l'aimable Printemps ;
Sa cour est l'heureux assemblage
De tous les plaisirs renaissons. *
Tandis que les Zéphyrs l'entourent de guirlandes , Avec un doux sourire il regarde Cérès : Les mortels à l'envi lui portent leurs offrandes , Et pour lui l'encens fume au milieu des guérets.
Sur cette riante verdure
Je vois la déesse des fleurs
Embellir la jeune Nature
De ses plus brillantes couleurs.
Près d'elle j'apperçois la flatteuse Espérance , Qui portant dans son sein les doux germes des fruits. Déjà dans le lointain nous montre l'Abondance Qui de nos longs travaux nous apporte le prix.
Venez dans ces gras pâturages , Quittez l'asyle des hameaux ;
Auprès de ces tendres feuillages , Bergers , conduisez vos troupeaux.
Au pied de ces ormeaux déposez vos Jioulettes ;
Hélas ! depuis longtemps Eclio n'a plus de voix.
Sous vos agiles doigts animez vos musettes ,
Et ramenez enfin les plaisirs dans nos bois.
Assemblez-vous sous cet ombrage ,
Venez , embellissez nos cliamps ,
Tendre jeunesse , de qui l'âge
Est une image du printemps.
Joignez à nos accords votre danse légère , Je vois autour de vous voltiger les Désirs, Amours , secondez-nous : cette molle fougère Doit être , au mois de mai , le trêue des Plaisir».