A MADEMOISELLE SEDAINE
A I K : Fournissez un canal au ruisseau.
Jusqu'ici, j'avois cru qu'à quinze ans
Commençoit la saison de plaire :
Mais depuis iiuit jours , à mes dépens , Suzon , vous m'apprenez le contraire.
Mon pauvre cœur qui bien soTivent
Près de vous est à la torture ,
Me rappelle , quand il murmure , Que l'Amour est un enfant.
En naissant , vous avez apporté
Les titres de votre famille ; Les charmes , les talens , la beauté , Et ce feu qui dans vos yeux pétille.
Jeune Suzon , gardez-vous bien
D'en remercier la nature :
Elle ne vous rend , je vous jure , Que ce qui vous appartient.
l52 POÉSIES
Pour moi , je vous crois depuis longtemps
L'enfant gâté de votre père ; Car je vous vois tous les agrémens De vos sœurs , dont sa Muse est la mère : De Rose l'aimable candeur, De BaLet l'heureuse finesse , De lyicolette la tendresse , Et l'esprit de leur auteur.
Mais eu vain votre père à son gré
Sait nous charmer quand il s'amuse j Car votre mère nous a montré Qu'elle a plus de talent que sa Muse.
L'ouvrage qu'elle a mis au jour Vaut mieux que tous ceux du génie.
Le bonheur d'en tirer copie Est réservé pour l'Amour.
DIVERSES. l53