‹ Cours de morale et opuscules en vers et en proseChapitre 38 sur 44 · FRAGMENT DTN POEME SUR L'ART DE PLATRE · texte numérisé non relu

FRAGMENT DTN POEME SUR L'ART DE PLATRE

tjTENTiL Bernard a chanté l'art d'aimer ; Je vais chanter, après lui, Tart de plaire. De tes regards , Cypris , viens m'auimer , Et d'un souris paye-moi mou salaire.

Tendres beautés , dont les trésors naissans Sous le corset croissent et s'arrondissent ; Aimables fleurs , vous que , depuis seize ans , Amour cultive , et dont les doux présens , Entre ses doigts déjà s'épanouissent :

Vous de qui l'art , l'esprit et les talens Cachent aux yeux l'été qu'ils embellissent , Et vous , hélas ! dont les attraits vieillissent , Mais qui , trompant la vieillesse et le temps , Les couronnez des roses du printemps , Rassemblez-vous , que les Grâces s'unissent Et tour à tour président à mes chants.

Ame du monde et source de la vie , Puissant auteur de celte tyrannie Dont on se plaiat... qu'on regrette pourtant ! Vole à ma voix , mon aimable tyran ; Viens de tes feux embraser mon génie , Et prête-moi ton langage toucliant ,

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Simple , naïf , plein de douce harmonie : Langage heureux , cent fois plus éloquent Que les discours de Grèce et d'Italie , Lorsque , sortant des lèvres d'une amie , Il va chercher le cœur de son amant.

De tous les dons que la mère Nature

A ses enfans partage également ,

Grâces , génie , esprit , taleus , figure ;

( Fleur passagère et frivole ornement

Lorsque c'est là notre seule parure )

De tous ces dons , le premier , selon moi ,

C'est cet air simple et ce je ne sais quoi ,

Qui doucement près de lui nous attire ,

Nous y retient , nous y donne la loi ,

Et sur nos cœurs s'acquiert certain empire

Qui fait plaisir sans qu'on sache pourquoi.

Ce don charmant qu'aux autres je préfère ,

Ami lecteur , n'est-il pas V art de -plaire ?

S'il est un âge où la simplicité

Donne surtout un prix à la beauté ,

C'est ce moment qui , n'étant plus l'enfance .

N'est pourtant pas encor l'adolescence.

Ce ton naïf de l'ingénuité ,

Cette pudeur si rare et si touchante ,

Ces yeux baissés , cette bouche charmante

Qui ne sait point trahir la vérité ,

Cette blancheur et ce doux velouté ,

Ce teint vermeil , cette santé riante ,

DIVERSES. l55

Tout nous séduit , nous charme , nous enchante. Telle à vingt ans bien moins à redouter , Prenoit alors les cœurs sans s'en douter.

Jeunes beautés qui touchez à cet âge , Dans ce tableau voyez-vous votre image ? Peintre novice , en traçant vos attraits, Tantôt je crains d'altérer quelques traits , Tantôt je crains , retouchant mon ouvrage , D'être accusé de flatter mes portraits....

De les flatter ? pardonnez à ma muse

Ce mouvement de pure vanité.

A ce tableau quand son pinceau s'amuse,

S'il lui paroît que sa main l'a flatté ,

L'original doit lui servir d'excuse.

Eh! qui pourroit embellir la beauté,

Quand sur sou front le fard de la parure

N'a point flétri la fleur de la nature!

Mais cette fleur, chez nous , depuis longtemps

Pour se flétrir n'attend plus le printemps.

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