‹ Cours de morale et opuscules en vers et en proseChapitre 43 sur 44 · D'UNE JEUNE FILLE DE CAMPAGNE · texte numérisé non relu

D'UNE JEUNE FILLE DE CAMPAGNE

Grâces , fraîcheur , fleur printanière ,

La mort devrolt vous respecter.

Ah ! pourquoi cesser d'exister ,

Quand on n'a pas cessé de plaire ?

Aimer , être belle et mourir ,

O la cruelle destinée !

Mon cœur ne peut , sans s'attendrir,

Concevoir cette affreuse idée.

Quoi ! ces lèvres , où tour à tour

Règuent le baiser , le sourire ,

La douce Jialelne de Zéphyre ,

El l'éloqueuce de l'Amour ,

Demain garderont le silence !

Sur ces yeux , qui lancent les traits

Du désir et de l'espérauce ,

La mort étendra pour jamais

Le sommeil de l'indifférence ;

Flétrira ces deux fruits naissaus ,

Couverts de fleurs à peiue écloses ,

Et ces deux boutons rougissans ,

Qui sembloient promettre deux roses ?

Après avoir dit quelque temps ,

Elle étoit jeune , elle étoit belle ,

DIVERSES. l65

On l'oubliera : Dierbe nouvelle Couvrira sa tombe au printemps.

Ses compagnes dans la prairie , Viendront un jour cueillir des fleurs Sur la cendre de leur amie ; Et les Ris essuieront les pleurs.

Là, fixant sa course légère , Le jeune chasseur , vers k- soir , Se reposera , sans savoir Qu'il foule aux pieds une bergère.

Dieux jaloux ! pourquoi de la terre

Ravir l'ornement le plus beau ?

Pourquoi l'astre de la lumière ,

Qui s'est levé sur son berceau ,

A peine achevant sa carrière ,

Se couche-t-il sur son tombeau ?

Quand formant la femme si belle ,

Votre bonté créa pour elle

Tant <l'attralts et tant de vertus ;

Que vous eùt-il coûté de plus ,

Grands dieux ! pour la rendre immortelle ?

j66 poésies diverses.

qui me dentandoU des conseils sur la poésie.

Vous me demandez des leçons?

Je fais des vers sans m'y connoître.

Que l'Amour seul soit notre maître ;

Quand le cœur nous dicte , écrivons.

Mais à cette charmante ivresse

Ne consacrons que peu d'instans.

Dès qu'on a perdu sa jeunesse ,

On la regrette ; il n'est plus temps.

Souvent , en s'amusant sur les bords du Permesse , Comme Enée on oublie et l'on perd sa maîtresse. L'Hymen calculateur l'enlève au prix du cours. Soudain , adieu le charme des beaux jours ,

La gaîté fuit , le bonheur cesse Avec l'illusion des premières amours.

De là cette mélancolie Qui consxime et flétrit la fin de mon printemps. Ah ! croyez-moi , l'esprit , les succès , les talens Ne valurent jamais la main de son amie. Pour l'aimer c'est trop peu d'une ame , je le sens ; Et pour la regretter c'est trop peu de la vie.

Dirigez donc vos travaux et vos vœux Vers ce bonheur , le seul qui reste sur la terre. Que Plutus vous présente à la cour de Cythère. Chantez alors , et vous serez heureux.

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