D'UNE JEUNE FILLE DE CAMPAGNE
Grâces , fraîcheur , fleur printanière ,
La mort devrolt vous respecter.
Ah ! pourquoi cesser d'exister ,
Quand on n'a pas cessé de plaire ?
Aimer , être belle et mourir ,
O la cruelle destinée !
Mon cœur ne peut , sans s'attendrir,
Concevoir cette affreuse idée.
Quoi ! ces lèvres , où tour à tour
Règuent le baiser , le sourire ,
La douce Jialelne de Zéphyre ,
El l'éloqueuce de l'Amour ,
Demain garderont le silence !
Sur ces yeux , qui lancent les traits
Du désir et de l'espérauce ,
La mort étendra pour jamais
Le sommeil de l'indifférence ;
Flétrira ces deux fruits naissaus ,
Couverts de fleurs à peiue écloses ,
Et ces deux boutons rougissans ,
Qui sembloient promettre deux roses ?
Après avoir dit quelque temps ,
Elle étoit jeune , elle étoit belle ,
DIVERSES. l65
On l'oubliera : Dierbe nouvelle Couvrira sa tombe au printemps.
Ses compagnes dans la prairie , Viendront un jour cueillir des fleurs Sur la cendre de leur amie ; Et les Ris essuieront les pleurs.
Là, fixant sa course légère , Le jeune chasseur , vers k- soir , Se reposera , sans savoir Qu'il foule aux pieds une bergère.
Dieux jaloux ! pourquoi de la terre
Ravir l'ornement le plus beau ?
Pourquoi l'astre de la lumière ,
Qui s'est levé sur son berceau ,
A peine achevant sa carrière ,
Se couche-t-il sur son tombeau ?
Quand formant la femme si belle ,
Votre bonté créa pour elle
Tant <l'attralts et tant de vertus ;
Que vous eùt-il coûté de plus ,
Grands dieux ! pour la rendre immortelle ?
j66 poésies diverses.
qui me dentandoU des conseils sur la poésie.
Vous me demandez des leçons?
Je fais des vers sans m'y connoître.
Que l'Amour seul soit notre maître ;
Quand le cœur nous dicte , écrivons.
Mais à cette charmante ivresse
Ne consacrons que peu d'instans.
Dès qu'on a perdu sa jeunesse ,
On la regrette ; il n'est plus temps.
Souvent , en s'amusant sur les bords du Permesse , Comme Enée on oublie et l'on perd sa maîtresse. L'Hymen calculateur l'enlève au prix du cours. Soudain , adieu le charme des beaux jours ,
La gaîté fuit , le bonheur cesse Avec l'illusion des premières amours.
De là cette mélancolie Qui consxime et flétrit la fin de mon printemps. Ah ! croyez-moi , l'esprit , les succès , les talens Ne valurent jamais la main de son amie. Pour l'aimer c'est trop peu d'une ame , je le sens ; Et pour la regretter c'est trop peu de la vie.
Dirigez donc vos travaux et vos vœux Vers ce bonheur , le seul qui reste sur la terre. Que Plutus vous présente à la cour de Cythère. Chantez alors , et vous serez heureux.