Cours de morale religieuse
Tu travailleras six Jours , et tu feras toute ton oeuvre ; mais le septième est le jour du repos de l'Eternel ton Dieu : tu ne feras aucune ceuvre en ce jour-U. Exode , chap, 20 , ^. g et 10.,
JuE spectacle de la terre et la connoissance des lois primitives auxquelles la reproduction de ses richesses est assujettie , nous apprennent que Thomme fut destiné par TEtre suprême à Toccupalion et au
travail. Et Fétude de notre nature morale , nous montre avec évidence que cette disposition du tems , 'cet emploi de la vie , est en accord parfait avec le système de notre bonheur. ■ l \ '
Le travail , considéré sous ce double point de vue , devient un grand sujet de réflexion ; et nous allons le méditer avec vous.
^ Elle est belle, elle est magnifique cette habitation assignée à la race humaine par les décrets du Dieu de Funivers. Il en est d'autres , d'autres sans fin , que des barrières impossibles à franchir éloignent de nous , et qui semblent errer avec notre terre dans les espaces infinis. Toutes ont leurs lois , leur but mystérieux , leur marche régulière ; toutes obéissent au mouvement qui leur a été imprimé par une éternelle sagesse.
Habitans de ces mojjde3 qu^ nous ne CQnnoissons pas, vous, vous élevé?; sans doute par la pensée à notre commun Maître , à notre commun Bienfaiteur;
(5) et SI vous êtes plus fortunes que nous , la part que nous avons aux bénédictions de TEternel est le gage de nos espérances.
Aussi, nous ne craignons point de Tavouer, le travail est la condition de nos jouissances ; le travail est notre devoir absolu : mais si nous y réfléchissons , nous trouverons que ce devoir , cette obligation, nous honorent; et nous les recevrons comme un témoignage de notre rang dans Tordre des êtres, comme un des attributs de notre glorieuse intelligence.
Considérons en effet ce monde où nous sommes placés , cette terre qui nous a été destinée : tous les germes de richesses y sont jetés ; tous les principes de vie , tous les élémens créateurs y sont répandus ; et , pour entretenir sa fécondité , un globe étincelant de lumière et de feu la couvre de ses rayons , et favorise faction nouvelle de toutes les végétations; mais tant de forces mystérieuses n'auroient pu remplir le but du souverain Auteur de
la nature , elles n'eussent accompli qu imparfaitement sa pensée , s'il n'avoit pas confié ce riche apanage à dès économes întelligens; s il n'a voit pas appelé Thomme h connoître et à choisir les fruits les plus salutaires ; à,les perfectionner, a les multiplier par l'étude et par la science ^ et à Taide d'une active et patiente culture.
Voilà la loi primitive du travail , voilà son origine. Ah ! combien il s'ennoblit sous l'aspect que nous venons de vous présenter. Ce n'est plus un esclavage, ce n'est plus le sceau d'une condition humiliante ; il semble alors en rapport immédiat avec le vaste plan de l'Etre suprême , et comme une sorte d'association à ses vues sublimes.
Considérons encore quelques momens notre sujet dans ses relations avec la race humaine ; nous le resserrerons ensuite dans le cercle des idées qui appartiennent à l'organisation sociale.
^' Nous venons de le dire: nos facultés intelligentes achèvent , en quelque ma-
nîère, rîngënieux dessin trace devant nos yeux; mais dans cette belle tâche, et nonobstant le caractère auguste de notre mission, c'est par un intérêt propre que nous sommes inspires. Oui ; les hommes, épars sur la terre, recueillent en entier les fruits de leurs travaux : ils ne sont ni les agens des habitans d'un autre monde, ni les instrumens serviles de quelques peuples aériens ; tout est à eux et pour eux , et ils vivent en maîtres sur cette demeure qui leur a ^té donnée.
Mais si nous sommes avertis que la race humaine est une race privilégiée ; si rhomme au milieu des êtres animés , paroi t véritablement Tétre de choix et de distinction, il ne tarde pas à connoitre qu'il obéit lui-même à des lois impérieuses, à des lois nécessaires ; et la première de toutes, c'est l'obligation du travail. 11 ne lui a pas été permis de consommer son tems dans l'oisiveté ; il ne lui a pas été permis de se livrer uniquement à la rêverie ; et ses besoins les plus instans lui demandent une vie active.
(6) Les vents, ou les oiseaux de Taîr, n'ont pas été chargés de lui apporter sa nourriture ; les ruisseaux ne se détournent pas de leur cours pour le suivre et pour apaiser sa soif ; et aucun des animaux dont la terre est remplie , n'a été doué de la science nécessaire pour lui bâtir une simple cabane.
C'est donc l'homme qui doit pourvoir aux besoins de l'homme. La nature lui a donné la force et l'intelligence ; mais ces facultés ne sont des avantages qu'au prix du travail : sa demeure terrestre est parsemée de richesses ; mais ces richesses ne lui appartiennent qu'au prix du travail , et ce travail est l'agent continuel entre les vœux de l'homme et la bienfaisance céleste : ainsi , lorsque la Religion , en réglant nos devoirs, nous dit, tu travailleras ; lorsqu'elle nous dit, le souhait du paresseux le tue , parce que ses mains refusent de traînailler ; lorsqu'elle nous dit encore , va , paresseux , va vers la fourmi , contemple ses voies , et sois ^age; ces paroles, et beaucoup d'autres
semblables, ne sont qu'une înterprëtatîon des lois constitutionnelles du monde.
Nous entendons ici le langage des tém(^raires censeurs de la Providence. Ils disent : Pourquoi FEtre suprême a-t-îl fait du travail une condition de notre nature ? Uëtoit maître de nous faire jouir, au sein du repos , de tous les biens de la vie ; pourquoi ne Fa-t-il pas voulu ? Est-ce donc que sa puissance ou sa bonté soit limitée?
Nous avons déjà montré dans un discours précédent, que les objections déduites d'un prétendu contraste entre ces deux Perfections divines , la Puissance et la Bonté, nous meneroîent par degrés a des hypothèses absurdes et à des difficultés insolubles. Jamais nous ne trouverions, jamais on n indiqueroit le point de réunion d'une Bonté sans bornes et d'une Puissance infinie : et l'image d'un bonheur parfait n'arréteroit point les agressions du raisonnement ; car on exigeroît encore la multiplicité à l'infini des élres^ sensibles.
Eloîgnons-nous donc des questions qui sont autant d'abîmes pour la pensée. Là où commence cet infini dont nous parlons si librement , nous ne sommes plus ; car il n'est en rapport avec aucune de nos facultés : tel est Tordre des choses. Soyons donc avertis des barrières que notre esprit essaieroit . en vain de franchir; et, rentrant dans le cercle soumis à nos regards j, remarquons l'admirable correspondance qui règne entre les forces de notre intelligence , et la nature des biens dont nous pouvons nous mettre en possession par le travail. Nous découvrirons ainsi de nouveaux traits de sagesse et d'harmonie dans les œuvres de la création ; et multipliant le connu par l'inconnu, le présent par l'avenir, nous aurons une notion moins vague des mystères de l'infini , que si nous abandonnions le petit nombre de vérités simples dont notre intelligence nous donne la certitude, pour nous placer , de prime abord , sur les hauteurs de la métaphysique et au milieu des nuages dont elle est environnée.
Sarvez-iious dans les observations qui s'enchainent aux réflexions génërales que notre sujet vient de nous fournir.
L'homme, aux premières années de sa vie, Thomme dans son enfance, ne pourroit se passer d'une nourriture douce, balsamique, onctueuse et proportionnée à la délicatesse de ses organes : il ne peut ni la chercher à Taide de ses forces , ni la trouver à la faveur de son intelligence ; le sein maternel vient la lui donner , et Fharmonie est établie entre notre foiblesse et nos premiers besoins.
L'homme grandit, et il lui faut d'autres alimens; l'homme grandit, et il doit se défendre des injures de l'air : l'homme grandit, et la loi dn travail commence alors pour lui ; car il ne peut se procurer, d'aucune autre manière, les biens nécessaires à sa conservation et à ses jouissances. Mais, par une admirable proportion, ce travail n'excédera ni l'action de ses forces , ni la mesure de son intelligence. Quelle harmonie en de si vastes rapports !
( lo )
C'est la même qui a présidé au salut de notre enfance-
Les grains , cette nourriture de Thomme fait, exigeoient une culture; mais notre esprit en a découvert les combinaisons, et un léger labeur les a mises en pratique» Ce n'est point dans la profondeur des entrailles de la terre que la Providence a déposé le germe des productions qui nous sont indispensables ; c'est presque ri la superficie; et Dieu a voulu que nos regards pussent jouir sans cesse , en espérance , des biens que chaque saison doit nous donner.
Ce n est pas non plus dans des abîmes impénétrables que les richesses des mers sont cachées; etfhomme, avec le secours d'une facile industrie, y fait des conquêtes journalières.
C'est de même avec plus d'art que de fatigue , et par d'ingénieux compartimens, que l'homme a purifié les sels unis à ces masses d'eaux dont la terre est environnée, et qui servent à tant d'usages dans notre système économique.
Voyez encore comment un travail successif, mais rendu modërë par sa division , métamorphose en vétemens le lin de nos guérets, la riche toison des brebis , et jusqu'aux tissus délicats dont le ver à soie senveloppe.
Enfin, rhomme avoit besoin de se mettre à couvert des injures de Fair; il avoit besoin aussi de s'enfermer tandis qu'il se livroit au sommeil , tandis que sa vigilance étoit suspendue ; et toutes les matières premières, propres à remplir ce but, sont autour de lui : ici des bois , dociles à ses efforts ; là le fer, ce métal précieux , l'aide et Tinstrument de son industrie; ailleurs, ces sables et ces pierres qu'il agence à sa volonté; par-tout, cesélémens si terribles en apparence , et dont il a fait habilement les meilleurs compagnons de ses travaux.
Nous consumerions une trop grande partie du tems consacré à cette méditation religieuse , si nous voulions rendre complet le tableau que nous venons de tracer. Il nous suffit d'avoir montré que
le travail imposé à la race humaîne, ce travail qui doit lui procurer tous les biens nécessaires ^se trouve non-seulement pro-. portionné au degré de ses forces physiques , mais encore en accord parfait avec la mesure de son intelligence; et nous terminerons cette première partie de notre discours par une réflexion philosophique digne de toute notre attention.
Le travail auquel la race humaine est appelée par les lois suprêmes du Créateur, n'altère point la dignité de notre nature, n'est point en nous une condition subalterne : ce travail est l'accompagnement nécessaire , et peut-être le sceau , de nos deux qualités les plus sublimes , la liberté et l'intelligence ; car , dans la sphère de nos idées , nous ne pourrions concevoir une liberté sans action et une intelligence sans but. Et savons-nous encore ce que seroient pour nous ces deux autres dons magnifiques , l'imagination et la prévoyance ; ce qu'ils seroient pour nous sous le rapport du bonheur , sans le besoin du
( i3) travail, sans une occupation nécessaire et qui fixe nos regards sur des objets précis, nous distrait des pensées vagues et indéterminées, et nous présente avec ordre des points de vue graduels et successifs.
Ah ! qu'il y a d'accord dans toutes les parties de la constitution morale de Fhomme ! On voit qu une science parlaite y a présidé , comme dans toutes les
œuvres de la création.
Nous avons considéré, jusqu'à présent , la loi commune du travail d'une manière générale et dans ses rapports avec la race humaine ; c'étoit le moyen de distinguer, avec plus de clarté, Fidée primitive du souverain Ordonnateur du monde.
Suivons Thomme actuellement dan»
l'intérieur de nos sociétés et au milieu de cette réunion d'intérêts et de relations politiques , où notre art s'est mêlé aux lois de la nature, où quelquefois même il les altère sans pouvoir jamais les détruire ni
les changer , nonobstant les essais téméraires de quelques esprits orgueilleux.
Nous retrouvons dans ces sociétés, devenues^! compliquées par Teffet du tems, nous y retrouvons Futilité et la nécessité du travail : mais nous le voyons inégalement réparti ; et les grandes différences que nous apercevons , les prérogatives dont elles sont Torigine, les distinctions qu'elles consacrent, toute cette œuvre sociale nous empêche de rendre hommage au vaste plan formé dans une Sagesse suprême pour Tinstitution de notre bonheur.
Devenons plus justes, en examinant avec réflexion le spectacle qui nous offense.
Nous avons déjà été appelés à le dire : les hommes réunis en société ont été obligés. d'admettre les droits de propriété, non-seulement pour assurer au travail sa récompense , mais encore afin de prévenir le renouvellement continuel des partages , et leur tumulte inévitable. Comment d'ailleurs auroit - on subdivisé le
( i5 ) travail d'une manière cigale entre des hommes inégaux en force, inégaux en santé? comment sur-tout y fût-on parvenu entre des hommes doués de talens divers , et entraînés par cette variété à des occupations dissemblables? On se seroit trouvé dans la nécessité d'établir des règles de proportion à Tinfini ; dans la nécessité de calculer et de comparer tous les degrés de fatigue ; dans l'obligation même d'évaluer et de fixer des rapports généraux entre les peines du corps et les ëlaborations de Tesprit ; et toutes ces répartitions fussent devenues elles-mêmes le plus pénible des travaux , comme aussi le plus inextricable. Enfin, par une autre bizarrerie , et toujours avec l'intention d'atteindre à une égalité parfaite? , si Ton eut forcé chaque individu à diviser son tems entre toutes les occupations nécessaires , entre toutes les occupations comprises dans le cercle le plus étroit , la multitude d'apprentissages et d'éducations dont une même personne auroit eu besoin, n'eût pas moins consumé la plus grande partie de la vie.
C'est donc l'épargne du tems, la plus importante de toutes les ëconomies, quia donné Tidée de répartir entre des hommes différens les travaux différens ; de le faire dès les premiers âges, depuis la bêche du laboureur Jusqu'à la navette du tisserand; et de beaucoup d'autres manières encore, à mesure que nos vœux et nos moyens se sont étendus.
Comment, avec tant de variétés, les fortunes fussent-elles restées les mêmes? Et , près de ces gradations de fortune , comment la distribution du travail eûtelle été maintenue d'une manière égale?
Croyons donc, sur l'autorité réunie du raisonnement et de l'expérience, que les lois sociales , relatives au travail , aux fortunes, à la propriété, étoient inévitables. La sagesse des Gouvernemens peut les adoucir et les perfectionner; mais les grandes bases , représentées par nos idées de justice , ne pourroient être dérangées sans une confusion universelle.
Hâtons-nous cependant de saisir une vérité consolante. Toutes les institutions
civiles
(17) civiles et politiques sont Touvrage des hommes ; mais plus loin nous apercevons une Providence vigilante qui s est réservé à elle seule les conditions gêné-» raies du bonheur, et qui les maintient par sa volonté puissante. Ainsi un travail inégal, des fortunes graduées, des propriétés distinctes, sont autant de conséquences de la liberté du mouvement social ; mais un individu dont la vie est remplie par des occupations continuelles, n'a pas en jouissances intimes et secrètes, un lot inférieur à Thomme dispensé du travail par fétendue de son patrimoine.
Nous nous trompons dans nos jugemens à cet égard , parce que les lois sociales ont imposé un caractère de nécessité au travail de Thomme né sans fortune ; mais c'est par une loi plus impérieuse encore , par une loi suprême, que TEtre des êtres, organisant le bonheur de la race humaine , a fait du travail un élément, quil a joint, dans sa profonde science, au don de Tintellig^nçe et au don de la liberté.
Nous avons développé cette idée dans la première partie de notre discours.
L'homme croit ne travailler que pour un salaire ; c'est le but artificiel qui émeut son imagination : mais la vérité première, la vérité cachée dans le mystère de notre nature , c'est que nous travaillons tous pour obéir à la vocation qui nous a été donnée par un Dieu créateur, par un Dieu le génie et le maître du monde.
Gardons - nous donc de calomnier le travail ; et si le raisonnement ne suffisoit pas à votre instruction , fixez votre attention sur les hommes en petit nombre qui promènent ça et là leur oisiveté. Le vulgaire les envisage comme des êtres privilégiés , parce qu'ils paroissent affranchis d'une sujétion commune : mais suivez-les dans leur maison et dans les détails de la vie domestique ; vous les verrez se débattre en victimes contre la tyrannie de l'ennui ; vous les verrez , ne sachant où fie prendre , devenir les ennemis du tems, de ce tems que seul entre les êtres créés l'homme est appelé à çonnoître c-t à me-
surer ; vous les verrez , impatiens des vains efforts qu ils font pour multiplier leurs sensations physiques par une succession plus rapprochée , recourir au som- ' meil , à cette mort passagère qui anéantit tous les intervalles. Qu'ils dorment ! qu'ils dorment ! c'est encore heureux ; car , dans leur oisiveté, ils demandent sans cesse à leur imagination de réveiller leur langueur : elle va peut-être leur obéir, elle va les conduire dans la carrière du vice , elle va les entraîner au milieu des lâches plaisirs que la honte et le remords accompagnent.
Ils n'ont pas besoin, disent-ils , de travailler , puisque le revenu de leur patrimoine suffit à leurs dépenses. Quelle excuse ! N'est-il donc de salaire , n'est-il de récompense qu'en argent? et ne comptez-vous pour rien l'estime , la reconnoissance , la considération , ces dédommagemens qui attendent l'homme dont les facultés sont employées à f aide des autres et au service de la patrie ? ne comptezvous pour rien ces chances d'hoaneur et
de gloire ouvertes aux citoyens qui cultivent par le travail les talens dont la nature les a doués ? Oublierez -vous surtout les devoirs qui nous sont imposés par une convention tacite entre tous les hommes ? Notre sujet nous appelle à les retracer.
La société respecte et doit respecter les supériorités de fortune dès qu elles ont acquis le caractère de propriétés , caractère rendu sacré par les lois d'ordre et par la morale publique. Ces supériorités d'ailleurs , effets inévitables des hasards attachés au libre mouvement de Tindustrie j ne contrarient point les intérêts de la communauté , n'altèrent point son bonheur; caries revenus, même les plus considérables , ne sont qu'en passage entre les mains de leur maître titulaire. La subdivision de ces revenus en beaucoup de parts , s'exécute avec rapidité par la voie des échanges ; et il ne reste au riche, comme individu , qu'un degré variable de peines et de plaisirs , le lot universel de l'espèce humaine.
Le véritable préjudice envers FEtat est donc Foisiveté que permet la fortune acquise par héritage : car il n'est aucun travail dont la société ne profite ; et plu» r éducation que nous avons reçue de nos parens a cultivé notre esprit , a multiplié nos moyens et nos facultés, et plus notre oisiveté devient répréhensible.
Le progrès des sciences , la perfection des lumières , sont tellement utiles , tellement nécessaires aux hommes , que si la loi des propriétés n'a voit pas amené d'une manière naturelle des différences de fortune , il eut fallu créer des riches , il eût fallu s'assurer du moins de l'existence continuelle d'un certain nombre de citoyens entièrement affranchis des travaux mécaniques , d'un certain nombre de citoyens préparés dès leur jeunesse aux talens de l'esprit , et à qui l'on auroit prodigué toutes les leçons , tous les secours propres à les mettre en état de faire un pas de plus dans la vaste carrière ouverte à nos pensées et à nos recherches. C'est avec la bêche , avec le soc de la charrue ,
que riiomme devient possesseur des richesses de la terre ; c'est de même avec rinstrument de Tesprit , aiguisé , perfectionné par l'éducation , que lliomme fait la conquête des trésors de la science.
Ah ! qu'ils sont admirables tous ces compartimens établis au milieu des nations par l'ordre social , par cet ordre étroi* tement uni à la morale et au système du monde ! Les hommes n'y peuvent donner atteinte d'une manière durable, n'y peuvent toucher en destructeurs que dans leurs momens de frénésie.
Oui , nous croyons interpréter les éternelles lois , lorsque nous demandons aux uns de n'être point jaloux des supériorités de fortune , et lorsque nous demandons aux autres de faire servir ces supériorités à l'utilité générale.
Les hommes ont le moyen de faire des progrès chaque jour dans la pratique de la vertu , puisque les petits intérêts comme les grands , les relations privées comme les connoissances plus étendues, offrent un exercice actif à la morale , et que les
enseîgnemens de la Religion sont d'un facile abord. Mais la perfection des lumières , dans les sciences humaines , ne peut s'obtenir qu'à Taide d'une étude obstinée. Tout est refusé à la paresse ; elle laisselliomme dans Fenfance, elle enfouit les plus beaux talens.
On dégrade donc sa propre nature , lorsqu'après avoir reçu tous les secours de l'éducation , l'on n'en fait aucun usage. Et l'on relève au contraire la dignité de l'homme , lorsqu'on se sert des premières connoissances pour en acquérir de nouvelles.
Est- il une plus noble ambition que de parvenir , par ses efforts , à laisser en héritage après soi une seule vérité nouvelle, ou même une simple idée propre à lier ensemble des expériences éparses ? est - il rien encore de plus glorieux que d'employer son esprit à l'achèvement des choses , à la perfection de ce qui est ? C'est prendre à l'œuvre éternelle la part cjue l'Ordonnateur suprême a daigné ménager aux créatures intelligentes. Ah ! c[ue le
travail est beau , considère sous un aspect si grand et si majestueux !
Vous entrerez aussi dans les desseins du Protecteur du monde , vous qui profitez de votre fortune pour rendre des services généreux à votre patrie ; vous qui suivez avec désintéressement la carrière laborieuse du gouvernement y de la magistrature , de Tinstruction publique | vous qui dévouez votre tems à la défense du foible et à la consolation de Taffligé. La société offre par-tout des occupations queThomme oisif ne peut considérer sans honte et sans remords. Il se glorifie quelquefois ^ dans son aveuglement, du lâche repos auquel il se consacre au milieu du mouvement universel dont il est environné ; mais le sage le remet à la place qui lui appartient , et il le voit comme un être étranger à Tharmonie du monde ; comme un être, en quelque manière, hors du but de la création.
Non , ce n'est pas à Thomme qui dépense oisivement son revenu , ce n est pa« à l'homme ingrat envers la fortune ,
que nous porterons nos hommages ; ils seront tous à vous ces hommages, à vous et de préférence , honorables cultivateurs , honorables artisans, dont chaque journée prépare , commence ou finit quelque œuvre utile, et qui pouvez alors réclamer la double louange de bons citoyens et de vertueux pères de famille. Votre travail assure la subsistance de vos enfans ; votre travail vous mettra peut-être en état de leur procurer une première éducation ; et vous aurez agrandi pour eux la scène du monde : votre travail enfin , s'il prospère , vous permettra de répandre quelques douceurs sur la vie d'une épouse tendre et fidelle. Oui, c'est à vous que des tributs d'estime appartiennent. Le jour finit ; sortez de vos ateliers , quittez votre charrue avec un sentiment de fierté: vous avez rempli votre vocation ; et demain vous répondrez encore par votre travail aux vues éternelles de la nature. L'histoire ne placera point votre nom dans ses fastueuses annales ; mais c'est le Dieu de lumière qui voit vos actions , et qui or-
donne aux anges , ses ministres , de les enregistrer sur le livre du jugement , sur le livre des tems à venir.
Qui sait même si, dès cette terre , vous n'apercevrez pas distinctement la bénédiction du Seigneur.
West-il pas remarquable que la providence ait composé votre récompense de ce même repos qui fait l'inquiétude et le tourment des hommes perpétuellement oisifs ? elle Ta mis pour vous après le travail , et sa nature est changée.
N'est-il pas remarquable que la providence ait adouci le travail par Thabitude ; tandis que celte même habitude accroît les pénibles langueurs de l'oisiveté ?
Enfin , n'est-il pas remarquable que la providence ait soumis les plaisirs de l'homme oisif à une succession continuelle de variétés , à une condition si difficile à remplir; tandis que l'uniformité la plus constante suffit à l'homme dont la vie est animée par le travail.
Courage donc , vous que des rapprochemens inquiètent, et qui jetez des regards
d'envîe sur les autres classes de la socîëté ! Ne craignez point d'être délaissés , car vous êtes aussi les enfans du Seigneur : courage ! et n'en doutez point , la Providence divine ne s'est trompée ni dans ses voies , ni dans le système qu'elle a conçu ; mais ses plans sont immenses , notre vue étroite , nos parallèles petits. O Dieu ! vous nous avez placés au milieu de vos secrets , et de toute part ils ceignent notre esprit et bordent notre pensée.
Toutefois, nous apercevons distinctement que le sceau de votre amour a été apposé sur cet ordre universel dont nous faisons partie ; aijisi nous marcherons avec confiance dans les différentes carrières où la fortune nous. a jetés.
Vous l'aurez remarqué ; les paroles de notre texte renferment deux commandeniens distincts : 2^u travailleras et tu te reposeras. L'ordre des idées ne nous a pas permis de traiter Ce second commandement avant le premier ; et nous le regrettons y puisque nous sommes obligés
de recourir à des idëes abstraites pour faire sentir son importance et sa parfaite sagesse. Nous nous exposons ainsi à fatiguer votre attention, et ce doute nous inquiète. Nous resserrerons nos réflexions autant que le besoin de clarté nous le permettra.
Il est un sentiment auquel Tétude des préceptes religieux nous ramène sans cesse : c'est que tous ces préceptes , tous ^ sans aucune exception , surpassent en sagesse les altiers enseignemens dont nos instituteurs modernes se glorifient.
Cette vérité qui doit vous plaire, cette vérité précieuse pour les âmes heureuses par la piété, cette vérité acquiert une autorité de plus lorsqu'on approfondit le motif du jour de repos que la Religion a prescrit.
. Qui de nous n'a pas ouï dire , dans ces tems d'innovation : le dimanche, consacré par les chrétiens comme un jour de repos, est une atteinte aux intérêts du peuple , aux intérêts de la classe laborieuse de la
société ; on luî enlève ainsi la ressource d'un jour de travail sur sept, tandis que le produit des six autres suffit à peine à sa subsistance. Qui de nous n'a pas entendu cette assertion ? Nous devons la repousser comme injurieuse à Tespritde bienfaisance qui caractérise la Religion , et notre sujet nous appelle h la discuter.
Supposons un moment que le plus grand nombre des hommes vécussent encore sous le joug de T esclavage ; on apercevroit du premier coup-d'œil que rétablissement d'un jour de repos seroit une institution de bienfaisance etdecom^ passion envers la classe ouvrière et domestique de la société. Cette classe dévouoît tout son tems et toutes ses forces aux patrons dont elle étoit dépendante ; ainsi le jour de repos seroit devenu pour elle une faveur , et une faveur obtenue sans aucune privation , sans aucun sacrifice ; car elle auroit joui de même de sa seule récompense quotidienne , Tétroit nécessaire.
Voyons maintenant s'il ne reste parmi nous aucune trace de cette ancienne disproportion de puissance entre les deux classes marquantes de la société, celle qui travaille et celle qui fait travailler; et si le jour de repos n'est pas toujours un bienfait pour le plus grand nombre des hommes.
L'abolition de l'esclavage a permis sans doute à tous les citoyens , à tous les individus , de traiter librement de leur tems et de leur travail ; mais les marchés se ressentent de la supériorité assurée aux propriétaires. /
L'homme sans patrimoine et dénué de talens particuliers , offre l'emploi de sa force en échange d'un salaire ; et ce salaire devant lui procurer le moyen de pourvoir aux besoins absolus de chaque jour , il ne peut débattre long-tems son intérêt ; et le propriétaire , seul dispensateur des subsistances, ou de Targent qui les représente, ne requiert jamais le travail avec des motifs si instans. La lutte n'est donc pas
^gale entre ces deux sortes de contractans; elle lest d autant moins , que les hommes , en si grand nombre, appelés à vivre du produit journalier de leur labeur, se nuisent par leur concurrence*
Il est résulté de ces rapports un fait constant , et dont les annales de tous les pays donnent la preuve ; c'est que le prix d'un travail où la force est uniquement demandée , se proportionne à Téquivalent du nécessaire absolu.
Le jour de repos est donc une institution consacrée en entier au soulagement des hommes de peine ; car leur salaire a été fixé sur la valeur de leur nécessaire pendant sept jours , quoiqu'ils n'en donnassent que six au travail ?
Que ce jour de repos n'existât plus, ils croiroient peut-être avoir obtenu le pouvoir d'augmenter leur revenu d'un septième en travaillant sept jours au lieu de six , et leur espérance se réaliseroit même dans les commencemens ; mais insensiblement le prix des salaires s adapteroit à
ce changement , et ils auroient alors pour sept jours de travail la même récompense qu'ils avoient pour six auparavant. Le niveau se rétabliroit par T effet graduel de la même puissance qui a proportionné par-tout le prix du labeur à l'équivalent du nécessaire absolu. Et je parle toujours des travaux ordinaires, et qu'aucun talent ne rend précieux.
C'est avec peine que nous offrons à votre méditation des raisonnemens abstraits y mais nous ne pouvions démontrer, par aucun autre moyen , la parfaite sagesse de la seconde partie du commandement que nous avons pris pour texte :
Tu ne feras aucune œuvre en ce jour^ là.
Une autre vérité, c'est que le plus grand nombre des hommes auroit excédé ses forces , si le jour de repos ne Feùt pas obligé à suspendre son travail. Et cette réflexion nous invite à solliciter encore un moment votre attention.
L'institution du jour de repos , comme
nous
nous venons de l'expliquer , est uniquement destinée au soulagement de la classe laborieuse de la société ; mais il falloit , pour rendre durable une disposition si bienfaisante , qu'elle fut observée universellement ; car en supposant qu'une partie seulement des ouvriers eut voulu travailler, eût travaillé sept jours de la semaine , ces ouvriers se seroîent procuré ainsi le moyen de céder leur tems à plus bas prix , et ils auroient forcé tous leurs concurrens à suivre le même exemple.
Cependant Fautorité civile, qui n'atteint point aux actes secrets, n auroit pu rendre universelle et constante l'observation du jour de repos ; et , probablement encore, elle y auroit mis peu d'intérêt , puisque le rapport d'une telle institution avec le soulagement de la classe laborieuse de la société, n'est pas une vérité simple et d'une facile conception.
Il importoit donc au bonheur du peuple , que son jour de repos fut consacré ///. 3
par la Religion , qu'il fût placé sous cette auguste sauve-garde (*).
Et il iniportoit encore à TEtat que le peuple , considërant ce jour de repos comme une institution sainte , fût ainsi rappelé, par sa reconnoissance , à un sentiment de respect pour la Religion, à ua sentiment conservateur de Tordre et de la morale.
Les gouvernemens sacrifient les plus grandes considérations aux plus petites , lorsque , cédant à un esprit de jalousie , ils cherchent à rabaisser Fautorité de la Religion et à lui enlever des hommages ; car tous les commandemens qui émanent de cette autorité , sont essentiels à la société ; tous ont un rapport plus ou moins frappant avec la félicité publique.
(■*') On a rais beaucoup d'activité , beaucoup de suite en France à la constitution du Décadi en jour de repos ; mais c'était pour attaquer le Dimanche et pour en triompher : et si l'on parvient à remplir entièrement ce dernier but , on peut craindre que le gouvernement ne devienne par degrés indifférent k la cessation des travau:^ tous les dix jours.
O Religion ! véritable amie des hommes, que votre science est grande ! que votre sagesse est excellente pour nous ! Vos enseignemens , qui descendent du ciel , répondent à leur origine ; ils remplissent d'admiration les esprits réfléchis, et ils émeuvent les âmes sensibles. Tous éclairent notre esprit , tous nous apprennent à connoître votre commisération envers les hommes. Nous n'en rejetterons aucun , et six jours nous ferons toute notre œuvre ; nous la ferons avec courage et avec vertu J nous la ferons sans nuire aux autres; et le septième nous célébrerons ce repos que les lois divines ont sanctifié et qui nous rappelle une des charités de la Religion. Nous n'empêcherons jamais rhomme de travail de profiter d'une institution si bienfaisante ; et , s'il en ignoroit, s il en oublioit le prix, loin de profiter de son erreur pour exiger de lui tout ce qu'il peut donner , nous veillerions en généreux tuteurs à ses véritables intérêts, et nous lui apprendrions qu'il est l'objet particulier de ces paroles de compassion
et de bontë : Tu tra^f ailleras six jours et tu feras toute ton œuvre ; mais le sep^ tièmeest le repos de l' Eternel ton Dieu ; tu ne feras aucune œuvre en ce jour^ là.