‹ Cours de morale religieuse (volume 2)Chapitre 10 sur 11 · DERNIER DISCOURS · texte numérisé non relu

DERNIER DISCOURS

Célébration du retour annuel des fruits de la terre.

Les campagnes sont revêtues de troupeaux , et les vallées sont couvertes de froment ; elles eii triomphent, et elles en chantent. Pseaume 43 ^

Aucun spectacle ne peut excitet davantage la reconnoissance de rhorame ^ que le retour annuel des richesses de lat naturci Dieu est encore bon pour nous ; Dieu est encore notre père ; il est encore notre généreux protecteur ; voilà les cris d'alégresse que nous devons élever au ciel , que nous devons adresser à TEtre suprême , en voyant reparoître après le sombre hiver, après ses tristes frimats , la splendeur de nos campagnes et leurs riantes parures ; en voyant au printems le calice des ileurs qui s'anime j leurs boutons qui s entr' ouvrent , leurs feuilles ///. 18

prisonnières qui se montrent et sVpeinouissent. Et ce n'est pas uniquement pour charmer nos regards que ces brillantes fleurs ont embelli nos vergers , ont coloré nos prairies ; elles semblent nous dire : Us viennent , ils viennent, ils nous suivent de près ces fruits savoureux, ces plantes salutaires que vous attendez avec impatience. Elles semblent nous dire encore : La terre a fait le tour du grand astre depuis répoque où nous vous donnâmes la même promesse; et c'est après avoir éprouvé , sous divers signes du ciel , la féconde influence des rayons du soleil, que tous ses germes de richesse se sont ranimés , qu'elle entre derechef dans sa gloire ; et iière des biens divers qu'elle renferme en son sein maternel , elle va les répandre avec profusion et vous faire votre part accoutumée.

Ah ! nous vous remercions, bienveillantes messagères , brillantes fleurs qui couvrez nos campagnes et qui ne nous avez jamais trompés. Nous apprenons de vous , que l'Eternel n'a pas oublié ses

( 275 ) tréàtures ; nous apprenons de vous j qu'il Songe encore à elIeS; Ah ! nous vous re-^ tnercions bienveillantes messagères , brillantes fleurs qui couvrez nos campagnes et qui ne nous avez jamais donné de fausses espérances.

Et quel spectacle se développe déjà !

quel tableau ravissant s'étale à nos regards ! toute la nature est émue et semble partager notre fête. Célébrons les merveilles dont nous sommes environnés ; ces merveilles empreintes du sceau de notre Dieu ; célébrons les louanges du Saint des saints , du Seigneur des sei-^ gneurs ; célébrons ^ célébrons Faddrable union de la plus grande puissance à la plus parfaite bonté.

Rentrons cependant en nous-mêmes | et, au milieu de nos actions de grâces ^ au milieu de nos saints cantiques , ne nous dissimulons point une inquiétude secrète dont nous voudrions en vain nous défendre. Que sommes-nous pour tant de bienfaits ? Cette pensée peut-être ne vous!

( 276 ) quitte point ; cette pense?e peut - être trouble en ce moment votre joie. Elle nous épouvante de même ; et quelquefois notre imagination se représente des esprits inconnus placés çà et là dans Tespace et spectateurs jaloux de notre fortune.

Nous croyons entendre leur langage. Ils se disent entre eux.

Quel est donc cet être chéri du ciel pour lequel toute la nature est en mouvement ? C'est pour lui que la terre se balance dans les cieux ; c'est pour lui que dans une immense orbite, elle présente au soleil ses différentes phases ; et c'est pour lui qu alternativement elle accepte (bu refuse les rayons de lumière.

Quel est donc cet être chéri du ciel pour qui toute la nature est en mouvement ? C'est pour lui que les nuages ou des vapeurs, condensées s'amassent à la cime des monts , et se changent ensuite en sources abondantes , en fleuves majestueux , en rivières fécondes , en ruisseaux plus lents dans leurs cours, mais utiles par-tout et par-tout désirés. C'est pour lui

( ^77 ) que les vents purifient les airs , qu'Us agitent les ondes , et qu'ils enflent les voiles de ces maisons flottantes , dont il peut se servir pour se transporter aux extrémités du monde.

Quel est donc cet ctre chéri du ciel pour qui toute la nature est en mouvement ? C'est encore pour lui que la terre , attentive à la variété des saisons , serre avec vigilance, ou développe avec faste ses différentes richesses ; c'est pour lui que sombre et toujours la même dans ses cavités profondes, elle se pare au-dehors de tous les genres de beauté , et les renouvelle sans cesse.

Quel est donc cet ctre chéri du ciel pour qui toute la nature est en éveil, toute la nature est en mouvement. Quel est-il ? quel est-il ?. ... Nous ne répondons rien, nous restons étonnés; et les regards que nous jetons les uns sur les autres annoncent notre confusion. Ouï , le sentiment secret de nos erreurs , de nos faute&, et sur-tout de notre ingratitude , nous empêche de nommer nous-

ïTiémes cet être aimé du ciel , cet être Tobjet continuel de la munificence divine. Venez à notre aide , âmes innocentes , âmes pieuses ; c'est à vous, à vous seules de dire que cet être, pour qui toute la nature est en mouvement , cet être aimé du ciel , c'est rhomme. Et maintenant que vous Tavez nommé , maintenant et avant de parler de sa dégradation , nous oserons, montrer que Thomme j considéré dans $es qualités sublimes, dans son essence miraculeuse, sembloit digne en effet des soins chéris de la nature ; sembloit digne d'être le héros du magnifique séjour où la Providence Favoit placé.

Il avoit été désigné pour entendre et pour sentir tout ce qu'il y a de beau dans Tordonnance du monde ; et il avoit été appelé , pour ainsi dire , à Tadmiration par le mouvement varié de ses regards , et par F étendue de son intelligence. Lui ^eul , par une merveilleuse harmonie entre ses facultés physiques et ses facultés spi^ rituelles , rassemble dans sa réflexion et; attache k son souvenir tout ce qui frappe

( ^79 ) ses sens. Son imagination , remarquable entre tous ses attributs par la hardiesse qui la caractérise, son imagination réunit les objets les plus éloignés , les dispose dans Tordre qui lui plait , les nuance à son gré , et prime quelquefois la nature par la richesse de ses tableaux. Elle fait plus encore; et toujours avide , toujours à la recherche de nouvelles perspectives ^ si le ftionde présent la contient dans un cercle trop étroit , s'il ne suffit pas à ses courses errantes , elle s'élance dans Favenir , et les bords de Tinfîni semblent seuls Tarréter. Enfin l'homme , par son génie , peut laisser sur la terre des traces impérissables de son existence : une déco.uverte suprême qu'il a faite dans la science, ou une vérité morale d'une utilité constante , qu'il a rendue populaire, se transmettent d'âge en âge , et deviennent l'héritage des siècles. Mais , avant tout , Thomme est un être imposant par la liberté dont il a été investi ; par cette liberté , Tassimilatioii la plus certaine aux perfections divineF. Nous le voyons, maître de lui-même ,

commander ses mouvemens , appeler ses actions, leur assigner un rang; et, par une autorité plus superbe , il dirige ses pensées, il règle ses méditations , et règne en souverain dans cet empire intellectuel qui lui a été confié. Est-ce assez pour montrer la dignité de Thomme ? Et pourtant c'est au moment de son humilité profonde, que nous découvrons le plus beau de ses traits : oui , c'est au moment où il se prosterne devant les autels de la Religion , qu'il nous paroît le plus grand ; car nous remarquons alors, que par une faveur inappréciable , il lui a été permis de connoître et d'adorer le Dieu de l'univers , le Chef de llnfîni ; l'Eternel , l'Eternel.

Sans doute, si nous considérons l'homme sous les divers aspects que nous venons de vous présenter, nous ne le trouverons pas en disproportion avec le riche et merveilleux spectacle étalé devant lui ; avec ce théâtre de magnificence où il ^ été placé. Nous lui pardonnerons alors

un sentiment glorieux au retour annuel des richesses qui lui sont destinées ; et nous lui permettrons de prononcer avec exaltation les paroles du Psalmiste : Les campagnes sont revêtues de troupeaux et les vallées sont couvertes de fro^ vient , elles en triomphent et elles en chantent.

Oui, si nous étudions Thorame dans son premier modèle , si nous le rapprochons de la pensée du Créateur , nous concevrons comment de plus belles campagnes encore lui avoient été réservées, comment un jardin d'Eden ( pour nous servir du langage de T écriture ) , un jardin toujours vert, toujours dans sa pompe et dans sa fraîcheur avoit été désigné pour son apanage. Ah ! que n'a- t -il su conserver sans altération le^ traits distinctifs de sa nature; que na-t-il su faire un meilleur usage de la liberté cjui lui avoit été accordée ; de cette faculté qui , réunie aux dons de lesprit , Fêle voit si haut dans l'ordre des êtres !

Il est corrompu ; et maintenantla terre

est trop belle pour lui. Elle se couvre chaque année de nouveaux germes dévie ; et rhomme est tout occupé de haines et de destructions. Elle s'orne de fleurs comme une vierge innocente ; et l'homme est entaché des souillures du vice. On la voit qui s'accorde avec les élémens, avec les rayons du soleil pour accroître ses richesses , sans désordre et sans confusion. Et rhomme social , au milieu des forces morales et politiques dont il devroit être le lien , ne s'en sert que pour mal faire et pour mettre en péril son propre bonheur. Enfin , la terre annonce avec simplicité la grandeur et la puissance d'un Dieu créateur , et Thomme emploie son art a mettre en doute l'existence et les perfections de cet Etre suprême. Ah ! nous 'devons l'avouer, l'avouer avec un sentiment de douleur ; l'homme de notre siècle n'est plus en harmonie avec sa magnifique demeure ; et il devroit être dévoré de remords lorsqu'il voit au printems les dons du ciel renaître encore pour lui ; lorsqu'il se dit , à leur apparition :

(283 ) voilà les bienfaits du Seigneur qui viennent me chercher; les voilà qui se projettent et se multiplient par-tout où mes regards s'arrêtent ; les voilà plus abondans que jamais , et les campagnes sont re^êJmes de troupeaux et les vallées sont couvertes de froment , elles çn triomphent et elles en chantent.

Oui, les voilà, les voilà ces bienfaits qu'il vous est aise de reconnoître. Mais depuis tant d'années que vous en jouissez , un sentiment de reconnoissance s'est-il joint à votre bonheur ? avez-vous songé que ces richesses de la nature émanoient d'un Dieu de bonté? Vous les avez enlevées comme votre butin ; vous les avez serrées comme un bien qui vous étoit restitué.

Je prépare tout , pour ma moisson , dirent plusieurs d'entre vous; je n'ai pas de tems à perdre en actions de grâces : je fais ma récolte ; je n'ai pas de tems encore : je dois la répartir et la placer dans mes granges, je n'ai pas de tems eucore : je dois^ eu économe avisé ;j suivre

( 284 ) le cours des marches , je n aï pas de téms encore. . . . Vous iien avez pas ingrats ! Vous n^en avez pas, dites-vous : vous en trouviez néanmoins pour adresser au ciel vos prières ou pour lui faire entendre vos plaintes ; vous en trouviez lorsque de longues sécheresses menaçoient vos récoltes, lorsque vos riches épis avoient peine à se développer ; lorsque vous demandiez des pluies bienfaisantes , des rosées fécondes , et qu'elles tardoient à venir. Vous qui êtes si prompts dans vos reproches, si lents dans votre reconnoissance, quelle idée avez- vous donc de vos droits, ou quelle image vous étes-vous formé de votre mérite ? Hélas ! des droits ; où. sont-ils ? Nous montreriez - vous la chartre qui les assure ? Et la créature , avant que d'être , a-î-elle fait un pacte avec le Dieu fort ? Certes , nous vous regardons , et nous ne voyons en vos mains aucun titre qui vous dispense de chercher à plaire à FEtre suprême ; de vous y appliquer sans cesse par votre humilité, votre reconnoissance et vos sentimens religieux.

Lefaîtes-vous, lorsque, vous éloignant de nos temples, vous refusez de rendre lui culte à la Puissance éternelle ? Le faites-vous, lorsque vous atteignez les ténèbres de la nuit et voyez reparoître la clarté du matin sans aucune émotion, sans aucune prière? lorsque vous oubliez l'Auteur de la vie , et au moment où le sommeil va vous laisser sans défense , et au moment où le recouvrement de vos forces va vous rattacher aux pensées de la veille ?

On croiroit , en vous voyant jouir des richesses de la nature, comme un propriétaire quitte de tout hommage , ifue cest votre puissance et la force de votre bras qui vous ont acquis toutes ces choses : on croiroit que le cours des saisons est déterminé par votre direction et sous votre autorité; on croiroit que vous avez fixé le soleil dans sa place , et qu'après avoir mesuré l'espace ^ lempany vous avez tracé l'orbite de notre globe et lui avez donné l'impulsion qui devoit assurer son obéissance; on croiroit que

la loi des végétations est votre ouvtagë ^ et que vous faites servir les ëlémens a vos savantes combinaisons ; on croiroit qu'ils sont tous vos dociles agens , et que votre œil pénétrant suit leur tâche jusque dans le sein de la terre , jusque dans les obscurs ateliers où nos richesses primitives se composent et se façonnent.

Ah! sans doute, et nous aimons à le reconnoitre : votre travail et votre génie industrieux ont été appelés à concourir au perfectionnement , à la multiplication même des dons de la nature : cet hon-* neur vous a été fait par le Maître du monde > et vous devez le recevoir comme un nouveau sujet de reconnoissance.

Oui , vous le devez. Et ici arrêtonsnous un moment ^ afin d'admirer comme une cause finale^ et une des plus remar-^ quables entre toutes , la part assignée à riiomme dans la reproduction des fruits de la terre. Voyez en effet comment cette part a été proportionnée à la mesure de ses forces, avec une précision merveilleuse. Que le sol où le cultivateur enfonce

îsa bèch€, où il fait passer le fer de sa charrue, eût été rendu d'un degré plus dur ou plus compact , Thomme n'eut rien pu faire. Et si le feu , ce terrible élément, n'eût pas été soumis à l'action de lair que les foi blés mains d'un forgeron sont en état de mouvoir et de diriger, l'homme privé d'instrumens aratoires n'eût rien pu faire encore. Enfin, avec ces instrumens même , avec aucune aide , eût-il osé remuer le sein de la terre , si les vapeurs qui en émanent n'avoient été sans cesse purifiées par le souffle des vents et par l'aspiration des forces célestes? Ainsi la tâche de l'homme , nous venons de le dire et nous le répétons, la tâche de l'homme, dans le système de la nature, cette tâche a été proportionnée avec une précision merveilleuse à la délicatesse de ses sens et à la foiblesse de ses organes. Son orgueil seulement le trompe; il regarde avec vanité, il montre avec ostentation les arbres nombreux qu'il a plantés , les larges sillons qu'il a tracés sur nos plaines fécondes : il parle de lui , toujours de luij et la

( 288 ) nature est là qui garde le ôiléncé, èÊ qui dëdaigneroit de se glorifier, tant elle est accoutumée à de hauts faits. Ah ! si vous étiez jaloux de sa miraculeuse puissance, songez à votre lot magnifique; songez que la seule faculté de connoître et d'admirer le Dieu de l'univers, vous place au premier rang sur la terre dans Tordre de la création ; à ce rang, ce beau rang que la pensée de l'Eternel a réservé aux êtres intelligens et sensibles.

RivEiLLEz-yous donc à Taspect de tant de bienfaits, et sortez, il en esttems> de votre longue indifférence. Voilà que les richesses de la terre se déploient de nouveau ; voilà que de toutes parts leur pompe vous environne : voilà que les montagnes se revêtent de troupeaux^ que les vallées se couvrent de froment^ et quelles en triomphent ^ et quelles en chantent.

Ah ! que cet anniversaire de la bonté ce-» leste, c|ue cette fête solennelle, émeuvent enfin votre cœur, et produisent en vous

un

( 289 ) tin saint attendrissement, une onction salutaire. Eh quoi ! n'est-ce pas une consolation pour rhomme, n'est-ce par une pensée fertile en sentiniens heureux que cette ibi de la pieté , cette persuasion que tous nos biens émanent d'un Dieu puissant, Fauteur et le conservateur du monde? Ou airnérions-nous mieux que ces biens, que toutes nos richesses fussent la création du hasard ? Mais si telle étoit leur origine, telle seroit aussi la vôtre; et alors en effet vous seriez affranchis, de reconnoissance. A quel prix , juste ciel ! au prix d'un isolement absolu, et sous Tobli-* gation de vivre éperdus dans Tunivers; ^d'y vivre sans protection ; d'y exister un ,ipoment entre deux termes insensibles; enti:e le néant et le néant.

Mais, tout dégradés que vous êtes de votre première essence , et par votre in* gV^titude, et pc^r une méprisable indiffé* jrence à la grandeur de votre nature, vous reste:^ encp^-e avec votre illustre origine ; Yous.éte^,les créatures de l'Eternel; et ce ix'est pas le hasard ? ce n'est pas une aveu- IIL 19

gle puissance qui fait naître autour de vous les plantes et les fruits dont vous avez besoin , qui les varie, et les soumet à un ordre de succession , afin de se conformer à Finconstance de vos désirs. O quelle harmonie! quelle superbe harmonie dans toutes les dépendances du système dont l'homme est le centre, dont Fhomme est le héros ! Non , non , vous n'êtes pas un des jets du hasard ; et Tignominieuse ambition de quelques-uns d'entre vous ne peut être satisfaite. Vous êtes, et il faut le rèdiire , afin que vous vous présentiez avec confiance à la fête solennelle de la nature : vous êtes les enfans du Dieu de l'univers, Fouvrage de ses mains. Glorifiez-vous de cette noble extraction , et marchez fièrement au milieu des richesses qui vbus sont destinées. Oui; célébrons, célébrons tous ensemble le retour du printems , de cette époque de F année où tout revit , tout renaît sur la terre. Promenons nos regards sur les tableaux enchanteurs qu'une main invisible dessine pour nous, colore pour nous, anime pour iaous ', et

( 291) disons dans nos cantiques , avec admiration, avec enthousiasme : Voilà les cani-^ pagnes qui se revêtent de troupeaux ; les voilà qui vont se coui^rir de froment: elles en triomphent et elles en chan" tent ; et c'est pour nous qu'elles sont en gloire , c'est pour nous qu'elles sont joyeuses.

Ne jugerions-nous pas aussi, en voyant reparoître les richesses de la nature, ces richesses qui sembloient perdues et comme ensevelies sous les glaces immobiles de riiiver ; ne jugerions-nous pas que c' estlà l'image et le type de notre condition, de notre destinée , et que nous avons tous au-devant de nous une mort et une nouvelle vie. Ah ! comme tout s'accorde dans le beau système de la création !

Comme tout s'enchaîne par des conséquences immédiates, ou par des rapports fugitifs ! On croit alors découvrir une seule pensée qui se développe sous différentes formes , et qui conduit le monde après elle vers un magnifique dénouement,

vers une fin mystérieuse que la sagesse de Dieu recèle.

Nous vous plaignons , vous qui considérez avec indifférence le spectacle de Tunivers et ses riches merveilles ; nous vous plaignons , vous qui refusez d'entrer en communication avec le Créateur , par Tadmiration , le respect , la reconnoissance , et encore par .vos larmes et par vos prières. Habitans des campagnes , vous ne ferez pas cette faute , vous à qui la simple nature offre tant d'occasions de songer à la Providence. Ah ! si votre ame est en paix, un beau jour doit suffire pour vous donner des plaisirs , pour vous inspirer au moins des sentimens doux.

Ke soyez point jaloux de ces hommes dont on parle plus que de vous , et qui , renfermés dans les cités et prisonniers entre des murs , y jouent avec inquiétude le jeu de leur ambition. Ils n'ont jamais vu lever le soleil ; ils n'ont jamais vu la brillante aurore lorsqu'elle prépare la terre ù recevoir cet astre bienfaiteur , cet astre

( 295 ) de lumière et de gloire ; ils nont jamais entendu ces chants du matin qui annoncent la joie des oiseaux , leur innocente ivresse , et qui forment les premiers concerts de la reconnoissance des êtres ; ils ne se sont jamais reposes près de ces ruisseaux dont les paisibles ondes nous avertissent avec tant de douceur que tout passe, que tout s'échappe, et qu il faut, en profitant de chaque instant de la vie , les consacrer tous à un durable avenir ; ils n'ont pas vu non plus les combats que livrent pour nous les arbres et les plantes, lorsqu'ils résistent aux efforts des vents, afin de nous conserver leurs fruits divers , ou leurs Heurs salutaires ; ils n ont pas vu sur-tout ces épis innombrables , nos fidèles alliés , nos braves compagnons , qui, pliant quelquefois sous la violence des ouragans et des tempêtes , retiennent encore avec ténacité les grains nécessaires à notre subsistance , et qui attendent le tems de la moisson pour nous les livrer avec abondance.

Les hommes qui dans les villes , sui-

vent sans relâche et d'un œil ardent les intérêts de leur avarice ou de leur ambition , s'aperçoivent à peine de l'existence des richesses de la nature , et ils n'y pensent qu'au moment où, par la voie des échanges, ces richesses se présentent à leur imagination sous la forme impure de l'or et de l'argent. C'est aux habitans des campagnes qu'il est réservé de connoitre le plus beau des spectacles , et d'admirer la main puissante qui le trace et l'ordonne ; c'est à eux qu'il appartient de suivre la n^arche graduée des saisons, et d'observer les nuances innombrables qui distinguent leurs productions. Mais ils ne doivent point se le déguiser : c'est en vain qu'ils réuniroient à une attention pénétrante une grande capacité de réflexion ; ils n'auront que des jouissances imparfaites, s'ils considèrent sans amour les magnificences de la terre , et si leur cœur ne tressaille point en voyant par-tout les traces d'une parfaite sagesse et d'une ineffable bonté.

Ce seroit une admirable loi de noire

nature, sî, comme nous le pensons, nous ne pouvions attacher notre existence entière qu'à une idëe morale; condition mystérieuse , et qui semble une dépendance du premier de tous les principes, Tunion du monde , Funion de Funivers à une cause intelligente et sensible.

Hélas ! il est doux de savoir , il est doux d'éprouver que tout se rapporte à FEtre des êtres , que tout ramène à lui : voilà le printems qui s'éveille ; voilà les montagnes qui se revêtent: de troupeaux , voilà les vallées qui vont se couvrir de froment^ voilà la nature entière qui semble en triomphe. Et nous pensons à vous , ô notre Dieu ! nous élevons nos regards vers notre généreux bienfaiteur. Ah !

qu elle est belle ! qu'elle est belle pour nous cette journée où nous venons rendre un culte solennel à Fauteur de la nature \ qu'elle est belle entre toutes î

Vous le dites aussi , vous le dites avec nousj mais nous l'apercevons, votre joie n'est pas entière , votre joie n'est pas universelle. Vous voudriez en vain nous le

déguiser , respectables chefs de famîlles ! quelques larmes tombent de vos yeux, et votre cœur est oppressé. Hélas ! nous pénétrons la cause de votre émotion ; vous songez que vos fils sont peut-être en ce moment sur un champ de bataille ; vous songea que vos fils , loin de vous , vivent au milieu des alarmes de la guerre, au milieu de ses calamités destructives ; tandis que vous célébrez en paix la renaissance des fi:uits de la terre. Ah ! nous partageons votre peine , père sensible , tendre mère,, jeune épouse , peut-être également malheureuse : nous partageons votre peine , et nous élevons nos mains au ciel ; nous le faisons avec vous, afin qu'il plaise au Dieu puissant de donner la paix à la terre. O Eternel ! le maître des armées ; daignez écouter la voix suppliante des fidèles qui implorent votre compassion pour la race humaine. Les richesses étalées devant nous encouragent notre confiance, animent nos prières. Rendez-nous, 6 Dieu de bonté! rendez-nous cette jeunesse qui xnanque à nos fêtes ; cette jeunesse que

C 297 ) le prîntems lîous rappelle, et cîoilt la brillante vie s'iiniroit avec tant cVaccord aux dons nouveaux que la nature nous promet, Pœndez-nous , ô Dieu de bonté ! rendez-nous cette jeunesse qui manque à nos fêtes ; cette jeunesse , dont Tâge avoit été désigné pour le bonheur , et qui consume ses beaux jours sur le bord des tombeaux. Ah ! qu'elle vienne enfin donner sa force et son appui aux tuteurs de'ses premières années. Qu'elle vienne enfin sous le toit paternel, se former derechef aux sentimens doux et aimans ; et qu'elle y paroisse avec honneur , après avoir servi fidellement la patHe. Qu'elle y paroisse en tenant dans ses mains la branche d'olivier, ce type chéri du repos, après des travaux glorieux. Ah ! quils sont beaux siu^ les montagnes les pas de ceux qui apportent de bonnes nou-celles , et qui proclament la paix. Nous regardons , nous regardons s'ils viennent ces heureux messagers que nous appelons de nos vœux. O paix tant désirée , et la fille du ciel , venez adoucir nos souve-

mîrs , nos tristes souvenirs , en ouvrant à nos yeux un horizon nouveau. Et vous , merveilles de la nature , que nous célébrons en ce jour , soyez les précurseurs de la bénédiction complète du Seigneur notre Dieu ; soyez les précurseurs des biens et des prospérités que Thomme peut ajouter à vos magnificences lorsqu'il cultive les arts de la paix et s'abandonne à son génie. Et puissent nos riches moissons et tous les fruits de nos belles campagnes , être enfin recueillis par des êtres heureux ; heureux dans leur famille et dans leur vie domestique ; heureux de leurs sentimens paternels ; heureux encore, heureux surtout de leurs vertus et de Fespoir de plaire au Dispensateur de tous les biens ^ au souverain Maître de lunivers !

Fin du troisième et dernier Volume*

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