DISCOURS II
Des systèmes irréligieux.
Prends donc garde que la lumière qui est en toi ne soit que ténèbres. *S. Luc , chap, ii ,
JN ous avons rassemble dans nos discours précédens les instructions qui nous ont paru propres à former un cours suivi de morale. Nous avons examiné séparément les principaux devoirs de Thomme , et nous les avons rapportés à son bonheur sur la terre et aux principes sacrés de la Religion. Nous avans mis en faisceau nos certitudes et nos espérances , notre conviction et notre foi ; enfin , les notions qui nous viennent de Tesprit , et les lumières que nous devons à un sentiment intérieur. Souvent néanmoins , à l'aspect de notre foiblesse, nous avons pu dire avec David : Tai étendu mes mains ^n haut y etfai reconnu les ignorances
de mon anie. Puisse le zèle qui nous a guides , nous avoir prête quelquefois un langage efficace , nous avoir inspiré ce mouvement du cœur qui remplace la force et tient lieu de talent.
Ames douces , âmes sensibles , dont nous avons toujours recherche le suffrage , nous serions-nous trompés , lorsque prenant la défense des principes de morale et des vérités religieuses , nous avons espéré obtenir près de vous un accès favorable ? Ah ! ce sont-là* des pensées qui vont toutes à votre bonheur ; et, après les avoir recueillies , après les avoir placées sous votre sauve-garde, notre tâche seroit finie si nous ne voulions pas tracer autour de ce dépôt une dernière ligne de défense.
La Religion à ses ennemis ; ses ennemis publics, ses ennemis d'autant plus dangereux , que plusieurs ont pris un beau nom pour signe de ralliement. Ils Se sont appelés Philosophes , mot qui , venu du grec , signifie les amis de la
sagesse ; et le vulgaire a consacre cette dénomination , ou pour admirer, ou pour censurer les hommes qui, dans la poli* tique ou la Religion , ont affecté de s'écarter des opinions reçues.
Ne soyons point injustes : les Philosophes, par leurs travaux et leurs méditations , ont rendu de grands services à l'humanité; mais lorsque, de nos jours, ils ont si souvent attaqué les idées religieuses , nous ne saurions leur décerner le beau nom d^amis de la sagesse ; et les paroles de notre texte peuvent alors s'appliquer àTabus qu ils ont fait de leur esprit : Prends garde que la lumière qui est en toi ne soit que ténèbres.
Ah! vous êtes les véritables amis de la sagesse, vous qui craignez un Dieu , vous qui croyez à son existence et à son règne.
Vous êtes les véritables amis de la sagesse, vous qui réunivSsez dans votre pensée une cause intelligente à Tordre admirable dont vos regards sont frappés.
Vous êtes les véritables amîs de la sa-* gesse , vous qui considérez la morale comme un reflet de cet ordre ; et qui la jugez aussi nécessaire à l'harmonie sociale , que les grandes forces de la nature à r harmonie de Tu ni vers.
Vous êtes les amis de la sagesse , vous qui sentez la nécessité de donner aux lois Tappui de la Religion.
Vous êtes lés amis de la sagesse , vous qui cherchez à remplir notre cœur d'espérances , pour nous aider à combattre les peines de la vie.
Enfin , vous avez, mieux que d'autres , la connoissance de Thomme , vous qui ne cherchez pas uniquement à nous gagner par des raisonnemens méthodiques, mais qui vous adressez en même tems à notre imagination et à notre sentiment.
A notre imaginai ion et à notre sentiment. Et les métaphysiciens ont toujours mis du soin à discréditer ces deux mo< biles qui entrent si intimement dans la composition de notre essence morale. Ils n'ont jamais voulu avoir à faire qu'aveQ
( 233 ) notre esprit , et pourtant il n'est pas seul maître en nous. Mais en le prenant à part, en le séparant des autres ëlémens de notre nature, il suffisoit alors, pour Tégarer, de mêler quelques erreurs à cette multitude innombrable d'idées auxquelles il ëtoit accessible ; et Ton pourroit dire de notre esprit, quen l'attaquant sur toute sa ligne , il devient aise de le faire plier quelque part.
Nos instituteurs modernes vous seront donc suspects , par cela seul qu'ils ne s'adressent pas à nous dans notre entier , à nous tels que nous sommes , et gouvernés intérieurement par différentes autorités ; ils semblent craindre le jugement secret de notre instinct , les élans de notre imagination J et tandis qu'ils déifient notre raison, tandis qu'ils lui supposent le pouvoir de juger le ciel même, c'est avec des subtilités qu'ils cherchent à l'embarrasser , et qu'ils espèrent y réussir. Quel étrange contraste !
Ah ! venez nous instruire , vous qui pouvez, vous qui voulez le faire au nom
( 234 ) de la Religion : vous montrerez à notre esprit tout ce que la philosophie sait de mieux sur la morale; et en même tems vous toucherez notre cœur, et nous attirerez à Tespérance par vos magnifiques tableaux.
Eh quoi ! seroit-ce avec d'arides abstractions ; avec des catéchismes dépourvus de toute espèce d'onction , de toute couleur , de toute sensibilité; seroit-ce avec de telles leçons que Ton remplaceroit le langage animé, pénétrant , de la morale religieuse ; ce langage empreint de la grandeur divine, et qui, par un ascendant céleste, nous rend heureux de notre respect et de notre obéissance ?
Vous prouvez, dites -vous, Tétroite union de T intérêt personnel à Tintérét public ; et c'est tout ce qu'il faut , selon vos opinions , pour la garantie de Tordre et pour la sûreté sociale.
Nous ne contesterons point cette union; et nous avons fait plus , lorsque , dans nos discours précédens , nous nous sommes efforcés de montrer le rapport de
chacun des devoirs de la morale avec le bonheur de T homme.
Nous n'aurions garde de rejeter aucun des moyens propres à soutenir , à encourager les hommes dans la route de la vertu ; mais combien la Religion laisse loin derrière elle les enseignemens où Ton se borne à faire dériver la morale d'un intérêt mondain bien entendu!
La Religion , qui s'explique avec autorité , ne conserve pas à l'homme la liberté de se soustraire au joug du devoir par un raisonnement captieux ; elle ne lui permet pas de dire : Me voici dans l'obscurité, profitons-en pour être injustes impunément , ou pour obtenir sans honte un bénéfice illicite. Elle ne lui permet pas non plus de dire : Qu'est-ce qu'une seule atteinte aux lois d'ordre, une seule exception en ma faveur, au milieu de l'immensité des relations sociales ? Qui s'en ressentira ? qui s'en apercevra ? La Religion s'adresse à l'homme isolé, à l'homme seul avec sa conscience ; elle le met en présence d'un juge clair- voyant,
etqu'aucune habileté de T esprit , aucun discours astucieux ne peuvent tromper.
Il faut pour la Religion que la morale soit au fond du cœur ; et là tout est simple ^ tout est lumineux ; car la confusion ne commence , même pour nous , que dans la transition, dans le passage des sentimens à la conduite, et des principes à l'application.
L'union de Tintérét particulier à Tintërét public est une vërité certaine ; mais cette vërité ne peut être démontrée que par une suite de raisonnemens abstraits, et après avoir résolu différentes objections. Or, bien avant Tâge où Thomme est en état de saisir, de s'approprier , des résultats composés d'un grand nombre de rapports , il est dans la nécessité d'agir , dans la nécessité de se mêler aux intérêts communs ; et dès long-tems il a dû choisir entre la vérité et le mensonge , entre la justice et la fraude , entre le bren et le mal. Oui, dès long-tems, peut-être, l'habitude a fixé ses dispositions ; et il est tard pour les changer.
Reconnoissons donc le prix , le haut prix de ces idées sensibles que nous devons à la Religion ; de ces idées qui devancent lautorité du raisonnement, et qui préparent ri la morale Tenfance et la première jeunesse.
Et ne verrions-nous pas encore que les instructions religieuses peuvent seules atteindre à la plus nombreuse classe de la société , à cette classe de citoyens dévoués au travail dès Tinstant où leur force physique se développe, et qui ne peuvent jamais aspirer à une longue éducation , qui ne peuvent jamais en jouir.
Ventrée de tes paroles illumine , et rend les simples entendus ; paroles du roi prophète , et qui renferment une grande instruction. Oui', la Religion>^/2^5? les sim^ples entendus , et nous n'avons fait que développer cette vérité, en expliquant si souvent les conséquences inévitables de la situation du plus grand nombre des hommes dans fétat social.
Ne vous croyez donc pas délaissés par la providence , vous qui , soumis à des
( 238 ) occupations forcdes, semblez exclus de 1 héritage de la science ; vous qui êtes appelés de bonne heure à suivre dans nos champs les pas de vos pères et à leur offrir, dès votre bas âge , le secours de vos foibles mains. Non, ne vous croyez pas délaissés par la providence; car si la Religion a eu le tems de jeter dans votre cœur des principes de morale et des semences de piété, vous tiendrez phis d'elle que les disciples oisifs d'une philosophie spéculative ne pourront obtenir de leurs maîtres. Ce coinmandenient que je te prescris aujourd'hui iiest pas élcigné de toi* Won , il n est pas éloigné de toi ; car en examinant ce qui te convient , tu sauras ce que tu dois aux autres ; et en rentrant au fond de ton cœur , tu verras dans l'instant ce qui est juste ou ce qui ne Test pas. Marchez donc hardiment dans la route delà vie , hommes simples, hommes sans étude ; et si la Religion sert de lampe a vos pieds ^ vous ne vous tromperez jamais , vous ne vous égarerez point.
( 2^9 ) Les préceptes de cette Religion, dans leur pureté , dans leur simplicité , sont le résultat de la plus parfaite sagesse ; et ces préceptes ont pour autorité le plus magnifique des témoignages , et le plus continuel. Oui , la terre en sa beauté , les cieux dans leur splendeur , et tous les phénomènes delà nature aussi nombreux qu'admirables, servent à graver dans le cœur de Thomme l'idée d'un Etre suprême,* idée unique et sans ressemblance avec aucune autre ; idée majestueuse , et à laquelle il est aisé de rapporter les principes d'ordre et les devoirs de la morale. Aussi voyons -nous Tenfance aller audevant, par son instinct , des instructions que lui donne un instituteur religieux ; et le jeune homme , par une autre impulsion , ne s'occupe de la Divinité, ne se complait dans les méditations de la piété, qu'aux momens où il est en paix avec lui-même , où il jouit du repos de la conscience. Il croit que , pour recevoir une pensée religieuse , il a besoin des ornemens de la vertu, des parures de Finnocence.
Nous adressons un autre reproche aux hommes dont nous combattons les opinions ; et au milieu des triomphes dont Ils se glorifient , nous demandons ce C|u ils entendent nous donner en place des espérances dont la Religion est la source féconde ; en place des espérances qui font le premier bonheur des âmes sensibles.; Hélas ! ils nont rien à non s offrir en échange ; ils le confessent eux-mêmes : leurs raisonnemens destructifs sont toute leur puissance , et ils nous laissent sans pitié au milieu des débris qui signalent leur marche. Ils font plus encore, ils s'efforcent d'enlever à notre ame sa dignité , à notre esprit sa gloire, à notre conscience son autorité mystérieuse j à notre sentiment intérieur sa réalité , au miracle entier de notre existence sa divine origine, et à notre foi , à notre heureuse foi , ses plus précieux témoignages.
O Religion , notre généreuse amie , ce n'est pas ainsi que vous nous traitez; et, protectrice fidèle de la destinée de l'homme , vous joignez à votre législation
morale
morale tous les eiiseignemens et toutes les assurances qui peuvent ennoblir notre être et relever noire nature à nos propres yeux.
O Religion , notre généreuse amie !
il n'est aucun des besoins de notre foiblesse , aucun des vœux de notre cœur qui ne vous soient connus : vous nous inspirez du courage dans ladversitë, de la résignation dans le malheur ; vous nous appelez vers d'autres tems lorsque Taffliction nous consume ; et sachant que la vie de l'être intelligent est toute entière dans sa prévoyance , vous embellissez pour lui l'avenir, et vous nous donnez , par Tespérance , le premier gage de vos magnifiques promesses.
O Religion ! que les hommes vous soient encore redevables d'un nouveau bienfait. Sauvez-les de IVsprit d'imitation qui donne tant de partisans , tant de disciples à d'iniprudens novateurs. Hélas !
sans vous ils suivroient peut-être en foule ces maîtres dont la hardiesse nous épouvante ; ces maîtres , indifférens à notre ///. 16
bonheur, et jaloux uniquement de gouverner nos opinions. Vous êtes le guide que le ciel nous a donné ^ pourrions-nous vous quitter ?
Et^ le croiroit-on? ce sont les jeunes gens qu'on entraîne vers une doctrine où il n'y a rien pour le cœur; et c'est à Tâge des inspirations sensibles, à Tâge des affections, qu'on rend les armes à des systèmes hérissés d'abstractions, et âpres par nécessité. Mais les jeunes gens accueillent les raisonnemens métaphysiques comme des nouveaux venus, comme des étrangers auxquels ils se croient obligés de faire fête. Ah ! qu'ils restent fidèles aux principes que la piété de leurs parens a gravés dans leur ame ; c'est à eux , et nous leur avons déjà tenu ce langage ; c'est à eux de venir des premiers adorer l'Eternel , de venir des premiers célébrer ses louanges. Ils se trouvent à l'époque de la vie où l'on est averti par le bonheur , de l'existence d'un Dieu de bonté ; et pénétrés des faveurs célestes , ornés des plus riches dons
Weia natnr(*, ils sont presque à enx seiiîà une Religion. Oui, l'espoir j la reconnois-*sance, les senti mens nobles et généreux ; le besoin d'aimer, le besoin d'être aimé; rinsiinct de la bienveillance, de la justice et de la charilé; raduâration , le goût des beaux sacrifices; toutes les impulsions > tous les transports d'une imagination prête à parcourir les tems qui ne sont point encore et l'espace infini : voilà les qualités du jeune homme ; et si elle nous âpparôissoient pour la première fois , sî elles éloient relevées par le charme de l'innocence et par les attraits de la vertu > ces qualités formeroient un spectacle enchanteur, un spectacle du plus grand exemple j et qui deviendroit la source des plus touchantes émotions ,' voilà pourquoi nous avons osé dire que la jeunesse ^ dans la perfection de ses attributs , étoit presque une Religion à elle seule ; c'està-dire un type de gratitude , une consécration de la bonté y de la grandeur divine.
iVous qui parcourez cet âge ; vous qui
êtes dans toute la gloire de la vîe , voyez si vous voulez changer votre destinée contre le lot qui vous est assigné par les apôtres du matérialisme. Ils font des hommes un simple jet du hasard, une machine organique obéissant aux lois de la nécessité. Voyez si cette dégradation vous convient , et si vous deVez y croire sur la foi d'une autorité sans cesse en contradiction avec elle - même ; et qui , dans le même tems où elle vous refuse la liberté , fait des efforts continuels pour vous amener à ses opinions : Prends donc garde que la lumière qui est en eux ne soie que ténèbres.
Lorsque nous avons fixé votre attention sur Texistence d'un Dieu , sur les rapports de la morale avec les perfections de cet Etre suprême , sur les voies de sa providence , sur l'immortalité de Famé et sur les enseignemens particuliers du christianisme , nous ne nous sommes pas bornés à l'exposition et au développement de nos sentiraens ; nous avons aussi
( 245 ) repoussé différentes attaques dirigées contre les premiers fondemens de la Religion. Il est d'autres objections plus générales , et dont Fexamen devient néces^ saire en ce moment pour remplir le but de notre dernière méditation.
V oici le langage que nous entendons , et qu'on a su rendre vulgaire en remployant san$ ménagement.
De deux chçses Tune, dit-on : ou la morale est u|i moyen de bqnheur , et alors il suffît de Fenseigner aux hommes ; ou elle n'a pas cette efficacité , et alprs nous ne pouvons être soumis à des gènes , à des sacrifices 5 par une autorité religieuse dont Tauthenticité n'est pas d'une évidence complète.
La réponse à ce raisonnement n'est pas difficile.
La morale concourt essentiellement à notre bonheur, mais ce principe n'est constamment vrai que dans son application à la masse générale des hommes , et des hommes réunis en société. Il faut
donc , pour juger par soî-meme de Tîmportance des lois d'ordre, s'appliquer h connoître les relations des lioniiues entre eux ; et cette recherche est trop coniplîpliquëe pour le grand nombre des esprits J elle 1 est sur-tout pour les gens du penple, réduits par leur condition , par leur nio-! dique fortune , à une éducation superficielle. Enfin , les hommes vîolens ou fortement personnels ne tirent qu'un foible secours du raisonnement, tant leur caractère les attache au moment le plus près d'eux.
La morale donc, le meilleur guide dea honmies dans la carrière delà vie, avoit besoin de 1 assistance de la Religion ; et en même tems la Religion n'auroit pas conservé une autorité suffisante sur noire esprit , si elle nous avoit imposé lin système de conduite évidemment in-»
compatible avec notre bonheur sur la terre.
Loin donc qu'on puisse altérer notre respect pour la morale ou pour la Religion , eu o|)posant; ces deux lé|islationa,
Tune à l'autre ; en reprochant à la morale d'assujettir les hommes à de rigoureux sacrifices , et en accusant la Religion de manquer du degré d'autorité nécessaire pour exiger ces sacrifices , nous ad* mirerons au contraire les sages rapports établis entre la morale et la Religion , et leur mutuelle concordance avec notre nature.
Il nous falloît des règles de conduite, et les préceptes de morale nous les ont présentées.
Notre félicité devoît être le but de ces préceptes ; et jamais condition ne fut mieux remplie : mais le bonheur des hommes réunis en société , et se mêlant , se communiquant sans cesse , dépendoit de rapports nécessairement compliqués ; et Tindividu , pour se soumettre à des lois dont Tunion avec son intérêt n'étoit pas manifeste , avoit besoin d'un encouragement : la Religion est venue le lui donner, et cette Religion a été revêtue d'une autorité suffisante pour un pareil but.
C'est donc sur une double erreur qu'est fondée Tobjection que nous combattons.
Les uns ont considéré les devoirs de riiomme comme autant de sacrifices imposés à son bonheur ; et alors on a trouvé que la Religion n'étoit pas revêtue d'une autorité proportionnée à une si rigoureuse exigence.
Les autres , au contraire , ont annoncé que les rapports de la morale avec le bonheur étoient d'une compréhension facile , d'une évidence parfaite ; et alors ils ont dit , que l'encouragement de la Religion étoit inutile.
Voilà le triste résultat des idées exagérées ; et ce n'est pas avec elles que l'on deviendra capable de saisir et d'admirer les sublimes conceptions de la Sagesse divine : c'est là une grande vérité , et qui met en défaut la dialectique des plus habiles. Le Dieu tout-puissant a su où il fdlloit s'arrêter , et il en a eu la force. Et rhomme , plus il a dé confiance en ses lumières, plus il a d'audace dans le raisonnement , et moins il aperçoit ces lois
de balance et de proportion qui sont le caractère de la toute-science , et le secret de la suprême Sagesse.
Ne cherchons l'absolu que dans la volonté du Créateur ; Tunité que dans son plan général ; et ne nous refusons pas à reconnoitre que des moyens sans nom.bre concourent à son but : ne nous refusons pas à reconnoitre que tout est nuance et modification dans le magnifique développement de ses œuvres. Et pourquoi demanderions-nous une seule force régulatrice pour le monde moral , tandis que nous admirons nous - mêmes le svstème du monde physique , ce système où nous voyons la formation , la croissance et la vie d'une simple feuille dépendre d'une multitude d'influences qui toutes ont leur action , leur mesure et leurs lois de succession.
Devancés par ces réflexions, nous pourrons répondre en peu de mots à un autre raisonnement.
L'entrée de tes paroles illumine ;
elle rend les simples entendus. Et vou5 dites : Pourquoi la morale , si elle est pour nous d'un si grand service, n'a-t-elle pas Sur nos déterminations un empire absolu? Wë toit-ce pas là le bienfait que T homme devoit attendre d'une puissance infinie , de la bonté d'un divin protecteur?
Nous répondrons, comme nous Tavons déjà fait dans un discours précédent ; nous répondrons, en demandant comment cet empire absolu , que vous semblez regretter , auroit pu se concilier avec la liberté ? Nous persuaderez-vous facilement que cette liberté, la plus belle qualité de l'homme, soit un signe de sa disgrâce? Voyez tant d'êtres divers, soumis par leur instinct à la domination irrésistible que vous paroissez regretter ; enviez-vous leur destinée , et nous crovezvous au-dessous d'eux pour avoir été doués de la faculté de comparer et de choisir ; pour avoir été glorieusement investis d'une ame intelligente et des merveilleux attributs qui forment son essence ? ' Le Dieu du monde a guidé nos pas,
(éclaîrë notre route, et il a fait briller une plus vive lumière aux regards de ceux qui le cherchent ; mais le système de notre nature ne permettoit pas qu'il nous rendit esclaves, même du bien.
Attaquerons-nous ce système? Il tient peut-être à l'univers entier, à Tunivers sensible ; il est une de^pendance des idées suprêmes du sage ordonnateur de tout ce qui existe.
Descendons de ces hauteurs où notre attention ne peut se porter, où notre esprit ne peut se lixer sans trouble; et, pleins de confiance dans la njorale et la Religion , laissons-nous instruire , encourager par elles. Que Tune serve de guide à notre conduite, l'autre de gage à nos espérances. Ah! qu'elles sont imposantes, considérées séparément , ces deux grandes pensées , ces deux grandes lumières , la Morale et la Religion ! Mais dans leur union, sur-tout, elles paroissent majestueuses. L'être qu'elles éclairent , et sur la terre il n'en est qu'un, c'est Thomme; ççt être peut se croire quelque chose ,
et il lui est permis d'éprouver un sentiment d'orgueil.
Nous avons encore quelques objections à parcourir.
C'est mal fait, dit-on, de fonder la morale sur les opinions religieuses ; car on soumet ainsi une Ic^gislation réelle aux vacillations inséparables des aperçus métaphysiques.
Ce raisonnement auroit une valeur , si , en donnant à la morale Tappui des opinions religieuses , on se refusoit à pi outrer Futilité des lois d'ordre, et pour le bonheur individuel et pour le bonheur social.
Ce n'est point là le système adopté par les instituteurs de la morale religieuse; et, de plus , nous avons prouvé que la morale , protégée uniquement par Tintérét personnel, le seroit d'une manière fort incertaine , tant l'union de cet intérêt à l'intérêt public est une question abstraite par sa nature.
Et que deviendroit encore le bonheur
général , ce bonheur sur lequel la philosophie assigne tant de parts à Tintërét personnel ; que deviendroit-il , si la Religion, bannie du milieu de nous, n'adou^ cissoit plus nos maux , n'invitoit plus les hommes à s'aimer, et ne prévenoît pas la nécessité d'un joug de fer pour soumettre à Tordre social le libertinage des opinions, et la dangereuse indépendance des principes et des caractères ?
Ah ! tout seroit en confusion , tout seroit mis au hasard, si Ton parvenoit à éteindre absolument ce foyer de lumières , qui , sous le nom de morale religieuse ^ est devenu le centre de nos sentimens intimes et de nos jugemens secrets.
L'estime elle-même , la plus précieuse des récompenses que les instituteurs modernes promettent aux bonnes actions ; Testime a besoin d'un régulateur : il faut que le vrai beau soit consacré d'une manière universelle , et que son interprétation ne soit pas soumise aux vicissitudes de l'opinion. «
Les principes immuables de la morale
(254) religieuse sont donc nécessaires à la fixité de IVstiine , et presque à la dëfinîtionde son essence.
Soyez donc obligés de le réconnoitre, vous qui refuseriez de joindre à vos enseignemens Tautorité de la Religion* Soyez obliges de le reconnoître ; c'est la vengeance active des lois que vous exciteriez, que vous appelleriez à votre aide; cVst la fréquence et la rigueur des punitions qui devroient suppléera la foiblesse de votre sysièine, qui devroient en dissimuler les imperfections. Et vous, placés derrière le glaive de la justice, derrière ce glaive que vous feriez mouvoir sans cesse, vous vous applaudiriez de Tadmirable empire de vos raisonnemens et de leur toute puissance.
O Religion, Religion ! restez avec nous; restez-y pour Tainour des fidèles qui vous rendent un culte assidu ; continuez à leur donner vos douces et pénétrantes leçons ^ ils n'en veulent point d'autres. C'est vous qui leur direz , qui leur répéterez 5.
( 255 ) Tu uimeras ton Dieu de tout ton cœut } de toute ton ame et de toute ta pen*sèe ; et voici le second commandement; qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Et ils entendront mieux ce beau précepte que les enseignemens par lesquels aujourd'hui, et de détours en détours, on unit enfiu péniblement l'intérêt personnel à Tintérét public.
Dieu, et Tamour du prochain ; Dieu , et la charité; Dieu , et la commisération ; Dieu , et la morale ; Dieu , et tous les devoirs de Thomme : voilà Talliance , la sublime alliance que la Religion nous présente ; et Ton nous offriroit encore une image imparfaite de ses bienfaits, si Ton se bornoit à montrer son influence sur la morale : car elle sert au bonheur d'une manière directe , en nous inspirant du courage dans les afflictions, et en pénétrant; nos cœurs d'espérances.
Il est un discours tenu quelquefois, et avec une sorte de contentement glorieux ,
(256) par les ennemis de la Religion. Nous aimons, disent-ils, la moi^ale pour ellemême ; et c'est ainsi qu'on doit Taîmér. " Cependant on dégrade un tel sentiment, le seul beau, le seul noble ; on le dégrade en cherchant à mouvoir les hommes par là crainte ou par Tespërance ; et tel est Tesprit général des systèmes religieux.
On oublie, en parlant ainsi, que les instructions, les catéchismes de morale philosophique s'adressent coniinuelleifient à Fintérét de T homme ; intérêt composé de craintes et d'espérances, comme il doit Tétre par essence ; car le mot d'mtérét ne signifie rien autre. Or la Religion, qui agrandit cet intérêt en le rapportant au désir de plaire à un Etre suprême ; la Religion le rend en même tems et plus noble et plus beau. Et c'est ainsi que s'évanouit un raisonnement sans consistance ; un raisonnement de parade, et dont la discussion ne mérite pas d'être prolongée.
Nous considérerons plus sérieusement
la^
là grande objection dont on fait usage contre rétablissement et Fautorité de toute espèce de Religion ; objection renou* velde sans cesse, et que nous avons cru devoir traiter la dernière.
Nous ne Taffoiblirons point. Et voici le langage que nous avons à combattre.
Toute Religion, par sa nature, transporte nécessairement les hommes dans un espace inconnu : elle exalte leurs pensées ; et dominés alors par l'imagination , on voudroit en vain les gouverner au nom de la raison; on voudroit en vain les soumettre à des lois uniformes ou entendues par tous de la même manière. De-là tant d'écarts dangereux ; de-là tant de superstitions, tant d'observances minutieuses, et souvent une intolérance, un fanatisme , dont les effets ont été si terribles.
Sans doute il est des intérêts plus à la portée de tous les esprits, que les intérêts dont la Religion nous entretient ; mais le nombre en est petit ; car dès que les hommes se livrent à divers projets, dès qu ils multiplient leurs vœux sur la terre, ils se //A 17
transportent aussi par la pensée dans un état de bonheur dont ils ne reçoivent la description que de leur imagination. Telle est la condition imposée à nos lentes connoissances , et à notre essence morale toute composée pour Tavenir.
La Religion ne nous présente aucune perspective qui ne soit d'une conceptiou facile. Un seul Dieu , le maître du monde, et des récompenses après cette vie offertes à la vertu ; voilà tout Fesprit de la Religion. Et il n'importe ni à nos vœux, ni à notre conduite que nous ayons une notion précise de Tessence divine , ou une information exacte de la nature des récompenses célestes auxquelles l'homme de bien peut aspirer. Le vague de ces idées n'altère point leur grandeur , ne diminue point leur impression ; il suffit qu'elles touchent à nos sentimens les plus simples : la crainte , Fespérance , et le désir du bonheur.
Nous reconnoissons néanmoins que les hommes ont abusé de la Religion comme ils ont abusé de tout : leurs erreurs ont
(259 ) fait naitre T intolérance et le fanatisme ; mais dans le même tems la Religion a consolé la terre en ses jours nombreux d'affliction ; et souvent elle a seule adouci les maux dont la puissance humaine auroit en vain essayé de déranger le cours-i La Religion a placé Tespérance au-delà d'une vie où nous avions besoin de courage ; et nous avons affronté le présent ea regardant Tavenir. La Religion est entrée comme une lumière bienfaisante et consolatrice dans la maison du pauvre, dans ces chaumières innombrables dont les habitans ne fournissent aucun événement à r histoire , et dont le bonheur et le malheur ne sont inscrits sur aucun registre. La Religion, enfin, est devenue le soutien de la morale, de cette législation essentiellement nécessaire à rétablissement et au maintien de Tordre social. Que de biens elle a fait au monde ! mais ces biens, par leur universalité, par leur constante durée , sont devenus moins frappans ; tandis que les exceptions , mêlées à des
passions politiques, ont fait trace danâh Thistoire et sont restées présentes à notre souvenir.
Enfin , ce n'est point à la Religion, considérée dans son essence et dans sa pureté , que des reproches s'adressent ; c'est à Tabus qu'on a fait de son esprit et de ses lois : mais , avec cette confusion d'idées , est-il un seul de nos biens que nous dussions estimer ? est-il un seul des objets offerts à notre ambition qui mérilât notre recherche? On pourroit de même, en rappelant nos erreurs, en raisonnant sur notre science imparfaite, condamner indistinctement tous nos vœux. Le commerce entre les nations, sujet de tant de guerres ; le simple désir des richesses, origine de tant de rivalités et Toccasion de tant de crimes ; la liberté qui a souvent excité des convulsions politiques ; le progrès des lumières , auquel on doit des inventions funestes ; voilà les choses de prix dont nous aurions à faire le sacrifice, si la possibihté d'un abus devenoit un motif de proscription ; et la liste des biens
physiques à ranger dans la même classe seroit encore plus nombreuse.
Nous nous trouverions camme isoles sur la terre avec un pareil système ; nous serions comme hors de tout au milieu de notre monde , et bientôt on nous entraineroit à considérer nos sens et nos pensées comme des attributs dont il faut s abstenir de faire usage.
Tous les biens dont nous avons connoissance touchent à quelqu'inconvénient ; tel est le système de la nature : et c'est à notre sagesse , à notre expérience , à nos vertus à nous servir de guides au milieu de tant de choix que nous avons à faire. L'auteur de tout la voulu ainsi ; et nous ne sommes pas sous le joug des préjugés , mais à Torigine des choses , en demandant aux philosophes de respecter les idées religieuses , quoique ces idées aient donné naissance à des erreurs malheureuses.
Nous emploierions l'autorité même de la Religion; nous citerions ses préceptes , si nous voulions combattre avec toutes nos
armes les objections que nous venons de rappeler ; c'est de la Religion dans sa simplicitë , dans sa beauté , que nous prenons la défense ; et nous savons tous que Tintolérance la calomnie ; que les superstitions la dégradent ; que le fanatisme la déshonore.
C'est-là des vérités que les judicieux interprètes du christianisme ont toujours annoncées ; et nous louons les écrivains philosophes d'avoir employé leur puissance à raffermissement des mêmes principes : mais vouloir détruire la Religion pour nous affranchir de ses abus, étoit une entreprise indigne de gens à grands talèns ; indigne d'eux , et à cause de la violence du moyen, et à cause du but et de ses dangers.
L'exagération et l'abus des vérités utiles n'existent plus sans doute , du moment que ces vérités sont proscrites ou discréditées ; mais lorsqu'une plante venimeuse s'attache à un arbre dont les riches dons se renouvellent avec abondance, est-ce l'arbre qu'on coupe ?
Les philosophes de notre tems ëtoîent doues de la supériorité d'esprit nécessaire pour apercevoir également et les traits distinctifs et les nuances qui séparent toutes les vérités ; mais ils ont voulu faire une grande sensation : et comme il y avoit foule dans les routes qui aboutissoient aux vieilles opinions, ils s'en sont écartés pour se mettre hors de ligne.
Quels services ils auroient pu rendre à rhumanité, avec une autre ambition!
et quel seroit encore aujourd'hui le plus utile emploi du génie, et aussi le terme le plus magnifique offert à ses travaux ? Ce seroit de chercher, de trouver un degré d'autorité , un degré de vraisemblance de plus aux idées religieuses ; à ces idées , Tappui de la morale et la consolation du malheur.
Heureux les hommes qui , se laissant flatter par une telle pensée , auroient le plus léger succès pour récompense. Ils pourroient alors considérer sans jalousie tous les travaux qu'on renomme ; ils pourroient considérer sans jalousie, et la
vaillance du capitaine, et Tesprît dëlîé du négociateur. Ces qualités sont un moyen d'agression ou de défense dans les disputes qui s'élèvent entre les divers gouvernement ; elles servent , elles favorisent une de nos cases politiques au moment de sa querelle avec une autre case ; mais rinfluence bienfaisante des idées religieuses se répand sur la terre entière : elle est utile à la race humaine , elle Test aux générations éternelles.
Nous n'imiterons pas les torts' que nous reprochons aux instituteurs de nos jours , en calomniant les lumières d'une manière générale, à cause de Tabus qu on en a fait ; mais qu'une fatale expérience nous apprenne à connoître le prix de la sagesse. C'est à des hommes que toutes les leçons s'adressent ^ et telle est leur nature , que pour éviter de les livrer ou à la confusion de leurs passions , ou aux rigueurs d'une surveillance despoti* que , il faut environner de barrières l'en-^ ceinte où ils s'agitent , et les plus cou-»
venables sont les lois de la morale religieuse.
Ah ! qu elles paroi troient belles ces lois, si les hommes d'esprit et détalent s'en déclaroient les soutiens, et ne faisoient pas tourner contre elles les torts de quelques fanatiques et Tinsuffisance de nos moyens pour convertir en démonstrations la confiance des âmes sensibles* Voyez avec effroi ce que les hommes cherchent, quand Tidëe d'un Etre suprême cesse d'être éclatante au milieu d'eux ; ils vont de route en route y faire l'essai de toutes les ambitions , de toutes les convoitises ; et leur imagination ne peut suffire à leurs mobiles vœux. Us se font encore des dieux factices , des idoles de leurs mains ; et les uns ne prisent que la fortune , les autres que la louange, les autres que le pouvoir : et n'étant élevés par aucun sentiment religieux , rien ne les dégage des liens de la terre ; et ils s'entremêlent par leurs vices d'une manière inextricable. Us ne savent plus même ce qui est beau ; ce qui est beau
( 266 ) par sa nature, ce qui Fest par des rapports avec un éternel modèle ; et ils se prosternent , comme des sauvages , devant les choses extraordinaires.
O vous qu'on appelle philosophes !
vous avez dû beaucoup apprendre en suivant le cours de nos convulsions sociales ; mais aviez-vous prévu , et c'est notre dernière réflexion ; aviez - vous prévu , qu'en renversant nos vieilles opinions, vous nuiriez à vos propres intérêts? C'est Tesprit que vous vouliez élever par-dessus toutes les puissances établies ; c'est à lui que vous vouliez réserver tous les triomphes : mais à mesure que les hommes , excités par vos leçons , se sont soustraits à Fempire des idées religieuses, ils ont cédé , sans combat , les uns à leurs passions , les autres à la violence de leur caractère ; et , au milieu de cet emportement général , les subtilités de Fesprit ont été mises à Fécart, ont été dédaignées ; et les finesses de la métaphysique sont devenues imperceptibles. Nouvel exemple des périls attachés à Fabus de
nos moyens et aux calculs de la vaîne gloire. On songe à vous en lisant ce passage de la vision d'Esdras : Et voici , l'ange me répondit ; je vins vers une forée où les arbres tenoient conseil , et disoient : Venez , et nous irons faire la guerre contre la mer ^ afin quelle nous fasse place , et que nous fassions des autres forêts pour nous ; mais la pensée de la forêt fut vaine , car le feu en vint qui la consuma.
Présomptueux de tous les pays et de tous les âges ; et vous , sur-tout , hardis destructeurs des choses anciennes , prenez garde que le feu ne vienne de vous , et ne vous consume. Songez qu'il est des opinions dont la force des plus forts est composée ; des opinions qui font barrière entre le vice et la vertu, entre la sagesse et la folie ; enfin des opinions d'un ordre surnaturel , et devant lesquelles l'esprit humain doit rester en respect. Oui, il le doit : à telle hauteur qu il s'élève , il le doit, sous peine d'être inutile au monde ; sous peine de s'égarer
luî-méme au milieu d'un espace où la grande route est effacée, où tous le»
fanaux sont éteints.
O Dieu ! cette Religion qui nous est si nécessaire , cette Religion qui fut longtems le premier de nos biens, ne sera pas détruite ; nos malheurs la réclameront , et vous ordonnerez que son autorité reparoisse. Elle est inscrite dans les cieux , cette Religion sainte ; et les cieux ne passeront point ; elle est le signe de Tunion entre les hommes mortels et le Maître éternel de F éternité ; et si, pour quelques-uns , ce signe est obscurci , il reste encore resplendissant sur la terre ; et les feux du ciel s'éteindront avant que Tétre intelligent et sensible efface entièrement de son cœur et de sa pensée la miraculeuse empreinte du Créateur.
Laissez faire au roi des cieux ; il déconcertera les faux sages ; il rendra vaines, quand il le voudra, leurs orgueilleuses prétentions ; il détruira les idoles ; il dispersera les adorateurs. Je suis t Eternel y
( 269 ) ù'est'lcù mon nom; et je ne donnerai point ma gloire a un autre , ni ma louange aux images taillées.
Reprenez donc votre confiance, vous que les raisonneniens du siècle auroient un moment ébranlés. La Religion, n'en doutez point , la Religion est impérissable ; elle a été donnée à Fliomme en apanage particulier , et cette faveur ne lui sera pas ravie. Les êtres animés soumis à notre empire , les êtres subalternes qui peuplent la terre et les mers , ont un rapport avec notre raison par leur instinct; mais Thomme seul a Tidée d'un Dieu, comme seul aussi il a la permis* sion d'élever ses regards vers le ciel. Courbez donc sa tête altière , baissez son front superbe; et vous lui direz alors de suivre pas à pas son sillon , et de laisserlà cet esprit qui le met en communication avec TEtre infini, avec toutes les vérités religieuses. Mais vous écouterionsnous si vous nous demandiez un tel sacrifice ? et vous écouterions -nous encore si vous nous demandiez de renoncer à
notre sentiment , à notre imagination?
Non , sans doute : et nous nous attacherons d'autant plus à cette Religion qui accueille nos émotions et guide nos espérances, à cette Religion toujours bonne pour nous, et qui nous rappelle sans cesse la grandeur de notre nature. Nous Taimerons, nous T honorerons cette Religion qui veut nous conduire à Fimmortalité par la vertu , et qui se montre à nous aussi magnifique dans son but que touchante et pure dans ses moyens. Oui , nous Taimerons , nous Thonorerons cette Religion qui parle avec douceur à Thomme affligé, et qui , sur les débris d'un monde périssable et au milieu des ombres funèbres dont nous sommes environnés , élève un temple au Dieu consolateur, et n en repousse personne.
Nous confesserons donc cette Religion bienfaisante ; nous rendrons , et dans tous les tems, un hommage public à son esprit sublime; et de nos foibles armes nous oserons la défendre contre les efforts de ses ennemis. Heureux si notre
t ^7^ ) exemple , béhî par TEternel , pouvoît être utile à la génération qui marche avec nous; à cette génération que Ton trompe; à cette génération qu'on égare. Heureux, cent fois heureux , si nous pouvions lui servir de guides dans les routes qui conduisent à la vérité. O notre Dieu ! nous avons étendu nos mains en haut ^ et:
nous avons reconnu les ignorances de notre ame ; mais votre grandeur, votre bonté, votre toute-puissance éclatent dans vos œuvres ; dans ces œuvres superbes dont nous sommes environnés.
Non , non ; ce n'est pas seul et comme délaissé que Tunivers se présente à nous ; il a son génie, il a son maître ; et les plus nobles traits de notre nature morale nous mettent en relation avec le but d'une 6Î magnifique conception. O science des hommes! qui voudriez nous enlever aux plus heureux sentimens , nous ne vous écouterons plus ; et notre admiration sera notre lumière ; notre admiration sera notre sagesse ; notre admiration encore sera notre espoir et notre confiance; et
prosternés devant le trône éternel , nous dirons , nous répéterons : Gloire soit au roi du monde; la terre est à lui, les deux sont à lui ; et nous aussi, nous, ses enfans , nous sommes à lui , nous sommes à lui.