‹ Cours de morale religieuse (volume 3)Chapitre 1 sur 13 · Cours de morale religieuse · texte numérisé non relu

Cours de morale religieuse

Devoirs relatifs aux divers âges de la vie , ou à des situations particulières dans r Ordre social.

Î3ISCOURS PREMIER.

De P Union conjugale (* ).

ïlt l'Eternel Dieu avoît dit : Il n'est pas bon que l'Homme soit seul ; je lui ferai un être semblable à lui. Genèse, chap. 2.,f. 18.

Jlit r Eternel Dieuapoit dit : Un est pas bon que F Homme soit seul; je lui ferai un être semblable à lui,

«Il n est pas bon queThomme soît seul!

O Dieu ! donnez-moi la force de traiter

(*) Discours prononcé , par supposition^ clans lo jieu où je vis.

ce sujet; et, quelques momens , ëcartez; de mes yeux Timage qui leur est sans cesse présente; quelques momens, suspendez mes derniers souvenirs, afin que je puisse avec calme et avec dignité entretenir du plus grand de vos bienfaits les fidèles rëunis dans ce temple ; afin que je puisse le considérer d'une manière générale , et sans aucune des distractions qui appartiennent à une situation particulière et à une douleur personnelle. O Dieu ! si votre serviteur étoit digne encore d'expliquer les paroles où votre sagesse est empreinte , daignez ranimer son courage et lui rendre l'assurance qui lui est ôtée. Il le sait ; tout se retrouve et en vous et par vous , et nulle espérance n'est perdue quand on adresse ses vœux à la Puissance infime , quand on élève ses regards vers r éternelle source des consolations.

Et r Eternel Dieu auoit dit : Il n'est pas bon que V homme soit seul\ je lui ferai un être semblable a lui.

L'homme éclairé ne peut se lasser d'ad-

mirer les richesses de la nature , les magnificences de Funivers ; et il éprouve un sentiment de fierté à la vue de tant de merveilles qui semblent toutes se rapporter à la félicité des êtres intelligens. 11 ne les peut compter ces merveilles; et le travail successif des nations n'a pu suffire encore pour les classer , pour les ranger avec ordre dans les annales de la pensée. i Nous apercevons néanmoins, nous voyons par-tout , les signes distinctifs d'un système de bienfaisance dont les diversités sont innombrables ; mais qui , toutes unies à un même esprit, annoncent un seul Créateur.

Nous devons aujourd'hui fixer votre attention sur une des dispositions les plus remarquables dans la vaste conception ^u monde moral ; elle est indiquée par notre texte , Dieu na pas voulu que V homme fût seul : et Fhomme le seroit au milieu des réunions les plus nombreuses, au milieu de nos villes, au milieu du tumulte des sociétés , si Dieu ne lui assoit pas fait un être semblable à lui;

sî Dîeu ne Tavoit pas uni à cet être par toutes les relations qui font de deux intérêts un seul intérêt, de deux amourspropres un seul amour-propre , et de deux vies une seule vie.

Et quand je parle ici de Thomme , ma réflexion s'arrête également sur vous qui Tavez po/ur associé , comme il vous a pour compagnes , et qui êtes , à titre pareil , les objets de la bonté divine ; sur vous qui tenez un si beau rang dans les sublimes idées de la création , et qui , dès vos premiers pas dans un monde où vous brillez de votre propre éclat, avez pourtant besoin d'unami, d'un être semblable h vous , pour vous fier à vous-mêmes et pour connoitre le bonheur.

Ah ! que serions- nous devenus , quel eût été le sort de Thomme , si parmi les créatures intelligentes il n'eût trouvé que des concurrens et des rivaux ? s'il n'avoit jamais connu l'intime association et l'union parfaite dues au merveilleux complément de cette profonde pensée du Maitre de la nature : // n est pas bon que

( 5 ) l'homme soit: seul; je lui ferai un être semhlahle a lui ?

L'homme eut été seul , sî , agîté par tous les doutes , par toutes les craintes et par toutes les espérances qui appartiennent à son système moral , il n'avoit pas aperçu de bonne heure le consolateur et Taffectueux ami qui lui avoit été destiné dès Torigine du monde ; s'il n'avoit pas appris qu'il existoit , dans un autre sexe , un être qui s'uniroit sans jalousie à son ambition et à ses projets ; un être qui , par une admirable sympathie, feroit cause commune avec lui , non-seulement aux jours de bonheur , mais dans le tems des disgrâces et au milieu des revers.

Lliomme encore fût resté seul , s'il eût dû comparoltre au tribunal effrayant de sa propre conscience , sans aucun appui y sans aucun défenseur ; s'il n'avoit pas reçu de la bonté du ciel , un second prêt à raccompagner devant ce tribunal , afin de Faider à s'absoudre ou à s'excuser; un second , en partage avec lui et d'honneur et de honte , et auquel il pût sans péril

ouvrir les secrets de son cœur , auquel îl put sans rougîr laisser voir toutes ses foiblesses ; un second enfin , la continuation de lui-même , et qui réunit sous ce rapport des caractères si singuliers, qu'après le phénomène de nos facultés , le plus admirable peut - être est cette relation morale que TEtre suprême a établie entre les deux divisions du monde intelligent.

Et c'est ici que Ton commence à découvrir Tauguste origine de Tunion consacrée dans Tordre social par un contrat civil et par une cérémonie religieuse. On voit que cette institution se rapporte à une des combinaisons primitives du souverain Auteur de la nature , et qu elle a pour but de fixer et de perpétuer l'identité des deux être appelés , par une intention suprême, à former ensemble une étroite alliance.

L'homme , sous la loi d'un heureux hymen , découvre dans toute son étendue l'esprit des paroles de notre texte. Il est assuré de faire la route entière de la vie avec cet être semblable à lui^ un des

( 7 ) plus grands bienfaits du scfuverain Ordonnateur de notre destinëe.

Il nous a été donné cet être semblable à nous , non pour un jour , non pour une saison , mais pour nos différentes stations dans la carrière que nous avons à parcourir ; il nous a été donné pour nos divers âges , et pour les changemens que leur succession apporte à tous nos goûts. A^oudrions - nous donc iriéconnoitre une si généreuse prévoyance, en soumettant à Tempire de nos fantaisies la durée d'un engagement auquel tous nos intérêts se rallient , la durée d'une association dont nous devons éprouver la douceur , et dans les rapides momens d'une ardente jeunesse , et dans le long calme de Fâge mûr, et dans la pénible route de cet âge à la vieillesse et à la caducité ? Ah I si Timagination , l'espérance, si les plus attrayantes illusions , viennent embellir à son commencement l'union qu'une Sagesse éternelle a préparée pour nous , une autre félicité succède à ce printems de la vie ; une félicité qui dépend de la même union »

maïs dont les développemens se pi*oportiennent par degrés à là marche progressive de nos années et aux besoins de la raison. Les souvenirs, les gages d'une aifection mutuelle, et tous les rapports qui naissent d'une confiance éprouvée et d'une sécurité parfaite , composeût cette seconde félicité ; seconde en apparence , car elle n'en laisse envier aucune autre au moment où l'on en jouit. Oui , l'amitié qui succède à l'amour peut remplir notre sort , et le remplir entièrement.

Cette amitié vive , d'un ordre différent de toutes les autres amitiés , eut mérité dans la langue un nom particulier : elle tire toute sa force d'elle-même , et Fima^ gination ne lui prête aucun secours ; elle touche à tous les points de notre vie morale ; et nous ne connaissons aucun intérêt qui ne s'y rapporte, aucune perspective qui ne s'y joigne. Ah ! qu^elle est sublime cette amitié dont la mystérieuse puissance résiste aux atteintes du tems ; ïju'elle est sublime au moment où elle opproche de sa perfection , et où riatUnité

(9) des pensées , Tharmonie des sentîmens , font une seule existence , un seul être , des deux voyageurs que Thymen a réunis ! Amis, tendres amis, et qu'aucune ambition , aucun vœu ne séparent ; amis , tendres amis, qui vous êtes si nécessaires et qui semblez tenir au même souffle de vie, c'est vous, c'est vous qui entendrez avec émotion les paroles de notre texte , ces paroles oii le génie de la création sert de guide à votre reconnoissance et d'interprète à votre bonheur : Et V Eternel Dieu avoit dit : Il nest pas bon que V homme soit seul ; je lui ferai un être semblable à lui.

Ne les quittons pas encore ces amis que le ciel même a formés ; ils marchent ensemble dans la carrière de la vie , et les jours de triomphe ou d'adversité resserrent également leur union. Tout ce qui les appelle à un partage est pour eux un réveil , est pour eux une reprise des plus douces sensations. C'est Fun qui vient d'apprendre une nouvelle heureuse pour sa fortune ou pour son amour-

( ïo )

propre , et îl cherche à Tinstant Tainî , le seul ami qui en jouira plus que lui. Et si quelque événement imprévu Tafflige ou rhumilie , il court de même à cet amî dont la tendresse est inépuisable en consolations. Voilà le mouvement naturel 4.e deux êtres que Fhymen a réunis. Ils sont un pour sentir , et plusieurs pour s'aider ; plusieurs, en apparence, tant l'amitié se multiplie par l'activité de ses soins et la diversité de ses ressources.

Nous admirerons davantage encore cette singulière alliance , si nous examinons ses rapports avec notre organisation morale. Développons cette idée.

La nature, par des lois mystérieuses, semble avoir mis notre bonheur sous la dépendance d'une multitude innombrable de pensées intimes et d'agitations secrètes dont nous connoissons seuls l'empire ou le tumulte. Ces pensées , ces agitations , émanent de nous ; et pourtant elles nous dominent et nous tyrannisent quand notre raison n'est pas assez forte pour les subju-

guer. Aucun tëmoin ne pënètre dans Tes- I pace intellectuel où tant de combats se

donnent avant que nos volontés se fixent ; et c'est là que sont renfermés , sous Finviolable sceau de notre amour - propre , nos doutes , nos foi blesses et nos longs repentirs. Combien de fois cependant , tourmentés par nos incertitudes, étonnés, fatigués d'une autorité que nous ne savons pas exercer , et ne pouvant parvenir à mettre la paix au-dedans de nous ; combien de fois n'éprouvons-nous pas alors le besoin d'associer à. nos regards intuitifs les observations d'un être bienveillant, et bienveillant pour nous ; d'un être prêt à considérer avec un intérêt minutieux ces débats intérieurs qui attirent toute notre attention , et ces oppositions si fréquentes entre nos opinions et nos penchans, entre nos vœux et les avertissemens de notre expérience !

Mais où le trouver cet être digne d'une confiance si délicate ? où le trouver encore cet être disposé à vivre long-tems et patiemment dans un autre ? où le trouver ,

sî nous négligeons , si nous fuyons ÎCL seule union sur la terre qui puisse nous donner un tel ami ? Oui , là seule ; et nulle autre ne doit lui être comparée. Elle est susceptible des plus petits détails , et en même tems des plus grands sacrifices ; et 60US ce double rapport elle laisse loin derrière elle ces liaisons d'homme à homme , ces liaisons éclatantes dont les annales historiques ou fabuleuses des âges passés nous ont transmis la mémoire , et que des noms fameux nous rappellent.

Sans doute il est des ressemblances d'opinion ; il est des affinités dans les caractères ; il est des sympathies qui peu* vent unir étroitement deux personnes d'un même sexe : mais ces rapprochemens intimes sont rares , et ils ne supportent qu'un petit nombre d'épreuves. Que rien ne vienne mettre en rivalité deux hommes amis à la manière du monde , et dont on célèbre l'union ; que chacun d'eux ait son ambition 5 et qu'il n'y ait point d'opposition dans leur marche ou leur politique ; ou bien encore, que l'un et Tautre soient

jeunes et vivent dans cet avenir oii il y s^ tant de place : voilà sans doute de premières chances heureuses pour un commencement , pour une continuité de liaison i mais qu'il y a loin de là à tous les soins , à tous les ménagemens qu'exige une amitié constante] Cette amitié ne peut subsister que par une sorte d'équilibre. Il faut y recevoir ce qu'on donne , y donner ce qu'on reçoit ; et il n'y a d'exception que pour certains caractères disposés à être toujours en avance , et qui savent encore cacher cet avantage et l'oublier eux-mêmes.

Ne croyez pas encore que dans un commerce d'amitié , même le plus épuré, on puisse faire admettre comme un fonds réel et toujours subsistant, les services qu'on a rendus , le dévouement dont on a donné des preuves. C'est le présent que l'on veut en échange du présent ; et malheur à celui qui , pour être aimé comme il aime, a besoin d'invoquer le passé ! on apprend bientôt, par son expérience , qu'il n'est entre les hommes aucun contrat où

les souvenirs soient reçus à Tégal defl espérances. Qui osera d ailleurs ouvrir les dernières retraites de son cœur à un ami que de simples rencontres d'esprit , de goûts et de caractère ont rendu tel ? Il est votre ami, vous êtes le sien, mais à des conditions tacites ; et si vous Tavez pris à vous , s'il vous a pris à lui par un sentiment d'estime , oserez-vous lui confier vos foiblesses ? ou si vous vous y déterminez, ne sentirez- vous pas le besoin de les déguiser , de les montrer à demi , de les associer dans vos aveux à des qualités qui vous honorent ? Jamais vous ne direz tout , et vous ferez bien ; car cet ami veut trouver en vous ce qui lui est bon , comme vous cherchez en lui ce qui vous convient. Vous pouvez bien l'entretenir de l'injustice des autres à votre égard ; mais vous accuser vous-mêmes , vous rabaisser dans son esprit, ce seroit ébranler dans ses bases le traité qui vous unit.

Ah ! qu'il est autrement arrangé pour notre bonheur et pour notre sécurité , ce pacte que la nature a préparé , et que.

les lois sociales y d'accord avec les lois religieuses , ont pris soin d affermir. Tendre ëpouse ! les foiblesses , les fautes même de Tami que le ciel vous a donné , ne vous éloigneront point de lui ; hélas ! vous vous en réjouirez peut-être , si elles vous appellent à être sa consolatrice , si elles vous donnent un moyen de plus d'être aimée. Oui, vous recueillerez dans votre sein les peines de cet ami dont la destinée vous a été remise : il n'aura point de secrets qu'il craigne de vous confier , car vos avertissemens seront doux ; et , de moitié dans sa gloire ou dans sa considération , vous le relèverez à ses propres yeux : ses plaintes ne vous inspireront aucune irritation , et son découragement ne vous entraînera point; vous apparoîtrez comme un ange au milieu de son ame troublée , et vous y répandrez le c^lme et la sécurité : ah ! vous lui ferez tant de bien, qu'il redemandera ses peines pour jouir encore de votre assistance.

Epouses fidelles, vous avez en vos mains les consolations dont l'homme a

besoin ; et nul rang , nul degré de for-^ tune , nul éclat dans le monde , ne pourront le rendre indépendant de vos soins et de votre protection. Ne soyez pas même intimidées en réfléchissant que vos connoissances , vos études , vos idées d'habitude n ont aucun rapport avec les grands intérêts dont s'occupent à toute heure le guerrier, le prince, le ministre, ou d'autres hommes marquans dans l'Etat social, et auxquels votre destinée sera peut-être unie. Ce sont de tels hommes, au contraire , qui , souvent distraits par leurs Girconstances particulières, des sentimens les plus naturels , y sont ramenés avec une nouvelle force quand leur préoccupation est suspendue , et lorsqu'une passion dominante leur laisse un peu de repos. i Vous paroissez alors pour offrir un asile à leur ame inquiète : ils déposent près de vous tout ce qui étoit artificiel dans leur situation , tout ce qui étoit en eux une ambition faite , ou un vœu d'habitude ; ils vous permettent de toucher à leurs véritables affections, et ils goùten* avec délices

les

les vérités sîmples dont ils peuvent faire profession avec vous ; avec vous qui n'attendez d'eux aucun rôle , avec vous dont ils seront encore aimes au moment où le sort les aura dépouillés de Féclat du pouvoir et de ses prérogatives.

Ah ! qu il devient remarquable ce moment aux regards d'un observateur ; qu'il devient remarquable pour juger du degré de force de nos différens liens! La scène s'ouvre ; et c'est vous que je choisis pour exemple, vous qui naguère étiez en possession des plus sûrs moyens de plaire aux hommes ou de les captiver. On vous croyoit au faîte de l'autorité; vous dispensiez toutes les grâces; vous étiez l'objet de l'empressement universel : tout-à-coup la fortune renverse votre piédestal ; vous êtes jetés dans la foule des citoyens ; vous n'avez plus ni rang, ni crédit , ni pouvoir. Que font alors vos amis , vos véritables amis ? Us vous entourent , ils vous plaîrgnent, ils redoublent peut-être de soins et d'attention ; mais il y a de la réflexion dans leurs soins , de l'attention dans leurs

manières, du procédé dans leur conduite: ils cachent avec délicatesse Tidée qu'ils ont de leur générosité ; cependant vous la découvrez, vous la soupçonnez du moins, et vous retenez votre abandon. Vous êtes avertis qu'aux regards même de Tamitié, il s est fait un changement en vous, et que vous avez besoin d'être discrets. Triste aperçu ! Et il y a peu d'exceptions à ce résultat donné par la nature des hommes. On auroit tort de s'en irriter ; mais si l'on aspire à l'unité parfaite , à l'unité indépendante des circonstances , il faut associer sa vie à cet être semblable à nous , que l'Eternel nous a fait , et dont les lois de l'hymen ont subitement confondu tous les intérêts avec les nôtres.

Ah ! que je vous la montre encore , cette amie , dans les momens où vous semblez avoir été rabaissés par un coup du sort. JNTe la voyez- vous pas, unie à vous plus que jamais, étudier vos pensées , observer toutes vos impressions ? ne la voyez-vous pas , attentive aux consolations maladroites gui vous sont adressées , et plus

certaine que vous des traits qui pourroient vous blesser , avancer son bouclier pour vous en garantir ? ne la voyez -vous pas encore, cette incomparable amie, qui , dans vos jours de disgrâce montre pour la première fois un sentiment de fierté, afin que ridée confuse d'une humiliation ne vienne jamais vous troubler ? O Dieu ! d'où nous vient donc une telle assistance ? Est - ce nous , est - ce lui , qu'un pareil ami?

N'en doutons pas : plus nous examinerons les mystères de notre nature , et plus nous sentirons le prix de cet être semblable a nous que l'Eternel nous a destiné. Nos vertus composent l'essence de notre caractère ; mais tandis qu'elles sont immobiles au fond de notre cœur , les fantômes de notre imagination , semblables à des nuages légers , paroissent et reparoissent sous diverses formes aux regards de notre esprit. De quel service n'est donc pas à l'homme, à l'homme même le plus supérieur aux autres en apparence; de quel service ne lui est pas

cet amî , cet unique ami , qu'il peut admettre au spectacle intérieur de ses émotions heureuses ou malheureuses 9 qu'il peut introduire dans ces secrets où personne ne pénètre; dans ces secrets , composés si souvent des douleurs de l'ambition , des doutes de la vanité , des inquiétudes de Famour-propre ! Et quel plaisir aussi de chercher, de trouver dans le cœur d'un autre soi-même, la première récompense d'une action honnête ou d'un sentiment généreux , la première et la plus douce , la première et celle qui peut suffire !

O précieuse union que l'union conju^ gale , dans sa pureté , dans sa beauté parfaite ! Disparoissez devant elle , amitiés du monde , amitiés qui ne pouvez rien offrir de semblable. C'est à Taide du bonheur que les liens contractés dans le commerce social se resserrent ou se multiplient : c'est par une satisfaction , par une sorte d'abondance d'eux - mêmes , que la plupart des hommes se jettent en dehors , et se donnent aux autres ; et plus

ils sont heureux, plus ils croient aîmer. Mais , dans les grands revers , dans les calamités générales , et lorsqu'on a besoin de toute son attention , de toute sa pensée , pour échapper à des dangers éminens, chacun saisit la planche qui peut le sauver du naufrage ; et c'est sur le rivage que les amitiés recommencent.

Image sombre, mais fidelle, des tems que nous avons parcourus; de ces tems d'épouvante , où chacun suffîsoit à peine h sa vie et à son péril. Alors pourtant , à cette époque de séparation générale et d'isolement universel , deux époux qui s'aimoient s'unissoient davantage : le même hasard doit les sauver, ou le même coup les frapper; car il n'y a plus de vous, il n'y a plus de moi y dans ces liaisons d'élite et qui n'ont de ressemblance avec aucune autre.

Enfin , sans aucun événement extraordinaire, mais par Tunique effet des lois de la nature, nous vieillissons, nous atteignons cet âge où tout s'éteint , où rien ne recommence ; cet âge qui ne promet

plus de retour , qui s'offre à tous les regards dépouillé d'espérances , et qui nous met nous-mêmes en défiance de nos moyens et de nos droits. C'est Theure alors où chacun rentre dans sa vie domestique , dans cette enceinte où Ton est retenu par le sentiment de sa foiblesse et de son infériorité , et où quelquefois on devient personnel en se défendant contre les maux et les infirmités d'un âge avancé. Ah ! combien nous mettons alors de prix à cette amie ou à cet ami qui , lié à notre sort par la foi conjugale , a fait avec nous la route de la vie ; c'est à lui seul que , dans notre affoiblissement, nous osons nous confier , et c'est à nous seuls qu'il se confie.

Deux époux qui ont été jeunes ensemble et qui ont formé de nouveaux nœuds pendant la durée de Tâge mûr , deux époux qui ont tout mis en communauté dans le tems de leur éclat, dansletems de leurs riches moissons , ne craignent point de se présenter l'un à l'autre au milieu des débris de leur fortune passée:

ils parent ces débris de leurs souvenirs ; et s'ils s'aiment encore , tout reste beau pour eux. Oui J le soir de la vie, en nous avertissant du terme prochain de notre voyage , nous dispose à un sentiment d'ë* motion qui s adresse alors tout entier à l'ami qui ne nous a point quitte , à Tami qui contemple avec nous cet avenir où les âmes tendres trouvent un point de réunion , et où elles découvrent rtiorizon de leurs nouvelles espérances.

Célébrons donc avec solennité la plus belle institution du monde social; célébrons au milieu de nos temples ce pacte entre deux êtres intelligens et sensibles ^^ qui viennent se promettre une iidelle assistance , qui viennent se promettre d'être unis d'intérêt, d'honneur et de gloire ; unis dans le tems de bonheur , et plus inséparables encore dans les jours de l'adversité. O Religion l venez rendre sacre cet engagement ; venez nous apprendre qu'il est grand par lui-même ; qu'il est grand encore en nous appelant au rang et à la dignité de pères. Venez nous

apprendre à admirer les sentîmens mystérieux et sublimes dont TEternel a compose notre naiure morale. Amour conjugal , amour pa t ern el , a î 1 1 o u r fî 1 i al , preniiers élémens dç notre félicité sur la terre, vous nous rarnenerez sans cçsse à Tamour de notre Dieu , de qui nous tenons nos biens !

Apers vous avoir présenté une, vérité consolante sous, les rapports qui.pouvoient captiver votre intérêt , noMS devons maintenant arrêter notre attention sur ur^e objection commune et que .plusieurs personnes dan ^ cette assemblée nous adressent peut-étr.e, 9^ secret. .

Le mariage n',es.t point un état digne d'envie; il n'est pas, tel du moins que nous Ta vous dépeint : voilà ce que vous dites,, ou ce que vous pensez. Un esprit de discorde , un esprit de querelle , succèdent souvent à d^s commencemensjieareux^; et' yous^H; citez des exemples : enlin , vous rajoute??; qu'on aperçoit partout des nœuds niai assortis , effet naturel

du hasard quî les a formes ; effet naturel encore de la déférence des enfans aux choix déterminés par l'autorité paternelle.

Ah ! sans doute, rien n'est parfait dans notre situation , et rien ne peut Tétre sur cette terre , puisque le Créateur , en nous accordant la liberté , nous a introduits comme agens au milieu de son système du monde ; et c'est à la faveur d'un si beau don que le but de nos propriétés intellectuelles a été rempli , et que nous sommes devenus susceptibles de louanges et de récompenses.

C'est néanmoins par notre action sur l'ordre moral que cet ordre est incomplet à nos yeux. Tout se ressent autour de nous de l'imperfection de nos facultés , et de l'imperfection de notre gouvernement. De là tant de mobilité dans nos plans de bonheur ; de là tant d'exceptions aux effets des institutions sociales les mieux conçues ; et comme ces exceptions paroissent une à une , et sont jugées de même, elles font souvent plus d'impression sur notre imagination que le résultat

nnîforme des lois constantes et des habitudes générales.

Ces réflexions s'appliquent immédiatement au sujet que nous traitons ; car , en le discutant , c'est toujours de l'exception que Ton se sert pour détruire ou pour discréditer le principe.

Comment raisonnez- vousen effet, vous qui condamnez l'institution du mariage , ou qui voudriez la réduire à des engagemens éphémères et soumis à l'autorité du plus léger caprice ? Vous recueillez des exemples ; vous les prenez la plupart chez la classe oisive de la société ; et vous montrez que souvent la division règne dans l'intérieur des familles, et que deux époux y supportent im patiemment le joug qu'ils se sont imposé.

Voilà les exemples sur lesquels vous Uxez votre attention ; et dans le même terns vous détournez vos regards de cette immense partie d'une nation ^ dont le mariage forme l'état et la destinée. Se fait-on une idée du spectacle que présenteroit une grande société composée eu

entier d'hommes libres , si les individus des deux sexes , laisses à leur rudesse par le défaut d'éducation , n'étoient pas divisés en familles ; s ils n'éloient pas contenus dans leurs vœux , et devenoient indépendans des lois et des habitudes du mariage ? Ils se livreroient à tous les excès d'une aveugle brutalité ; ils déserteroient leurs occupations journalières pour se livrer à leurs passions du moment ; et les enfans, malheureuses victimes d'un libertinage universel , seroient exposés au hasard , ou abandonnés à la tutelle distraite et superficielle de l'autorité publique. Ils entreroient , ces enfans, dans la carrière du monde et du travail sans aucun appui ; et ce qui seroît plus dangereux , «ans avoir été jamais témoins d'aucun sentiment d'affection : ce seroient des sauvages allaités au milieu des vices d'une société corrompue.

Ainsi le mariage , qui captive autour d'une idée simple et morale, des hommes susceptibles de tant d'écarts à cause de l'ignorance où le défaut de propriété les

rëduît ; le mariage qui les cerne et qui les case , pour ainsi dire , tandis qu'ils seroient si flicilement entraînés à des irruptions dangereuses ; le mariage enfin , qui ramène à des intérêts domestiques et à des sentimens paisibles, des hommes disposés à la violence par le besoin ; le mariage, ne fût-il considéré que sous ce petit nombre de rapports , seroit de toutes les institutions sociales la plus importante à Tordre public. Et en nous occupant en* Gore de cette partie nombreuse de la po^ pulation dont nous venons de parler , seroit-ce en son nom qu'on pourroit re* gretter la fixité des nœuds consacrés par la Religion ? Hélas ! c'est à grand'peine que dans les rangs de la société où Ton vit de son travail , et de son travail jour^ nalier, on peut s'assurer d'un appui , d'un allié, pour toutes les époques delà vie , pour le tems des adversités , pour le tems des maladies , pour le tems de la vieillesse ; et il ne faut pas moins qu'une longue habitude , et les idées de devoir ^ pour entretenir des rapports continuels

entre deux êtres étrangers par leur éducation, aux goûts , aux attraits de Tesprit ; étrangers encore par leur rude simplicité, à ces manières et à ces délicatesses qui préparent Fart de plaire , le cultivent et le perpétuent. Ah ! qu'ils ont besoin , dans leur étroite situation et dans leur vie égale et monotone , qu'ils ont besoin de Tinstitution du mariage, institution ingénieuse autant que bienfaisante, et qui, au sein de la misère , leur assure encore un ami. Oui , c'est à eux particulièrement que semblent adressées Fidée et les paroles de Moïse : Et l' Eternel Dieu avoit dit : Il n'est pas bon que VHomme soit seul ^ je lui ferai un être semblable à lui.

Aucune des ressources, comme aucune des inquiétudes de Fimagination , n'appartiennent habituellement aux dernières classes du peuple; mais, à la faveur d'une liaison intime et scellée par la Religion , les heures de travail qui remplissent leur vie , les rappellent à un même sentiment, ou au souvenir du moins d'un intérêt uni-

que, toujours commun, toujours indivisible.

Il vous faut davantage , à vous dont les facultés morales ont été multipliées par réducation ; à vous qui avez reçu d'elle tant de germes d'idées , et qui avez pu les cultiver au milieu de la fortune et de ses loisirs. Le spectacle du monde s'est agrandi , s'est varié pour vous ; et de nouvelles p^spectives vous inspirant de nouveaux goûts, vos affections se sont ressenties du mouvement continuel de votre imagination. Vous avez aussi plus d'un intérêt ; car votre amour-propre exalté cherche par-tout les jouissances qui naissent de la louange ; et comme il est hors de votre pouvoir de les fixer, vous étudiez leur cours , vous observez leur succession, et vous vous ménagez, pour tous les âges , des prétentions différentes. Cependant , avec cette disposition d'esprit , avec ce besoin de l'opinion des autres , avec cette passion de faire effet ou dans le inonde ou dans la société , que reste-t-il

3e libre en soi et qu on puisse donner aux devoirs paisibles de la vie domestique? Rien, presque rien. On s'effraie au contraire de Tuniforniité d'une même alliance ; on se sent blessé par tous les liens : et comme vous ne pouvez trouver, vous un époux , vous une compagne, qui soit en rapport continuel avec la mobilité de vos goûts , avec la diversité de vos intérêts , et quelquefois avec la transition subite des passions les plus opposées , vous dirigez votre impatience contre le mariage et contre ses institutions. Vous vous en prenez à Tami que la destinée vous a donné , des caprices de votre humeur , des torts de votre caractère , de l'imperfection des choses humaines ; et vous attribuez toutes ces contrariétés à la fixité des nœuds que vous avez contractés :

voilà le tableau de vos inquiétudes.

Eh bien , emportés par votre imagination, vous les brisez ces nœuds cjui vous importunent , et vous en formez de nouveaux. Epoux inconstans , étes-vous plus heureux ? Vous vous taisez ; car votre

situation présente est votre ouvrage , et vous ne voulez pas vous accuser vousmêmes ; mais nous rapprenons , Tunion que vous avez rompue se présente à votre souvenir , et vous éprouvez qu'il est un dévouement dont un premier choix , un premier lien , sont seuls les garans. Oui , le doute a suivi votre aveugle espérance , et déjà vous craignez d'avoir mal fait ; vous , en quittant Tépoux à qui vous aviez promis d'être fidelle ; vous , en délaissant une compagne que vous aviez juré de défendre et de protéger, et qui ne trouvera peut-être aucun autre appui. Et si des enfans ne voyoient plus ensemble les auteurs de leurs jours ; s'ils perdoient de bonne heure l'exemple , de tous le plus instructif, Tamitié cimentée par la vertu ; et si , pour s'expliquer à eux-mêmes une séparation qu'ils ne voient point ailleurs, ils étoient entraînés à s'ériger en juges des fautes de leur mère ou des torts de leur père ; si de crainte encore de blesser Tun ou l'autre de leurs protecteurs , ces tendres enfans se çroyoient obligés de

calculer ,

(55) calculer, de mesurer leurs caresses ; enfin, s'ils avoient les combats et les incertitudes de Tesprit , dans l'âge où il ne faut obéir qu'à la nature , un tel spectacle offriroit à des parens , à deux êtres sensibles , la plus déchirante leçon , et un sujet conti^ nuel de regrets ou d'anxiété.

Ah ! qu'il leur seroit difficile, avec ces regrets , ces combats , ces regards en arrière ; qu'il leur seroit difficile de trouver dans un nouvel hymen une parfaite paix ! Cette inquiète imagination que vous n'avez pu régler, et qui vous a montré le bonheur hors du cercle de vos devoirs, qui vous l'a garanti peut-être au moment de son délire , sera-t-elle pour vous seul fidelle à ses engagemens ? Vous recherchez unaçcord , une sympathie, qui remplissent l'objet de vos vœux ; mais , après avoir renoncé librement aux droits que vous teniez de la reconnoissance , de l'habitude et de la Religion ; après avoir perdu , peut - être , l'appui de la faveur publique et la considération qu'elle donne , aurez-vous plus de moyens pour atteindre //. 3

à la chance heureuse , à la chance par* faite dont vous avez Tidëe, et que vous vous voudriez obtenir ?

Vous dites cependant , vous dites avec vérité : Lorsque nous avons donné notre foi , lorsque nous nous sommes engagés sous les lois d'une longue union , et que nous y avons consacré notre obéissance , nous étions sans expérience , sans aucune connoissance des hommes et du monde ; et la volonté de nos païens , ou d'autres circonstances étrangères à notre inclination , ont fixé notre destinée.

Sans doute , vous aurez souvent le droit de tenir ce langage , vous sur-tout , sexe timide, sexe foible et commandé , et que les habitudes sociales appellent de si bonne heure à contracter des engagemens : cef)endant vous jouiriez d'une liberté parfaite , d'une liberté même égale à l'essor de votre imagination , qu'en préparant votre sort à venir, en formant une alliance pour la vie , vous ne seriez pas à l'abri d'une erreur dan-

gereuse. Vous feriez votre choix aveO indépendance ; maïs vous le feriez aux premiers jours de votre jeunesse , et dans rage où des illusions ont souvent plus d'empire que la sagesse. Vous vous examineriez vous-mêmes ; mais ce seroit sans défiance et sur-tout sans rigueur ; et le juge, disposé à se tromper, prendroit aisément pour un goût réfléchi la surprise de Finnocence ou la séduction d'un premier penchant. Ne le savons-nous pas ; il est un moment de la vie où les qualités les plus essentielles au bonheur domestique échappent à notre attention ; où la solidité des principes , la pureté des mœurs , Texcellence du caractère , paroissent des qualités abstraites et presque sans rapport avec les premiers intérêts dont nous sommes animés ; où la vraie sensibilité même est méconnue , et où Ton donne ce nom , ce beau nom , aux légères émotions qui naissent du désir de plaire.

Les jeunes gens , les jeunes gens de Tun et de Tautre sexe , se tromperoient

donc s'ils croyoient que les regards , les conseils , d'un père et d'une mère, leur fussent inutiles dans la plus importante détermination de leur vie. Livres entièrement à eux-mcmes , ils seroient beaucoup plus exposés à des repentirs ou à des regrets. Ils secoueroient même aveuglément toute espèce d'autorité , toute espèce de tutelle, que leurs vœux seroient encore soumis à des contrariétés, à des gènes inévitables.

Une seule observation , mais générale , rendra cette vérité sensible. Il y a égalité de nombre entre les individus des deux sexes : tel est Tordre de la nature ; et par une conséquence immédiate , tous ces individus, dans leurs choix mutuels , ne peuvent exercer qu'une liberté limitée. Leur état , leur fortune , et d'autres circonstances , resserrent leurs vues dans un espace fixe ; et cet espace, plus ou moins étendu selon la nature des avantages dont on jouit, est, pour les plus heureux , infiniment circonscrit.

C'est ainsi que dans aucune position s.

( 57 ) de la vîe rien ne satisfait pleinement nos vagues espérances ; et Ton se troniperoit encore si l'on imaginoit que Tharmonie du mariage fût le résultat nécessaire d'une première détermination. Dieu n'a pas voulu qu'un seul jour fît notre destinée; il n'a pas voulu /|ue notre raison , nos vertus , nos facultés , continuellement perfectibles , fussent un instant inutiles à notre bonheur sur la terre. Vous donc que le ciel appelle à con?tracter le plus sérieux des engagemens ; vous qiM , sous le scea;u des lois et de la Religion , allez for^iier des nœuds d'où votre sort peut dépendre , ayez présens à l'esprit et vos nouveaux devoirs et vos nouveaux intérêts. Vous ne croirez pas qu'après avoir donné votre foi , après avoir reçu Iqt promesse d'un dévouement absolu , vous soyez dispensés de songer mutuellement à vous plaire. L'amour a son aiitorité , et son autorité souveraine ; mais il ne peut la conserver s'il oublie ses obligations et se fie uniquement à sa puissance.

Vous cultiverez donc le sentiment qui doit faire votre bonheur ; vous le cultiverez, vous ëpoux généreux, en ne négligeant aucun des égards propres à tempérer Tautorité que la loi vous donne; vous époux généreux , en vous souvenant que Tamie unie à votre sort, quitta , pour votre protection , la protection paternelle ; qu'elle sortit de la maison tutélaire où Ton ne songeoit qu à Taimer , qu'elle en sortit pour se donner à vous ; cju'un père , fier peut-être d'un nom qu'il avoit honoré, lui permit d'y renoncer pour se glorifier du vôtre ; et qu'une mère en larmes vous remit, vous remit pour toujours , le dépôt le plus cher à son cœur. Vous le cultiverez aussi ce sentiment qui doit faire votre bonheur , vous épouse fidelle , en répandant le calme dans Tame de votre ami , de votre défenseur , et en lui assurant un doux asile au sein de ses foyers , lorsqu'il y revient l'esprit encore inquiet des débats du monde auxquels il est forcé de se livrer. Vous étudierez réciproquement

VOS goûts , votre caractère , et vous vous accoutumerez en aimant à trouver du plaisir dans vos sacrifices ; et si Tun de vous découvre à Tautre quelque foiblesse, loin de s en promettre aucun triomphe , il accourra comme à une occasion d'être en aide à son allié fidèle, au compagnon de sa vie.

Ah ! combien les sentimens d'une ame tendre s animent et se fortifient par une succession continuelle de besoins et de services. Les prévenances mutuelles , les attentions réciproques, forment seules ees liaisons durables qu'aucune habitude , aucun âge n'affoiblissent ; et vous ne connoissez pas les plus douces jouissances , vous qui , tout entiers encore à vous-mêmes, n'appréciez dans l'amour que le despotisme de la jeunesse et les rapides effets de votre impérieux ascendant. Il faut un autre bonheur à deux êtres également sensibles, à deux êtres qui se sont unis et pour le tems dont ils ont ridée , et pour cet avenir qu'une ardente espérance semble leur rendra

présent. Venez à eux, Religion sainte, afin de soutenir leurs pas dans la carrière où ils marchent ensemble , et où, selon vos lois, ils ne se quitteront point Ils ne demandent rien au monde , rien à ses vanités ou à ses pompes ; leur amitié , leur tendre amitié suffit à leurs vœux ; elle remplit leur ame et en défend Fabord aux vaines inquiétudes. Une seule pensée les épouvante , une seule les glace d'effroi : la Puissance qui règle nos destinées , cette Puissance irrésistible , a marqué le moment de leur séparation ; Tun d'eux s'en ira , et laissera rautrë isolé sur la terre ; Tun d'eux disparoitra , et l'autre n'aura plus la conscience de sa propre vie, ou il ne l'aura que par se& larmes et par ses douleurs. Hélas ! ils le savent ; la mort , du fond des tombeaux , appelle au hasard ses victimes;

la mort, la terrible mort O Dieu !

seroit-ce nous qui pourrions leur donner 4u courage ? seroit-ce nous qui pourrions les consoler ; seroit-ce nous qui le pourrions , de notre voix tremblante et de

notre puissance abattue ? Ah ! nous invoquerons pour eux votre compassion , ô mon Dieu ! nous vous demanderons d'entretenir dans leur cœur la religieuse espérance qui paroît le sceau de toutes les autres ; nous vous demanderons de vous laisser voir à eux par la foi , et de prêter une nouvelle force à leur piété , au seul sentiment qui abonde en consolations , au seul qui se projette dans Tëternel avenir ; et je leur dirai de plus , je leur dirai : Aimez, aimez encore Tami que vous avez perdu ; entrez en communication avec lui et par vos souvenirs et par vos regrets ; suivez -le de vos regards dans ces demeures célestes dont la mort n'approche plus : vous êtes sous la protection du Maître des tems , de celui qui a dit : Je ne "veux pas que l Homme soit seul. Ah ! ce n'est pas pour un moment, pour des jours passagers, cjue cette grande pensée a été conçue.

Laissons , laissons faire à notre Dieu ; il nous rendra ce qu'il nous a donné , ce cju'il nous a repris , ce quil veut nous

donner encore. Et vous, ange du cîel, qui n'êtes plus sur la terre, vous de qui }'ai appris toutes ces choses , c'est à votre intervention que je dois d'avoir pu les retracer sans fléchir sous le poids de mes souvenirs. Vous avez aimé le troupeau à qui je m'adresse ; et sa reconnoissance Kie laisse croire que je puis rappeler ici vos vertus comme au sein de votre famille. O Dieu ! vous pardonnez ce langage ; vous pardonnez les larmes qu'excitent de tendres regrets : elles attestent le bonheur que vous nous avez fait connoître , et deviennent sous ce rapport un symbole de reconnoissance. Ah ! n'ea doutons point : les épanchemens d'une ame sensible sont un hommage à l'Etre suprême. I/amour et la vertu , voilà nos liens avec lui; l'amour et la vertu , voilà nos liens sur la terre. Unissez donc ,. Fidèles, unissez constamment vos devoirs a vos sentimens; et si l'Eternel avoit retiré vers lui Tobjet de vos affections ,. s'il tenoit ainsi dans ses mains le gage visible de votre bonheur , redoublez dVf«

forts pour lui plaire ; redoublez d'efforts pour mériter sa bonté , et pour être en ëtat de lui offrir un jour, avec espérance, le compte de vos voies et le tribut de votre vie.

TortO'^flr'l oh îîo

^iobîj.

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