DISCOURS IL
Devoirs ens^ers V enfance.
Voici , les Enfans sont un héritage de l'Eternel. Pseaume 126 , f* 5.
Ou'elle est belle , qu'elle est consolante cette Religion sainte qui unit continuellement les plus doux sentimens de nos cœurs à Tidëe d'un Etre suprême ; idée conservatrice et tutélaire ; idée précieuse sur-tout à Thomme qui a placé par Tamour son existence hors de lui-même ! Ah ! sans doute , nous avons le besoin de croire à une protection , de chercher un gardien , au moment où nous éprouvons les délices de Taffection paternelle ; au moment où nous élevons à la vie et au bonheur les enfans qui doivent nous perpétuer sur la terre. Hélas ! ils ne nous comprennent pas encore , lorsque nous prononçons avec émotion ces religieuses paroles : Voici , les enfans sont un
(45) héritage de F Eternel, Etres chérîs, ëtran* gers encore à vous-mêmes , et les gages précieux d'un amour pur et fidèle , vous nous avertissez par vos tendres regards et par vos innocentes caresses , que nous sommes tout pour vous ; et cependant nous ne pouvons rien en votre faveur , rien à F égal du moins de nos vœux , sans le secours immédiat d'une providence supérieure.
Nous sommes ardens à aimer, mais foibles pour défendre les objets de notre prédilection ; et en éprouvant le besoin d'une assistance , nous adressons des prières à l'Etre suprême , et nous le reconnoissons au fond de notre cœur comme le seul garant des biens qui nous attachent à la vie.
Nous élevons nos regards vers le ciel ; nous y cherchons l'aveu de nos sentimens , nous y cherchons la confiance que les choses de la terre nous offrent imparfaitement ; et nous aspirons à trouver un accord entre nos affections et la foi sublime qui peut seule écarter de notre
pensée Teffrayante image de la destruction»
Ah ! sans doute , elles doivent être précieuses à un cœur paternel ; elles doivent y retentir ^ ces paroles de notre texte : Koldj les en/ans sont un héritage de TEterneL Et vous qui acquérez , au prix des plus vives douleurs , le bonheur et la gloire d'être mères ; vous aussi , vous surtout 9 jouissez de ces mémorables paroles.' Oui , dites - vous , répétez - vous avec larmes, et pourtant avec ostentation :
Voici , les en/ans sont un héritage de ïEterneL
Nous examinerons, en méditant les paroles de notre texte , Tobligation qu'elles nous imposent, les espérances quelles nous offrent.
hes en/ans sont un héritage de V Eternel, Vous devez donc , pères et mères, les rendre dignes par vos soins de leur grande distinction.
Ees en/ans sont un héritage de r Eternel, Vous devez songer avec atten-
(47) drîssement qu ils acquièrent en naissant un gardien et un protecteur ; qu'ils sont inscrits, dès leur bas âge, sur ce livre de vie dont nous parcourons les premiers feuillets durant notre séjour sur la terre.
Nous le savons tous : il y a plusieurs degrés de fortune dans Tordre social ; et, par une conséquence naturelle , divers genres d'éducation. On n'a pas besoin d'exciter les hommes riches à multiplier pour leurs enfans les leçons favorables au développement de leurs esprit, de leurs grâces et de leurs talens. Placés par leur fortune sur cette partie du théâtre du monde où l'on est en spectacle , où Ton jouit des plaisirs de la vanité, ils aiment à joindre à toutes leurs somptuosités Téclat des héritiers de leur nom. Guidés par cet esprit , ils préparent leurs enfans à jouer un rôle ; ils les modèlent sur les opinions régnantes ; et les semences de morale sont jetées dans leur cœur avec indifférence. On loue ces petits êtres , encore accessibles à toutes les impressions ;
on les loue à la première apparition d'un peu d'esprit, à la première lueur d'un talent précoce ; et on les forme ainsi de bonne heure à Famour-propre et au désir de paroitre.
Hélas ! il est trop vrai que les parens §ont souvent complices des prétentions ardentes de leurs enfans et des passions dangereuses qui en sont la suite. Cest à des instituteurs ^ qu'on abandonne le soin de placer dans un cours d'instruction quelques préceptes de morale et de Religion ; et ce sont des hommes engagés pour un tems passager, qui ont, dans une famille , le département de FEternité.
Aussi quand on considère ce genre d'éducation , on seroit fondé à mettre en doute , si , aux regards de la plupart des pères , il est un autre but désirable , une autre ambition de prix, que la gloire du monde ; que cette gloire même , divisée et subdivisée dans ses plus petites ramifications, et réduite alors aux légers applaudissemens qu'on obtient dans un cercle ou dans une coterie. Ne nous étonnons
pas
pas si les belles paroles du Psalmiste ^ Voici , les enfans sont un héritage de V Eternel^ si ces belles paroles n ont aucun rapport avec nos opinions et avec nos mœurs.
Vous serez punis les premiers de votre faux calcul , pères orgueilleux , mères aveugles ; car les convoitises que vous aurez inspirées à vos enfans, et que vous n aurez tempérées par aucune instruction de morale et de Religion , ne tarderont pas à les éloigner de vous. Il y a tant d'intérêts opposés entre les divers âges de la vie , les goûts du jeune homme et du vieillard ont si peu de rapports , leurs perspectives sont si différentes , que les idées de devoir deviennent absolument nécessaires pour captiver le respect filial , et pour ramener les enfans à un sentiment dont toutes leurs passions les éloignent.
Et avez- vous soin du bonheur même de vos enfans , lorsque , les armant uniquement pour la lutte des vanités, vous ne leur donnez aucune égide contre euxmêmes ; lorsque vous ne les élevez à
( 5o ) aucune de ces pensées qui leur seront nécessaires dans la solitude , et qui leur apprendront à supporter avec résignation , et peut-élre avec dignité , les disgrâces de la vie ? Vous voudriez que vos représentanset vos successeurs obtinssent tout par la conquête et par la domination : mais de tels succès n'appartiennent à personne ; et , dans le tumulte des sociétés , nul esprit ne peut vaincre indifféremment tous les obstacles , nulle fortune ne peut braver le cours incertain des événemens ; et nous connoissons tous , ces revers que Tart des plus habiles, la main des plus heureux , essaient en vain d'écarter. Ah ! de quelle utilité ne seroient pas à vos enfans cette morale et cette piété dont vous négligez de jeter dans leurs cœurs les fécondes semences. La morale est pour les yeux çlair-voyans la sagesse éprouvée , la prudence d'élite ; la piété, le meilleur des refuges dans le tems d'infortune et dans les jours de défaite.
Notre attention s'est arrêtée jusqu'à
présent sur cette classe de la société accueillie par la fortune, et où les parens sont comptables de l'éducation de leurs enfans. Ils le sont , et ils doivent Tctre, parce qu'ils réunissent entre leurs mains les moyens nécessaires pour assurer et prolonger cette éducation. Ils ont des propriétés , ils ont des revenus , et ils ne sont pas obligés à des travaux corporels , à ces travaux commandés par la nécessité , et qui détournent de toute espèce d'instruction.
Près de cette classe privilégiée de la société , il en est une autre plus nombreuse, et où les enfans ne reçoivent, ne peuvent recevoir , aucune éducation de la part des auteurs de leurs jours. On y vit d'un salaire modique et qui ne permet aucune épargne , et l'on épie le premier développement des forces des nouveaux-nés pour recouvrer par leur travail le prix de leur subsistance.
Que ferons-nous pour ces enfans , qui sont aussi un héritage de l^ Eternel ? que ferons-nous, au moins pour les instruire,
au nom de la Religion, de leur predeuit apanage ? C'est à vous , magistrats suprêmes , à vous tous , les dépositaires de Tautoritë souveraine, qu'un si justedevoir est imposé. Les enfans des hommes dënuës de fortune , réclament de vous une éducation première, une éducation morale et religieuse , au même titre et avec plus de force encore que les malades et les vieillards sans ressources réclament de vous des secours\
Ce sont deux dettes des Etats politiques , deux dettes également respectables ; et on peut les considérer comme une condition tacite du droit d'héritage, comme une condition tacite de la transmission libre des propriétés : idée particulière , et que nous avons développée dans un de nos discours précédens , en méditant avec vous sur les premiers principes de la charité.
Ainsi Tœil vigilant du Souverain doit se fixer sur les deux extrémités de la vie , afin d'acquitter , au nom de la société , l'obligation qu'elle a contractée en aban-
donnant au hasard , ou en soumettant du moins à un seul mouvement régulateur , la distribution des fortunes.
Rechercherons-nous maintenant le genre d'éducation morale le plus propre et le mieux assorti à tous les enfans indistinctement , et plus particulièrement encore aux enfans nës de parens sans fortune ? Nous reconnoîtrons facilement y guidés par un petit nombre de réflexions , que les idées religieuses doivent former Tessence de cette éducation.
Et , en effet, si Ton ne vouloit employer que des raisonnemens abstraits au soutien de la morale et à Tappui de ses instructions , il n'y auroit rien à dire àFenfance, car, à cet âge , on ne pourroit saisir , on ne pourroit entendre , la- longue suite de déductions à laquelle il faudroit recourir pour montrer la liaison directe ou indirecte de la morale avec Fintérét public, et de fintérét public avec f intérêt personnel : c'est tout au plus à Tépoque où rintelligence est formée , où fesprit de
rhomme est dans sa vigueur, que Ton peut espdrer de développer avec succès cette grande chaîne d'idées.
Si donc on ne vouloit agir et persuader qu'à Taide d'un moyen si compliqué , on laisseroit vides , pour Tinstruction la plus essentielle , les quinze premières années de la vie ; et Ton renonceroit ainsi , nonseulement à la morale de la jeunesse , mais encore aux longs et heureux effets des opinions d'habitude.
Ce seroit donc une faute essentielle que de se refuser à entrer dans le cœur des enfans avec toute Tautorilé , avec tout le cortège de l'imagination ; que de se refuser à pénétrer ce cœur encore neuf et sensible , ce cœur de toutes parts ouvert, de se refuser à le pénétrer des idées religieuses , de celles du moins qui peuvent s'unir à la grandeur et aux perfections d'un Etre suprême , d'un Dieu le maître et l'ordonnateur du monde, d'un Dieu rémunérateur et vengeur, d'un Dieu qui , par sa puissance , assiste à toutes nos actions , à toutes nos pensées , et qui
ëclaîre d'un rayon de sa resplendissante lumière les refuges obscurs et les détours secrets de notre conscience.
Et que penserons-nous encore , si, nous resserrant dans une seule classe de la société , nous appliquons ces dernière^ réflexions à tous les enfans nés de parens sans fortune ? Nous verrons que leur éducation étant nécessairement circonscrite dans un petit espace de tems , une instruction morale , séparée des idées et des images religieuses , seroit pour eux absolument perdue. Et au contraire, à l'aide de ces idées et de ces images , ils pourront se livrer de bonne heure aux travaux corporels ; s y livrer en entier, et conserver néanmoins , d'une éducation rapide et passagère , des notions , des principes qui se convertiront pour eux en une sorte d'instinct; et cet instinct , entretenu par le culte public, leur servira de guide. Oui , dépourvus de science , distraits par le besoin, distraits par l'infortune , ils pourront encore dire avec le Psalmiste : O Etemel ! ta parole est une lampe a
mes pieds et une lumière dans m.on sentier.
Vous donc qui pouvez le^s faire jouir de cette précieuse lumière ; vous qui leur devez une éducation , vous qui la devez au nom de Tintérét commun, au nom de la patrie , au nom des conventions tacites dont Tesprit social est forme ; vous enfin , les souverains interprètes de tous les droits , acquittez soigneusement la plus importante de vos obligations ; et que des ëtablissemens publics , sagement constitués , assurent à tous les enfans des instructions élémentaires de morale et de Religion.
Votre indifférence vous rendroit un jour responsables des égaremens que vous seriez forcés de punir; votre conscience au moins seroit effrayée du reproche que pourroit vous adresser un jeune homme traduit devant un tribunal criminel ; un jeune homme près de subir une condamnation rigoureuse. Que pourriez-vous répondre en effet, s'il disoit : Je n'ai jamais été formé à la vertu par aucune leçon |
(57) j'aî été dévoué à des travaux mercenaires ; j'ai ëté lancé dans le monde avant qu on eut grave dans mon cœur ou dans mon souvenir un seul principe de conduite : on m'a parlé de liberté, d'égalité, jamais de mes devoirs envers les autres , jamais de l'autorité religieuse qui m'auroit soumis à ces devoirs ; on m'a laissé l'enfant de la nature , et l'on veut me juger par des lois que le génie social a composées : non , ce n'étoit pas avec une sentence de mort qu'il falloit m'enseigner les obligations de la vie ? Tel est le langage terrible que pourroit tenir un jeune homme en entendant sa condamnation ; tel est le langage qu'il pourroit tenir dans un pays où aucune éducation publique , aucune éducation morale et religieuse ne seroit établie.
Sans doute , la vengeance publique est aussi un grand avertissement ; mais elle doit former le complément de la politique sociale , et non son commencement , et non son unique ressource. C'est , pour ainsi dire , en larmes et en habits de deuil,
que les chefs d'un Etat doivent recourir aux punitions solennelles ; ils doivent regretter avec amertume que leurs soins pour r éducation publique niaient pas été suflisans : mais si ces soins n'avoient pas existé, si Ton avoit cru pouvoir s en passer ou les réduire à de simples raisonnemens dégagés des idées religieuses, quel reproche le législateur n'auroit-il pas à se faire 1 L'épouvantable idée , si jamais elle étoit conçue , que de vouloir donner à une nation le glaive du bourreau pour unique éveil , et féchafaud sanglant élevé sur les places publiques , pour seule tribune d'enseignement , pour unique chaire de mo^ raie 1 Non , non , il faut instruire les enfans de bonne heure, et tandis que, par leur innocence , ils sont encore l' héritage de l'Eternel.
Ne dites point que les idées religieuses sont trop hautes , trop sublimes , pour être d aucun usage dans nos premières années. Sans doute , si Ton vouloit donner aux enfans des leçons de métaphysique transcendante , on se placeroit hors de l'atteinte
(59) de leur esprit : mais les vérités religieuses propres à pénétrer leur ame d'un saint respect pour TEtre suprême , sont les plus simples de toutes ; et c est là une des merveilles du monde. La chaîne qui lie le ciel à la terre , la créature au Créateur y et l'existence connue à Texistence infinie , cette chaîne immense semble commencer pour nous par des anneaux dont la foible main des enfans peut se saisir ; et Ton doit admirer à chaque instant comment tout est vaste et compliqué pour la science orgueilleuse, comment tout est simple pour le bonheur.
Le rapport de notre nature avec la foi religieuse se manifeste dès Tenfance, et peut-être avec des traits plus distincts que dans tout autre âge. Le besoin d'appui , le sentiment de notre insuffisance , l'empressement à recevoir les idées de protection inconnue et de sauve - garde suprême ; toutes ces dispositions dont notre premier instinct se compose, sont autant d'hommages secrets rendus à la providence. Aucun effort n'est donc nécessaire
pour attacher les enfans à la Religion ; Tarbuste qui, par une loi primitive, se tourne vers le soleil, est un symbole deleuF organisation morale.
Parlons -leur de bonne heure, et avec respect, d'un Dieu qui gouverne le monde; et que nos premiers enseignemens les aident à en recueillir de nouveaux à chaque pas c|u'ils feront dans la carrière de la vie : ils retrouveront par-tout la représentation des premières vérités dont nous aurons frappé leur entendement. L'apparition de Fastre du jour leur annoncera la grandeur et la bienfaisance d'un Etre suprême ; et Taspect de la terre au moment où un voile ténébreux vient la couvrir , leur donnera Tidée de Tabandon où ils seroient réduits , si un Dieu plein de bonté ne renouveloit pas sans cesse les miracles de sa puissance. Enfin, le cours des saisons et toutes les beautés éclatantes de la nature , entretiendront en eux un sentiment de reconnoissance et d'adoration , pourvu que nous ayons préparé leur cœur aux impressions douces, dans
(6i) Tàge oii les plus légères semences prennent racine. Ah ! combien est aisée une éducation religieuse , près de nos besoins et de notre foiblesse , et au milieu des majestueux phénomènes dont nous sommes environnes.
Sans doute, il faut que cette auguste tâche soit confiée à des hommes dignes de la remplir , à des hommes pénétrés de l'importance de leur mission ; et il s'en présentera, lorsque le prix d'une éducation morale et religieuse sera généralement senti , et lorsque les ministres de cette éducation seront honorés. Il est indispensable sur-tout, que les magistrats et les chefs de l'Etat se montrent persuadés des rapports de la Religion avec la morale , de la morale avec la politique ; de leur étroite union , et du soutien que ces CO" lonnes sociales se prêtent mutuellement./
Il est , je crois , des personnes d'une ame assez élevée , d'une conscience assez fière et assez indépendante , pour se livrer aux devoirs de l'éducation publique, sans demander aucune récompense àl'opinion:
maïs de tels êtres sont rares ; et comme il faut au milieu d'une grande population un nombre considérable d'instituteurs, si les chefs de TEtat laissent tomber la monnoie de Testime et de la considération , il n y aura plus d'éducation publique, ou elle existera sans émulation et sans vie.
C'est donc le commencement de tout , que de croire à Timportance de la morale religieuse ; car jamais on ne peut mettre en action , et en action vigoureuse , ce qu'on n'a pas dans le cœur et dans la pensée. Ah ! vous qui seriez encore en doute , en étudiant un si grave sujet , hâtez-vous d'embrasser une opinion nécessaire , et n'attendez pas que la génératioti nouvelle vous présente le spectacle d'une jeunesse sans frein , sans retenue , et livrée également à la licence des principes et au libertinage des mœurs. Vous aurez jeté les rênes sur les coursiers, et vous ne pourrez les reprendre quand vous le voudrez. Vous multiplierez les lois , les punitions ; vous serrerez de toutes parts les nœuds du
despotisme; et des essaims d'indépendans, des recrues successives d'écoliers affranchis et de petits philosophes personnels échapperont à vos efforts répressifs.
Vous donc qui avez la charge ^u gouvernement , facilitez votre œuvre en veillant avec intérêt à la culture de Fesprit et du caractère des enfans. Faites qu'ils reçoivent une bonne éducation avant l'époque où les inclinations se fixent ; faites que des principes de morale et de Religion , gravés ou empreints dans leur cœur , les mettent dans le sens des lois , les préparent aux vertus sociales.
N'en doutons point , c'est une éducation de ce genre , qui , en adoucissant les mœurs , en nous imposant une règle dès nos premiers pas dans la vie , établit ainsi une proportion entre la force limitée des gouvernemens et la puissance des individus soumis en si grand nombre à une seule autorité. Oui , la morale religieuse înène les enfans au-devant des idées d'ordre et de subordination, au-devant des idées qui permettent aux gardiens de la
sûreté publique d'exercer leurs fonctîoM suprêmes sans effort , sans violence et sans tyrannie.
Que tous les hommes cependant 7 tous^ les pères de famille, riches ou pauvres , distingués ou non dans Tordre social par des rangs ou des primautés , que tous se souviennent de Tinfluence d'un long exemple sur la conduite et le caractère des enfans. Cest une leçon de morale imposante , que le spectacle des vertus d'un père, des vertus d'une mère, et de l'amitié sainte dont ces vertus ont formé le lien, Et en général , l'exemple , cet enseignement en tableau , est plus sûrement persuasif, plus efficace que les paroles.
Les enfans n'imitent pas nécessairement les modèles placés devant leurs yeux ; mais lorsque ces modèles leur ont été présentés de bonne heure et sans interruption , lorsqu'une habitude de respect s'est unie à leurs premiers sentimens , lorsqu'ils ont respiré dans la maison paternelle comme une atmosphère de moralité , il est rare que ces impressions
ne
ne modifient leur ame , ne leur transmettent un instinct d'honnêteté , un instinct qui devient leur guide fidèle , ou qui reprend son autorité , même après les combats , même après les victoires momentanées des passions.
Heureux , heureux les pères qui trouvant da.ns leurs enfaus une ame candide , des affections pures et des dispositions généreuses , peuvent les guider sans effort et sans des admonitions continuelles..
Laissez alors, laissez s'élever de lui-même ce beau jet d'une heureuse nature ; et n y portez la main qu'avec délicatesse. ^
Pères et mères, qu'il nous est doux de ramener ainsi votre attention vers les belles paroles de notre texte : Voici ^ les enfarvs sont un héritage de VEterneL\ Ah ! qu'un beau motif, indépendant des choses humaines , qu'un superbe encouragement vous est présenté : Voici ^ les en/ans sont un héritage de l Eternel ! Eveillez-vous à ces paroles de consolation : hesenfans sont un héritage de f Eternel. IL 5
Oui , les enfans , vos enfans , appartiennent au Seigneur ; il regarde des cieux leur tendre innocence , et il les aime comme un ouvrage de ises mains qu'aucun vice , qu'aucune pensde impure , n'ont «ouille.
11^ nous seroîent étrangers ces enfans , que nous devrions les chérir ; puisque leur sérénité , leur douce joie en entrant dans la vie , nous est un gage des intentions bienfaisantes du souverain Auteur de notre existence. L'homme fait semble avpir mis la main à sa fortune ; et ce qu'il est se ressent de Timperfection de l'ouvrier : mais l'enfance nous présente ce premier trait du Créateur , auquel notre aveugle ambition n'a point encore touché, P charmes du jeune âge ! que mettronsnous en parallèle ^vçç vous ? la nature aeule, la nature dans sa beauté naissante; la nature , lorsque les brillantes fleurs du printems viennent parer la terre, viennent former l'émail de nos prairies.
C'est pour nous coiifiioler d'être éloignés de l'époque ou .,nQti:e enfance recevant
(67) îmmédUtement les dons du Créateur sembloit si près de lui , que Dieu nous accorda Tespërance religieuse ; cette première espérance qui nous montre en perspective le tems où nous retournerons à TEtre des êtres , à notre père céleste. , 1
L'enfance, différemment douée, n'a pas besoin de regarder Tavenir ; elle est toute entière à la félicité qui lui a été composée ; et son imagination , comble pour ainsi dire , ne pourroit accepter une jouissance de plus. L'enfance, on le croiroit, Taimable enfance est encore soua les ailes de Tange qui Fa conduite sur la terre. Hélas ! cet ange protecteur la quittera comme il nous a quittés ; il la quittera à l'heure où notre raison demandera d'entrer en autorité ; à l'heure où , seloa les lois de notre destinée , nous devons nous essayer seuls dans le combat que nos passions nous livrent. Mais au milieu de ce grand mystère, il vous suffit, pères çt mères, dereconnoître que les enfans, vos enfans , appartiennent au Seigneur.
Soyez joyeux de cette pensée ; soyez heu-
reux de connoitre , heureux au moins d'espérer , que vous cultivez l héritage de r Eternel, en cédant , en obéissant , aux plus doux mouveniens de votre ame.
Tendres mères , vOus qui êtes appelées les premières au soin de cet héritage, Tamour si passionné que vous ressentez pour vos enfans est un présent du ciel : Vous ne r acquérez par aucune réflexion ; il ne s empara de vous par aucun effort ; et cet amour inné , cet amour qui paroit une essence de notre nature , doit être en votre cœur un germe d'espérance; car il vous avertit que toute la terre est sous la protection d'un pareil amour , de Tamour céleste, de cet amour qui a donné la vie à la race humaine ; de cet amour gratuit et généreux dont le sentiment des pères n'est au milieu de nous qu'une imparfaite image.
Et je vais un moment plus loin : urt attrait impérieux , une sorte d'instinct, BOUS attache aux enfans , à des êtres foibles et craintifs qui cherchent dans nos bras leur a$ile, Qyii sait si , malgré
notre âge , nous ne sommes pas toujours des enfans aux yeux d'un être sans commencement et sans fin ; et des enfans dont il prend pitié , nonobstant leurs folies et leurs ëgaremens.
Nous ne pressons point cette idée ; c'est une lueur , une simple lueur , et nous la réunissons dans notre pensée aux divers rayons qui colorent notre avenir.
O Dieu ! combien , au milieu des obscurités dont nous sommes environnés , il doit nous être doux d'entendre dire :
Koici, les enfans sont un héritage de r Eternel! Hélas ! nous le reconnoissons ; nous n'avons plus leur innocence , nous en avons perdu le mérite et le charme : mais si en ouvrant nos yeux à la lumière, si dès nos premiers pas dans la carrière de la vie , nous avons été votre héritage , ô Eternel ! qu'il nous soit encore permis^ de rappeler ce titre glorieux , ce titre d'ua moment à votre bonté : c'étoit une chartede grâce et de miséricorde ; et en y recou» rant, nous la déposons avec humilité aux pieds du trône de notre souverain Maître*.
(7o) Et vous enfans , foi blés enfans , venez contempler rabaissement de notre orgueil ; c est votre intervention que nous réclamons , et c'est en elle que nous plaçons notre confiance ; venez , et marchez devant nous lorsque nous allons à Tautel de notre Dieu, lorsque nous nous présentons à Feutrée de ses tabernacles. Venez , dans toute votre simplicité; et que la blaûcheurde vos vétemens , ce signe de votre innocence , devienne Tétendard de nos espérances. Oui , les voilà ces enfans qui sont V héritage de V Eternel. Hélas ! nous ne craindrons pointleur témoignage ; ils sont les seuls êtres sur la terre à qui nous n'avons point fait de mal. Vous le direz, enfans, si vous quittez avant nous ce lieu de passage ; vous le direz si vous êtes questionnés au nom de notre grand Juge. Nous sommes de votre race , et nous fumes un jour ce que vous êtes ; mais le monde et ses vanités nous ont changés , et nous ne savons pas si nous sommes encore V héritage de VEterneL O Dieu ! que votre bonté nous tende la
(7» ) maîn ; que votre bonté soit propice à nos timides prières ! Hëlas ! nous ne pouvons plus recouvrer les années que nous avons perdues ; nous ne pouvons plus les transformer en occasions de vous plaire , eri voies d'espérance et de salut : le tems en est passé , il ne reviendra plus ; mais nous vous offrons à genoux nos regrets et nos repentirs. Puissent nos larmes amèrea nous tenir lieu de purification , et nous faire , à vos yeux , des hommes nouveaux ^ afin qu il nous soit permis de suivre ces enfans , ces heureux enfans que vous appelez à vous , afin qu il nous soit permis d'entrer avec eux dans la retraite des élus, et de nous écrier tous ensemble avec une sainte alégresse : Voici , voici les enfans qui furent et qui sont encore l'héritage de r Eternel!