‹ Cours de morale religieuseChapitre 45 sur 54 · DISCOURS PREMIER · texte numérisé non relu

DISCOURS PREMIER

De l'Existence d'un Etre suprême^

Et TEternel dit à Moïse : Je suis celui qui suis,^ Il dit: Tu diras aux Enfans d* Israël, celui qui s* appelle ^Q suis m'a envoyé vers vous. Exode, chap. 3, f, 14.

JLjOrsque nous entreprenons de traiter, le grand, le majestueux sujet empreint fiî fortement dans les belles paroles de notre texte , une première réllexion se /. X.

présente à notre esprit, et nous nous étonnons un moment de voir les hommes ^ cette race dispersée sur Tun des globes innombrables qui remplissent les voûtes célestes , de voir cette peuplade que notre terre entraîne dans son cours , de voir enfin des créatures sans force et sans durée , des créatures qui s'ignorent ellesmêmes, discuter cependant Texistence d'un Dieu suprême , et quelquefois la mettre en doute avec hardiesse. On est effrayé de voir de foibles mortels interroger Tesprit qui les régit ; et du milieu de leur vie , d'un moment , appeler en cause et en jugement les tems et l'éternité. Mais cette raison , dont nous faisons usage dans nos recherches et dans nos méditations , cette raison superbe est un don du ciel, et il nous est permis de la laisser aller où elle peut atteindre. Ah ! n'en doutons point, elle nous rendra respectueux envers la religion ; elle nous retiendra près des autels d'un Dieu unique et suprême ; d'un Dieu l'ordonnateur fiouveraiu de tout ce qui vit, de tout ce qui

existe, de tout ce qui se passe, et sur cette terre, et dans les régions célestes, et dans rimmensité de Tunivers, Développons cette vérité en rapportant nos réflexions aux paroles de notre texte : Alors Dieu dit II Moïse : Je suis celui qui suis. Il dit : Tu diras ainsi aux en/ans d' Israël ^ celui qui s appelle Je suis in a eni^ojé vers vous.

Je suis celui qui suis. Quelle est grande , qu'elle est imposante cette expression , pour nous donner une idée de Tessence du Créateur et du Maître du monde ! C'est comme s'il eût été dit aux enfans d'Israël, et par eux à toute la terre: Aucune définition , aucune image , ne peuvent expliquer à votre esprit, ne peuvent représenter à vos sens un Etre éternel , un Etre infini , qui a mis une distance immense entre lui et le plus haut période de vos facultés morales , entre lui et le dernier terme des recherches et des conquêtes du génie.

Oui , les cieux des cieux sont entre Dieu

et rhomme ; quî pourra les franchir 1 Hëlas ! notre propre intelligence nous ne pouvons IVntendre ; notre volonté est un secret dont nous ne pouvons pénétrer l'organisation; et Tessence de notre liberté est de même hors de notre atteinte. Nos propriétés naturelles, nos quahtés les plus magnifiques , sont déposées en nous sous le sceau de FEternel ; nous ne pouvons lé rompre. Oui , Fhomme médite, Thomme réfléchit ; mais la spiritualité qui forme sa pensée lui est inconnue : il choisit , il délibère, il hésite, il compare, il se résout ; mais il ignore et comment ses pouvoirs sont guidés , et par quels moyens ils se succèdent : enfin Fhomme a une volonté, et ses forces vitales y obéissent ; mais le principe et le développement de ce phénomène sont des secrets pour lui. Et s'il essaie de pénétrer le mystère de son intelligence; s'il essaie de monter, pour ainsi dire, à la cime de son esprit pour observer l'origine et l'action première de la pensée, il éprouve à l'instant sa foiblesse et l'inutilité de ses tentatives. Qn diroit qu'il y a

là , sur les hauteurs de notre empire intellectuel, des gardes qui en défendent rapproche et qui semblent nous dire : Ici sont les premiers symboles de l'essence mystérieuse de la Divinité; Tabord en est interdit aux foibles mortels ; attendez le jour solennel des grandes révélations , Tépoque et le tems où vous serez promus à des connoissances nouvelles.

Cependant , si telle est la consigne immuable qui, au-dedans de nous-mêmes, arrête nos recherches et borne nos conquêtes, comment nous formerions -nous une idée de TEtre suprême ?

Nous ne pouvons le concevoir ce grand ttre , le Dieu unique , le Maître de la nature ; nous ne pouvons le concevoir , nous ne pouvons en parler qu'en empruntant des expressions dont le sens vague dépasse notre pensée. Et en est-il aucune entre ces expressions , en est-il aucune où la majesté paisible de FEternité soit plus fortement empreinte que dans lés paroles de notre texte. « Alors Dieu dit » à Moïse :Je ^uU celui ^ui suis »•

Les siècles se sont écoules depuis répoque sacrée où Moïse instruisoit les Hébreux au nom de T Eternel ; et dans Tintervalle qui sépare cette époque de rage présent, les connoissances se sont étendues , les découvertes se sont multipliées , et avec un tel progrès que le résultat a donné de Torgueil aux enfans des hommes. Ils ont cru , ils croient encore témérairement , qu'aucune vérité ne peut échapper à leurs recherches ; et cependant les paroles de notre texte renferment toute leur science sur l'Etre suprême , et ils ne peuvent rien dire au - delà.

Nous venons toutefois vous entretenir aujourd'hui de cet Être infini, notre Dieu , notre Maître, l'objet de notre culte et de notre premier respect ; nous venons vous retracer les preuves de son existence , et raffermir votre confiance dans une vérité c|ui est ]e commencement de toutes les idées religieuses , le principe de nos devoirs, la source de nos espérances.

Hélas! fut-il jamais une époque où cette

(7) méditation ait paru plus nécessaire , ou elje ait ëté plus appelée par les circonstances et par Tesprit du tems? Exista-t-il jamais une époque où Ton ait éprouvé davantage le besoin de retremper les armes de la foi , et de donner au courage de la piété de nouveaux moyens de défense contre les attaques des ennemis de la Religion , contre la philosophie destructive des uns , et Tindifférence licencieuse des autres ?

Oui, il existe ce Dieu que Tunivers atteste ; il existe, il se montre avec magnificence, et dans la splendeur des cieux et dans les richesses de la terre. Par-tout on voit Tempreinte d'une intelligence suprême; Futilité dans le but. Tordre dans Texécution, Tharmonie dans Tensemble.

Racontez - nous les plus grandes merveilles , vous qui avez su découvrir la marche régulière des globes célestes, vous qui les suivez dans leur cours , vous qui voyez, qui contemplez avec admiration la ponctuelle obéissance de leurs mouvemeus à une loi 3imple et majestueuse-.

Annoncez - nous les plus grandes merveilles, vousqui vous êtes placés, par votre gënîe-, au milieu des astres lumineux dont le firmament étincelle ; au milieu de ces soleils innombrables qui servent à éclairer des sphères planétaires, à diriger leur rotation étales rendre habitables, à éclairer par-tout des êtres animés , des êtres sensibles , et plus sages , peut - être , plus reconnoissans que nous. Annoncez encore les plus grandes merveilles , vous qui, par des calculs astronomiques , les uns positifs, les autres conjecturais, nous présentez comme vraisemblable Texistence de cinq cent millions de masses terrestres parcourant dans une orbite elliptique la vaste étendue de notre système solaire *, et qui nous montrez ainsi le rapport de cet immense espace avec la multiplication des êtres , avec ce but si superbe et si généreux. Annoncez enfin les plus grandes

* Voir le Système du monde , ouvrage do Lambert , publié par Mérian. C'est à la partie dô ce Système relative aux comètçs, qu'on appliqua ici le mot de conjecuiraU

merveilles ] vous qui j secourus par de nouveaux instrumens, avez déjà reconnu d'unemanière certaine, etdansune petite portion du firmament, cent seize mille étoiles fixes; et si les autres parties de la sphère céleste étoient également peu^ plées, on pourroit croire à Texistence de près de quatre milliards huit cent millions d'étoiles fixes visibles de notre globe , et visibles à Taide seulement du meilleur des télescopes connus. Et si ces quatre milliards huit cent millions d'étoiles fixes , ces quatre milliards huit cent millions d'astres de feu , avoient , comme notre soleil , cinq cent millions de masses terrestres à mouvoir et à éclairer, le calcul et son résultat seroient presque effrayans. Et néanmoins tout marche, tout procède avec ordre et sans confusion dans l'espace assigné à ces globes innombrables. Enfin une lueur s'aperçoit au-delà des limites où l'art des astronomes a pu s'étendre , et cette lueur nous annonce des soleils encore inconnus ; elle nous annonce des mondes nouveaux et la prolongation de l'univers.

( lo)

Nous ne sommes donc, avec tous no»

pas en avant, qu'aux premières barrières deTimmensitc?, et sur le seuil de ses portes. C'est uniquement à notre imagination qu il appartient de s'en former une idée. Et que dis-je encore ? cette imagination elle-même n est qu'un organe moral dont l'action est de beaucoup dépassée par rimagination des êtres mieux doués que nous. Et les tableaux que se forment tous les mortels disséminés dans Tunivers, ne sont rien peut-être auprès des perspectives qui appartiennent aux esprits célestes ; et celles-ci rien encore auprès des réalités dont un seul Etre a la science. O grandeurs incommensurables ! nous manquons de signes pour les tracer et d'expressions pour marquer notre étonnement. Abymes que nous ne pouvons sonder ! hauteurs que nous ne pouvons atteindre ! espaces 9 nombres, tems, que Tinfini dévore , vous êtes pourtant dès les commencemens pardelà nos regards, par-delà notre pensée : mais notre ignorance comme notre savoir, nos vaines recherches comme nos

premiers succès , tout nous appelle ëgalement à baisser un front respectueux devant les ouvrages de TEternel. « Alors >5 Dieu dit à Moïse : Je suis celui qui 3) suis. Il dit aussi : Tu diras aux enfans 5) d'Israël, celui qui s'appelle t/ie suis m'a 3> envoyé vers vous m.

Nous avions à pénétrer vos cœurs, nous avions à remplir votre pensée d^'une Puissance infinie ; et nous avons d'abord élevé vos regards vers ces hauteurs où les grandes masses de l'univers, où des terres et des soleils sans nombre, annoncent par leur ordonnance et par leurs mouvemens réguliers une volonté souveraine, une intelligence parfaite. Cependant nous n'avions pas besoin de ces majestueux phénomènes pour éveiller votre attention et pour vous unir par un saint respect à l'idée d'un Etre suprême; car des miracles de science et des secrets magnifiques sont autour de nous ; et le moindre de tous suffit pour accabler notre entendement.

Il y a des systèmes de vie , des systèmes

de végétation plus admirables encore que les systèmes solaires ; et Tinfini se découvre dans la diminution successive des grandeurs , comme dans leur extension continuelle.

Nous marchons en maîtres sur cette terre abondante en richesses ; et nous ne saurions répondre aux brins dlierbe que nous foulons de nos pieds , s'ils nous interrogeoiént sur le principe de leur organisation, et sur le genre d'action ou de mouvement qui les fait sortir d'un germe inanimé, qui détermine leur croissance, vivifie leur tissu , anime leurs veines , diversifie leur coloris , et les abandonne ensuite à une puissance destructive , h une puissance également inconnue , qui les flétrit et qui les dessèche. Ah l taut est obscurité pour Thomme quand il entreprend d exphquer les premiers secrets de la nature ; mais le but a été mis en dehors , et les causes finales ne nous sont point cachées.

Ce but est le bonheur des êtres animés.; et nul autre terme ne s'oifre à nos

regards au milieu du monde que nous habitojis. Nous ignorons le principe des forces concurrentes qui meuvent avec harmonie la multitude innombrable des sphères célestes ; mais nous voyons que la distance établie entre notre terre et son brûlant soleil assure avec précision le degré de température nécessaire au maintien de notre existence. Nous ignorons les propriétés élémentaires des rayons de lumière qui viennent éclairer notre demeure ; mais nous savons que leur ténuité est exactement proportionnée, à la délicatesse de notre vue ; et nous pouvons nous étonner que les émanations d'une masse de feu dont la circonférence est d'un million de lieues ^ Sjd trouvent en rapport parfait avec ce champ de quelques lignes dont la prunelle de notre œil est formée, qu'elles le soient encore avec ce point imperceptible, le foyer visuel des insectes découverts par nos microscopes ; avec le foyer visuel de Tanimalcule vingt-sept millions de fois plus petit que le ciron.

O prodiges ! prodiges ! et quî passent notre entendement. Mais tout se fait dans Tunivers, tout s'explique , par deux principes éternels; la toute puissance du Maître, et son immense bonté.

Encore un moment de votre attention , avant de quitter , sur un si beau sujet, les témoignages de la nature. Nous ignorons par quelle impulsion notre terre tourne sur son axe, et poursuit en même tems avec rapidité son cours annuel autour du soleil; mais ne verrions -nous pas avec surprise que les habitans d'une demeure en si grande agitation n entendent aucun bntot, n éprouvent aucune sensation pénible, etpourroient tous imaginer qu'ils sont placés dans un monde contenu par une ancre ou reposant sur des colonnes immobiles.

Qu'une autre combinaison singulière attire encore notre attention. La terre, par son mouvement diurne sur elle-même, laisse tour-à-tour sans clarté Tun de ses hémisphères; et cette alternative répond

au besoin que nous avons tous d'abandonner le travail pour nous livrer au sommeil. Ainsi , non - seulement rien n'est mal , mais rien n'est perdu pour le grand but que nous supposons au Régulateur des mondes , au Maître de nos destinées. Majestueuse vérité , qui reparoit sans cesse dans le tableau de la création !

Regardons maintenant autour de nous ; et nous apercevrons par- tout que TÈtre suprême, en se couvrant d'un voile aux regards curieux de notre esprit, s'est communiqué sans réserve à nos sentimens et à notre amour. Nous ne connoissons pas les lois mystérieuses de la végétation; mais chaque année nous voyons la terre se plaire à charmer nos sens en renouvelant pour nous sa brillante parure ; nous la voyons plus généreuse encore, et ponctuelle dans ses bienfaits , nous prodiguer, aux mêmes saisons , les fruits nécessaires à notre subsistance ; et , comme une tendre mère, se défiant de notre inconstance ou de notre satiété, elle varie

(i6) ses dons et les distribue encore da.n9 Tordre de succession le plus conforme à nos vœux et à nos besoins. Les plus douces sensations nous appellent à en jouir, mais nous sommes avertis de n'en point abuser, par un instinct fidèle et toujours éclairé.. Et c'est ainsi que d'autres éveils, inhérens également à notre nature , nous garantissent des dangers, nous servent de défense ou de précautions ; et qu indépendans du raisonnement, ils diminuent la tâche de notre esprit dans le gouvernement de nous-mêmes.

Quels nombreux et riches détails ne trouverions-nous pas encore dans la belle ordonnance de la nature , qui tous nous rappelleroient à l'existence d'une souveraine intelligence ! La terre en est parsemée. Et depuis la source des fleuves , depuis les hauteurs des montagnes jusqu'aux profondeurs souterraines où les métaux sont enfouis , on trouve à chaque pas, non-seulement des merveilles éparses, mais encore des systèmes complets de sagesse dans to^s les genres de productions.

Mais

Maïs tant de phénomènes, dont un seul pris au hasard seroit un sujet perpétuel d'étude et d'admiration; tant de phénomènes et tant de prodiges , que sont - ils^ tous ensemble près du miracle de Thomme et de son intelligence ? Il remplît, ce miracle, et bien au-delà , toute notre capacité de voir et d'observer , et il épuise à l'instant notre méditation. L'homme est nouSy et nous ne pouvons l'entendre ; l'homme est nous , et nous ne pouvons l'étudier qu'imparfaitement. C'est en lui toutefois, c'est dans son incompréhensible nature , que nous voyons paroitre l'image confuse d'un Etre créateur, d'un Etre ordonnateur, d'un Etre au-dessus de ses œuvres !

Sans doute avant Thomme , ou à part de lui, il a pu exister un spectacle abondant en merveilles ; mais pour approcher de ridée d'un Dieu , il falloit un exemple de rintelligence , et l'homme nous l'a donné ; il falloit un exemple de l'esprit d'ordre et de combinaison , et l'homme nous Ta donné ; il falloit un exemple de la mémoire et de la prévoyance, et

l'homme nous Ta donné ; il falloit un exemple de la liberté, et Thomme nous Ta donné ; il falloit un exemple de la volonté, et Thomme nous Ta donné; il falloit enfin , et par - dessus tout , un exemple de la puissance active de cette volonté, et Thomme encore nousFadonné.

Ah ! qu'il est imposant un pareil exemple , pour amener et pour fixer la croyance dans Fexistence d'un Dieu!

Et. déjà nous serions étonnés et presque épouvantés, si, après avoir étendu , multiplié dans notre imagination , les dons , les pouvoirs et tous les riches attributs de notre nature , nous les rassemblions dans un seul être. Cependant, au milieu des mondes innombrables qui remplissent les voûtes célestes, et à la vue d'un tems, d'un espace sans bornes, comment oserions-nous penser que nous sommes à l'extrémité de la chaîne , en aucun genre de facultés? N'en doutons point:

si Ton s'adressoit à des êtres habitans de quelqu'une des planètes dont le firmament est parsemé , à des êtres nos égaux

(19) OU nos supérieurs en intelligence , maïs doués d'une nature différente de la nôtre , ils regarderoient peut-être comme fabuleux, comme incompréhensible, tout ce qui leur seroit raconté d'étranger à leurs notions et à leur expérience. Et , sans étendre si loin la supposition, sans porter nos regards au - delà de notre globe , audelà de notre île aérienne, ne savons-nous pas qu'au milieu de nous Thomme de génie est un être inconnu pour le plus grand nombre de ses spectateurs ? et sî nous pouvions connoitre lopinion d'instinct ou de raisonnement qui appartient à l'abeille, nous verrions l'industrieuse ouvrière , éprise de son talent et fière encore de son agilité, considérer sa ruche et le cercle où elle voltige comme le but de la création et les limites du monde.

Cette dernière réflexion nous donne une idée juste de l'orgueilleuse vanité des philosophes de notre siècle. Ils mesurent , ils apprécient tout avec leur raison , cet instrument imparfait dont ils ont l'usage;

et là où les forces de leur intelligence s^arrétent, ils marquent le terme des miracles de la nature , ils fixent des bornes à Tinfini. L'homme a sa ruche comme Tabeille , et il la prend aussi pour Tunivers dans les momens où il dénie l'existence de tout ce qu il ne sait point.

Cependant , au milieu de notre demeure , nous sommes témoins de tant de merveilles, que si nous nen avions pas rhabitude et si nous les avions découvertes par succession , aucun des doutes de l'incrédulité n auroit combattu les opinions religieuses.

Vous , en effet , à qui l'observation, d'un phénomène éclatant , mais isolé , nauroit pas inspiré fidée d'une cause première, ne Tauriez-vous pas adoptée, ne Tauriez-vous pas fait avec transport, au moment où une harmonie universelle seroit devenue le résultat des élémens et des forces de la nature ?

Vous à qui cette harmonie n eût pas encore suffi , et qui auriez demandé, pour condition de votre foi, d'apercevoir un but

moral près des magnificences du monde physique, n'aurîez-vous pas été satisfaits, n'auriez-vous pas été pénétrés d'une religieuse admiration, en apprenant que la' terre se couvroit d^étres animés, d'êtres doués de divers sens, forigine ou fappel des jouissances les plus variées? N'auriez-; vous pas été satisfaits , n'auriez-vous pasî été pénétrés d'admiration , en voyant tousi les miracles de la terre, tous les miracles de l'univers correspondre immédiatement avec la félicité de l'homme ; et en voyant ainsi le système des causes finales se développer et s'étendre d'une manîèrer universelle et avec autant de régularité que de précision ?

Et vous encore , vous qui', pour être entièrement persuadés de Texistence d'urr Ordonnateur suprême, auriez osé former un vœu de plus ; quel eût été ce vœu ? Nous le cherchons et nous le présumons.] Vous auriez demandé quelques notions sur un phénomène prodigieux sans doute; vous auriez demandé s'il étoit concevable qu'un Être , par l'acte seul de son

commandement, put diriger, modifier, animer les élémens,les atomes, Tesprit et la matière. Et nous nous représentons votre extase au moment où vous auriez vu les mouvemens et les actions de Fhomme obéir à l'instant; obéir , avec la rapidité de réel air , à un simple désir , à un simple souhait, à cette autorité mystérieuse que nous avons appelée la volonté.

Enfin , pour dernier terme à votre étonnement, et pour combler en quelque manière le vague de votre imagination , on vous auroit montré les globes innombrables qui peuplent la voûte céleste ; on vous auroit appris que ces globes lumineux sont autant de soleils destinés, selon les apparences , à éclairer des mondes habités ; habités, comme la terre, par des êtres intelligens ; et que , de nous à ces êtres , et des uns aux autres , il existe peut-être des degrés de facultés qui atteignent par leur succession à une connoissance distincte du Dieu de Funivers.

N'en doutons point; si des observateurs philosophes avoient assisté au déve-

loppement que nous venons de supposer, à ce développement graduel du système du monde , ils seroîent devenus les plus fervens adorateurs d'un Etre suprême.

Mais le miracle de la nature s'est offert à leurs regards dans son entier : leur esprit , s'y accoutumant de bonne heure , a considéré ce miracle comme un fait simple; et jamais un mouvement de surprise n'est venu les exciter à contempler l'Eternel dans ses œuvres. Etudiez - les ces œuvres magnifiques , et suivez -en le cours majestueux; étudiez -les, et vous verrez que l'existence d'un Dieu nous a été annoncée dans la forme la plus solennelle , et avec l'éclat qu'exigeoit une proclamation de la première des vérités.' Et , s'il est un dernier mot qui nous manque encore , il nous sera dit au tems marqué par la Sagesse éternelle.

Devancez ce tems par votre pensée , et en vous aidant de tous les moyens d'instruction qui vous ont été donnés. Votre esprit, votre sentiment, votre conscience, seront pour vous des sources de lumières :

ëcoutez ces Inspirations secrètes qui vous annoncent l'existence d'un Dieu protecteur ; écoutez cet instinct qui vous fait chercher un ami dans le ciel , lorsque les hommes vous oppriment. Et ne disputez jamais dans votre cœur contre les impressions qui vous ramènent , de tant de manières , à ridée d'un Etre suprême.

C'est ici, toutefois, que nous croyons entendre les athées nous adresser un re» proche , et nous dire : Nous craignezvous , que vous n'osiez faire entendre notre principale objection contre l'existence d'un Etre suprême, et contre toute espèce de système religieux ? Nous leur répondons : Sans doute , on doit vous craindre , puisque vos argumens , vos paroles blessent notre sentiment , et s'attaquent à tout ce que nous avons de plus cher; mais nous ne voulons pas dissimuler votre raisonnement aux fidèles qui nous écoutent. Appelés qu'ils sont à vous entendre , à vivre près de vous et au milieu d'une 3ociété que vos leçons.

que vos doutes corrompent, ils ont besoin, peut-être, d'un soutien ; et leur ami, leur Pasteur, doit leur prêter assistance. Plus heureux pourtant les hommes qui, soumis sans rëserve aux principes de la piété , ne se mêlent jamais aux conversations des philosophes du siècle , n'entrent jamais en lutte avec eux , et suivent avec sécurité les inspirations d'un cœur sensible, et les avertissemens d'une conscience éclairée par une lumière céleste.

Ils disent, les chefs d'une secte infortunée, ils disent que la beauté du monde ne leur échappe point ; qu'ils y découvrent aussi un rapport entre le but et les moyens, un ordre admirable dans la succession des effets et des causes , une harmonie générale dans l'ensemble : mais ils ajoutent , qu'ils ne rejettent pas moins ridée d'un Dieu créateur, puisqu'aucune matière, aucun corps, aucune chose, ne peuvent sortir du néant ; qu'ainsi tout ce qui existe doit exister de tout tems , et sans la médiation d'un Etre éternel : quelques-uns seulement se boraent à

admettre réternîté d'une matière divisible à riufini, et attribuent ensuite au hasard, secondé par des chances innombrables, la formation de T univers.

Observons d'abord que les deux suppositions se rapportent à un même système, à réternitë du monde. Car une matière organique , propre à servir d'élément à toutes les forces productrices de la nature , propre encore à composer des êtres animés, à créer des penseurs et des pensées ; une telle matière, existant de tout tems, seroit un phénomène peu différent de l'éternité du monde. Et où placeriez-vous en imagination l'époque de cette conversion d'atomes en mondes réguliers ?

Choisissez un moment : il sera toujours tardif d'une éternité; car tous les momens ont une éternité qui les précède , comme une éternité qui les suit.

C'est donc uniquement l'éternelle existence de l'univers qu'il faut mettre en parallèle avec l'éternelle existence d'un Dieu créateur.

Vous ne comprenez pas, dites-vous.

comment aucune puissance auroît eu la faculté de faire sortir la matière du nëant ; mais quand vous la rendez éternelle cette matière, vous accablez aussi notre entendement. Le néant, il est vrai, n'est plus alors à la vue de notre imagination ; mais il demeure en abstraction le cercle idéal d'une existence éternelle. Notre esprit va toujours le chercher , ce néant primitif ; tant l'absence d'un commencement dans les objets successifs et variables , dans les objets de notre nature, est une proposition que nous ne pouvons saisir! Nous reculons le passé pour y parvenir ; et en arrière des tems que nous connoissons , nous rattachons des jours à des jours : mais nous n'allons pas loin dans cette marche rétrograde de notre esprit , et nous apercevons bientôt le dernier terme de nos efforts.

Cependant les athées se placent avec avantage lorsqu'ils attirent le combat sur les bords de l'infini ; car là toutes les pensées des hommes deviennent égales, tant elles sont en disproportion avec lobjet de leur méditation.

Qu il nous soit donc permis, en descen* dant d'un degré de la plus haute métaphysique , de rendre ainsi notre discussion moins vague et moins abstraite.

C'est rapparition hors du néant , des premiers élémens de la matière , que les ennemis de la foi , que les athées rejettent comme inconcevable. Nous supposerons donc , pour un moment , l'existence éternelle de ces premiers élémens J et nous dirons que cette hypothèse ne seroit point en opposition avec Texistence d'un Etre suprême. Oui , nous aurions également notre Dieu lorsqu'il serait seulement le Régulateur des cieux et de la terre, l'Ordonnateur des mondes et de l'univers , l'ame et le mouvement de tout ce qui re&pire , le Maître souverain de nos destinées. Oui, nous aurions également notre Dieu , lorsque les premiers matériaux de ses œuvres seroient en coïncidence avec son existence éternelle.

De quel argument alors se serviroît-on pour défendre le dogme de l'athéisme ?

Essaieroic - on de nous persuader qu un

ordre parfait, exîs*^ it de luî-méme , seroît une supposition plus vraisemblable qu'un ordre parfait allié à une puissance morale, à une puissance éclairée; et fixé, soutenu par elle? essaieroit-on de nous le persuader? et refuserions -nous d'assigner à Tunivers entier un guide et un maître , lorsque nous avons la connoissance d'une magistrature individuelle , destinée à régler et à gouverner le système de nos actions? Ce que nous voyons en petit, ne le soupçonnerions - nous pas en grand ? Ah ! n'en doutons point , le majestueux univers a son moteur , a son maître , comme notre organisation a le sien ; et les perfections de cet Etre suprême , sa puissance et la force de sa volonté, sont , avec nos facultés agissantes , dans la proportion qui doit exister entre l'atome et la grandeur infinie , entre notre moment et l'éternité.

O Dieu! vous nous avez assez donné, puisque vous nous avez mis en état de connoitre votre existence, de la préjuger du moins avec une confiance éclairée;

VOUS nous avez assez donné , puisque vous avez joint aux lumières de notre esprit un avertissement intérieur qui nous appelle à vous par la crainte et par Tespérance ; vous nous avez assez donné , puisque vous nous avez permis de vous aimer, de vous adorer, de recourir sans cesse à votre protection paternelle.

Hélas ! pour Thomme capable de réflexions , rimage d'une collection immense d'êtres sensibles, jetés ça et là dans Tunivers , sans aucun patron , sans aucun défenseur, seroit tellement effrayante, qu en s y arrêtant, ne fut-ce qu un moment , on éprouve un saisissement dont aucune de nos émotions ne peut donner ridée. Eh quoi ! nos sentimens , nos pensées , ne répondroient à rien ; nos larmes ne seroient point aperçues ; nos gémissemens ne seroient point entendus ; et une abstraction silencieuse serviroit d'abyme à nos vœux et h nos espérances ? Nous serions sous Tempire d'une fatalité aveugle; et dans l'immensité des combinaisons appartenant k un tel règne,

dans cette immensité placée au milieu de réternelle durée, le malheur continuel et la douleur sans terme seroient une chance aussi probable qu'une autre ; car Tépreuve d'un jour que nous faisons sur la terre , ne pourroit être reçue en garantie dans les calculs de l'infini.

Oui , Tunivers existant sans cause , sans ordonnateur ; l'univers sans relation avec une Sagesse suprême , avec une Volonté éclairée ; l'univers sans aucun assujettissement à une puissance morale , ne seroit plus pour nous qu'une nature insensible , une nature étrangère à la distinction du bonheur et du malheur ; et les bases constitutives de notre repos ne subsisteroient plus.

Quel abri nous resteroit-il en effet dans le vague de l'avenir ? La mort , diriez-vous : mais nous ne nous sommes point encore trouvés après elle ; et dans la marche inconnue d'une nature sans guide , serions - nous certains de n'être pas rappelés à des souvenirs et à des peines? Et en supposant que le îious

d'aujourd'huî fût éteint , serions - nous sans intérêt au sort de tous les êtres qui , dans la succession infinie des siècles, pourroient ctre le jouet et les victimes souffrantes d'une impassible fatalité? Ces êtres ne sont pas nous , mais ils ne sont pas eux encore ; et si , par une force aveugle , ils dévoient être précipités dans un abyme de ténèbres ou dans un gouffre de feu , si par une force aveugle ils dévoient y conserver le sentiment, serions -nous étrangers à ces horribles chances , par la seule raison qu'il n'y a point d'identité sans souvenir? et nous croirions-nous suffisamment rassurés par une idée métaphysique , même la plus juste en apparence ?

Ah ! fuyons , fuyons ces épouvantables pensées! Qu'elles avertissent, qu elles effraient les athées des conséquences de leur système; mais que jamais elles n'altèrent notre paix et notre repos ! N'en doutons point ; la nature a son Maître ; et l'univers , l'harmonieux univers vous l'atteste : la nature a son Dieu , et ce

Dieu

Dîeu c'est le nôtre ; c'est lui qui règle tout aux cieux et sur la terre ; c'est lui qui est notre défenseur , notre ami secourable ; c'est lui qui entend nos prières et qui veille sur notre sort. O Dieu ! vous existez , vous rëgnez sur les mondes , et c'est un des rayons innombrables de votre bonté qui tombe sur nous ; c'est un de ces rayons innombrables qui a gravé dans nos cœurs votre image et qui nous a donné l'espérance. Nous ne pouvons parler dignement du Roi des Rois , du Seigneur des Seigneurs , et nous ne pouvons atteindre , ni par la pensée , ni en imagination même , à un Etre éternel, à un Etre infini ; mais nous répéterons ces paroles sacrées , nous les répéterons avec respect et avec tremblement : « Et » Dieu dit à Moïse : Je suis celui qui suis»\ » Et il dit aussi : Tu diras ainsi aux enw fans d'Israël , celui qui s'appelle Je suis » m'a envoyé vers vous w. O qu'il est grand notre Dieu ! nous Fadorerons en présence des Anges qui environnent son trône, et nous le célébrerons avec tous /. 3

les peuples de la terre. Il nous a dit ce qu'il étoit , et un jour peut - être nous apprendrons de lui ce que nous sommes , ce que nous sommes dans Tordre génëral de ses conceptions et de ses vues ; un jour nous connoitrons le secret de notre destinée; un jour peut-être nous serons appelés à considérer les merveilles que l'œil na point vues , que V oreille iia point entendues ; un jour enfin nous approcherons de ces sources fécondes de félicité qui annoncent la demeure de r Eternel. Mais pour mériter tant dlionneur et pour devenir les élus de notre tendre père , il faut que nous puissions lui offrir le tribut de notre vie ; cur ses yeux sont trop purs pour voirie mal:

belle parole des livres saints , qui sera le sujet de notre premier discours. Puissent nos forces s'accroître , en continuant notre route ! puisse notre amour suffire à votre instruction , et notre zèle répondre à la tâche que nous avons entreprise ! O Dieu ! soutenez l'interprète timide de vos grandes pensées ; élevez son esprit,

animez son langage , et que la pîétë des fidèles appelés à Fentendre, soit de jour en jour excitée et rendue plus fervente par les inspirations de votre grâce et de votre souveraine puissance !

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