DISCOURS II
Union de la Morale aux Perfections divines.
Car ses yeux sont trop purs pour voir le mal. Habacuc , chap, \, -jr iZ,
J^i'homme quî s'est convaincu de Texîstence d'un Être suprême ; T homme qui s'est pénétré de cette vérité, et qui en a , pour ainsi dire , abreuvé son cœur et nourri sa pensée ; F homme qui vit au milieu des consolations et des espérances attachées à une si douce croyance, est appelé, sans doute, à réfléchir sur l'usage qu'il doit faire des dons de son Maître, et des largesses de son Bienfaiteur.
Nous ne vivons pas sous l'empire absolu d'un instinct qui nous marque à chaque instant notre route. Un examen précède nos vœux ; un doute , nos résolutions : nous avons reçu le glorieux pouvoir de juger, de comparer, de choisir; et l'esprit
qui multîplîe nos îdées , lattention quî les fixe , la prévoyance qui ëtend au loin nos calculs et nos combinaisons , cette union majestueuse de propriétés morales; tout nous avertit que sur la scène du monde nous avons un rôle à jouer , et des devoirs à remplir. Nous sommes liés à un but hors de nous, et notre intérêt propre doit être en traité continuel avec rintérét des autres : telle est la condition, tel est r effet nécessaire du libre essor de nos actions et de nos pensées.
Que devons-nous donc faire pour nou5 conduire avec sûreté dans ces routes croisées, et dans une carrière qui nous est inconnue , au sortir du néant ? Nous devons examiner s il n existe point de principe régulier , destiné par la nature à nous servir de guide.
Nous en trouverons un à Torigine de nos idées et au commencement, pour ainsi dire , de tous nos intérêts ; c'est le désir , c'est l'ambition de correspondre aux vues de celui qui nous a donné le jour^ qui nous a placés sur la terre ; car nous le
savons bien, nous existons, nous allons de la vie à la mort sans aucun pouvoir dérivant de nous - mêmes. Mais connoîtrons-nous les vues de notre souverain Maître, si nous nous plaçons, comme nous le faisons à présent , avant les lumières de la Révélation ? Oui , nous pouvons les connoitre , les préjuger du moins , en nous étudiant nous-mêmes, en élevant nos regards vers les cieux, en les promenant sur la terre , en réfléchissant sur Tesprit et le but d'une si vaste et si merveilleuse ordonnance.
Nous apercevons alors deux grandes vérités ; Tune, que la formation de l'univers appartient à un sentiment de bonté; Tautre , que Famour de Tordre éclate éminemment dans les œuvres de rEternel.
Développons davantage ces deux vérités , avant de tirer les conséquences qui doivent servir de fondement à notre système de morale.
Que r Auteur divin des mondes et de la nature ne soit un être bon, généreusement
(39) bon; pouvons-nous en douter? N'est-ce ])as à sa volonté, comme à sa puissance , que doit être rapporté ce système ingénieux des sensations diverses , source constante et féconde de tant de plaisirs ? Et quelle part abondante n'avons - nous pas obtenue dans les riches dispensations de notre Père et de notre Dieu ! Hélas ! il nous seroit permis de croire que tout a été fait pour f homme , pour cet être de choix aux regards de la Souveraine intelligence. Il n'est aucune des merveilles prodiguées autour de lui qui n ait une relation avec sa faculté de jouir , avec ses besoins ou avec ses vœux ; et , depuis les hauteurs des cieux , d'où l'astre du jour jette en torrens sur notre demeure ses magnifiques rayons , jusqu'aux retraites cachées où germent en silence les plantes salutaires et les fleurs destinées à embellir la terre , par-tout nous pouvons distinguer l'empreinte d'une intention bienfaisante. C'est par les délices du goût, c'est par l'attrait d'une saveur mystérieuse, que le Roi de la nature nous
appelle à profiter des sucs nutritifs devenus nécessaires à notre subsistance ; et c'est par d'autres enchantemens qu'il nous appelle à Tacconi plissement de ses vues. Toujours des formes douces et séduisantes pour nous fixer à notre intérêt ; il semble nous dire : Mes amis, mesenfans, je vous demande, je vous prie, de vivre et d'être heureux. Mais la mort, la douleur ! . . . . 'Attendez. Nous examinerons les objections des uns, les reproches des autres. Laissez - nous parler encore des signes ëclatans de la bonté suprême.
Nous tenons de notre Maître le don , le précieux don de fintelligence ; mais , en nous attribuant cette glorieuse prérogative , il a limité notre gouvernement , et ne s'est reposé sur nous du soin de notre conservation qu'avec une mesure véritablement paternelle. Il a tracé le cercle extérieur où notre liberté pouvoit agir ,* mais il s'est réservé l'entretien tutélaire du mécanisme admirable , le ressort de nos sens et de nos plaisirs. C'est lui qui, par sa seule puissance, met en état
de vîe ces fibres délicates et ces muscles nerveux assujettis à Tempire de notre volonté; c'est lui qui, par sa seule puissance, anime notre sang et le feit circuler à travers les vaisseaux innombrables dont notre organisation se compose. Toute cette partie de nous-mêmes subsiste et se perpétue sans nous , sans nos conseils et sans notre génie J ou , du moins , nous ne concourons à ce but que par des soins faciles et dans les limites de notre instinct. Notre esprit reste donc libre pour la tâche morale qui lui est confiée , et nous pouvons le consacrer tout entier au sage emploi de la vie, .au progrès de nos connoissances , au culte d'amour et de reconnoissance que nous devons à TEtre suprême. Nous pouvons, par lui , jeter un regard sur l'avenir , et jouir à tout moment des délices de l'espérance. Ah ! qu*il y a de bonté dans cette division de notre être en deux administrations , et que l'idée en est magnifique ! Le libre essor de notre intelligence , ce libre essor qui nous semble propre, nous auroit fait
oublier la dépendance où nous sommes d'une Autorité divine ; mais notre organisation matérielle nous ramène sans cesse à cette idée , en nous donnant le sentiment intime d^un assemblage harmonieux de moyens et de forces que nous n'avons point formé, et dont nous ne pouvons pas même pénétrer le mystère.
Etudions le système de nos facultés physiques et de nos facultés morales ; étudions les vues de notre divin Maître et leurs rapports avec notre bonheur ; regardons en nous et autour de nous , chacun selon le degré d attention dont nous sommes susceptibles, et nous découvrirons chaque jour de nouveaux sujets de reconnoissance.
Quelle bonté encore dans Tidée sublime de Tespérance, dans cette association du présent aux jouissances de Tavenir, dans ce vague indéfinissable qui, terminant d'une manière douce et insensible notre horizon moral, achève et complète le système admirable du monde spirituel , et le rend parallèle au système du monde physique!
Elles sont attrayantes sans doute , les perspectives dessinées par notre imagination , puisque nous quittons pour elles les plus beaux spectacles de la nature!
Ah ! qu elles paroissent grandes et variées , les grâces que l'Eternel nous a faites ! mais nous nous y accoutumons , nous naissons , nous vivons avec elles , et Thabitude nous y rend insensibles. Combien nos idées seroient changées, si nous obtenions par degrés les divers dons du ciel. Et pour faire mieux sentir cette vérité , servons -nous encore de la supposition dont nous avons fait usage dans notre discours précédent, mais en l'appliquant d'une manière différente.
Admettons un moment que l'homme fût un être riche seulement de^trois ou de quatre sens; un cinquième, un nouveau dont il ne pouvoit se former aucune image, lui est tout-à-coup accordé; il en éprouve les délices , et des cris de bénédictions s'élèvent de la terre pour célébrer les bontés du Dieu tout-puissant. Oui , l'on remplit les temples, on y court, on
s'y presse, on verse des larmes de joîe, et Ton ne sait de quelles expressions se servir pour manifester les divers sentimens dont on est pénétré.
La même reçonnoissance , le même enthousiasme éclateroient en tous lieux et d'un mouvement unanime , si nous acquérions, pour la première fois, Tune des facultés morales dont notre puissance spirituelle est composée. Ah ! quels seroient nos élans vers le ciel, notre ferveur religieuse , et Tabandon , le délire de nos actions de grâces, si, jusqu'à nos jours, simples êtres pensans et méditatifs , le miraculeux empire de la volonté sur l'action et le mouvement nous étoit enseigné ; si , peu de tems après , il s'associoit à nos autres prérogatives, etformoit ainsi, comme à notre vue , un des accroissemens de notre apanage.
C'est donc pour avoir reçu toutes ensemble les magnifiques largesses de notre souverain Bienfaiteur, que nous ne fixons plus nos regards sur sa bonté; et ce sont nos longues jouissances qui nous ont fait des ingrats.
Je viens à vous maintenant, tëmëraîres censeurs des intentions généreuses du Dieu de Funivers ; oui , je viens à vous et avec tristesse , car je vous plains de contester ou de mettre en doute Tidée la plus nécessaire à Thomme. La vie , ditesvous , est un mélange de peines et de plaisirs ; souvent même elle est importune, et la mort que se donnent plusieurs individus atteste cette vérité. Comment donc concilier un tel ordre de choses, ou avec la Toute - puissance ou avec la Bonté parfaite ?
Nous pourrions d'abord répondre : Ce n'est pas à nous, ce n est pas à des créatures bornées dans leur esprit , bornées dans toutes leurs facultés , que Ton doit demander de mettre en accord parfait deux idées infinies, deux grandeurs incommensurables. Nous ne connoissons de la puissance de Dieu que ses immenses ouvrages; et c'est assez pour notre respect , assez pour accabler notre entendement. Cette Puissance pourroit avoir des limites , que nous ne le saurions pas.
Nous voyons d'ailleurs que Tobjection dont nous venons de parler, doit avoir un défaut , puisqu'elle subsisteroit dans toute espèce d'hypothèse figurée par notre imagination ; dans toute espèce de supposition , même la plus libre et la plus fantastique. En effet , si tous les êtres connus de nous ëtoient complètement heureux, on pourroit encore, en opposant la Puissance infinie à la Bonté infinie, demander pourquoi le nombre de ces êtres n'est pas plus considérable; on pourroit demander pourquoi la matière inanimée , les rochers, les métaux , les sables de la mer; pourquoi les feux du soleil, les rayons de lumière occupent dans l'univers un si grand espace ? L'Etre tout - puissant , sollicité par sa bonté, ne devoit-il pas réserver cette place à des êtres susceptibles de bonheur? Enfin, après avoir admis toutes les multiplications d'êtres que l'imagination peut concevoir , l'objection ne seroit pas détruite ; car on pourroit encore demander pourquoi d'un être animé on n'en a pas fait plusieurs ; et à l'aide de la
subdivision à Tinfini , ce principe de Tëcole, qu'on ne peut ni admettre ni contester, Targument n'auroit point de fin. Ah ! fuyons les embarras que nous donne notre petite science , en faisant Taveu de notre foiblesse. Nous ne pouvons définir ni connoître FEsprit moteur qui régit l'univers; et nous ne pouvons nous placer , même par la pensée , au milieu des perfections divines. Le poids que nos bras lèveront est fixé par des lois immuables; et de même le période auquel nos facultés morales atteindront, est irrévocablement déterminé. Tu iras jusque-là, nous a dit TEternel, et tu ne passeras point cette borne. Qu'il nous suffise donc de concevoir la suprême Puissance , en regardant les miracles sans nombre dont nous sommes environnés. Qu il nous suffise de concevoir la suprême Bonté, en considérant les rapports établis entre le système général de la nature et notre bonheur habituel.
Ce sont les grandes masses qui doivent nous frapper , et non les exceptions en
petît nombre dont nous ne pénétrons pas le secret. Vous exagérez les peines semées sur notre route ; et en citant quelques suicides , l'expression peut-être d'un sentiment instantané, vous ne tenez aucun compte de cet amour de la vie si généralement senti ; vous dissimulez les soins continuels de T homme pour conserver ses jours , non pas seulement dans la jeunesse, mais encore à cet âge où déjà le tableau du monde commence à pâlir , et ou Tespérance redemande ses couleurs et son pinceau.
Enfin, vous vous rappelez toujours la Puissance deFAuteurdelanature, quand vous voulez accuser sa Bonté; mais avezvous songé que non pas cette grande Puissance dont nous ignorons la limite, mais une Puissance de quelques degrés seulement supérieure à la nôtre, eût suffi pour faire de la demeure des hommes une vallée de larmes et de gémissemens. Nous le savons , et quelques tyrans nous font appris ; les œuvres de persécution sont faciles : et si le Maître souverain de
funivers
(49) Tunivers n'eût pas ëté bon, ce n'est pas lui qui auroit manqué de cavernes ténébreuses pour nous y renfermer , et d'apprêts infernaux pour varier nos tourmens et perpétuer nos douleurs.
Ainsi , lorsque le plus commun de tous les degrés de puissance auroit suffi pour condamner les êtres animés à un malheur sans interruption , ne croirons-nous pas à la Bonté divine en voyant la terre et les cieux s unir et s'accorder ensemble pour composer nos plaisirs ? Oui , nous y croirons à cette Bonté ; nous y croirons avec émotion , avec reconnoissance , avec tous les sentimens qui peuvent être offerts en hommage au souverain Arbitre de nos destinées. Hélas ! nous en avons besoin de cette Bonté , lorsque nous offensons si souvent notre Protecteur par des plaintes injustes ou par nos murmures.
O Dieu ! vous nous pardonnerez. Nous sommes, envers vous , notre souverain Maître, ce que sont les enfans à notre égard ; nous les environnons de notre Surveillance , nous leur prodiguons nos
soins ; et à la moindre privation , aa plus léger refus, ils murmurent ou se dépitent. 3>fous les aimons toujours ; vous en ferez de même , généreux Bienfaiteur , Etre des êtres , qui n'avez aucun besoin de nos louanges et de nos hommages. La bonté est en vous le complément de vos perfections; elle est essentiellement unie et à votre suprême sagesse et à votre puissance infinie. Oui, la bonté a marqué le but de vos œuvres ; elle est ainsi de part dans leur magnificence : car selon nos idées , Futilité est une des conditions du beau f du vrai beau , du beau pour le tems et les siècles : ainsi la conception de Tunivers , ces mondes sur des mondes , ces astres rayonnans de lumière, cette pompe des cieux et les richesses particulières de la terre , celles que nous parcourons de nos regards, que notre esprit admire ; tant de merveilles enfin ajoutées à tant de merveilles , que seroient - elles encore sans le but que nous voyons partout, le bonheur des êtres animés?
Oserions - nous le dire, la bonté est
( 5i ) ^ rintérét personnel d'un Etre sans rival , d'un Etre au-dessus de tous les autres. Notre imagination du moins ne peut lui en attribuer aucun autre.
Oui , nous devons chercher notre Dieu dans tous les symboles qui annoncent la bonté. Il est , il vit essentiellement pour nous dans les plus doux mouvemens , dans les plus touchantes impressions de la nature; il est, il vit à perpétuité dans le bonheur de ses créatures , dans ses vues présentes et dans ses projets paternels ; il vit, et dans le moment dont nous sommes témoins, et dans cet avenir qu'il a préparé pour ses élus. Il veille sur notre sort, il écoute nos plaintes , et il nous dit à tous, Quelle affaire as-tu ^ Elle?
Nous venons de retracer les principaux motifs de notre confiance en la bonté du Dieu de la nature : cette confiance est la vôtre sans doute ; vous seriez trop malheureux s'il en étoit autrement. Aussi, dans ce moment , nous avons moins songé à vous rassurer qu'à montrer dans son
ëclat la première perfection de la Divinité, celle qui doit servir de fondement à notre système de morale , et qui nous garantit la vérité des paroles de notre texte : Car ses yeux sont trop purs pour voir le Tfial.
Oui , ses yeux sont trop purs pour voir le mal; donnons à ce grand principe de nos actions un nouvel appui. Nous le trouvons encore dans le cercle de la Religion naturelle, le seul que nous parcourons en ce moment.
Dieu aime Tordre, nous n'en pouvons douter. Il y a un but et une marche régulière dans tous ses ouvrages ; une pensée bienfaisante, un sentiment moral, sont en rapport continuel avec les lois qui régissent toutes les puissances physiques de Tunivers. L'Auteur de la nature veut répandre le bonheur ; voilà le terme qu'il se propose ; et guidé par cette généreuse intention , il donne des sens aux êtres animés : et les rayons de lumière, la température de Fair, le cours des saisons, la variété , la saveur des plantes, tout.
aux deux et sur la terre , est mis en rela* tion avec ces mêmes sens , les premières sources de nos plaisirs.
Un pareil enchaînement, une égalé sympathie , se font remarquer dans cette admirable union des deux élémens qui forment notre essence. L'esprit et la matière, Faction et la volonté , les réalités et les espérances ; tout est combiné avec une harmonie parfaite : et la méthode semble placée au milieu même des mystères dont nous n'apercevons que les effets. Enfin , notre force a sa mesure , notre intelligence son étendue, notre imagination son cours, notre liberté sa consigne ; et notre système moral, considéré dans son ensemble, n'est pas moins un prodige en régularité qu'un miracle perpétuel de Pouvoir et de Science,
O Dieu, quel ordre magnifique est déployé devant nous ! Nos regards en sont étonnés, et notre esprit s'élève aux plus hautes pensées ; mais pour suivre notre sujet , c'est à nos obligations et à nos devoirs que nous voulons en ce moment ramener votre attention*
L'homme , enriclii de tous les dons qui peuvent Tenorgueillir, découvre aisément, en s' examinant lui-même, que F état social est sa destination sur la terre. La faculté de communiquer nos pensées , la faculté de les transmettre jusqu'aux générations les plus éloignées ; les progrès que nous faisons dans la science par l'émulation ; les encouragemens que la louange nous donne , et l'assurance qu'acquièrent nos idées au milieu des comparaisons et des parallèles ; ces divers résultats qui s'accordent si complètement avec la perfectibilité dont nous sommes susceptibles, nous marquent distinctement notre route , et nous apprennent que nous sommes appelés par la nature à vivre avec nos semblables.
Nous la trouverons belle cette vocation , si nous réfléchissons qu'elle nous associe aux vues générales de l'Être suprême , de l'Etre éminent en bonté , de l'Etre qui se répand sans cesse autour de lui pour semer et multiplier le bonheur; de l'Etre enfin qui exécute avec ordre et avec régularité tous les projets conçus dans son
amour , tous les desseins tracées par sa sagesse. Oui , les vertus sociales et le système de moralité qui en forme la base , sont une imitation des grandes pensées de notre Dieu , et en même tems le plus beau culte que nous puissions lui rendre !
La vie solitaire tient oisives et inutiles une grande partie des facultés dont le ciel nous a doue's; et ce n'est pas là ce que veut de nous notre souverain Maitre. Mais pour se réunir avec ordre en communautés nombreuses , pour établir un concert entre les intérêts de chaque individu, pour apaiser le tumulte des passions rivales, il faut y élever avec respect l'autorité de la morale religieuse ; autorité précieuse , Timage ou la ressemblance de cette force toujours agissante choisie par rÉtre suprême pour tenir en harmonie tous les élémens et toutes les substances defunivers. Conformons-nous dans notre empire terrestre, dans cet empire confié à notre pouvoir intellectuel, conformonsnous à Tesprit des lois divines, et recherchons, étudions nos devoirs dans le plus
( 56 ) magnifique et le plus imposant de tous les livres, dans les œuvres de TEternel.
Ces œuvres , nous Tavons dit, rappellent sans cesse à notre esprit l'ordre dans Texëcution , la bonté dans le principe. Et la morale est-elle autre chose que Funion de Tordre avec la bonté ? La bonté , distinctement exprimée par la tendance de tous nos devoirs à raffermissement du bonheur commun ; et Tordre , également nécessaire , lorsque , sous le nom dejus^ tice ,. il sert de garant aux propriétés , de .mobile au travail , de sauve-garde à la paix intérieure, et de soutien perpétuel au système ingénieux et bienfaisant des sociétés politiques.
La bonté de Dieu est infinie comme son amour ; Tordre qu'il fait observer est vaste comme sa pensée.
La morale des hommes s'applique à une administration circonscrite , à une administration proportionnée au petit espace dont nous avons été rendus possesseurs ; mais cette morale est de même empreinte , et empreinte uniquement ,
(57) des deux caractères sublimes que nous remarquons dans la formation et le gouvernement du monde.
Ce rapprochement fixera sans doute votre attention : il grandit , il relève nos fonctions sur la terre ; et nous devons nous plaire à retrouver par-tout le sceau du même Maître.
Enfin , je suppose un moment les hommes devenus indifférens aux leçons que leur donne le grand spectacle de Tunivers, aux leçons que leur donnent les œuvres du Très -Haut, cette image vivante de ses perfections ; je les suppose encore absolument distraits , et devenus incapables de recevoir aucune instruction par la méditation de leur esprit : n auroient - ils pas un intérêt secret qui leur serviroit d'éveil? n'auroient-ils pas une conscience , un œil intuitif, où les principaux traits de la Divinité, où ses rayons se réfléchiroient ?
D'où vient en effet ce mouvement général de la part de$ hommes , ce mouvement
naturel quî les porte à invoquer TÊtre suprême au milieu de leurs inquiétudes et de leurs alarmes? d'où vient-il ce mouvement presque involontaire, si ce n est du sentiment qu'il existe au ciel un Dieu de bonté ?
D'où vient en même tems ce combat , ce remords de la part des hommes , quand ils enfreignent ouvertement les lois de la morale , quand ils s'abandonnent à des actions criminelles ? d'où vient -il ce remords , si ce n'est de la conviction que , par une telle conduite , ils offensent un Maître puissant dont les yeux sont trop purs pour voir le mal ? Us ne peuvent méconnoitre, ils ne peuvent oublier, même dans l'étourdissement de leurs passions , qu'ils ont un usage à faire de leur vie , un compte à rendre de leur liberté ; et ils ne sauroient sans peur dire à l'Etre suprême : Nous avons tourné contre vos vues bienfaisantes l'esprit que vous nous aviez donné , la force que vous nous aviez communiquée, les facultés dont vous nous aviez enrichis.
Ah ! n en doutons point ; la tranquillité du vice et la croyance en Dieu sont incompatibles. Ce Dieu que nous adorons , ce Dieu qui a formé les cieux et la terre, réunit en son essence le beau moral dans le plus haut degré de perfection ; et nous ne saurions concevoir autrement sa nature et son être. Oui , c'est en lui que nous pouvons , que nous devons chercher le pur, Final térable modèle des vertus que nous estimons sur la terre. Heureux que nous sommes d'être placés sous la protection d'un tel Maître ! heureux que nous sommes d'élever avec espérance nos regards jusqu'à lui !
Hélas ! nous serions d'abord effrayés, en pensant que nous adressons nos prières à celui qui tient de la même main la trame de notre existence et les ressorts des cieux ; à celui qui , de la même force , anime notre souffle de vie , et met en mouvement les mondes innombrables dont le firmament est peuplé : mais nous sommes plus que les cieux, plus que les mondes, auprès d'un Dieu de bonté , auprès d'un Dieu
quî s'est ëpris du bonheur dont îl pouvoit être la source. Douce consolation!
adorable pensée ! et quî nous conduit naturellement à vous montrer un nouveau rapport de la morale avec les perfections divines.
Nous sommes aimés de notre Créateur; ce nom que nous donnons au Dieu de Tunivers , ce nom seul , l'expression d'une relation siablime, doit nous remplir d'espérance. Nous sommes aimés de notre Créateur; nous en sommes aimés. Nous devons donc aider ses vues pour le bonheur des êtres intelligens et sensibles quil a faits à son image; et pour atteindre à ce but , le seul moyen qui nous soit donné , c'est la morale, la morale et les devoirs qu'elle impose. Nulle association politique ne peut subsister sans elle; et, de même, nulle confiance entre les particuliers , nulle union dans les familles, nulle sûreté dans le commerce , nul repos dans la possession , nul pacte de durée entre les nations , nulle tempérance même dans
(6i ) les mesures du gouvernement. Jugez si la morale n'est pas bienfaisante de sa nature , et s il est sur la terre un autre tribut digne d'être offert en reconnoissance à TÈtre des êtres , au Dieu qui nous anime , et qui, du haut des deux, nous protège par sa puissance , et s'unit à nous par sa bonté.
La morale, considérée dans nos rapports d^homme à homme , est une sympathie raisonnée ; et dans nos rapports intimes , dans les relations de nous avec nous , elle sert de guide à nos déterminations et de frein salutaire à notre liberté. La morale est encore dans Tordre social la plus douce des autorités ; et dans Fadministration , dans le maniement des affaires publiques , elle est la meilleure sagesse. La morale enfin , sous laspect de la Religion , est le point de réunion des pensées de l'homme avec les pensées du Créateur; et rapprochée de nos intérêts à venir, elle devient le principe de nos espérances, puisqu'elle indique la route eu nous pouvons obtenir un mérite auprès
d'un Dieu de justice , auprès d'un Dieu de compassion et de charité.
La morale réunit ainsi les plus grands caractères ; et c'est encore un de ses traits remarquables d'être sans cesse présente à nos regards ou à notre souvenir ; de l'être autant par les remords , au moment où nous nous éloignons d'elle , que par la paix de l'ame au moment où nous lui rendons un culte. O Dieu parfait ! c'est de vous que nous tenons une législation dont l'esprit sublime se rapporte exactement et à notrernature , et à notre félicité : elle nous vient de vous cette législation gravée au fond de notre conscience ; elle nous vient de vous, et nous ramène à vous.
Ah ! quel hommage de reconnoissance pourrons-nous offrir chaque jour à notre généreux Bienfaiteur ! Nous sommes ses créatures , que ferions - nous pour lui ? Nous n'avons point d'héritage à part de ses dons ; nous ne possédons rien qu'il ne puisse reprendre. Ah ! du moins nous nous dirons, nous nous souviendrons que-
(63) ses yeux sont trop purs pour voirie mal y et nous cercherons à rendre dignes de son approbation nos actions et nos pensées.
3>fous nous dirons , nous nous souviendrons qu il est le Dieu de bonté, le Dieu de Tordre, de l'ordre universel ; et nous observerons les lois de la morale , ces lois de sagesse et de charité ; enfin , toujours respectueux envers l'Etre suprême , nous voudrons que notre conduite soit en rapport avec ses perfections ; et notre vie d'un moment, avec les tems éternels dont il dispose. Veuille l'Etre suprême seconder nos efforts , et nous guider par sa lumière dans le chemin difficile que nous avons à parcourir ! Ce chemin mène à lui ; manquerions-nous de courage? Ce chemin mène à lui; y entrerions-nous avec nonchalance, y marcherons - nous d'un pas incertain ?
O notre Dieu , que vos regards paternels ne se détournent point de nous ! vos yeux sont trop purs pour voir le mal; mais voici : nous renoncerons à nos habitudes vicieuses , et nous renaîtrons à la
(64) vertu , nous renaîtrons aux sentîmens que vous aimez, et nous nous réjouirons d'être aperçus de TEternel ; nous nous réjouirons de sa toute - présence. Malheur à celui qui craindroit cette pensée ! Malheur à celui qui demanderoit aux ombres de la nuit de Tenvironner , et aux ténèbres du sépulcre de le couvrir! Hommes infortunés, qui fuiriez la justice de rÈtre suprême, et qui ne connoîtriez pas sa miséricorde ; que la Religion , ses enseignemens , ses consolations , vous préservent d'un si triste sort, en préservent chacun de vous en particulier!
Ah ! puisse cette Religion sainte vous purifier , vous éclairer , et vous mettre en état de paroître sans frayeur aux regards du Maître du monde, aux regards de celui dont les yeux sont trop purs pour voir le mail
Discours