‹ Cours de pathologie interneChapitre 1 sur 232 · LIBRAIRE DE LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE BRUXELLES · texte numérisé non relu

LIBRAIRE DE LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE BRUXELLES

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Nous ne nous sommes dissimulé aucune difficulté du travail que nous avons entrepris ; nous n’avons pas la prétention de les avoir toutes surmontées. Cependant , pour qu’on ne se place pas , en lisant cet ouvrage , sur un terrain où nous ne nous sommes pas placé nous-même; afin que la critique s’exerce sur ce que nous avons fait et non sur ce que nous n’avons pas voulu faire , il est nécessaire que nous présentions quelques considérations importantes.

II y a deux manières de reproduire les leçons des maîtres. L’une servile, facile et peu judicieuse, consiste à fixer, par des moyens artificiels, l’expression, la tournure de phrase et les moindres particularités d’un discours improvisé. L’autre , aussi exacte , quant au fond , ne prend pas tant de soin de la forme , et s’attachant par-dessus tout à l’esprit et à la pensée , ne recueille et ne retient que le sens du discours et le fond des idées. C’est cette dernière méthode que nous avons adoptée. Et si les lecteurs ne retrouvent pas toujours ici la parole rapide , chaleureuse et convaincue de M. Andral, nous espérons que toujours ils y trouveront sa méthode, ses opinions, ses doctrines, les divisions qu’il établit, le lien qui les enchaîne , les résultats qui en découlent , car voilà surtout ce que nous avons voulu reproduire.

Auditeur attentif de M. Andral depuis le Cours d’Hygiène qu’il professa avec tant d’éclat dans les deux années qui précédèrent 1830 ; n’ayant pas cessé depuis qu’il occupe la chaire de pathologie interne, de suivre ses cours avec assiduité, nous avons recueilli , avec autant d’exactitude qu’il nous a été possible , les leçons que nous publions aujourd’hui. Craignant cependant d’avoir fait quelque omission importante , nous nous sommes procuré les notes d’un grand nombre de ses auditeurs les plus distingués , et , collationnant nos manuscrits avec ceux qui nous ont été confiés, nous avons acquis la certitude que partout, nous sommes resté fidèle à ses opinions et à ses doctrines ; c’était le but constant de nos efforts et , si nous avons réussi , cet ouvrage aura un haut degré d’utilité , soit pour ceux qui , en assistant aux cours , n’ont pu recueillir que des notes fugitives et incomplètes , soit pour ceux qui , moins heureux , n’ont pu faire partie de l’immense auditoire qui se presse aux leçons de ce professeur justement célèbre.

M. Andral est , en effet , le représentant le plus intelligent , l’organe le plus habile et le plus influent de cette génération médicale qui, élevée dans un temps de polémique ardente et de discussions acerbes , a su se préserver avec un rare bonheur des exagérations que rendait si faciles l’ascendant du génie, et de la résistance opiniâtre que l’amour des antiques doctrines a rendue souvent injuste et passion-

née. Honorant le passé , et acceptant sans répugnance les faits d’observation légués par nos devanciers , appréciant avec discernement , justice et convenance les travaux contemporains , ayant foi surtout à l’avenir et au progrès , tel nous paraît être le caractère dominant de la majorité des médecins parmi lesquels M. Andral s’est distingué par un incontestable talent.

Écrivain , praticien et professeur , M. Andral apporte , dans ce triple sacerdoce , un amour passionné de la vérité et une bonne foi caractéristique dans ses recherches , une expérimentation prudente au lit des malades , dans sa chaire une chaleur de conviction qui entraîne. Chargé de former et de diriger les jeunes intelligences qui se pressent autour de lui , il expose avec sincérité et sans préoccupation de théorie ou de système préconçus, ce que la science offre de positif, les points douteux qui s’y présentent, et les problèmes bien plus nombreux encore qui restent à résoudre. Dans cet océan d’obscurités et d’incertitudes , où à peine si de loin en loin apparaissent quelques phares lumineux , navigateur habile , M. Andral en explore en détail toutes les parties , reconnaît les points déjà visités , examine si les descriptions des premiers observateurs sont exactes, détruit sans ménagement, les erreurs, les hypothèses , les fausses conséquences de ses devanciers, et si de loin , il découvre une terre inconnue , il donne les moyens d’y arriver en indiquant la route qu’il faut suivre.

Aussi , cette manière d’envisager là" science , large , neuve et philosophique , donne au Cours de pathologie interne , une physionomie particulière , et donnera , nous l’espérons , à cet ouvrage une couleur distinctive. C’est moins , en effet , un traité dogmatique de médecine qu’une sorte de compte-rendu exact , d’inventaire fidèle de l’état où les sciences médicales sont arrivées à notre époque. Avec le bon sens exquis qui le distingue, M. Andral a bien compris qu’un traité dogmatique de médecine est une œuvre actuellement impossible, et que lorsque tant de questions capitales sont encore controversées , lorsque tant de problèmes importants sont encore à résoudre , le moment n’est pas venu de dogmatiser et de fonder sur des bases durables , un monument scientifique. Exposer avec discernement et critique ce que la science possède en anatomie pathologique , en étiologie , en symptomatologie et en thérapeutique, tel est, flous le croyons, le but de M. Andral, but que nous nous sommes efforcé d’atteindre. Tel est le point de vue sous lequel on doit envisager cet ouvrage que , non sans de grandes appréhensions , nous livrons au public. Nous espérons que les élèves y trouveront un guide sùr pour leurs études , et les médecins qui veulent se tenir au courant de la science, un résumé fidèle de ce qu’ils ont intérêt à connaître.

C’est pour nous d’ailleurs un devoir de revendiquer pour M. Andral les éloges qui pourraient être donnés à cet ouvrage , et d’assumer sur nous seul les critiques qui pourraient en être faites.

Amédée Latour.

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