CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES
La maladie , dans son acception la plus large, est un dérangement quelconque soit dans les lois physiques , soit dans les lois vitales qui régissent l’économie. La pathologie est l’histoire des maladies ; son but est de tracer les indications thérapeutiques pour combattre la nature des maladies , ou leurs symptômes , quand cette nature nous est inconnue.
Notre organisation est matérielle et par cela même assujettie aux lois qui régissent la matière ; il suit de là que l’étude approfondie de ces lois est nécessaire au pathologiste. Le corps de l’homme présente en effet des phénomènes d’électricité, d’hydrostatique, de capillarité, etc.; il possède les mêmes propriétés que les corps inorganiques, savoir la pesanteur, la porosité, la densité, l’élasticité, etc. Si le médecin n’a pas une connaissance suffisante de ces phénomènes et des lois qui les régissent, comment pourra-t-il se rendre compte d’une infinité de lésions fonctionnelles qui prennent leur source dans une altération de ces propriétés physiques?
Qui peut contester aujourd’hui l’importance absolue d’une connaissance complète de l’anatomie et de la physiologie ? Cette vérité est si universellement sentie que nous ç’insisterons pas sur ce point.
Le médecin doit aussi connaître l’histoire de la science, et doit joindre aux études dont nous venons de parler celle des systèmes qui tour à tour ont régné dans les écoles.
Ainsi donc , il est impossible de prime-abord d’arriver à l’étude de la pathologie, car elle a son point de départ et sa racine dans les sciences que l’on est supposé avoir précédemment étudiées.
Nous avons dit que les maladies pouvaient porter sur les lois physiques et sur les lois vitales qui régissent l’économie. Cette lésion des actes vitaux ne peut nous être révélée sans le secours de la physiologie : dans la nature inorganique , il nous est impossible de séparer les propriétés qui se manifestent dans la matière de l’idée de cette matière. Ainsi , que l’élasticité soit modifiée dans un corps , nous pensons aussitôt que cela tient à une modification du corps lui-même. Il en est ainsi dans la nature animée, à laquelle nous rapportons les actes vitaux qui s’y manifestent ; ainsi, que l’irritabilité soit modifiée dans un corps vivant , tout nous porte à penser que cela dépend d’une modification du corps lui-même. Et à ce sujet il peut se passer quelque chose de fort remarquable; c’est qu’une fois produit, ce trouble vital peut amener à son tour d’autres troubles dans l’économie. Ainsi , que sous l’influence d’une cause nerveuse le cœur pendant longtemps vienne à palpiter plus vite, l’hypertrophie de cet organe ne tardera pas à paraître.
11 y a donc dans un être vivant malade deux espèces de désordres à considérer ; désordres organiques ou anatomiques , désordres fonctionnels ou physiologiques. Dans certains cas, on ne voit que le désordre fonctionnel; dans d’autres , on ne voit que le désordre anatomique.