HYDROPISIE DU TISSU CELLULAIRE
Causes. Les différentes causes qui peuvent produire l’hydropisie du tissu cellulaire déterminent et caractérisent les diverses espèces dont il peutêtre atteint. Ainsi il faut admettre :
1° Une hydropisie par inflammation des parties voisines ; c’est celle à laquelle on a reconnu une nature active , parce qu’elle est le résultat d’un travail inflammatoire , qui se passe dans les aréoles du tissu cellulaire et y fait affluer des liquides séreux.
C’est surtout chez les sujets forts et sanguins qu’on l’observe, et toujours sous l’influence de circonstances qui donnent lieu à un état sthénique. Ainsi elles se voient quelquefois à l’époque de la première menstruation quand elle est difficile; après une suppression de règles ou de toute autre hémorragie périodique; au commencementde la grossesse; on l’observe souvent aussi dans la période de desquamation de certaines maladies éruptives, comme la scarlatine, et plus rarement la rougeole.
2° Une hydropisie par obstacle mécanique à la circulation veineuse, ayant son siège ou dans le cœur, et alors l’infiltration tend à être générale, ou dans les veines, et, dans ce cas, si ce n’est pas dans un tronc principal, il n’y a qu’œdème ; si c’est dans une veine centrale, il y a tendance à une infiltration générale plus ou moins considérable.
L’hydropisie qui succède à un obstacle mécanique dans les cavités droites du cœur commence presque toujours par les extrémités inférieures; elle offre cela de particulier qu’elle est sujette à beaucoup de variations, qu’elle disparaît quelquefois avec beaucoup de facilité pour se reproduire de même. L’hydropisie qui est sous l’influence d’une oblitération des veines est, quant au siège et à l’étendue, en rapport avec le siège et le calibre des vaisseaux oblitérés; dans le plus grand nombre des cas, elle est locale, et accompagnée ordinairement d’une circulation supplémentaire dans les vaisseaux collatéraux. C’est principalement aux beaux travaux de M. le professeur Bouillaud que nous sommes redevables de la connaissance de ces phénomènes.
Les troubles de la circulation dans le foie amènent aussi une infiltration séreuse plus ou moins considérable, mais presque toujours consécutive à l’ascite.
3° Une hydropisie par diminution de la perspiration cutanée; il se produit alors une anasarquc, soit subitement comme dans les
MALADIES DES APPAREILS DES SÉCRÉTIONS
pays chauds, où ont lieu de brusques variations de température ; soit lentement, quand la modification est lente, comme dans les pays froids et humides.
4° Une hydropisie par un certain état pathologique du rein, dans lequel la substance corticale de cet organe acquiert une couleur jaune, en même temps qu’elle s’indure, puis se ramollit. Dans ce cas, l’hydropisie se manifeste à la fois au dehors comme au dedans, aux extrémités supérieures comme aux inférieures, elle devient bientôt générale, et persiste ordinairement pendant longtemps sans éprouver aucun changement. Cette hydropisie est accompagnée d’une diminution progressive dans la quantité des urines, qui deviennent, en outre, albumineuses, comme l'ont démontré les recherches des docteurs Bright et Chrislison en Angleterre , et de M. Rayer en France.
5° Une hydropisie par modification dans la composition du sang. Ces modifications sont très-diverses, souvent contraires, et exigent des moyens thérapeutiques différents. Ainsi d’une part, l’état pléthorique détermine souvent une infiltration séreuse, qui est considérée alors comme active. Les travaux de M. Magendie ont bien démontré que la pléthore diminue la force absorbante de nos parties, et que, dans ces cas, la saignée la favorise. D’autre part, l’appauvrissement du sang occasionné parla disette (et, dans ces cas, on a vu des hydropisies épidémiques), par la saignée trop répétée, par de longues maladies, par d’abondanfes hémorragies, par des constitutions lymphatiques, scorbutiques ou chlorotiques, produit aussi l’hydropisie du tissu cellulaire, qui, dans ces cas, est dite passive. Enfin, le sang, étant vicié par certains virus, peut être comme dissous et laisser le sérum s’épancher dans le tissu cellulaire.
Symptômes. Il en est de communs et de propres à chaque espèce d’hydropisie. Les symptômes communs sont l’enflure des parties extérieures, qui débute tantôt, et c’est le cas le plus commun, par les extrémités inférieures, tantôt par les extrémités supérieures ou par la face, tantôt enfin par toutes les parties du corps, qui devient généralement bouffi. L’infiltration est d’ailleurs variable suivant les parties où on la considère. Elle est toujours plus considérable dans les parties où le tissu cellulaire est lâche et à grandes lames, comme au dos des pieds et des mains, où elle détermine ordinairement une saillie ovalaire limitée parles ligaments annulaires du tarse et du carpe; aux paupières, dont elle gonfle quelquefois le tissu de manière à produire mécaniquement l’occlusiort de ces voiles membraneux; au scrotum, dont elle peut augmenter le volume jusqu’à lui donner celui de la tête d’un adulte; au pénis, qu’elle tuméfie pareil-
lement, au point de gêner ou d’empêcher, dans certains cas , l’excrétion des urines; en contournant le prépuce en manière de tirebouchon ; enfin , aux grandes et aux petites lèvres, qui sont, dans certains cas, assez gonflées pour faire obstacle à la sortie du fœtus pendant l’accouchement.
La tuméfaction n’ est pas ordinairementaussi considérable dans les autres parties du corps ; la face n’est que simplement bouffie et paraît n’êtrele siège que d’une simple augmentation dans l’embonpoint; elle n’est jamais bien marquée au cou et le long du dos , mais , vers les lombes et dans l’espace qui sépare les fausses côtes de la crête iliaque , il se forme assez souvent des espèces de bourrelets d’infiltration molle, qui augmentent la largeur de l’abdomen dont les parois s’infiltrent également. L’enflure est d’ailleurs presque toujours plus considérable aux membres abdominaux, qui peuvent souvent doubler et même tripler le volume , par suite de cette stagnation du fluide séreux.
Il est très-important de remarquer qu’en même temps que les dimensions du corps s’accroissent dans les points qui sont le siège de l’infiltration , il s’amaigrit ou paraît s’amaigrir dans ceux où l’infiltration n’existe pas; ainsi les pommettes deviennent saillantes, le cou sec et allongé, les côtes se dessinent sous la peau , les doigts paraissent se rapetisser.
Dansl’hydropisie liée à quelqu’une des altérations dont nous avons parlé, l’enflure offre pour caractère propre d’être molle et de céder facilement au loucher; de conserver profondément , et pendant un certain temps , l’impression du doigt ou l’empreinte des plicatures que les draps forment accidentellement sous le corps du malade ; de changer facilement de place en s’accumulant vers les points les plus déclives, augmentant vers les extrémités inférieures par la station verticale, et diminuant par le repos horizontal. La peau offre aussi une température au-dessous de l’état normal, et une couleur d’un blanc pâle et mat, interrompue dans certains cas par des sillons bleuâtres, correspondant à des veines sous-cutanées distendues par le sang; quelquefois la distension est si considérable ; qu’elle semble demi-transparente, et toujours elle est polie et luisante.
Dans l’hydropisie aiguë et qu’on ne peut rattacher à aucune des causes dont nous avons parlé, l’enflure est, au contraire, rénitenteau toucher, ne cède que momentanément sous le doigt et n'en conserve qu’une impression passagère. La peau est chaude au toucher, quelquefois colorée en rose ou en rouge.
L’hydropisie symptomatique donne lieu à un pouls débile, à un alanguissement général dans les fonctions, provenant moins de l’anasarque que de la maladie intérieure dont cette
OEDEME COMPACTE
hydropisie dépend ; dans l’hydropisie idiopathique, au contraire, il y a fièvre, quelquefois violente, un pouls plus ou moins dur, fréquent et plein, joint à une chaleur générale, à de la céphalalgie et autres symptômes de turgescence sanguine; dans l’un et l’autre cas, les urines sont rares et la soif vive.
L’hydropisie du tissu cellulaire a une marche variable; en général, quand elle est liée à l’existence de maladies internes elle survient insensiblement, peut paraître et disparaître plusieurs fois, se montrer une seule fois, ou offrir de fréquentes récidives. Sa disparition est tantôt graduelle, tantôt subite, et dans ce dernier cas, il arrive quelquefois que différents flux se produisent dans une séreuse, dans les bronches, dans les intestins, à la peau, parles reins, etc. C’est quelquefois un accident funeste que cette disparition brusque de l’hydropisie, quand elle se porte sur un organe important à la vie. Nous avons rapporté, dans la Clinique médicale , t. 2 , des exemples remarquables de cette terminaison rapidement mortelle. Un autre accident, auquel peut donner lieu l’hydropisie du tissu cellulaire, consiste dans les éraillements que subitquelquefoislapeau,parsuite deladistension extrême dont elle est le siège, et dans la tendance qu’a celte membrane à contracter alors des inflammations rebelles ou promptement gangréneuses; quelquefois cet accident a un côté favorable, èn ce qu’il permet l’écoulement de la sérosité infiltrée dans le tissu cellulaire et facilite ainsi le dégorgement des parties.
Traitement. Le traitement del’hydropisie est basé sur plusieurs indications relatives à sa cause, à sa nature, et à l’hydropisie considérée en elle-même.
Quanta la cause, il est évident qu’on ne pourra combattre d’une manière efficace l’hydropisie symptomatique qu’autant qu’on s’efforcera de faire disparaître les lésions internes qui la produisent. Or, la plupart de ces lésions sont, jusqu'ici, au-dessus des ressources de l’art.
Quant à sa nature, il est important de faire observer qu’il est souvent fort difficile de se prononcer sur la nature active ou passive d’une hydropisie. Quand on est bien assuré que l’hydropisie succède à des causes vraiment débilitantes, telles que l’habitation prolongée dans les prisons et les lieux humides , à la suite du scorbut et des hémorragies abondantes, il est très-opportun d’employer les analeptiques, et, en particulier, les ferrugineux.
L’hydropisie aiguë réclame le même traitement que les autres inflammations : saignées générales ou locales, suivant le besoin ; boissons froid es et acidulées, repos et diète abso-