DE L’HÉPATITE AIGUE
produisent aussi l’inflammation aiguë du foie. Dans ce cas sont les hépatites aiguës survenues à la suite de plaies de tète, de passions violentes ou subites, d’une grande colère ou d’un chagrin profond.
Comme toutes les autres phlegmasies, celle du foie succède, dans quelques cas, au refroidissement subit de la peau, à l’immersion dans l’eau froide lorsque l’on est en sueur, à la répercussion d’un exanthème, à la disparition subite d’une phlegmasie articulaire, à la suppression des hémorroïdes.
La chaleur est généralement regardée comme une des causes les plus puissantes de l’hépatite aiguë; on sait, en effet, que cette phlegmasie est plus commune dans les pays chauds que dans nos climats. Voici, à ce sujet, l’opinion de M. Roche : « Je ne conteste pas cette étiologie, mais que l’on me permette de douter que l’action de la chaleur soit directe sur le foie. On sait quelle intensité la gastro-entérite acquiert sous les Tropiques; n’est-il pas permis , dès lors , de penser que cette phlegmasie y est presque toujours le mobile de l’inflammation hépatique ? Et, d’ailleurs, si l’hépatite sévit davantage sur les Européens transplantés dans ces contrées, et qui, par goût, par habitude , et imbus des préceptes dangereux de l’hygiène créée par l’école de Brown, abusent des stimulants là où la sobriété est une des conditions indispensables de la conservation de la santé; si, dis-je, elle sévit davantage sur ces individus que sur les indigènes, ainsi que s’accordent à le dire tous les médecins qui ont exercé la médecine dans ces pays, ne s’ensuit-il pas que la chaleur ne devient une des causes de l’hépatite, que par son action sympathique sur les voies digestives. » (Dictionnaire en 15 vol., tom. ix.)
Les enfants et les femmes sont rarement affectés d’hépatite aiguë ; c’est presque toujours dans l’âge mûr qu’on l’observe. L’abus des stimulants gastriques de toute espèce, et, suivant M. Roche, l’idiosyncrasie qu’on pourrait appeler veineuse, y prédisposent.
Symptômes. Une douleur, quelquefois vive, plus souvent sourde , gravative et lancinante, ayant son siège dans l’hypocondre droit, s’étendant souvent à la poitrine et jusqu’à l’épaule du même côté, augmentant par la pression, parl’inspiration, par la toux etle décubitus sur le côté gauche, soulagée au contraire par le décubilus sur le côté malade, est le principal symptôme de l’hépatite aiguë. Quand la phlegmasie est intense, à la douleur se joignent l’enduit jaunâtre, verdâtre ou noir de la langue, la soif, la perte de l’appétit, l’amertume de la bouche, des nausées, une constipation opiniâtre, la fréquence, la plénitude et la dureté du pouls , une chaleur brûlante, mordicante et aride de la peau, (a
teinte jaune des sclérotiques, et, plus tard, un ictère général, enfin des urines rares, jaunes, huileuses, très-troubles et déposant un sédiment briqueté, et quelquefois d’une couleur verte tellement foncée qu’elles paraissent noires. Si l’inflammation es! encore plus intense, il survient en outre de l’oppression ; la respiration est très-douloureuse, et tout le côté droit de la poitrine reste immobile, ou bien les côtes seules prennent part aux mouvements respiratoires; l’hypocondre est-d’une sensibilité exquise, la douleur de l’épaule arrache quelquefois des cris au malade ; il survient parfois du hoquet, une petite toux sèche; l’anxiété est extrême, le délire ne tarde pas à se déclarer , la face offre un aspect livide et comme tironzé, la soif est inextinguible, puis la langue se sèche et se fendille, le pouls devient petit et serré, les traits s’altèrent, et l’on voit enfin survenir tous les symptômes qui accompagnent la terminaison funeste de la plupart des phlegmasies aiguës. (Roche, toc. cit.)
Dams quel degré de fréquence se présentent ces divers symptômes? Sur 16 cas d’hépatite aiguë, onze fois il y a eu douleur à l’hypocondre droit, une fois douleur à l’épaule droite, cinq fois tuméfaction de l’hypocondre, neuf fois ictère, cinq fois il n’y a eu aucun symptôme local; dans tous, il y a eu fièvre , mais pas toujours la même : continue dans 13 cas, elle s’est montrée par accès dans 3.
L’inflammation de la convexité du foie offre-t-elle des symptômes différents de ceux de l’inflammation de sa face, concave ? Écoutons M. Roche , qui a particulièrement étudié ce sujet: « Dans le premier cas, dit-on, la douleur et aiguë , lancinante , pongitive ; elle a beaucoup d’analogie avec la douleur de la pleurésie, elle augmente dans l’inspiration, dans la toux et par la pression ; et c’est seulement dans ce cas qu’elle s’étend à la poitrine, au cou et jusqu’à l’épaule; enfin, la respiration est difficile , il existe une petite toux sèche , et le malade ne peut pas se coucher sur le côté affecté. Dans le second cas, au contraire, la douleur est profonde, la pression ne la réveille pas , mais les efforts de vomissement l’accroissent toujours beaucoup; elle ne se propage ni à l’épaule, ni au cou, ni même à la poitrine ; il n’y a ni toux ni gêne bien prononcée de la respiration, et le malade souffre moins couché sur le côté droit que sur le gauche. C’est dans le premier cas que l’on voit manquer surtout l’ictère et les symptômes gastriques, et que, quand ils existent, ils offrent ordinairement peu d’intensité; c’est dans le second cas, au contraire, que l’ictère, le hoquet, les vomissements bilieux, la soif ardente, la sensibilité épigastrique, etc. , se montrent ordinairement dans leur plus haut point de gravité.
« Cette distinction est-elle bien fondée ? je le
MALADIES DES APPAREILS DES SÉCRÉTIONS
crois; seulement les caractères n’en sont pas «aussi tranchés que nous venons de les décrire. Mais il est tout naturel que, lorsque l’inflammation occupe la partie convexe du foie, la douleur, plus superficielle, soit plus facilement réveillée par la pression, par l’abaissement du diaphragme dans l’inspiration et dans la toux , et par le décubitus sur le côté malade, qu’elle se propage plus aisément à la poitrine et de proche en proche à l’épaule et au cou, et enfin que la toux et l’oppression l’accompagnent. Il est tout naturel aussi que, lorsque l’inflammation a son siège à la face concave de l’organe, elle se communique facilement à l’estomac et au duodénum, et produise la soif, les vomissements, la sensibilité de l’épigastre, etc.; que la douleur, profonde comme le siège du mal, ne puisse être que faiblement excitée par la pression et par les mouvements d’abaissement du diaphragme, tandis qu’au contraire les efforts du vomissement l’exaspèrent ; enfin, que les conduits biliaires participant nécessairement à l’état inflammatoire se trouvent oblitérés plus ou moins complètement par le gonflement de leurs parois, et que la bile résorbée aille imprégner de sa couleur la peau, les sclérotiques et les sécrétions excrémentitielles comme l’urine.
« Mais est-il toujours possible de distinguer, au lit des malades, l’hépatite de la convexité de celle de la surface concave ? Non ; parce que, comme nous l’avons déjà dit, les caractères n'en sont pas toujours bien dessinés. Mais on y parvient quelquefois ; et dans le petit nombre d’hépatites aiguës que j’ai eu occasion d’observer en douze années d’exercice de la médecine, j’ai pu, deux fois, à l’aide des signes indiqués, préciser le siège de l’inflammation à la surface convexe du foie. Une autre fois, j’ai vu périr une jeune femme à laquelle plusieurs honorables confrères donnaient des soins avec moi, et qu’avec un peu de hardiesse , plus de précision et de confiance dans notre diagnostic , nous aurions peut-être soustraite à la mort. Elle avait présenté tous les signes de l’hépatite de la convexité; nous avions reconnu que la phlegmasie s’était terminée par suppuration, et nous n’osâmes pas porter le bistouri sur un abcès que tout nous disait être superficiel. A l’ouverture du cadavre, nous trouvâmes une collection énorme de pus dans le foie; cet organe adhérait aux parois abdominales sous les côtes asternales , et dans toute l’étendue de l’adhérence la paroi de l’abcès avait à peine une demi-ligne d’épaisseur. 11 est donc de la plus haute importance de chercher toujours à préciser le siège de l’hépatite ; l’exemple que je viens de rapporter montre quelles graves conséquences peut entraîner un défaut de précision dans le diagnostic de cette maladie. (M. Roche, loc. cit.).
Début , marche et durée . Dans les cas les plus fréquents , le début de l’hépatite aiguë est brusque et violent, et a lieu par un frisson fort et prolongé. Dans quelques cas, elle débute sourdement et n’acquiert que peu à peu toute son intensité. Tantôt des symptômes d’inflammation gastro-duodénale la précèdent ; tantôt, au contraire, elle en précède le développement.
Sa marche et sa durée sont très-variables. Peu intense, elle peut se dissiper en deux ou trois jours ; très-vive, elle peut faire succomber le malade dans un espace de temps aussi court, surtout quand elle succède aux blessures par armes à feu, ou par des instruments tranchants ou piquants; en général, elle se prolonge jusquà dix et quinze jours, et même au delà de ce terme, quand elle se termine par suppuration.
Terminaisons. L’hépatite aiguë peut se terminer comme presque toutes les phlegmasies aiguës, par la résolution, la suppuration, la gangrène et le passage à l’état chronique. La résolution est provoquée par l’art, ou spontanée. Dans ce dernier cas, elle succède presque toujours soit à une hémorragie nasale , soit à un flux hémorroïdal, quelquefois à l'apparition d’un exanthème, ou simplement à une vive démangeaison de la peau, et des salives abondantes et déposant un épais sédiment, ou à des sueurs copieuses, enfin à une diarrhée bilieuse modérée ou à des vomissements de même nature. La terminaison par suppuration est presque toujours fatale, à moins que le pus ne se fraye une issue à travers les parois abdominales , ou par l’estomac, le duodénum, le colon ou les bronches, à travers le diaphragme et le tissu pulmonaire, ou bien que l’art n’intervienne pour en provoquer la sortie. La terminaison par gangrène, heureusement fort rare, est toujours rapidement mortelle ; elle est annoncée par la cessation subite des douleurs , la chute du pouls, des sueurs visqueuses, des selles involontaires et d’une odeur cadavéreuse, le refroidissement des extrémités et la décomposition rapide des traits.
Pronostic. En général, l’hépatite aiguë est une maladie dangereuse.
Diagnostic. Voici comment M.Ferrus s’exprime à cet égard : « Dans tous les Traités de pathologie, on trouve la description des symptômes qui peuvent faire connaître cette maladie ; mais dans aucun d’eux il n’est question des caractères anatomiques mis en regard de chacune des périodes qu’elle parcourt; nulle part il n’est recherché avec discussion quelles sont les lésions qui marquent les premiers degrés del’inflammation ; plus d’un auteur même se borne à dire, dans les observations qu’il rapporte que le foie était évidemment en-