DE L’HÉPATITE AIGUE
flammé. Quelques extraits peuvent prouver la vérité de ce que nous avançons.
Sur un enfant de 9 ans , mort en peu de jours d’une hépatite, le foie parut d’un volume énorme , et sa circonférence était noire et brûlée (Th. Bartholin).
Un individu jeune succomba à une fièvre épidémique avec des symptômes d’hépatite ; à l’ouverture du cadavre, le foie était d’un volume considérable et d’une grande consistance , livide et noir à la partie inférieure (Bonnet).
On vit par l’ouverture du corps d’un homme qui avait été tourmenté d’un hoquet violent avant la mort, que le foie était enflammé et si tuméfié , que l’estomac avait été comprimé (Lieutaud, d’après Saxonia).
Pinel n’a point décrit dans sa Nosographie les caractères que présente l’hépatite sur le cadavre; mais il renvoie auxécritsde Morgagni pour les nombreuses altérations que le foie peut présentera la suite de cette affection. Ailleurs, ce médecin cite une observation de Desault, où l’on trouve le fait suivant : le sujet est un soldat de 30 ans , chez lequel la maladie du foie parut le résultat d’une plaie de tête. A l’ouverture du corps, on trouva cet organe parsemé de petites ulcérations, et recouvert, dans toute son étendue, d’une couche légère de matière purulente jaunâtre.
Dans la médecine pratique de Franck, on ne trouve non plus aucune description anatomique du foie après l’hépatite, quoique, d’ailleurs, ce médecin admette comme terminaison de cette maladie la suppuration, la gangrène, etc. En un mot, tous les nosologistes ont rapporté les caractères de l’hépatite parvenue à ses terminaisons fâcheuses; mais aucun n’a signalé l’état du foie dans les périodes d’accroissement de cette maladie.L’imperfection de la science tient ici à deux causes ; la première est le peu d’occasions qu’on a d’examiner le corps d’individus morts durant le développement de l’inflammation du foie; la seconde tient aux nombreuses variétés que l’organisation du foie , dans l’état normal , présente chez les différents sujets. Tantôt il est ferme, tantôt il est mou ; ici il est trèsrouge; d’autres fois, il offre une teinte jaune légère ; et entre ces divers points extrêmes , il est une foule de degrés intermédiaires que l’on ne peut pas plus rapporter à un étal morbide que les premiers. Cependant on a tenté, dans ces derniers temps, d’apporter plus de précision sur ce sujet. On a voulu établir , pour l’inflammation du foie , les trois degrés qu’on a distingués dans l’inflammation du poumon : c’est ainsi qu’on a reconnu une congestion active qui constituerait le premier degré d’hépatite; puis, le ramollissement, la rougeur sur laquelle on a insisté, peut-elle être très-significative dans un organe dont
les nuances de coloration sont réparties d’unemanière si variable dans l’état normal? La suppuration reste donc le seul caractère anatomique incontestable de l’hépatite, et les phénomènes de sa formation constituent, jusqu’à nouvel ordre , les seuls éléments positifs de son histoire. Que dire alors des symptômes qui ont été groupés autour de cette inflammation et qui sont les suivants :
Tension de l’hypocondre droit ; sensibilité à la pression; propagation de la douleur à l’épaule droite et à la clavicule du même côté; décubitus difficile, tantôt sur un côté, tantôt sur l’autre; dyspnée, toux sèche, hoquet, souvent nausées et vomissements ( Franck). Suivant les régions du foie affectées , si l’inflammation occupe la partie convexe, la douleur s’exaspère davantage par le palper, elle est lancinante et comme pleurétique. Le décubitus est ordinairement difficile sur le côté droit. Si la partie concave est le siège de la maladie, les symptômes gastriques sont trèsdéveloppés ; il y a nausées, vomissements de bile, tension de l’épigastre, souvent ictère, hoquet, etc. Dans le cas où l’affection occupe la partie postérieure du foie, le hoquet est plus fréquent, la dyspnée et la toux plus pénibles , la douleur augmente dans l’inspiration, ou bien il existe une douleur lombaire qui semble avoir son siège dans le rein droit. L’obstacle que le foie enflammé oppose à l’élévation du diaphragme dans l’expiration, soit à cause de sa masse, soit à cause de son volume, occasionne un sentiment d’angoisse, de plénitude, de suffocation; il semble au malade qu’un poids considérable est suspendu au diaphragme et au sternum (Pinel, Franck). Les déjections alvines sont le plus souvent supprimées dans l’hépatite aiguë ; dans lescas où l’ictère existe, elles sont blanches. D’autres fois, le viscère enflammé sécrète une huile plus abondante, plus âcre, et des matières liquides et presque sanguinolentes sont rendues avec coliques. L’urine varie selon les périodes de la maladie , et suivant qu’il y a ictère ou non ; elle est pâle durant les premiers jours, à moins que ce dernier symptôme n’existe. Plus tard, elle prend une couleur rouge plus ou moins foncée. La fièvre se déclare et varie en intensité; quelquefois elle manque, surtout dans l’état chronique, où la suppuration la plus énorme peut se former sans avoir provoqué le moindre trouble qui l’ait annoncée. Le frisson et les horripilations, la sensation d’un poids dans l’hypocondre, coïncident assez souvent avec la formation du pus. Une intumescence de la paroi abdominale, avec empâtement et fluctuation au niveau du foie, est l’indice, quand elle se montre, de la collection du pus en abcès, etc.
Nous nous arrêterons ici dans l’énumération des symptômes assignés à l’hépatite. Qui ne
reconnaît qu’il n’en est aucun qui ne se retrouve dans toutes les lésions du foie, quelles qu’elles soient? Si l’on parcourt les causes, il n’en est pas une, même les coups portés sur l’hypocondre, qui ne soit également applicable à toutes ces lésions. Faut-il donc, en effet, ne voir dans leurs formes nombreuses que les terminaisons variées du même trouble morbide, l’inflammation? Mais comment rattacher toute une série de désordres organiques à un mode unique de développement, dont les premières phases ne sont pas même établies, si ce n’est en l’appuyant le plus souvent sur les seules données de l’analogie, et en proposant incessamment des hypothèses qui commandent au moins le doute ? Aucun point delà science n’est, en définitive, plus incomplet que la détermination des caractères de l’inflammation du foie; et la nature du dérangement nutritif qui modifie sa texture dans ses maladies nous sera sans doute encore pour longtemps inconnue. Bornons donc tous nos efforts à saisir quelques traits qui distinguent leurs espèces diverses : sous ce point de vue même, les ressources de l’examen clinique sont bien limitées.
Complication . Souvent plusieurs lésions organiques existent simultanément dans le parenchyme. D’un autre côté, les troubles fonctionnels généraux, provoqués par l’influence des maladies du foie, sont très-souvent aussi l’expression d’une lésion réelle des organes qui en sont le siège. La pleurésie est une complication assez ordinaire de la suppuration du foie; dans les cinq observations qui font le sujet du mémoire de M. Louis, on la trouve quatre fois. La pneumonie est également commune. M. Cruveilhier a observé sa coïncidence fréquente avec les kystes hydatiques du foie. L’article xn du Traité de Portai prouve, par ses nombreux détails, combien les affections du cœur se lient ou du moins coexistent souvent avec les affections hépatiques.
Enfin la lésion de l’estomac et des intestins est si commune , qu’il est peu de maladies, soit aiguës, soit chroniques, qui n’en soient compliquées; et, à cette occasion, il sera souvent difficile d’établir quelle a été l’affection primitive.
Quant aux adhérences du foie aveeles parties voisines, le diaphragme, l’estomac, l’épiploon, le colon, le pancréas, elles sont habituelles, et la conséquence nécessaire et prompte de l’irritation du péritoine ambiant; aussi la péritonite générale est-elle incessamment imminente (Dictionn. de médecine, tome xm ).
Traitement. Il faut , dans l’hépatite aiguë, agir promptement et énergiquement. Quand la phlegmasie est intense, quand elle est l’effet des violences extérieures, qu’elle succède j
à la contusion ou à la blessure du foie, chez les individus jeunes, forts, pléthoriques, il faut employer la saignée générale. En même temps, on appliquera de nombreuses sangsues sur l’hypocondre droit et on y reviendra souvent ; elles sont surtout efficaces dans les inflammations delà face convexe du foie, et suffisent, sans le secours de la phlébotomie, pour guérir des hépatites très-intenses. Si le malade est sujet aux hémorroïdes, ou si la phlegmasie occupe la partie concave du foie, on appliquera de préférence les sangsues à l’anus. Si la suppression des règles est la cause première des accidents, on les appliquera aux aines ou à la partie supérieure des cuisses. On doit seconder l’effet des évacuations sanguines par l’usage des boissons délayantes et acidulés, telles que la limonade ,. l’orangeade, les sirops de groseille ou de vinaigre, etc. ; par des lavements émollients , par des cataplasmes sur l’hypocondre, ou par des flanelles imbibées d’une décoction émolliente.
Quand les symptômes inflammatoires sont devenus moins intenses, on prescrira des bains prolongés pendant plusieurs heures. S’il y a constipation, on y joindra l’emploi des purgatifs légers, tels que les sulfates de soude ou de magnésie, l’huile de ricin, et surtout le calomélas, dont les médecins anglais font un si grand usage , et qu’ils emploient à toutes les époques, et dès le début de la maladie. Nous croyons qu’il est prudent de n’y recourir que lorsque les accidents inflammatoires ont déjà perdu de leur intensité. Les médecins anglais emploient aussi les frictions mercurielles poussées quelquefois jusqu’à la salivation. Cette méthode de traitement n’est pas généralement suivie en France, où d’ailleurs l’hépatite aiguë est rare.
Quand l’hépatite se termine par suppuration , et que l’abcès qui en résulte est situé profondément, il n’y a rien à faire, si ce n’est, lorsque tous les symptômes inflammatoires ont disparu , de nourrir légèrement le malade et d’empêcher toute recrudescence de la maladie. Si la collection purulente est superficielle, on l’ouvre avec le bistouri et selon les règles de la chirurgie.
Quant à la terminaison par gangrène, elle est toujours nécessairement mortelle, quoi qu’on fasse, et malgré l’emploi du quinquina et de tous les septiques connus.
DE l’hÉPATITE CHRONIQUE.
Dansnos contrées, l’hépatite chronique est plus fréquente que l’hépatite aiguë ; il en est de même dans les pays chauds.
Caractères anatomiques. Les lésions que détermine l’hépatite chronique sont très-variées. La plus constante est l’augmentation du volume du foie. Presque toujours sa sub-
DE L’HÉPATITE CHRONIQUE
stance est indurée , plus dense , mais plus facile à déchirer; sa couleur est d’un rouge foncé, brunâtre, jaune rougeâtre, ardoisée ou noirâtre par plaques. Dans son épaisseur, on rencontre un ou plusieurs foyers , tantôt formés par du pus blanchâtre , tantôt par un liquide couleur de lie de vin ; ces abcès sont plus ou moins vastes ; on en a vu qui avaient, en quelque sorte , dévoré toute la substance de l’organe, et se trouvaient renfermés dans ses enveloppes qui leur formaient une vaste poche. Comme dans l’hépatite aiguë , le foie est adhérent avec les organes voisins. Il peut aussi être le siège de tubercules , de la mélanose, de la cyrrhose , etc.
Causes. L’hépatite chronique succède assez souvent à l’aiguë; plus souvent, elle débute sous la forme chronique. Les causes prédisposantes les plus ordinaires sont l’usage continu d’aliments trop succulents , tels que le gibier, les viandes noires, les ragoûts épicés , l’abus des liqueurs spiritueuses ou du café , la chaleur atmosphérique , etc. Ces causes agissent surtout chez les individus qui ont le système veineux très-développé , la peau brune , les cheveux noirs et les membres secs. Comme l’hépatite aiguë , elle se développe le plus ordinairement à la suite des coups et des chutes sur la région du foie ; sous l’influence des affections morales tristes et vives, des excès d’aliments de haut goût ou de boissons alcooliques , à la suite des coups sur le crâne ou le canal rachidien ; après les chutes sur les genoux, sur le sacrum , etc.; par une inflammation consécutive du péritoine, de la plèvre, du tissu cellulaire , de l’abdomen , après les engorgements du foie qui succèdent aux fièvres intermittentes , après des courses forcées , après la répercussion d’une phlegmasie cutanée ou articulaire, ou la suppression d’une hémorragie habituelle et surtout du flux hémorroïdal. Une cause très-fréquente de cette maladie est l’inflammation chronique de la membrane muqueuse gastro-duodénale.
L’âge adulte , le sexe mâle et le tempérament bilieux y sont principalement prédisposés.
Symptômes. Comme dans l’hépatite aiguë, le principalsymptôme est une douleur sourde, gravative , ayant son siège dans l’hypocondre droit , augmentant par la pression , par les secousses un peu fortes, parle coucher sur le côté gauche , après le repos , et ne se faisant même quelquefois sentir crue dans ces circonstances. Cette douleur , qui n’est pas continue, s’accompagne souvent de dyspnée et de toux; d’un mouvement fébrile , pour peu qu’elle soit vive , et de sécheresse de la peau. Tous les soirs , on observe de petits redoublements. Bientôt la peau devient jaune, les matières fécales blanches ou grises , les urines foncées et déposant un sédiment abon-
dant. En palpant l’abdomen, si l’inflammation existe depuis un certain temps, on sent le foie qui dépasse le bord libre des côtes asternales, et qui s ’étend plus ou moins vers l’épigastre et la région ombilicale; souvent l’hypocondre droit est plus élevé que le reste de l’abdomen.
Mais il n’en est pas toujours ainsi; et, dans quelques cas , l’hépatite chronique ne s’annonce que par la jaunisse, les selles déclarées, les urines rares et déposant un sédiment briqueté, par une tumeur rénitente et peu douloureuse à la pression, siégeant dans l’hypocondre droit , et ne faisant éprouver d’autre sentiment que celui d’un poids incommode. L’hépatite chronique peut même exister depuis longtemps, sans qu’aucun signe précis en ait révélé l’existence ; très-souvent la douleur de l’hypocondre en est l’unique symptôme, et dans quelques cas on n’est porté à en soupçonner l’existence que par une vive démangeaison de la peau sans éruption. Il peut arriver enfin que les symptômes d’inflammation gastro-duodénale prédominent au point de masquer ceux de l’hépatite chronique, qui ne se décèle que par l’accroissement du volume du foie.
Une terminaison fréquente de l’hépatite chronique est la suppuration, qui, dans un très-grand nombre de cas, s’opère à l’insu du malade et du médecin. Dans d’autres cas', la suppuration s’annonce par des signes non équivoques, tels que des frissons et des sueurs revenant irrégulièrement. Les abcès qui se forment alors présentent les mêmes phénomènes que dans l’hépatite aiguë.
Traitement. Si l’hépatite est assez vive pour produire la fièvre, il faut la traiter comme l’hépatite aiguë, c’est-à-dire parla méthode antiphlogistique. Ainsi, les saignées, les cataplasmes émollients sur l’hypocondre droit, la diète, les boissons acidulés, les lavements émollients, les bains tièdes, enfin les révulsifs et de légers purgatifs doivent composer tout le traitement.
M. Bonnet, auteur d’une bonne monographie sur les maladies du foie, expose ainsi le traitement de l’hépatite chronique :
« Le traitement de l’hépatite chronique ne diffère de celui de l’hépatite aiguë qu’en ce qu’il doit être beaucoup moins énergique : c’est ainsi que la saignée générale n’est pas indiquée dans ce cas, et qu’il vaut mieux recourir aux émissions sanguines locales souvent réitérées. On applique un petit nombre de sangsues chaque fois ; mais il faut y revenir fréquemment. Les lieux où on les met sont J l’épigastre, i’hypocondre droit, et la marge I de l’anus, si l’hépatite succède à la disparition I des menstrues ou d’un flux hémorroïdal.
Les cataplasmes émollients, la diète, les bois- I sons acidulés , les lavements , les bains tièdes
MALADIES DES APPAREILS DES SÉCRÉTIONS
el les purgatifs salins sur la fin, sont également indiqués; mais, je le répète, le traitement doit être moins énergique que dans l’hépatite aiguë ; il importe de tenir compte de l’ancienneté de la phlegmasie, du degré de dépérissement du malade,, et du genre de médication qui a été déjà mis en usage. Une chose qu’on ne saurait assez recommander surtout, c’est qu’il ne faut pas insister sur les débilitants. Lorsqu’après les avoir employés d’une manière proportionnée aux forces du sujet et à l’intensité du mal, on s’aperçoit qu’ils ne produisent aucune amélioration sensible, il est prudent d’y renoncer. L’art nous offre d’ailleurs alors une ressource puissante qu’on aurait tort de négliger : je veux parler des moxas, des cautères ou des sétons appliqués sur la région hypocondriaque droite; ces moyens sont quelquefois suivis des plus heureux résultats.
« L’une des principales causes du peu de succès qu’on a obtenu jusqu’ici dans le traitement de l’hépatite chronique, c’est qu’on a l’habitude de la combattre par une foule de remèdes, tels que le protochlorure de mercure, le diagrède, la gomme-gulte, l’ extrait de trèfle d’eau , le carbonate de potasse, la scille , l’ ellébore , la rhubarbe, la térébentine , les savonneux. Ces substances médicamenteuses, qui figurent toutes en première ligne parmi les agents thérapeutiques qu’on appelle fondants , désobstruants, etc., ont pour propriété spéciale d’irriter fortement les voies digestives , et, par cela même, ne peuvent être que nuisibles.
« Les emplâtres de Yigo, ceux de ciguë, tous ces emplâtres, en un mot, préconisés sous le titre de fondants, n’ont jamais peutêtre produit une modification avantageuse.
« Les vésicatoires volants, conseillés par quelques médecins, sont des moyens trop peu actifs pour être utiles.
« Les eaux minérales, enfin, tant vantées même de nos jours, ne sont en général que d’un faible secours. Prises à l’intérieur, elles n’agissent qu’en stimulant la membrane muqueuse gastro-intestinale. Employées sous forme de bains, elles n’ont d’autre effet que d’augmenter les fonctions de la peau. On voit qu’il n’est guère possible de compter sur l’efficacité de ce moyen thérapeutique. Si l’on jugeait à propos, néanmoins, d’en faire usage, il faudrait donner la préférence aux eaux qui contiennent beaucoup d’acide carbonique ou des hydrosulfures , ne les ordonner que de temps à autre, et avoir soin de s’arrêter avant qu’elles ne déterminent la diarrhée.
« L’observation des règles de l’hygiène est de la plus grande importance dans le traitement de l’hépatite chronique. C’est en vain qu’on aura recours aux émissions sanguines, aux topiques émollients, aux cautères et aux moxas :
tous ces moyens échoueront si l’on n’en seconde l’action par un régime bien entendu. Je ne dis pas qu’il faille toujours prescrire une diète sévère : la diète n’est de rigueur que lorsqu’il survient une exacerbation , et que cette exacerbation surtout s’accompagne de vomissements ; mais on ne doit permettre que des aliments légers et pris dans le règne végétal. La nature semble elle-même indiquer quel est le genre d’alimentation qui convient le moins en pareille occurrence. On sait que le goût des substances acidulés , des fruits , est presque un symptôme des affections chroniques du foie; les boissons que les malades prennent avec le plus de plaisir sont celles qui ont une saveur acide, telles qu’une limonade faible , l’eau de groseilles , de cerises , l’orangeade, etc. La marche qu’on a à suivre se trouve donc toute tracée; le médecin n’a autre chose à faire qu’à ne pas s’en écarter.
«On recommandera égalementl’usage journalier d’un exercice modéré. Quant aux voyages sur mer ou dans une voilure rude , et au passage d’un pays chaud dans un pays plus froid, il est impossible qu’un individu s’y abandonne sans que son régime en souffre beaucoup, et cet inconvénient suffit seul pour contre-balancer les faibles avantages qu’on pourrait en retirer. »