B. PERVERSION DES QUALITÉS DE LA BILE
M. Magendie, en modifiant la nourriture des herbivores et des carnivores, est parvenu à rendre la bile des premiers analogue à celle des seconds, et vice versa; il a ainsi prouvé qu’une modification dans la nourriture pouvait modifier la bile. On a été jusqu’à dire, fondé sur une expérience de Morgagni , que, dans certaines maladies , la bile acquiert des propriétés malfaisantes. Cette modification des principes de la bile a-t-elle de l’influence sur l’économie? Voici des faits curieux rassemblés par M. Littré , mais qui malheureusement ne répandent pas une grande lumière sur cette question'.
Chez un enfant mâle, qui était mort de spasme pendant un accès de fièvre intermittente, Morgagni trouva épanchée, dans l’estomac et les intestins, de la bile, qui donnait une teinte violette à l’instrument tranchant. Des oiseaux qui furent blessés avec cet instrument périrent , de même que d’autres aussi auxquels on fit manger du pain trempé dans cette bile.
M. Hermann a trouvé que la bile des cholériques contient une plus grande quantité de résine que dans l’état normal.
M. Orfila a analysé labile d’un individu atteint de fièvre bilieuse grave , avec ulcérations de la membrane muqueuse intestinale ; la matière résineuse étaitévidemment altérée ; car elle avait une saveur excessivement amère
DE L’HYPÉRÉMIE BILIEUSE.
et âcre; il suffisait d’en mettre un atome sur la lèvre pour faire naître des ampoules très-douloureuses.
Deidier, professeur à l’Université de Montpellier, a publié des recherches sur la bile des personnes qui succombèrent à la peste de Marseille. Chez tous les pestiférés de tout âge et de tout sexe il a trouvé la vésicule du fiel diversement affectée, livide, noire, ou attaquée par le charbon , toujours remplie d’une bile ou très-verte ou noirâtre. Voici les termes de l’auteur : « La bile tirée de la vésicule du fiel de cadavres pestiférés, ayant été versée dans une plaie faite exprès à différents chiens, les a rendus d’abord tristes, assoupis, fort dégoûtés. Tous ces animaux sont morts du troisième au quatrième jour, avec les marques essentielles d’une véritable peste , désignée par des bubons, des charbons et des inflammations gangréneuses aux viscères, de même que les cadavres humains dont la bile avait été tirée.
« Une drachme de la même bile pestiférée ayant été détrempée dans deux onces d’eau de fontaine tiède, et injectée dans la veine jugulaire des chiens , les a fait périr en quatre heures, avec des inflammations gangréneuses, le cœur engorgé d’un sang noir et épais , le foie gonflé, et la vésicule du fiel pleine d’une bile verte.
« La même quantité de bile injectée par la veine crurale des chiens leur a causé un assoupissement d’environ une heure : ils ont été si fort dégoûtés , qu’ils n’ont absolument rien mangé ni bu depuis l’injection. Le troisième jour, il a paru des tumeurs fort considérables sous les aisselles et aux cuisses, à trois travers de doigt de la plaie. Celle-ci s’est gangrénée , et l’animal est mort , ordinairement le quatrième jour, avec toutes les marques de la peste.
« Un chien de l’hôpital du Mail, à Marseille, suivait les chirurgiens lors des pansements ; il avalait toutes les glandes pourries, il léchait le sang qu’il trouvait répandu par terre dans l’infirmerie ; il avait fait ce manège pendant trois mois , et jouissait toujours d’une parfaite santé. Nous injectâmes dans le sang du chien , par la veine crurale de la cuisse droite, une drachme de bile pestiférée détrempée dans deux onces d’eau tiède : il périt le quatrième jour comme tous les autres,. avec un bübon à la cuisse droite , où il survint encore deux charbons, et la plaie se gangréna.
« Nous ramassâmes la bile d’un de ces chiens morts de la peste , et nous l’injectâmes dans le. sang d’un autre chien par la veine crurale. Celui-ci eut d’abord, après l’injection, des mouvements convulsifs universels , qui furent suivis d’un assoupissement léthargique. Le lendemain, il parut un charbon sur le grand pectoral droit; le troisième jour, il s’éleva un
bubon très-considérable à la cuisse , et l’animal mourut le même jour. Par l’ouverture du chien , nous trouvâmes le devant de la poitrine tout gangréné au-dessus des téguments, et dans l’intérieur les viscères engorgés d’un sang noiret épais comme dans tous les autres.
« Nous fîmes avaler de la bile pestiférée à deux chiens à plusieurs reprises et en assez grande quantité : ces animaux parurent tristes et dégoûtés; ils urinaient fort souvent, surtout dès qu’on les touchait ; leui: urine était très-trouble et très-puante , et leurs excréments furent teints de la bile verte qu’ils avaient avalée. Mais, quelques jours après, les accidents disparurent, et ces deux chiens, bien rétablis, jouissaient d’une parfaite santé, quoiqu’ils restassent dansune cave de la pharr macie , où ils communiquaient avec tous les autres chiens que nous pestiférions , et qui étaient enfermés dans la même prison. »
M. Hoche, après avoir conclu, comme nous l’avons rapporté , que la bile non altérée ne peut produire aucune maladie par sa surabondance, se.demande s’il en est de même de la bile altérée. « Avant, dit-il, de répondre à cette seconde question , voyons quelles sont les altérations dont labile est susceptible , et sachons si ces altérations peuvent être primitives , ou sont toujours consécutives aux désordres du foie.
« La science possède à peine quelques analyses chimiques de la bile dans l’état de maladie; il n’eù existe pas surtout de comparatives dans les diverses affections où on la suppose altérée ; ce qui serait cependant indispensable avant de vouloir bâtir des théories sur les altérations de ce liquide et les maladies qui en dépendent. Tout est à peu près à faire sur ce point.... Mais, à défaut d’analyses chimiques concluantes, on ne manque pas d’observations de tout genre qui ont fait connaître, quoique imparfaitement, plusieurs altérations très-marquées de la bile. On trouve, en effet, dans les auteurs, des exemples nombreux de bile noire, grisâtre ou incolore , épaisse , visqueuse , poisseuse, concrète , ou claire et d’une faible densité ; âcre, acide, piquante, corrosive, etc. Quant au faitde.Morgagni cité plus haut, M. Roche ajoute: «Si un pareil fait se passait de nos jours, quel est le médecin qui , jusqu’à preuve du contraire, ne soupçonnerait pas que le malade est mort empoisonné? » Cette preuve , Morgagni ne l’a pas cherchée: nous ne pouvons donc tenir aucun compte de son observation, et nous attendons de nouveaux faits pour croire que la bile puisse acquérir des qualités vénéneuses.
« Les altérations de la bile étant constatées, il nous reste à examiner maintenant , ainsi que nous l’avons dit précédemment, si elles peuvent être primitives , ou bien si elles sont toujours consécutives à des modifications de
MALADIES DES APPAREILS DES SÉCRÉTIONS
l’organe sécréteur. L’observation directe ne peut ici nous être que d’un faible secours; car, alors même que, dans tous les cas où l’on trouve la bile altérée, on rencontrerait le foie malade , ce qui est loin d’avoir lieu, il serait toujours difficile , dans beaucoup de cas , de dire d’une manière positive, laquelle des deux altérations est cause ou effet. L’analogie vient heureusement nous prêter ses lumières. En observant comment s’opèrent les altérations des autres fluides sécrétés, nous voyons qu’elles succèdent presque constamment aux altérations des organes. Ainsi les larmes ne deviennent âcres et irritantes que dans l’ophlhalmie; le mucus nasal n’acquiert de semblables propriétés que dans le coryza; celui des bronches et de leurs ramifications ne s’altère que sous l’influence des bronchites et des pneumonies , etc. Mais on voit aussi quelquefois certaines sécrétions être modifiées sans qu’aucun changement se soit opéré dans les organes chargés de leur préparation. Qui ne sait, par exemple, que le lait acquiert des qualités différentes, suivant le genre d’alimentation; qu’il contracte facilement les propriétés delà plupart des médicaments ; enfin, qu’il devient souvent un'aliment très-dangereux, et donne de violentes convulsions aux enfants, après un accès de colère ou une vive frayeur éprouvés par la mère? Or, il est permis, ce nous semble, de tirer de ces faits la conséquence toute naturelle que les altérations de la bile sont, dans le plus grand nombre des cas, consécutives aux altérations du foie , mais que, dans quelques autres, elles peuvent être primitives. Il importerait donc de déterminer à quelles modifications de l’organe sécréteur correspondent telles ou telles modifications du produit; ce travail est tout entier à faire. Reste aussi à rechercher les circonstancesdans' lesquelles le produit s’altère indépendamment de tout changement dans l’organe ; et l’on ne possède que des données vagues sur ce point. Voici tout ce qu’on sait à cet égard. On croit généralement que les alcalis ont la propriété de rendre la bile plus liquide , et que les acides, au contraire, l’épaississent. On a remarqué qu’elle devient visqueuse, d’un vert foncé, quelquefois même noirâtre, presque toujours très-fétide*, sous l’influence du calomel à hautes doses ; c’est du moins ce que nous avons observé un très-grand nombre de fois. Enfin, les chagrins subits et la colère exercent souvent une influence marquée et très-rapide sur sa composition; il survient assez fréquemment, à leur suite, une jaunisse qu’accompagne ordinairement une vive sensation de picotement sur toute la peau.
« Combien il y a loin de ces données incomplètes à celles qu’il faudrait posséder pour pouvoir apprécier convenablement le rôle de la bile altérée, dans les maladies ! A peine a-t-on
fait quelques analyses chimiques, lorsqu’il aurait fallu les répéter par centaines; et tdleest. d’ailleurs l’imperfection de nos moyens d’ana lyse des matières animales, que nous ne sommes pas même certains de connaître la composition normale de la bile L’observation
directe, celle qui ne s’attache qu’aux propriétés physiques , semble , a* premier abord , fournir des renseignements plus positifs ; mais qu’elle est loin encore de jeter le moindre jour sur ]e problème qui nous occupe! Sait-on si les biles noires, vertes, âcres , acides, corrosives , poisseuses , etc. , exercent quelque influence sur les maladies dans lesquelles on les observe? Les font-elles naître? Se bornentelles à les accroître, ou n’en sont-elles que les effets? A- t-on fait une seule recherche pour savoir à quelle maladie correspond telle altération de la bile? Enfin, aux faits qui constatent que la bile acquiert dans les fièvres bilieuses graves des propriétés tellement irritantes, qu’elle phlogose la bouche et les lèvres du malade , et même, s’il faut en croire certains auteurs , les mains des personnes qui les soignent , ne peut-on pas opposer les expériences courageuses, et non contestables du moins, des Audouard , des Chervin, etc., qui ont pu déguster et. même boire impunément la bile vomie par des individus atteints de fièvre jaune , la plus grave sans doute des fièvres bilieuses? » (Loc. cit.)
DES CALCULS BILIAIRES
Ce sont des productions dues à une modification de la bile dans la nature ou la quantité de ses principes immédiats.
Les calculs biliaires sont très-variables sous le rapport de leur composition, de leur forme, de leur volume , de leur nombre et de leur siège. Examinons rapidement toutes ces difr férences.
Composition. Cholestérine et matière colorante mêlées ensemble dans des proportions diverses , telle est la composition la plus fréquente des calculs biliaires; ils peuvent cependant ne contenir que l’une ou l’autre de ces substances seules. Il arrive aussi qu’ils contiennent du mucus biliaire coagulé, et qu’ils soient imbibés de bile qui se dessèche dans leurs interstices après qu’on les a retirés du corps.
On a quelquefois trouvé , dans la cholestérine et la matière colorante des calculs biliaires , des quantités considérables de phosphate et de carbonate calciques.
Il en est qui paraissent consister principalement en charbon , car, après qu’on a enlevé par les dissolvants ordinaires, tels que l’eau, l’alcool , l’éther, les acides et les alcalis, une petite quantité de matières solubles dans ces réactifs , il reste une masse insoluble , foncée en couleur et insipide , qui ne subit pas d’alté-
DES CALCULS BILIAIRES
ration quand on la fait rougir dans un appareil distillatoire, et qui, d’après les expériences de Powel , lorsqu’on la chauffe dans du gaz oxygène, donne d’abord une légère trace de fumée , après quoi elle prend feu et brûle sans flamme ni résidu , avec formation de gaz acide carbonique.
Propriétés physiques. Leur couleur est variable suivant la quantité de matière colorante qu’ils contiennent et la teinte de cette matière elle-même. Ceux qui sont composés en presque totalité de cholestérine sont blancs et cristallins. La plupart du temps, ils sont cassants et faciles à réduire en une poudre grasse au toucher. Leur forme est ordinairement arrondie ; mais si , comme le cas arrive fréquemment , il s’en trouve plusieurs à la fois dans une vésicule biliaire, ils offrent des facettes correspondantes le plus souvent aux points où ils se touchaient mutuellement. Ordinairement, ils sont plus légers que l’eau.
Les gros calculs biliaires sont ovalaires , oblongs ; quelques-uns sont arrondis, mais rarement d’une manière uniforme ; ceux de moyenne grosseur et les petits sont angulaires, cubiques, triangulaires, à surface polie; d’autres l’ont inégale, raboteuse ou tuberculeuse.
• La plupart sont noirâtres ou bruns à l’extérieur , et jaunes intérieurement ; d’autres sont verdâtres, gris ou blanchâtres : on en a vu de couleur blanc mat ; il y en a de marbrés ou mélangés de jaune, de blanc et de vert. Les uns ont une écorce composée de plusieurs couches , et pour noyau une concrétion jaunâtre avec ou sans filets radiés ; les autres sont cristallins, striés, lamellés , brillants; avec ou sans écorce de concrétion de bile, lis se présentent quelquefois sous forme de sable, que les malades rendent en très-grande quantité.
Nombre et volume. Rarement il n’existe qu’un seul calcul dans la vésicule : le plus ordinairement elle en contient plusieurs. Des auteurs disent en avoir compté 60, 200, 500, 700, 1,000 2,000 et même plus de 5,000. Il y en a qui ne sont pas plus gros qu’un grain de sable; on en voit dont la grosseur approche de celle d’un œuf de poule, et même de plus volumineux encore. Ainsi, Meckel en a décrit un qui avait 5 pouces et demi de long, 4 pouces eldemi dans sa plus grande circonférence, et pesait une once 6 gros.
Siège. Ces calculs peuvent se trouver i° dans les conduits biliaires à l’intérieur dji foie; 2° dans l’un des trois canaux excréteurs; 3° dans la vésicule; 4° hors des voies biliaires et dans les voies digestives, soit au-dessus , soit au-dessous du canal cholédoque et jusque dans l’estomac ; 5° enfin, dans le péritoine, à la suite d’une perforation delà vésicule.
Causes. Les calculs biliaires sont beaucoup
plus communs chez les vieillards que chez les jeune gens. Depuis que MM. Guersent et Jadelot sont chargés du service de l’hôpital des Enfants malades, ils n’en ont pas rencontré un seul cas chez les enfants.
D’après Hoffman , Haller et Sœmmering , les femmes y sont plus sujettes (fue les hommes , et chez elles les calculs biliaires se forment surtout à leur temps critique. Il est généralement admis que la production en est favorisée par une vie sédentaire et par l’absence des exercices corporels, et que les gens de lettres, les personnes tristes et mélancoliques, les prisonniers, les gens qui vivent dans la retraite et le repos y sont plus prédisposés que les autres.
Il paraît que l’hiver favorise la production des calculs biliaires.
Ouant aux autres causes , elles sont fort obscures. On a accusé les aliments grossiers, indigestes, farineux et acides, mais tout cela sans un fondement solide.
Par quel procédé chimique le calcul se dépose-t-il? Est-il dû à une surabondance de cholestérine, à une altération du sang? Estce une phlegmasie des voies biliaires qui favorise les dépôts de cholestérine? Ces dépôts sont-ils favorisés par une lésion de la vésicule, dans laquelle il se formerait de petits diverticules qui deviendraient le point de départ de la coagulation de la bile ? Enfin , leur production serait-elle due à certains dérang3inents digestifs qui, engendrant des acidités dans les premières voies, feraient précipiter labile, en s’introduisant par le canal cholédoque? Toutes ces opinions, ou plutôt ces hypothèses, ont été soutenues, mais sans la seule autorité irrécusable, celle des faits. «
Symptômes. Il est surabondamment prouvé, par un très-grand nombre d’observations, que les calculs peuvent rester renfermés pendant longtemps, et même toute la vie , dans la vésicule biliaire, sans causes d’accidents. Quand ils grossissent ou qu’ils s’y multiplient, ils peuvent la soulever près du rebord du cartilage des côtes , en sorte qu’on peut sentir les pierres sur les sujets maigres.
Mais il n’en est pas toujours ainsi, et les calculs s’engageant dans les canaux biliaires qu’ils irritent et enflamment, déterminent des accidents plus ou moins intenses.
L’existence de calculs biliaires récemment formés ne donne, dans le principe, que des signes très-vagueset très-incertains. Quelquefois ce sont des douleurs dans l’épigastre et la partie du dos correspondante ; d’autres fois ce sont des vomissements revenant à des intervalles éloignés et devenant promptement périodiques comme les douleurs. En même temps , une teinte jaunâtre se répand sur la peau des malades, et la douleur du dos se prolonge parfois dans le sein droit, le cou et
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l’épaule du même côté, ou bien encore elle se propage suivant la direction des conduits hé^ patiques, circonstance qui peut aider le diagnostic.
Bientôt des accidents beaucoup plus graves surviennent ; les douleurs se réveillent , s’accroissent, l’épigastre et l’hypocondre deviennent si sensibles, que le poids du moindre vêtement est douloureux; les malades vomissent de la bile pure , la peau et les yeux se couvrent déplus en plus d’une couleur jaunâtre. Cependant il n’y a pas de fièvre, et cette circonstance, liée à la présence de l’ictère et de vives douleurs, doit faire soupçonner que la cause des désordres est due à la présence des calculs.
Plus la maladie s’éloigne de l’époque du début, plus elle tend à devenir périodique , à se renouveler à des distances plus ou moins éloignées, et à s’aggraver sans cesse. Il est des malades à* qui les accès de celte maladie ne laissent pas un seul moment de repos ; ils ne peuvent trouver une position qui allège leurs souffrances. Voici le tableau qu’en a tracé M. Littré : « Les uns s'agitent continuellement, tourmentés par des anxiétés inexprimables; les autres s’accroupissent, se roulent sur eux-mêmes, se plient en deux, ou se compriment fortement l’épigastre , ou se livrent à un balancement régulier pour tromper la douleur. La face est très-altérée , les yeux cernés ; l’estomac ne peut supporter aucun aliment , quelquefois pas même de boissons. La gorge est sèche, douloureuse, resserrée, et la langue jaunâtre ; la bouche pâteuse, empoisonnée par un goût amer de bile. Il y a pour l’ordinaire constipation ; les urines sont jaunes, épaisses , et contiennent un dépôt noirâtre et huileux; la sueur, quand elle se manifeste, teint le linge en jaune. Les accès sont le plus souvent de peu de durée , surtout dans le commencement de la maladie; mais, plus tard , on en observe de plus longs; il en est qui durent plusieurs jours de suite et qui mettent le malade dans un grand danger de perdre la vie. A la suite de ces longs accès, il se manifeste quelquefois delà fièvre et des signes non équivoques d’inflammation ; il survient aussi un amaigrissement considérable, effet inévitable de la douleur, de l’insomnie et de l’impossibilité de prendre des substances tant soit peu nutritives. Très-souvent, les malades, soit à la suite d’accès trèsprôlongés, soit par l’effet des purgatifs, rendent par les selles de nombreux calculs.
« Les plaintes et les lamentations auxquelles s’adonnent les malades affectés de calculs biliaires, les souffrances qu’ils expriment dans une anxiété extraordinaire et l’accent du désespoir, prouvent que leur état est un des plus douloureux qu’on puisse supporter. » ( Loc . ci/.)
) Plus l’accès est long, plus les désordres qui le suivent sont considérables. Après les accès de courte durée , les malades ne ressentent plus aucune douleur et peuvent reprendre leurs occupations habituelles. La jaunisse et les autres symptômes se dissipent, et il ne reste ! plus qu’une susceptibilité plus ou moins longue des voies digestives.
L’évacuation du calcul par les selles est le signe pathognomonique de cette maladie. Le retour fréquent et irrégulier d’accès qui portent sur le foie et sur les voies biliaires est aussi un signe très-important et qui doit faire distinguer cette affection , qui d’ailleurs s’accompagne toujours de fièvre.
Il est extrêmement difficile de diagnostiquer dans quelle portion des voies biliaires existent les calculs. Voici ce qu’on peut dire de plus général. Quand ils siègent dans l’intérieur du foie , les symptômes sont nuis , à moins que les calculs ne soient très-volumineux. Quand ils sont dans les canaux cholédoque ou hépatique, les calculs obstruent ces conduits, déterminent l’ictère et une douleur habituelle et intermittente pouvant devenir très - vive ; après quoi, les calculs expulsés, tous les symptômes cessent : quand ils existent dans la vésicule , très-souvent les symptômes sont nuis ; cependant, quand ils y sont en grand nombre, ils peuvent, dans quelques cas , déterminer, comme corps étrangers , l’inflammation et même l’ulcération de cette poche membraneuse , son adhérence avec la paroi abdominale, ou bien ils peuvent distendre la vésicule, au point de la rendre percevable sous les téguments , sous la forme d’une tumeur pyriforme.
Le pronostic de cette affection est souvent fort grave. Si quelquefois la présence de calculs dans les voies biliaires ne détermine aucun accident , bien plus souvent elle produit la colique hépatique qui cause de violentes souffrances , et peut faire succomber les malades. Ils peuvent, comme nous l’avons dit, amener l’ulcération de la vésicule , la rupture des canaux , des abcès qui vont s’ouvrir au dehors , et des péritonites mortelles.
Traitement. Calmer les spasmes et les douleurs, déterminer la fonte et l’évacuation des calculs , combattre l’inflammation si elle se manifeste , voilà les trois indications qu’il faut remplir.
Pour la première indication , c’est-à-dire pour calmer les douleurs, bien des moyens ont été proposés. Les uns emploient l’opium ; il rend peu de services ; les autres, l’eau de laurier-cerise avec la teinture thébaïque, recommandée surtout par Hufeland. M. Bricheleau recommande la teinture de castoréum à petites doses, administré dans une potion antispasmodique. II s’est aussi très-bien trouvé de l’application delà glaçesurl’hypocondredroit.
DES CALCULS BILIAIRES
On a aussi employé, avec succès, les bains tièdes longtemps prolongés, concurremment avec les calmants et les narcotiques.
Pour faire évacuer les calculs, on a recours aux purgatifs, qui sont employés avec succès dans des cas pareils , pourvu , toutefois, qu’il n’y ait point de phlegmasie.
Pour fondre les calculs biliaires, on a tour à tour préconisé un grand nombre de remèdes. Nous ne parlerons ici que de la fameuse recette de Durande, médecin de Dijon, qui consiste dans un mélange de trois parties d’éther et de deux d’essence de térébenthine. Voici ce qu’en disent MM. T rousseau et Pidoux, dans leur Traité de thérapeutique :
Après avoir analysé le mémoire de Durande, ils disent : » Nous ne disputons à ces observations ni l’exactitude de leurs détails, ni l’importance de tous leurs éléments, ni leur authenticité, ni la précision du diagnostic pour un certain nombre au moins, ni même les avantages qu’ont retirés les malades du traitement employé. Il n’y a qu’une chose sur laquelle elles nous laissent dans le doute, et cette chose est précisément celle que Durande s’est obstiné à établir à si grands frais ; cette chose, c’est la propriété dissolvante du mélange d’éther et d’essence de térébenthine; car comment démontrer ce genre d’action? rien n’est plus difficile. Il ne faudrait rien moins que le concours de plusieurs circonstances qu’on ne peut rassembler que bien rarement; peut-être même ne l’onl-elles jamais été au degré nécessaire pour déterminer une conviction. Il faudrait, i° avoir nettement constaté, dans la région correspondante au siège de la vésicule biliaire, une tumeur offrant au palper une résistance inorganique, si nous pouvons ainsi parler, une résistance pierreuse, une tumeur qui, comprimée ou' percutée, laissât percevoir au toucher ou à l’oreille une sensation ou un bruit semblables a ceux que produisent, comme l’a observé J.-L. Petit, des noisettes qu’on froisserait dans un petit suc; 2° puis, que, dans telles conditions, le mélange de Durande fût pendant quelque temps administré, et que la tumeur disparût plus ou moins lentement, sans qu’il ait été possible de trouver des concrétions biliaires dans les matières évacuées par le malade. Il faudrait que de pareils phénomènes se répétassent un grand nombre de fois chez plusieurs individus; il faudrait suspendre le traitement et le reprendre ; voir si la maladie ou plutôt la cause matérielle se conformerait à ces altérations , etc.... Hors de ces circonstances presque impossibles à réunir , il ne peut y avoir que doute et tout au plus vraisemblance , interprétation arbitraire, ma' nière de voir. Combien pourtant les observations de Durande manquent de ces éléments indispensables de solution! Qu’y voit-on ?des
malades sujets à des dérangements fréquents de la digestion, pris de coliques hépatiques plus ou moins vives, de vomissements , de jaunisse pour la plupart; cette série d’accidents se renouvelant par intervalles, et chez le plus petit nombre s’accompagnant de quelques concrétions biliaires dans les selles rendues avant ou après le traitement. Celui-ci est institué selon- les principes exposés plus haut; la médication classique ou rationnelle, comme on dit , précède , accompagne, et suit rigoureusement la médication prétendue spécifique et dissolvante , c’est-à-dire l’administration du mélange éthéré et térébenthiné ; les malades sont notablement soulagés ou radicalement guéris. N’est-ce donc pas assez? Pourquoi ne pas se borner à constater cet effet, l’attribuant, comme cela peut être juste, à l’action du traitement, sajis prétendre saisir l’intermédiaire entre le médicament donné et le résultat obtenu? Ce sage empirisme n’est-il pas préférable à une explication probablement erronée , explication qui n’a peutêtre servi qu’à mettre en défiance contre les avantages du moyen proposé, parce que, nécessairement , on a dû souvent confondre le fait avec la théorie, et rejeter celui-là, parce que celle-ci paraissait funeste et absurde. Si le moyen est utile , et nous ne le nions pas , pourquoi ne pas se contenter de poser les con ditions de cette utilité , au lieu d’avoir la vanité de trouver celles de son action intime , sans autre fruit que de discréditer ce moyen, en l’associant au sort éphémère de toute explication ? Durande se fonde principalement sur ce que les calculs biliaires, mis en contact dans un vase avec son mélange , ou simplement exposés aux vapeurs qui s’en dégagent, deviennent bientôt friables, puis se dissolvent entièrement. Il n’est pas besoin d’insister sur le vice et Tinsuffisance de l’analogie que ce fait le porte à établir. L’éther ou l’alcool seuls sont incapables, assure-t-il, de dissoudre ainsi les pierres hépatiques, et cependant plusieurs médecins, avant lui, se sont vantés d’obtenir avec ces liquides des résultats semblables aux siens. Mais une chose plus frappante encore dans les observations de Durande, c’est la rapidité d’action du remède et le caractère de l’élément de la maladie contre lequel cette action paraît surtout se manifester. En effet, c’est au symptôme colique que le remède en question s’attaque principalement, c’est ce symptôme qu’il est en possession de mieux calmer qu’aucun autre moyen. Or, se peut-il concevoir que la vertu dissolvante du mélange de Durande se développe en aussi peu de temps qu’il lui en faut pour dissiper la douleur hépatique? Une action altérante de ce' genre (en la considérant comme possible dans l’espèce) suppose une opération lente , insen- ! sible, moléculaire, toutes conditions incom-
246 MALADIES DES APPAREILS DES SECRÉTIONS
palibles avec l’instantanéité qu’on remarque dans la disparition d’un phénomène nerveux sous l’influence de l’éther térébenthiné. Nous savons bien que Durande , en vertu de l’idée qu’il s’était faite du mode d’influence de son remède, prescrit de leconlinuer penç^pt longtemps; mais indépendamment que cela ne prouve rien , puisque quelques-uns de ses malades qui n’ont pas suivi ce conseil n’ont pas essuyé de récidives, à plusieurs autres il ne faisait prendre ainsi que l'éther avec le jaune d’œuf, et nous apprenons de lui que l’éther n’a pas la propriété dissolvante des pierres biliaires. Enfin , de ces malades , les uns ont rendu des calculs, et chez ceux-là il n’a pas le droit d’invoquer la propriété dissolvante du remède ; les autres n’en ont pas rendu , bien que plusieurs d’entre eux présentassent une série d’accidents qu’il était assez naturehde rattacher à l’existence des pierres biliaires , mais ici que d’obscurité ! Des individus après des éruptions , des sécrétions accidentelles , des fonctions supplémentaires supprimées , des vieillards bilieux , mélancoliques , sont pris de symptômes d’indigestion, de langueur générale, de cachexie atrabilaire, de douleurs épigastriques ou hypocondriaques, de vomissements, de constipation ou de selles décolorées , d’urines lixivielles , d’ictère, etc., on les soumet , pendant un trèslong temps , à une diète délayante, et, comme on disait autrefois, altérante , aux lavements laxatifs, aux boissons minoratiyes,apéritives, savonneuses, alcalines, aux eaux minérales de Seltz , de Vichy , au petit-lait, etc. ; puis on leur donne le mélange volatil , et ils sont rétablis après une plus ou moins longue administration de cette médication achevée par des purgatifs , et le retour par intervalles au fameux mélange, etc... Comment démontret-on alors son effet dissolvant? parce que le cours de la bile s’est rétabli ; que les selles du malade sont colorées, ou qu’il rend une bile noire et épaisse qu?on prétend être la matière du calcul redevenue fluide. Nous accordons , d’après notre propre observation , qu’il est certains dérangements des fonctions biliaires, caractérisés par des ictères inopinés, et qu’on ne peut rattacher à aucune lésion hépatique appréciable ; par une langueur profonde dè tout l’organisme et des actes digestifs en particulier, une constipation opiniâtre, un découragement moral, quelquefois le sentiment d’une barre épigastrique, d'une pesanteur dans la région du foie, la mort dans quelques cas , sans que l’autopsie fasse découvrir d’altérations dignes d’avoir présidé à la maladie (ce sont les maladies atrabilaires des anciens auteurs) , lesquelles affections semblent plutôt pouvoir être attribuées à une inertie de l’appareil sécréteur et excréteur de la bile, à n e atonie de la circulation et de l’innerva-
tion de cet important système, etc., qu’à toute autre cause , et l’expérience a prouvé que le régime et les agents thérapeutiques qui ont la propriété de fluidifier nos humeurs, et que Durande employait en quantité et longtemps chez ses malades ; que les purgatifs, et tout ce qui peut réveiller la sensibilité du tube digestif et stimuler les sécrétions; que l’exercice à pied, en voiture, à cheval, etc., l’expérience a prouvé , disons-nous , que ces ressources hygiéniques et médicamenteuses, combinées, sont utiles dans les cas que nous venons de signaler. Voilà de quelle manière nous interprétons les succès de Durande et de ceux qui se sont comparés à lui dans leur pratique.
Quant à la propriété incontestable qu’a l’éther térébenthiné de calmer les coliques atroces et les vomissements dont s’accompagnent fréquemment les calculs biliaires et certaines névralgies hépatiques, nous la considérons comme purement antispasmodique, et ce n'est pas un fait nouveau. Durande, après tout, a le mérite d’avoir bien connu les maladies produites par les pierres biliaires, et de . leur avoir appliqué une bonne méthodede traitement. »
M. Gibbons dit avoir obtenu la guérison de quinze malades affectés de calculs biliaires par le calomel en pilules poussé jusqu’à la salivation.
M. Hall dit s’être servi avec succès de l’électricité, dans certains cas de calculs brliaires.
On a aussi préconisé dans cette maladie les eaux ferrugineuses et salines, comme celles de Vichy, de Plombières et de Balaruc.
Quant aux accidents inflammatoires qu’entraînent les calculs, soit dans la vésicule, soit dans les canaux biliaires, nous en parlerons plus bas. i
DE L’iCTÈRE.
L’ictère ou jaunisse est une affection le plus ordinairement symptomatique, caractérisée par la coloration jaune de la peau et des sclérotiques.
Caractères anatomiques. Tous les tissus blancs à l’état normal présentent une teinte jaunâtre. Les liquides blancs ou incolores renfermés dans les organes ont plus ou moins cette coloration ; ainsi sont les humeurs de l’œil et la sérosité accidentellement déposée dans les membranes séreuses.
Quant aux altérations que l’on trouve dans le foie et dans les voies biliaires, elles sont nombreuses et variées. Ainsi, on a trouvé l’hypertrophie, l’atrophie, des abcès, des tubercules et tous les autres produits morbides du foie. On l’a vu jaune, tacheté de bile, jaune obscur, rouge jaune, rouge, vert olive foncé couleur de rouille, etc.