PRODUCTIONS MORBIDES DU FOIE
Dégénérescence graisseuse.
Voici ce que nous en avons dit dans le Précis d’anatomie pathologique :
Les expériences de M. Braconnot ont démontré que le foie contient normalement une petite quantité de matière grasse ; normalement aussi , cet organe décrète plus ou moins abondamment un autre principe gras qu’on retrouve encore ailleurs, et qui est connu sous le nom de cholestérine.
Ces matières grasses viennent-elles à être sécrétées en quantité plus considérable que de coutume ou sont-elles modifiées dans leurs qualités , il en résulte pour le foie quelques états morbides.
M. Vauquelin a constaté que dans les foies gras existe un principe huileux, auquel ces foies doivent leur aspect et la propriété qu’ils ont de graisser le scalpel ; on peut facilement en retirer celte huile par l'ébullition ; tantôt on en retire à peine quelques gouttes, tantôt la matière grasse est si abondante, qu’elle occupe plus de place que le parenchyme hépatique lui-même. Ainsi, dans un foie gras, M. Vauquelin a trouvé , sur 100 parties :
Huile 0,45
Parenchyme 0,19
Eau 0,36
Les portions de parenchyme hépatique, infiltrées de matière grasse, sont remarquables par leur couleur semblable à celle de la feuille morte, et leur consistance est diminuée; dans ces portions, il ne semble plus y avoir de sang ou du moins on n’y trouve plus de trace de la matière colorante de ce liquide; tantôt le foie, dans toute son étendue , est le siège de
celte sécrétion graisseuse; tantôt elle n’existe que dans quelques points épars.
Au lieu d’être infiltrée dans le parenchyme hépatique, la matière grasse est quelquefois réunie en masse en un point quelconque, du foie : elle y est déposée comme s’y dépose du tubercule ou du pus; il en résulte des masses morbides grises ou blanches, refoulant autour d’elles le parenchyme hépatique, et présenlant à l’œil et au toucher toutes les propriétés de la graisse. On a trouvé de ces masses graisseuses entièrement formées de cholestérine.
Les causes sous l’influence desquelles le foie devient le siège d’une sécrétion de matière grasse sont encore inconnues; on n’a émis qu’une hypothèse, lorsqu’on a dit que la dégénération graisseuse du foie était le produit d’une irritation de cet organe ; car on pourrait tout aussi bien soutenir que cette dégénération graisseuse, loin d’avoir été précédée par un état d’irritation du foie, est survenue parce que la nutrition de cet organe est devenue moins active; et cette dernière hypothèse serait d’autant plus soutenable, qu’elle se déduirait d’une grande loi de l’économie, en vertu de laquelle, toutes les fois qu’un organe tend à s’atrophier, une matière grasse vient à se sécréter autour de cet organe ou à la place même de ses molécules.
Presque tous les .cas de dégénération graisseuses du foie s’observenlchez des phthisiques, c’est-à-dire chez des individus dont le sang n’est plus convenablement élaboré, et dont l’exhalation pulmonaire ne peut plus s’accomplir comme dans l’état normal ; serait-ceparce' que chez les phthisiques une suffisante quantité d’hydrogène cesse d’être expulsée par la muqueuse bronchique sous forme de vapeur aqueuse, que chez eux ce principe vient à se séparer en excès de la masse du sang au sein du parenchyme hépatique? De là, formation de matière grasse dans le foie. Je ue donne cette opinion que comme une pure hypothèse, mais qui me semble mériter la peine qu’on s’occupe delà vérifier par de nouvelles recherches. Ce ne seraient pas là, d’ailleurs, des recherches isolées; elles se lieraient à d’autres, où l’on déterminerait jusqu’à quel point la mélanose pulmonaire reconnaît pour cause undéfâutconvenable d’élimination du carbone par la membrane muqueuse des bronches; jusqu’à quel point la plus grande fréquence de la gravelle, dans les lieux ou dans les temps où règne une température froide et humide, dépend de ce que, sous l’influence d’une telle température, moins d’azote que de coutume est éliminé du sang à travers le poumon : ainsi, une légère différence dans les porportions de quelques-uns des principes gazeux qui, normalement, doivent sortir de l’économie avec l’air expiré ; telle est, peut-