DE L’INDURATION
Différente de la simple hypertrophie , elle s’accompagne d’une couleur brune , rouge ou verte. Le volume du foie peut rester normal, augmenter ou diminuer; dans certains cas, sa forme est changée ; le foie est comme ratatiné. Cet état peut exister simple ou avec développement de granulations visibles à l’extérieur ou à l’intérieur, ce que Laënnec avait désigné sous le nom de cirrhose.
DE LA CIRRHOSE.
Nous empruntons l’article suivant, à M. Littré :
L’état morbide dont il s’agit a été compris sous le terme générique de tubercules du foie avec beaucoup d’autres lésions, par un grand nombre d’auteurs, notamment par Baillie, alors que le caractère anatomique du tubercule était encore indéterminé, et que ce mot ne signifiait autre chose qu’une tumeur d’une certaine dureté , nettement arrondie , et plus ou moins saillante à la surface d’un organe.
L’altération , dont le foie est ici le siège , consiste essentiellement dans le développement, à la surface et à l’intérieur du parenchyme, de granulations d’un volume variable, mais qui dépassent rarement le volume d’une cerise , et quelquefois égalent à peine celui d’un gros grain de millet ; le foie granuleux est toujours déformé, diminué le plus souvent de volume , comme ratatiné; le tissu offre en même temps plus de densité ; ces granulations sont d’une teinte rouge , brune , le plus souvent d’un jaune fauve, ou même d’un beau jaune serin. Laënneca donné àcelte altération du foie le nom de cirrhose (xlpp°0 tiré de cette dernière coloration ; il la regardait comme un tissu particulier, qu’il supposait pouvoir se développer dans. tous les organes ; il avait admis que, comme les autres tissus accidentels, la cirrhose existait dans l’état de crudité et dans l’état de ramollissement. Dans
DE LA CIRRHOSE.
le premier de ces étals, elle présente, suivant la description de Laënnec, un tissu d’une couleur fauve plus ou moins foncée, qui quelquefois tire un peu sur le verdâtre : on ne peut s’en faire une meilleure idée qu’en la comparant à celle qu’offrent les capsules surrénales chez l’adulte ; ce tissu, quoique fort consistant, a une sorte de fluidité qui ne peut mieux être comparée qu’à celle de certains fongus ou d’un cuir mou. Le tissu de la cirrhose est, d’ailleurs, compacte, assez humide , et très-délié : on n’y distingue aucune trace de fibres; on y découvre seulement, en certains cas, des divisions en forme de squammes. La cirrhose prend , en se ramollissant, une couleur plus brunâtre; lorsque le ramollissement est bien formé, la masse morbifique se trouve changée en un putrilage d’un brun verdâtre, inodore, et un peu gluant.
Laënnec admettait trois sortes de cirrhoses : i° cirrhose en masses, 2° en plaques* 3° en kystes; les granulations de cirrhose, toujours d’après Laënnec , sont constamment nombreuses, et tout le tissu \;u foie en est parsemé ; leur petitesse fait que, lorsqu’on incise un foie dans lequel il en existe un grand nombre , son tissu paraît, au premier coup d’œil, homogène et d’une couleurjaune fauve, assez semblable à celle qu’orl nomme communément cuir de botte. Mais, si l’on examine plus attentivement le tissu hépatique, on s’aperçoit facilement qu’il est rempli d’une innombrable quantité de corpuscules assez semblables, pour l’aspect, à ces lobulesde graisse durcie et roussàtre, que l’on trouve communément dans le tissu cellulaire sous-cutané de la cuisse et de la jambe des sujets atteints d’anasarque ; ces petites masses sont quelquefois unies très-intimement au tissu du foie, mais assez souvent elles en sont séparées par une couche mince de tissu cellulaire qui leur forme une enveloppe ténue, et alors elles se détachent assez facilement.
Les idées de Laënnec, sur la nature de la lésion granuleuse du foie, n’ont point été généralement admises. Dans un mémoire inséré parmi ceux de la Société méd. d’émul.
( l. ix, 6 , 170), M. Boulland a contesté le premier que la cirrhose fût une production accidentelle, posant en fait que le foie était composé de deux substances distinctes ; M. Boulîand a considéré l’état granuleux « comme une dissolution des deux éléments naturels ;» les masses jaunes, fauves, constituant le prétendu tissu' accidentel appelé cirrhose , ne. sont autre chose que les granulations sécrétoires, se désorganisant graduellement par l’effet de l’oblitération du lacis vasculaire, et de l’obstacle à la circulation hépatique qui en résulte.
Dans un travail d’abord soumis à l’Académie, puis consigné dans le Traité d’anato-
mie pathologique, M. Andral a émis une opinion très-analogue à celle de M. Boulland; regardant le foie comme formé par deux substances , ce serait la substance jaune qui serait hypertrophiée, et qui constituerait, par sa prédominance sur la substance rouge atrophiée , les saillies granuleuses de la cirrhose. M. Cruveilhier, tout en adoptant l’opinion que la cirrhose n’est pas un tissu accidentel , admet une interprétation différente du mode de développement de l’état granuleux du foie; interprétation qui dérive, d’ailleurs, comme les précédentes, de l’idée que se forme M. Cruveilhier de la texture du foie (Y. Anat. pathol.) ; comme il n’admet point deux substances dans la structure des granulations hépatiques , ce n’est plus dans un seul de leurs éléments anatomiques qu’il recherche la lésion. Se fondant sur l’examen direct des petites intumescences du parenchyme, il les trouve toutes bien isolées les unes des autres par des sillons dont le .fond est rempli par une bride fibreuse qui étrangle un pédicule distinct; coupée dans son épaisseur, chaque intumescence n’offre, au microscope, que le tissu spongieux analogue à la coupe du jonc , et qui est naturel à la texture du parenchyme; la compression exprime toute la matière jaune liquide qui l’imprègne, et qui est évidemment contenue dans les radicules des conduits excréteurs qui naissent du centie de la granulation. «N’est-il pas raisonnable de penser, dit M. Cruveilhier, que la cirrhose consiste essentiellement dans l’atrophie du plus grand nombre des granulations du foie, et que les granulations restantes s’hypertrophient comme pour suppléer celles qui sont atrophiées? « Pour la prédominance du tissu jaune, Kiesnan ( The Anat. and physiol. of the liver ) n’admet non plus qu’une substance , les différents degrés d’injections vasculaires des lobules formant les. deux couleurs , comme on le démontre par les injections artificielles.
Au milieu de toutes ces opinions , la question de l’état granuleux (cirrhose) du foie est encore, comme on le voit, loin d’être' décidée , malgré les progrès de l’anatomië pathologique (Dictionn. en 25 vol., tome xm).
Cette maladie affecte rarement l’enfance ; on ne l’observe guère avant 25 ans, elle peut être primitive ou consécutive à l’bépalite aiguë, à une gastrite, à une entérite chronique, à des accès de fièvre intermittente.
Symptômes . La cirrhose ne donne lieu à aucune douleur locale; à peine existe-t-il’de la gêne à l’hypocondre droit ; le plus souvent aussi , il n’y a aucune tumeur ; à une certaine période de la maladie , l’ascite est, au contraire, constante, soit seule, soit compliquée d’œdème des membres inférieurs. Celte ascite se développe très-lentement; la maladie qui 'lui donne naissance a elle-même une marche
MALADIES DES APPAREILS DES SÉCRÉTIONS
fort insidieuse, et peut d’abord être méconnue ; elle peut exister longtemps sans nécessiter l’alitement. Quand elle a produit une ascite considérable, si on pratique la ponction, l’épanchement se reproduit avec une grande rapidité. L’ictère ne se montre que dans le tiers des cas; il n’existe dans les autres qu’une légère teinte jaunâtre de la peau et de la conjonctive; peu à peu le dépérissement s’empare du malade, un amaigrissement progressif, sensible surtout à la face et aux membres supérieurs, survient, le malade tombe dans le marasme , et il meurt.
Cette maladie a une durée très-longue, cl il s’écoule beaucoup de temps avant que la mort arrive ; cette terminaison funeste est le résultat d’une détérioration générale de l’économie, produite par une diarrhée séreuse, abondante , survenue vers la fin de la maladie, et par la gêne portée à l’hématose.