DES HYDATIDES DU FOIE
tenaient, les unes, des vessies pleines de sérosité, d’autres une matière grasse, d’autres une matière sablonneuse.
Les hydalides sontloujours renfermées dans un kyste qui peut avoir plusieurs lignes d’épaisseur, composé de lames superposées, fibreuses, et souvent incrustées de phosphate de chaux par plaques irrégulières. La cavité de ce. kyste est hérissée d’anfractuosités sur lesquelles se moule l’acéphalocyste-mèrc sans y adhérer.
Le foie, devenu le siège d’hydatides, a le plus constamment augmenté de volume et de poids: le contraire peut cependant s’observer.1*
Douve du foie. Si l’animalité des hydatides a pu être contestée, le développement d’helminthes dans le foie des animaux est démontré par l’existence de la douve, que tous les observateurs ont signalé, et qui se rencontre parliculièrementdanslefoiedes moutons, des bœufs, des cochons, des lièvres, etc., etquia également été constatée che/ l’homme.
Cette espèce de vers séjourne dans la vésicule du fiel etdans les conduits hépatiques, au milieu même du parenchyme : cependant Bremser émet quelques doutes à cet égard pour la douve hépatiquede l’homme. La douve observée chez ce dernier , et décrite , est de fa longueur d’une à quatre lignes, de la largeur d’une demi-ligne à une ligne. Sa forme est celle d’unelancettedontlesextrémitésseraient obtuses. L’ouverture antérieure est ordinairement tournée en dedans , et obliquement; l’ouverture postérieure, ou ventrale, est un peu proéminente. Un peu plus bas sont quelques taches d’un blanc opaque , et un paquet de vaisseaux ou de tubes d’une couleur jaune ou brune (oviductes qui manquent chez quelques individus). Les vaisseaux qui se trouvent sur les côtés paraissent former les tubes alimentaires. M. Otto croit avoir observé sur ces vers un système nerveux, que Gœlde n’admet pas. Lesdouvesqu’on observe sur les animaux sont ordinairement grandes et plus volumineuses : elles ont quelquefois un pouce de longueur sur quatre à six de largeur. Toutefois on peut rencontrer de très-petites douves avec des grandes dans un même foie ; et Zeder a prouvé alors que les premières étaient les petits des autres.
La douve du foie chez l’homme est une affection rare. Malpighi paraît en avoirobservé quelques cas. Bauhin ( Sepulch . Boneti) en a parlé; mais il n’est pas bien sûr que ce qu’il a vu soit véritablement des douves. Il n’en est pas de même des observations de Bidloo ( clericî Hist. lati lumbri , p. 119) de Wepfer (dans les Éphémérides de la nature) , de Pallas (De inest. vivent.) , de Chabent ( Rudolphi), de Buc’hoz et de Brera. Tous les faits de douves du foie, que ces auteurs ont décrits chez l’homme, sont appuyés de détails qui ne
laissent aucun doute sur leur véritable nature .
C’est chez les animaux qu’on a surtout étudié l’espèce d’helminthe dont il s’agit. Les conduits biliaires qu’occupent les douves s’élargissent quelquefois d’une manière extraordinaire; une mucosité épaisse enduit leurs parois qui peuvent s’épaissir considérablement. Les incrustations uniformes qui pénètrent ces parois sont rapportées par Bremser au durcissement de la mucosité ; le foie devient iné- , gai, et si l’on presse les saillies qui surmontent sa surface, on entend une crépitation qui provient du brisement de petites lames osseuses. Ces incrustations sont tellement étendues parfois, que l’on peut obtenir alors, par la dissection, de véritables tubes osseu^. Ces tubes peuvent affecter une sorte de disposition rameuse; tel est le cas décrit par le docteur Freeslede Mecklembourg, qui compare à une main d’homme la réunion des tubes formés par les conduits biliaires , ossifiés chez un bœuf affecté de douves.
Lorsque l’altération des conduits biliaires est portée a ce degré, les douves périssent , et l’on ne rencontre souvent que cette altération pourjtémoigner de l’existence antérieure de ces vers.
Le signe principal, à l’aide duquel on pourra reconnaîtredes kystes de quelque nature qu’ils soient, est une tumeur élastique et résistante. La fluctuation y sera très-manifeste; et, dans le cas d’hydatides, leur col lision donnera parfois la sensation d’une crépitation particulière.
Les kystes et les hydatides peuvent exister longtemps dans le foie sans déterminer de graves symptômes ; mais, à la longue, le dépérissement s’empare du malade, autour du corps étranger le foie s’enflamme et suppure, et la mort arrive. Dans quelquescirconslances, le kyste qui contient les hydatides se rompt, et alors elles tombent dans le péritoine, l’enflamment, et les malades succombent à une péritonite ; quelquefois elles s’ouvrent passage dans les voies digestives, et sont rejetées par les vomissements ou les selles, ou parles bronches à la suite d’une inflammation ulcérative du foie, du diaphragme et du poumon ; elles peuvent enfin se frayer une issue à travers les> parois abdominales.
Au reste, on a trouvé sur des cadavres des traces évidentes de cicatrisation des kystes, ce qui démontre que celte altération n’est pas nécessairement mortelle.
Le traitement des kystes du foie est entièrement chirurgical. Voici ce qu’en disent MM. Ferrus et Bérard.
Les succès incontestables obtenus par l’évacuation artificielle des foyers purulents du foie devaient conduire à tenter cette même pratique dans le cas de kystes séreux accessibles à l’opération. — Les cas de guérison de
quelques-uns de ces kystes, après leur rupture spontanée à travers la paroi abdominale, pouvaient encore appuyer celte opinion. D’un autre côté, l’ouverture de kystes hydatiques, faite par erreur du diagnostic, dans le but de donner issue à des abcès supposés, a été si promptement suivie d’accidents funestes, comme les auteurs en ont rapporté beaucoup d’exemples, que cette opération paraissait devoir être repoussée par la prudence ; mais l’état du malade et les circonstances qui nécessitaient l’opération dans ces cas, et qui n’avaient pu être ménagées, pouvaient expliquer les revers dont ces tentatives avaient été suivies. Quoi qu’il en soit, dans ces derniers temps , M. Récamier a non-seulement pratiqué l’oqverturedes kystes bydatiques du foie, mais encore il a érigé cette opération en précepte, et cinq succès bien authentiques ( Revue médicale , janvier 1325) sont de nature à encourager à la pratiquer de nouveau. Il existe deux méthodes pour cette opération ; l’une appartient à M. Récamier , l’autre à M. Bégin.
M. Récamier s’assure d’abord que la tumeur saillante à la paroi abdominale est bien réellement un kyste hydatique ; pour cela, il pratique une ponction exploratrice en plongeant, dans le point le plus proéminent, un troisquarts presque capillaire; on place ensuite sur la canule une ventouse pour attirer le liquide que contient la tumeur, et dont les qualités explorées font reconnaître une sérosité plus ou moins limpide. — L’existence d’un kyste contenant une matière susceptible d’être évacuée étant reconnue, il importe que l’adhérence delà tumeur du foie avec la paroi abdominale soit préalablement solidement établie; pour obtenir ce résultat, on place, sur le milieu de la saillie qu’elle forme, un large morceau de pierre à cautère. —,On fend l’escarre qui se forme, puis on fait une seconde ou même une troisième application du caustique, jusqu’à ce que, les tissus successivement détruits, l’action de la potasse étendue au péritoine ait déterminé l’inflammation locale des feuilles contiguës de cette membrane. Enfin, un point des parois du kyste est mortifié, et livre passage aux hydalides, dont on favorise la sortie par des injections. Pour empêcher l’entrée de l’air, qui a été si funeste dans tant de cas de rupture spontanée, M. Récamier a soin de maintenir le foyer, autant que possible, constamment rempli d’un liquide d’abord émollient, et plus lard légèrement irritant et antiseptique.
La moindre quantité de liquide progressivement nécessaire pour remplir le foyer donne la mesure du resserrement de ses parois.
Cette méthode a été l’objet de beaucoup d’objections. La méthode exploratrice a d’abord inspiré des craintes. — Quelques faits
raalheureuxdeponclionsanalogues, cités dans les auteurs, entre autres par Ruisch. ( Opéra anat. mêd. chir., obs. 65,6, 6i), ont motivé ces craintes ; mais , dans aucun cas, les accidents redoutés ne se sont montrés ; et , comme le fait observer M. Récamier, la ponction ici se réduit à une simple acupuncture, dont l’ouverture, trop étroite , ne peut permettre' le moindre épanchement à l’intérieur. C’est surtout l’action de la potasse caustique dont on a craint l’extension illimitée sur la surface péritonéale. Des expériences directes pouvaient seules éclairer la question. M. Cruveilhier , qui les a entreprises, a constaté que ces nquvelles craintes étaient exagérées, et s’est convaincu que des quantités, même considérables, de caustique n’avaienltoujours qu’un effet borné; aussi, après avoir été l’antagoniste de l’opération proposée par M. Récamier , l’a-t-il adoptée pour un grand nombre de cas. Toutefois, cette opération est grave , et les chances de réussite seront toujours subordonnées à l’ancienneté de la maladie , à l’état du kyste (s’il est suppuré , il y a peu de chances), à la constitution du sujet, enfin aux complications qui pourront exister.
La méthode de M. Bégin avait pour but d’éviter l’emploi du caustique ; une incision de deux à trois pouces environ est faite à la peau sur le point le plus saillant de la tumeur ; on divise ensuite , avec précaution , les couches musculeuses , comme dans l’opération de In hernie^ arrivé au péritoine , le chirurgien le soulève avec des pinces à disséquer, et y fait une ouverture, en dédolant ; si l’épiploon ou l’intestin se présentent, ils sont doucement repoussés ; à l’aide de la sonde cannelée , on achève l’incision du péritoine : la tumeur se présente au fond de la plaie ; on panse à plat, et le malade est tenu au régime des opérations graves. Deux ou trois jours après , l’appareil est levé ; le péritoine s’est enflammé par le contact de l’air , le kyste a contracté des adhérences avec les bords de la plaie : c’est alors qu’on y plonge le bistouri ; le liquide contenu évacué, on introduit dans l’ouverture une mèche de linge effilé , et l’on panse avec des plumasseaux. {Journal hebdom., tom. i , pag. 117.)
Si dans ce mode opératoire l’étendue des incisions peut être moins calculée, l’action directe de l’instrument tranchant sur le péritoine , et surtout l’entrée libre de l’air dans sa Cavité, sontdes circonstances quidoivent faire redouter une péritonite générale, bien plus que dans la méthode précédente ; et, enfin , si ce procédé est le seukapplicable aux tumeurs qui ne sont pas en contact immédiat avec les parois abdominales, ne vaudrait il pas mieux, ainsi qu’on l’a sagement exprimé déjà, respecter ces tumeurs que de tenter de les ouvrir (Dict. en 25 vol., tom. xur).