NÉVRALGIES DD FOIE
La névralgie du foie a été désignée sous le nom d ’hépatalgie.
Elle est constituée par une douleur plus ou moins vive, plus ou moins durable, quelquefois continue , souvent intermittente sans tuméfaction ni augmentation de sensibilité sous la pression, ayant son siège dans la profondeur du foie, et que l’on ne peut raisonnablement attribuer à une inflammation actuelle ou à une lésion organique quelconque de ce viscère.
Le siège de celte affection est dans les rameaux que le plexus solaire fournit au foie , lesquels, venant à s’affecter, renvoient aux centres nerveux leur souffrance.
La névralgie du foie succède quelquefois à d’autres névralgies.
Les causes et le diagnostic de cette affection sont très-difficiles à établir. Ce n’est guère que par voie d’exclusion que l’on pourra être amené à soupçonner l’existence de cette affection. Elle peutsurlout être confondue avec la douleur due au passage ou à la présence de calculs dans les voies biliaires.
Le traitement est le même que celui de toutes les névralgies : émollients, antispasmodiques, bains tièdes longtemps prolongés, narcotiques, repos; tels sont les principaux moyens qu’on emploie.
MALADIES DES ORGANES DE L’APPAREIL d’eXCRÉ- TION DE LA BILE.
Phlegmasies.
L’inflammation aiguë de la vésicule du fiel accompagne assez souvent les diverses maladies du foie, et surtout les calculs biliaires; sans ces complications, c’est une maladie assez rare.
Caractères anatomiques. On a trouvé la vésicule perforée (Cruveilhier), remplie de pus et sillonnée d’ulcérations (Stoll, Lancisi), affaissée, percée de plusieurs ouvertures , ulcérée (Martin Salon , Desjardins), protubérante, épaissie (Scott).
La phlegmasie des conduits biliaires est une affection encore plus rare. La Bibliothèque britannique, tom. lx, isiô, pag. 53, a publié l’observation suivante : M. Curry fut appelé un jour, a sept heures du matin, au secours d’une dame âgée de 72 ans , qu’il avait vue la veille parfaitement bien portante, et qui venait de se trouver mal. Il arriva au moment
où elle expirait. On lui raconta qu’une demiheure auparavant, après avoir passé une trèsbonne nuit, elle s’était plainte, à son réveil, d’une vive douleur à l’estomac avec quelques nausées; elle avait demandé une infusion de mélisse, et mourut en la buvant. M. Curry avait ouï dire à Londres, au docteur George Fordyçe, qu’il avait vu des cas de mort subite occasionnée par l’irritation que cause quelquefois le passage d’un calcul biliaire au travers du conduit cholédoque. La douleur dont s’était plainte la malade lui faisait soupçonner quelque chose de semblable. Il demanda l’ouverture du cadavre, et il trouva tout le corps en bon état, à l’exceptiondu canal cholédoque dont l’intérieur parut fort enflammé, et portait évidemment les traces d’une grande irritation. Cependant on ne découvrit, ni dans l’intestin, ni dans aucune partie du canal alimentaire, aucun vestige de calcul, mais il y en avait dans la vésicule du fiel, et il ne semble pas impossible que l’un d’eux y eût reflué après s’être engagé dans le conduit.
Dans la fièvre bilieuse de l’Inde, on trouve, d’après quelques médecins anglais, les parois de ces canaux tuméfiées de telle sorte qu’on ne peut y introduire une sonde.
Causes. L’inflammation des voies d’excrétion de la bile est diverse. D’après des observations exactes, l’inflammation du duodénum peut se propager aux canaux et à la vésicule. D’après M. Gendrin, il en serait toujours ainsi. Mais il est prouvé aussi que cette phlegmasie peut exister indépendamment de celle du duodénum. Si l’on en croit Rœderer et Wagler, cette maladie, dans certains cas, serait due à la présence des vers : ils assurent en avoir trouvé dans les voies biliaires, que ces insectes avaient irritées. D’un autPfe côté, M. Guersent a rapporté l’observation d’un enfant de quatre ans, chez lequel une colique hépatique mortelle fut provoquée par le passage d’un ver dans le canal cholédoque.
Celte maladie peut aussi reconnaître pour cause les coups portés sur l’hypocondre; mais la cause la plus fréquente est la présence de calculs. Doit-on, avec quelques auteurs, admettre que le rhumatisme fixé sur la vésicule biliaire en détermine l’inflammation?
Comme nous l’avons déjà dit, si cette maladie est quelquefois idiopathique, elle est le plus souvent liée à des affections du foie, à la présence des calculs, et aux maladies de l’estomac et du duodénum.
Symptômes. Dans les faits publiés jusqu’ici, on trouve comme symptômes : douleur soudaine, vive, atroce au rebord des fausses côtes, augmentée par la pression, la respiration, le décubilus sur le dos. Le malade peut à peine s’étendre, et le plus souvent il se couche sur le côté gauche en repliant les membres inférieurs. Le paroxysme de la douleur dure pen.
MALADIES DES APPAREILS DES SÉCRÉTIONS
dant plusieurs heures, puis il diminue; et* ordinairement, à mesure qu’il diminue, l’ictère se manifeste. En même temps il a des vomituritions ou des vomissements qui n’amènent que des matières aqueuses ou verdâtres. Ces vomissements suivent la douleur et diminuent avec elle. La fièvre se joint à ces accidents, et lorsque la première acuité des symptômes est tombée, les auteurs signalent une fièvre accompagnée d’un pouls petit et serré, d’une soif vive, mais où il n’y a ni frisson ni chaleur remarquables. La constipation existe, et l’urine a les caractères de l’urine des ibériques. Si la maladie tend à la guérison , la douleur ^t l’ictère s’évanouissent peu à peu, les selles deviennent régulières; sinon, les souffrances se réveillent par intervalles, l’ictère s’accroît, la peau devient sèche, et la mort survient, soit par l’effet de l’inflammation seule de la vésicule, soit par la perforation de cette poche, accident qu’on reconnaît à l’apparition subite des symptômes d’une péritonite aiguë.
Cette maladie est fort douloureuse et fort grave; on doit toujours craindre, en effet, que la vésicule ne se.perfore et ne donne lieu à une péritonite mortelle.
Traitement 11 doit être antiphlogistique et se composer des saignées générales plus ou moins répétées, des saignées locales sur l’hypocondre droit à l’aide des sangsues ou des ventouses, d’applications émollièntes sur le lieu douloureux, de bains tièdes, de lavements et de calomel à dose purgative.
IIe CLASSE. — LÉSIONS DE SÉCRÉTION.
DE l’HYDROPISIE DE LA VESICULE.
Sêlor^M. Littré, on a donné le nom d’hydropisiedela vésicule à deux états pathologiques très-différents. Dans le premier, qu’on appellera plutôt œdème de la vésicule, la membrane muqueuse et le tissu sous-muqueux sont infiltrés de sérosité. Cet œdème est se- • condaire; M. Louis l’a observé un certain nombre de fois. C’est une altération qui rentre plutôt dans le domaine de l’anatomie pathologique que dans celui de la pathologie.
Il n’en est pas de même de l’autre état. Alors il s’accumule dans la vésicule un liquide tout différent de la bile; et pour cela il faut que toute communication soit coupée avec le foie, c’est-à-dire que le canal cystique soit obstrué.
Dans ce dernier cas, on voit que l’hydropisie de la vésicule aura toujours été précédée de souffrances vers l’organe biliaire, qui au ront accompagné l’occlusion du canal cystique. Les malades qui en sont affectés se plaignent d’une douleur non pas très-violentefmais obtuse et continue vers les fausses côtes droites; l’hydropisie de la vésicule étant souvent
jointe à la lithiase biliaire , la douleur a des intermissions et des accès; mais elle est obtuse et égale si l’accumulation du liquide dépend de la simple oblitération du canal cystique.
Quand ces symptômes ont duré quelque temps, il apparaît au-dessous du rebord des fausses côtes, dans l’hypocondre droit, une tumeur qui s’accroît peu à peu , et qui se porte tantôt vers la région épigastrique, tantôt vers la région iliaque. Volter citait un exemple où elle était descendue jusque dans l’hypogastre : cette tumeur est molle au toucher et circonscrite. Le plus souvent, les malades ne sont pas fort incommodés de cefte affection: ils peuvent, pendant longtemps, vaquer àleurs affaires, sans éprouver de trèsgrands dérangements de santé.
Mais c’est là l’hydropisie de la vésicule dans un état de simplicité qui n’est pas commun. Le plus souvent elle est unie, soit à des calculs, soit à des maladies du foie qui minent la constitution ou déterminent de graves accidents. La vésicule elle-même, dans cette condition, est parfois prise d’inflammation : alors on voit augmenter la douleur de l’hypocondre, les vomissements survenir, la fièvre s’allumer, et le malade succomber, soit que l’inflammation seule le tue, soit que la vésicule, en se rompant, occasionne une péritonite mortelle. C’est l’observation de ces accidents qui a fait dire aux médecins que les malades affectés d’hydropisie de la vésicule du fiel meurent souvent en très-peu de temps. La rupture peut aussi être causée par un coup ou une chute sur l’hypocondre.
Les qualités de l’humeur contenue dans la vésicule varient beaucoup. De Haen a trouvé sur un hydropique dont le foie était tout granuleux, la liqueur de la vésicule aqueuse, et sans la moindre amertume ; elle n’était pas transparente et insipide, mais elle était tremblante comme de la gélatine. Bernard (Reils , archiv. , B. 3, S. 479,) l’a trouvée semblable à de l’albumine ou de la synovie. En effet, la chaleur et les acides y ont déterminé un précipité floconneux. Glisson a rencontré, dans la vésicule d’une femme cachectique, un liquide séreux, incolore, sans aucune amertume, et plutôt d’un goût douceâtre. Dans un cas observé par Tiedeman, la vésicule contenait une humeur limpide filante comme l’albumine; l’acide acétique y déterminait un précipité. M. Louis a vu ce liquide semblable à du blanc d’œuf ou de l’urine.
L’ascite , qu’on a observée dans certaines hydropisies de la vésicule, ne lui appartient pas en propre, et ne peut être rangée parmi -lès conséquences nécessaires de cette affection; elle dépend de complications qui portent, la plupart du temps, sur le foie.
lien est de même de l’ictère. Tant que le mal se borne strictement à l’occlusion du ca-