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CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES ET RECHERCHES HISTORIQUES

Les travaux de quelques médecins anglais, des observations recueillies en France à l’hôpital de la Charité, permettent de détacher de l’histoire générale des hydropisies une espèce distincte, et de préparer les éléments de sa monographie. Cette espèce a ses causes; des symptômes caractéristiques l’annoncent; elle offre quelques indications thérapeutiques particulières; et puis ce n’est pas un cas rare, elle est beaucoup plus fréquente qu’on ne le croyait, d’après le petit nombre de recherches faites à ce sujet; en un mot , son étude isolée n’est pas seulement un point de vue théorique mais encore une nécessité pratique.

Ainsi que nous le démontreronsdansle cours de cette dissertation , l’épanchement séreux qui en est le sujet n’est pas une affection idiopathique indépendante; il est le résultat d’une altération particulière des reins : il devient donc nécessaire de réunir dans la même description l’effet et la cause, l’hydropisie et l’af-

fection des organes sécréteurs de l’urine. Celte marche nous semble, jusqu’à des travaux ultérieurs , la plus favorable à l’élude.

Quelques traits fugitifs , dans les auteurs anciens ou modernes , semblent se rattacher à cette maladie : c’est l’état morbide des reins , c’est l’état albumineux des urines, ce sont d’autres symptômes encore que leur génie observateur a saisis , comme en passant, sans en tirer une induction formelle.

Fernel regarde comme erronée l’opinion de ceux qui rapportent à une maladie du foie les urines sanguinolentes, ou ressemblant à de la lavurede chair; en les attribuant à une altération des reins , il peut avoir entrevu l’altération dont nous nous occupons ( Pathologia , lib. m, cap. xm, Francfort, 1592, in fol.).

Van Helmont, dans son chapitre de l’hydrôpisie inconnue , en soupçonne la cause dans une maladie des organes sécréteurs de l’urine ( Ortusmedicinœ , pag. 509. Amst., 1648).

Bonet (Th.) parle d’une ascite provoquée par une affection qui aurait diminué le volume des reins et leur consistance : Vitio renum flaccidorum ( Sepnlcretum anatom. seu anatom. pract ., lib. m , sect. 21 , obs. s). Il fait mention ailleurs d’un pauvre, mort hydropique, chez qui l’autopsie découvrit des reins blancs comme du lait, couleur qui s’observe souvent dans la maladie de Bright. Schenk (Obs. médic., chap. m, pag. 866) avait fait la même remarque chez une personne morte d’une ascite.

Le docteur Fordyce dit, dans ses Éléments de médecine (Londres, 1768), que, si les reins sont relâchés ou stimulés, du chyle, du sérum, de la lymphe coagulable , et même les parties rouges du sang , peuvent être rejetés par ces organes.

Kruickshank assure que, dans certaines hydropisies, l’urine est coagulable comme le sérum du sang, tandis que, dans celles qui procèdent de viscères malades, elle ne se coagule ni par la chaleur ni par l’acide nitrique. (Appendice de l’ouvrage de Rollo , sur le diabétèS, pag. 447-448.)

On lit dans Morgagni, au sujet d’une femme hydropique ( de sed. et causis morbor ., epist. xl, §21) : Latérales ventriculi non sine aqua intro eff'usa ut in thoracis cavo , sic etiam in ventre aqua non defuerat. Ren uterque inœquali erat superficie et maculis albis hic illic qua subsidebat variegata. »

Chapotain (Topographie médicale de l’Ilede-France, thèse, 1812) cite l’observation d’un jeune créole qui rendait des urines sanguinolentes, et se plaignait de douleurs vives dans les reins, suivies d’urines dans lesquelles l’ébullition et l’acide nitrique montraient la présence de l’albumine.

Blackall fixe davantage l’attention des médecins sur la présence du sérum dans les

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urines, et la regarde comme le signe constant d’une hydropisie imminente ou déjà formée ( Observ. on the nature and cure of dropsies, in-s°, isis).

Wells (3e vol., Transac. d’une société de méd. pour l’avanc. de la médecine) devient plus précis dans deux Mémoires publiés en isi2. L’analyse des urines lui démontre la présence del’albuminequarante-huilfoissur cent trente cas d’ascite , quarante-sept sur soixante-six d’anasarque symptomatique ou essentielle, quatorze sur vingt d’hydrothorax. Frappé de ce phénomène, il examine les urines d’autres maladies aiguës ou chroniques, et dans dixneuf des premières, quatre-vingt-trois des secondes, il ne découvre aucune trace d’albumine, ou par hasard des traces si légères, qu’elles ne peuvent être comparées avec celles desurines des hydropiques. Wells va plusloin encore : il signale dans quelques autopsies l’altération des reins, d’une manière vague, à la vérité, mais assez pour montrer qu’il soupçonne la cause du mal.

Richard Bright ( Choix d’observ. médic., Londres, 1827), profitant sans doute de ces données importantes , se livre à des recherches sur les causesqui peuvent produirel’hydropisie. A l’aide de réactifs convenables, il découvre aussi l’albumine dansl’urine de quelques sujets atteints de cette maladie ; mais tous les hydropiques ne lui offrent pas le même phénomène. Sur vingt-quatre individus qui se présentent, dix-sept meurent, sept guérissent : l’autopsie des premiers lui a fait voir constamment une altération évidente des reins, quelquefois seule, quelquefois compliquée de l’affection d’autres organes; et dans ces divers cas, le plus souvent la maladie des reins est la plus ancienne , la plus considérable, et les complications ne paraissent être que des effets secondaires. Les sept malades guéris présentent, avec des urines albumineuses, des symptômes indubitables de l’affection des reins,commedesdouleurs,dansleslombes,ete.

Bright tire , de ces observations recueillies avec soin, la conclusion qu’une des causes de l’hydropisie,une des plus fréquentes peut-être, est une altération morbide des reins ; cette altération, il cherche à en pénétrer la nature ; il lui assigne trois degrés ou plutôt trois formes.

Les travaux de cet observateur provoquent ne nouvelles recherches. Deux professeurs d’Edimbourg, Christison et Grégory, publient en 1827 et i83i des résultats qui viennent à l’appui de ceux obtenus par le médecin de Londres ( Reports of medical cases. Londres, 1827 et iss 1 ). Us reconnaissent que l’émission de l’urine albumineuse est liée, pendant la vie, à un état pathologique des reins, et rapportent, à l'appui de leur assertion, le premiersept observations, le second quatre-vingts

la plupart éclairées par la nécroscopie. Ils observent, à la vérité, une foule d’affections concomitantes avec celle des reins ; mais ce n’est jamais que lorsque ceux-ci sont malades que l’hydropique rend des urines albumineuses.

La maladie des reins n’était pas entièrement inconnue en France à l’époque où Bright appelait sur elle l’attention de ses compatriotes. Un des professeurs de celte faculté, M. Andral, à qui rien n’échappe en fait d’anatomie pathologique, l’avait signalée dans la deuxième édition de sa Clinique médicale, sans cependant faire mention de l’état albumineux des urines.

Ces découvertes importantes, ces travaux intéressants avaient à peine appelé l’attention de quelques médecins français, lorsque M. Rayer entreprit de nouvelles recherches sur la maladie de Bright, au commencement de 1831, et voulut bien nous y laisser prendre une part active. Tous les hydropiques, pendant cinq mois , admis à la Charité, dans les salles de MM. Rayer et Lerminier, sont examinés avec soin, leurs symptômes annotés, leurs urines soumises aux réactifs; sur 25, 13 rendent des urines mêlées d’albumine; parmi ces derniers, 11 succombent, et la nécropsie montre les reins toujours altérés, et quelquefois altérés seuls.

Ces faits concordent avec ceux des médecins anglais; mais, pour leur donner toute la valeur qui leur appartient, et marquer dans le cadre nosologique une place à la maladie de Bright, il importait de faire de nouvelles expériences, et surtout de rechercher si les urines albumineuses ne se rencontraient jamais dans d’autres maladies que dans celles des reins. Wells avait bien commencé cette tâche, mais ne l’avait pas achevée. Bright, Christison et Grégory ne l’ont remplie qu’à l’égard des affections du foie et du cœur. M. Rayer, qui en sentait toute l’importance, a eu le courage de l’entreprendre et le bonheur de l’achever. Nous en dirons plus tard les résultats, qui seront, nous l’espérons, bientôt publiés par ce médecin lui-même avec ses recherches sur la nature de la maladie des reins.

Il suffit toutefois de 130 observations recueillies jusqu’à ce jour, tant en France que dans la Grande-Bretagne, pour s’arrêter à l’idée de l’existence d’une hydropisie spéciale résultant d’une maladie des reins. Ces observations sont également concluantes, soit qu’elles représentent cette maladie simple, soit qu’elles la montrent compliquée, puisque les complications, examinées isolément, n’offrent pas le caractère essentiel de l’hyJrcpisie en question, c’est-à-dire la présence de l’albuine dans les urines.

Symptômes. — L’hydropisie est un des

MALADIES DES APPAREILS DES SECRETIONS

symptômes les plus fréquents de la maladie granuleuse des reins ; Bright l’a observée vingt-trois fois sur vingt-quatre, Grégory cinquante-huit sur quatre-vingts, M. Rayer seize sur dix-sept ; et si Grégory l’a rencontrée moins souvent, peut-être n’a-t-il pas tenu compte de ces légers œdèmes des extrémités que l’on rencontre quelquefois. Ce symptôme peut se montrer sous différentes formes : c’est quelquefois une ascite, plus souvent une anasarque; d’autres fois un léger œdème des pieds, des mains et de la face. Les observations de Bright ont plus souvent trait à une anasarque, et celles que nous avons recueillies dans le service de M. Rayer, à des ascites, avec œdème des extrémités inférieures.

Ces épanchements séreux dans le tissu cellulaire ou dans les cavités du péritoine, produits par la maladie de Bright, sont, dans la plupart des cas, accompagnés et quelquefois précédés d’une douleur dans la région des reins ou d’une sensibilité anormale dans cette partie, que la pression augmente ou qu’elle rend perceptible si elle est sourde et latente. Bright a signalé ce symptôme dix fois sur vingt-quatre, Christison quatre sur sept, et nous l’avons remarqué chez neuf des dix-sept malades dont nous venons de consigner les observations. Grégory parle d’une autre douleur plus fréquente que la première, qui se manifesterait à la partie supérieure de l’abdomen, dans les limites de l’hypocondre droit, et qu’il aurait rencontrée trente-trois fois sur quatre-vingts cas. Celte douleur, qui, selon lui, serait indépendante du foie, ne s’est présentée à nos investigations que chez un sujet atteint de phthisie et d’entérite chronique ; cependant Bright et Christison l’ont observée sur quelques malades; mais, lorsqu’ils ont pu en faire la nécroscopie, ils ont presque toujours découvert dans le foie des altérations qui expliquaient ce phénomène. Les médecins anglais signalent encore , dans certains cas, des douleurs à l’épigastre et autour de l’ombilic, qui n’ont jamais été observées chez les sujets de nos observations. Il est des cas (plus d’un tiers ) où l’hydropisie n’est précédée ni accompagnée d’aucune douleur, où la pression sur la région lombaire n’en peut provoquer aucune.

L’hydropisie et la douleur ne sont pas les seuls symptômes qui se rattachent immédiatement à l’affection des reins ; la sécrétion urinaire subit des modifications importantes dans sa couleur, sa pesanteur spécifique et sa composition.

L’urine est tantôt rouge brunâtre, ressemblant à de la lavure de chair, plus souvent jaune paille, jaune verdâtre, semblable à du petit-lait non clarifié, plus ou moins trouble dans tous les cas. C’est dans le début de la maladie qu’on remarque plus particulièrement

les urines rouges, et quelquefois même une sorte d’hématurie ; on voit alors, au fond du vase, des flocons filamenteux, rougeâtres, qui semblent être fournis par la partie fibrineuse du sang. Les auteurs anglais font mention d’un dépôt semblable à du son qui se trouverait fréquemment dans les urines des hydropiques, par suite d’affection rénale. Nous n’avons eu qu’une seule fois l’occasion de vérifier cette particularité dans les urines d’un hydropique atteint d’une maladie du foie, et sans aucun indice de maladie des reins.

Nous avons dit, soit d’après nos observations, soit d’après celles des auteurs, que les urines sont toujours plus ou moins troubles; une exception ne saurait détruire cette proposition, et cette exception nous l’avons remarquée chez le malade qui fait le sujet de la onzième observation, et qui était atteint d’une phthisie très-avancée.

La pesanteur spécifique de l’urine est, d’après les auleurs anglais déjà cités, constamment moindre que dans l’état pur; sa moyenne est de ioi3 à tois, tandis que chez l’homme sain elle est de 1024 à 1026. Ces calculs ont pour base des expériences faites par Grégory, au mois de septembre, sur cinquante-deux sujets bien portants et cinquante affectés de la maladie de Bright. La diminution de la pesanteur de l’urine est d’autant plus remarquable ici, que la quantité de ce fluide est, dans presque tous les cas de cette maladie, moindre, comparativement, que dans l’état de santé ordinaire.

L’urée et les autres parties solides qui forment les éléments de l’urine sont aussi en moindre quantité dans ce fluide; quelquefois celte diminution est peu sensible, tandis que, dans d’autres cas, elle est presque de moitié : c’est du moins ce qui a été constaté en Angleterre. L’analyse chimique découvre en outre, dans les urines , la présence de l’albumine; les changements survenus dans la composition de ce fluide sont si essentiels qu’ils nous serviront plus tard de signes pathognomoniques.

Bright, Christison et Grégory ont reconnu l’albumine dans les urines de tous les hydropiques dont les symptômes ont fait présumer ou dont l’autopsie a démontré l’altération des reins ; même résultat pour les malades soumis à notre observation. Il importe donc de faire connaître les réactifs qui nous ont servi à constater la présence de l’albumine dans la sécrétion urinaire.

Traitées par l’acide nitrique, les urines qui contiennent cette substance forment des précipités plus ou moins abondants, depuis un simple nuage blanc opalin jusqu’à une masse en flocons, grumeaux ou filaments : un quatrecentième d’albumine s’e&t découvert par ce moyen. Si l’urine n’en recèle qu’une minime

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quantité, l’acide nitrique y fait naître un nuage blanc; si elle en contient davantage, elle devient laiteuse. L’albumine est-elle plus abondante encore à la dose d’un quarantième, d’un trentième, d’un vingtième : le précipité est grumelé, caillebotté. L’albumine est-elle mêlée à l’urine dans la proportion d’un dixième, d’un huitième : en faisant tomber goutte à goutte l’acide nitrique dans le liquide, il entraîne avec lui au fond du vase l’albumine en forme de filaments. Dans des cas très-rares , en mettant dans l’urine une goutte d’acide, il se forme, à la surface du liquide, une plaque blanche lenticulaire, qui n’est autre chose que l’albumine subitement coagulée. Les urines alors sont mêlées au moins à un cinquième du sérum du sang. En réunissant quatre parties d’urine pure et une de sérum, le même moyen produit le même phénomène. Nous avons at ssi la contreépreuve des expériences précédentes, et toujours avec le même succès.

Le deutochlorure de mercure , à l’aide duquel on peut découvrir la plus légère quantité d’albumine dans un liquide, serait peut-être le meilleur réactif si, mêlé avec l’urine, il ne se décomposait pas pour passer de l’état de deuto à celui de protochlorure, et donner ainsi un précipité qui n’est pas celui que nous cherchons.

Le moyen le plus sûr et le plus facile est, sans contredit, celui de la chaleur ; en exposant à celle d’une lampe ou de charbons ardents l’urine contenue dans une fiole à médecine ou dans une cuiller, on voit bientôt un nuage blanchâtre se former autour des parois du vase et gagner le centre du liquide à mesure que la chaleur augmente ; au moment de l’ébullition, l’albumine, si elle est abondante, sa ramasse à la surface du liquide en une pellicule ou croûte blanchâtre, et se réunit en flocons plus ou moins épais, d’abord suspendus dans le liquide, et gagnant ensuite le fond du vase.

En faisant l’analyse des urines albumineuses, nous remarquions presque constamment sur ce liquide et contre les parois du vase un certain nombre de bulles, qui restaient sans s’affaisser, comme cela arrive aux urines ordinaires. Ce caractère physique, dont les médecins anglais n’ont pas fait mention, nous suggéra l’idée d’agiter le liquide, ou mieux de souffler dedans, à l’aide d’un tube creux ou d’un chalumeau quelconque, et nous vîmes en un instant une grande quantité de bulles énormes, superposées les unes sur les autres, comme celles que les enfants font communément naître dans l’eau de savon. Les urines naturelles, soumises à cette épreuve, offrirent, il est vrai, un grand nombre de bulles, mais moins grosses, et s’affaissant aussitôt qu’on cessait d’agiter le liquide. En y ajoutant

un peu de sérum , les bulles, d’abord si fugaces, restèrent à la surface du liquide, comme dans les urines des hydropiques. Il n’y eut pour nous plus de doute que l’existence des bulles permanentes, leur développement par l’insufflation, ne fussent de sûrs indices de la présence de l’albumine dans les urines. Des expériences faites en présence de M. Rayer ont prouvé qu’à leur aide on peut découvrir jusqu’à un cinq-centième de sérum mêlé avec de l’eau ou de l’urine ordinaire. La simple vue d’urines recouvertes de bullesnous a deux fois fait reconnaître leur mélange avec l’albumine, sans avoir, au préalable, employé d’autres réactifs.

L’examen comparatif des moyens propres à constater l’état albumineux des urines nous a conduit à donner la préférence à la chaleur et aux bulles dont nous venons de parler. L’acide nitrique peut quelquefois induire en erreur, et voici comment : une petite quantité de cet acide trouble des urines où la chaleur ne démontre pas un atome d’albumine, et ces mêmes urines redeviennent limpides, si l’on ajoute une plus grande quantité d’acide. Nous avons yérifié ce fait chez des malades affectés, un d’hydropisîe dépendante d’une maladie du foie, deux d’hydrothorax, un de phthisie, un autre de variole compliquée de pneumonie, enfin chez une femme affectée d’un cancer utérin : l’emploi de la chaleur nous fit réformer le premier jugement que nous avions porté. Serait-ce un précipité semblable qui en aurait imposé à Wells et à Blackall, qui ont rencontré des urines albumineuses dans une foule d’hydropisies qui n’étaient évidemment liées à aucune altération des reins? La facilité de la méprise, comme la promptitude et le nombre des guérisons qu’ils citent , nous feraient incliner vers cette opinion.

Outre l’hydropsie avec urine albumineuse dépendante d’une affection granuleuse des reins, il est d’autres altérations, ainsi que l’a constaté M. Rayer, qui sont accompagnées d’un étatalbumineuxde la sécrétion urinaire: i° dans l’hématurie dépendante du cancer et de calculs dans les voies urinaires, l’urine est îégèrementalbumineuse; sa couleur estrousse, elle est troublée par de légers flocons brunâtres, qui se déposent lentement au fond du vase; 2° dans la néphrite et la cystite, avec sécrétion purulente , les urines filtrées contiennent quelquefois une quantité notable d’albumine; 5° dans l’affection tuberculeuse des reins parvenue à son plus haut degré de développement, les urines sont parfois trèschargées d’albumine; 4° dans les cas de distension hydrorénale , par intervalles et surtout dans les grandes évacuations d’urine, après une rétention de plusieurs jours, on trouve quelquefois en grande abondance de

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l’albumine dans les urines : celles contenues dans le sac rénal sont toujours très-albumineuses, chez l’homme comme chez les animaux; 5° enfin M. Rayer a trouvé les urines fortement albumineuses dans une espèce d’anémie jaunâtre du rein, avec gonflement de cet organe et concrétions fibrineuses blanchâtres, dans plusieurs de ses veines ; 6° mais l’affection avec laquelle se lie le plus fréquemment, pour ne pas dire toujours, l’état albumineux plus ou moins prononcé des urines, est, sans contredit, l’état granulé des reins décrit par Bright (deuxième espèce).

D’autres fonctions que la sécrétion urinaire, d’autres organes que les reins, paraissent ressentir l’influence de la maladie de Bright, et leurs lésions sont devenues pour elle de nouveaux symptômes.

La fièvre accompagne presque toujours cette affection, soit que les reins soient les seuls organes malades, soit qu’il y ait lésion concomitante d’autres organes. Cette assertion repose sur des chiffres : sur 24 cas, Bright a observé la fièvre dix-sept fois, nous l’avons rencontrée t2 fois sur n. Ce symptôme dénote une forme aigue dans l’hydropisie dont nous parlons, et s’accorde assez avec l’activité des causes qui la produisent; il pourraitpeul-être encore être expliqué par le changement survenu dans l’état du sang.

L’imprégnation albumineuse des urines, la diminution de l’urée dans ce fluide, devaient nécessairement diriger sur le sang l’attention des observateurs. Leurs recherches n’ont pas été sans résultat : Boslok, le collaborateur de Bright, et Christison, ont constaté la présence de l’urée dans le sang, la diminution de l’albumine et de la pesanteur spécifique de sa partie séreuse. En traitant par l’acide nitrique le sang de plusieurs malades, ils ont obtenu des cristaux sous forme d’écailles brillantes, semblables à ceux de nitrate d’urée, plus ou moins purs ; et quand la proportion de l’urée dans l’urine se rapprochait beaucoup plus de l’état naturel, qu’elle était, par conséquent, moindre dans le sang, au lieu de cristaux ils ont obtenu une masse grenue exhalant l’odeur de l’extrait de l’urine soumise au même agent. MM. Rayer et Young ont répété ces expériences sur le sang de plusieurs sujets ; ils n’ont pas obtenu les cristaux, mais un précipité d’odeur urineuse qui ne laisse aucun doute sur son identité avec les éléments de l’urine. Nous n’avons fait ni vu faire les expériences de Bostok et Christison sur la diminution de l’alhuminedans le sérum du sang, et la pesanteur spécifique moindre de ce fluide; mais leurs recherches à cet égard ont pourgarant la vérité de leurs premières analyses. Ils ont publié que la pesanteur spécique du sérum était d’autant plus faible que l’urine était chargée de plus d’albumine, d’où le doc-

teur Christison conclut, ce nous semble avec raison, que la présence de l’albumine dans l’urine n’est due qu’au simple passage du sérum dans ce liquide ; et ne voit-on pas dans quelques cas, au début de la maladie surtout, non-seulement l’albumine, mais encore la matière colorante du sang passer dans l’urine?

Grégory a observé le vomissement et la diarrhée dans 46 cas sur so, et croit ces phénomènes indépendants d’un état inflammatoire. Bright signale 5 diarrhées dans ses 24 observations, et ne fait pas mention du vomissement, De nos dix-sept malades, deux ont eu des nausées, un seul des vomissements déterminés par la teinture* de digitale, mais la plupart ont été affectés de dévoiement, sans offrir de symptômes d’irritation intestinale, si ce n’est quelques phthisiques. Les vomissements si fréquents dont parle Grégory ne seraient-ils point l’effet des médications anglaises?

Les symptômes cérébraux, depuis la céphalalgie jusqu’à l’apoplexie, se remarquent assez fréquemment pour que nous les considérions comme appartenant à la maladie qui nous occupe. Bright et Christison les ont signalés dans un certain nombre de cas : quoique dans nos observations il en soit fait moins souvent mention proportionnellement , nous ne devons pas moins considérer les symptômes cérébraux comme ayant quelques liaisons avec l’affection des reins. Le docteur James-Arthur Wilson vient à l’appui de celte opinion, en rapportant des observations de mort subite sans lésion appréciable du cerveau, mais avec altération très-avancée des reins. (Mémoire lu à la Société de Médecine de Londres, février 1833.)

Bright note, comme un fréquent effet de l’affection des reins, l’inflammation des séreuses, et surtout de la plèvre, qu’il a vue dix fois pendant le cours de la maladie principale; inflammation souvent latente et dont la marche insidieuse réclame toute l’attention du praticien. Cette complication est rare dans les observations de Christison et ne s’est présentée qu’une seule fois dansles nôtres. Le médecin d’Edimbourg parle de fréquents catarrhes; les tubercules sont l’affection thoracique que nous avons le plus souvent rencontrée.

En résumé, une douleur dans la région des reins, des urines rougeâtres ou jaunes, toujours troubles, imprégnées d’albumine, la présence de l’urée dans le sang, la fièvre, le dévoiement : tels sont les symptômes ordinaires de l’affection des reins et de l’hydropisie qui en dépend.

La marche de cette hydropisie n’est pas uniforme; quelquefois elle se déclare tout à coup après l’action des causes qui la produisent; quelquefois elle est lente, insidieuse; elle affecte surtout une tendance singulière à

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reparaître après une guérison parfaite en apparence, sans causes nouvelles et sous une forme plus grave ; vingt-cinq sur quatrevingts des malades de Grégory, quatre sur vingt-quatre de ceux de Bright, avaient déjà eu une attaque antérieure, quelques-uns deux et même trois. C’est surtout à l’oedème qu’appartient ce caractère, mais il en a encore un autre non moins étonnant, c’est sa mobilité ; les bras, les jambes, les cuisses, s’œdématient alternativement d’un jour à l’autre; ou bien, s'il y a enflure de toutes ces parties en même temps, les unes diminuent et les autres augmentent de volume. La lecture de quelquesunes de nos observations peut donner une idée de ces curieux changements. On voit souvent, le lendemain, doubler en volume et en étendue un œdème qui, la veille, réduit à peu de chose, donnait l’espoir de sa prochaine guérison : Mitotosky en est un exemple on ne peut plus frappant.

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