DÉSORDRES DE L’INTELLIGENCE
s’est d’ailleurs produite dans des cas où l’épanchement avait eu lieu très-loin des couches optiques , dans le cervelet , par exemple. Les pupilles sont tantôt dilatées , tantôt contractées, soit également, soit inégalement.
L’ouïe et le goût peuvent présenter les mêmes altérations, et donnent lieu aux mêmes considérations. Nous avons déjà remarqué que les sens peuvent présenter divers troubles dans certains cas de maladie de la cinquième paire.
L’hémorragie du mésocéphale donne lieu aux mêmes désordres de la sensibilité que celle des hémisphères cérébraux; seulement la terminaison en est plus rapidement mortelle.
L’hémorragie de la moelle épinière détermine aussi des modifications plus ou moins profondes de la sensibilité, surtout quand c’est le centre qui en est le siège.
DÉSORDRES DE L’iNTELLIGENCE.
Nous avons à reproduire pour les désordres de l’intelligence qui se manifestent sous l’influence de l’hémorragie des centres nerveux, les mêmes divisions que nous avons établies pour les autres fonctions.
Avant l’attaque , elle reste intacte dans la plupart des cas. Quelquefois cependant, plus ou moins longtemps avant l’apparition de l’hémorragie, quelques individus présentent une paresse notable de l’esprit ; le travail leur est pénible , ils ont une tendance au repos et au sommeil. Quelques autres , au contraire, sont remarquables par une excitation singulière, par un besoin continuel de se mouvoir et de changer de place. Les premiers avaient l’intelligence lente; ceux-ci la présentent plus vive. On en voit qui sont en proie à des hallucinations variées et bizarres. Chez quelques-uns, enfin, l’hémorragie est précédée par une perte complète de la mémoire.
L’hémorragie survenue, il peut arriver,
1° Que l’intelligence reste complètement intacte, et cela est positif, malgré tout ce qui a été dit pour prouver que l’hémorragie des centres nerveux s’accompagnait toujours de la perte de l’intelligence ;
2° Que l’intelligence ne soit que diminuée ;
3° Ou’elle soit entièrement abolie.
A quoi tiennent ces différences? Nous pensons qu’elles sont sous l’influence plutôt de l’étendue que du siège de l’hémorragie. Toutes les fois , en effet , qu’elle est peu étendue , l’intelligence reste intacte. Est-elle considérable, il y a modification dans la manière dont le cerveau élabore la pensée.
Dans un certain nombre de cas d’hémorra gie du cervelet, l’intelligence a été abolie, soit que cet organe participe en quelque chose aux actes intellectuels, soit que les maladies qui l’atteignent n’agissent que par retentissement.
Tous les cas observés d’hémorragie du mé-
socéphale ont été extrêmement graves ; dans tous, le coma a été noté, et dans tous, par conséquent, l’intelligence a été abolie.
Les hémorragies de la moelle ne donnent pas lieu , en général, .aux troubles de l’intelligence, c’est surtout par les lésions de la sensibilité et de la motilité qu’elles se traduisent symptomatiquement. Elles peuvent cependant déterminer quelques désordres intellectuels par une réaction sympathique de la moelle sur le cerveau , car il y a dans notre économie un consensus général qui fait qu’une molécule ne peut être dérangée sans produire un retentissement plus ou moins étendu. Vous trouverez, dans la thèse de M. Fabre, l’observation d’un individu chez lequel les pyramides antérieures seules étaient le siège d’une hémorragie parfaitement circonscrite qui avait déterminé une abolition complète de l’intelligence. Tous les symptômes avaient été aussi prononcés que dans les épanchements les plus intenses des hémisphères cérébraux.
Ces considérations établies, revenons à l’histoire générale des hémorragies des centres nerveux.
Dans une hémorragie forte , l’épanchement du sang ayant cessé, la mort devant survenir rapidement , ou la résorption devant se faire, l’intelligence est abolie, le coma survient, qui devient de plus en plus profond.
L’épanchement ayant été moins violent et moins considérable, l’individu se réveille, recouvre une partie de son intelligence et se remet en communication avec le monde extérieur dont la foudre hémorragique l’avait pour ainsi dire séparé. L’intelligence peut même revenir entière, et l’on voit des savants et des hommes de lettres revenir , après une apoplexie, à leurs travaux accoutumés, sans que rien annonce dans leurs productions ultérieures que leur cerveau ait subi une altération aussi grave que celle que constitue l’hémorragie.
Quelquefois les désordres de l’intelligence ne sont appréciables que lorsque le malade veut se livrer à un travail intellectuel fort et soutenu ; il s’aperçoit alors que son cerveau n’est plus ce qu’il était avant l’attaque, et, chose remarquable , cet affaiblissement intellectuel ne se fait pas sentir toujours d’emblée et au moment de l’attaque, mais bien d’une manière graduelle et progressive.
Tantôt le désordre de l’intelligence est plus grave. A l’apoplexie succède un état d’enfance ou d’imbécillité qui augmente incessamment et qui enlève les malades à toutes leurs relations habituelles. Chez quelques-uns, cet état n’est pas entièrement caractérisé , mais aussitôt qu’on les inquiète, pour si peu qu’on les occupe de choses qui ne leur plaisent pas, on les voit pleurer avec la plus grande facilité, sans que leur sensibilité ait été excitée.
Tantôt, mais ces cas sont rares, les malades tombent tout à coup dans un état aigu d’aliénation mentale ; nous en avons vu quelques exemples.
Il peut se faire aussi. qu’il se manifeste un délire fébrile , qui est ordinairement lié à une complication d’encéphalite ou de méningite.
L’intelligence, au lieu de se troubler tout entière, peut ne s’altérer que dans quelquesunes de ses facultés. Ainsi vous rencontrerez des hémiplégiques dont la conversation n’indique aucune altération, mais si vous leur demandez ce qu’ils ont fait la veille, ils ne le savent pas, ils ont perdu la mémoire. Celte perte de la mémoire, sur laquelle nous reviendrons longuement , peut être générale ou partielle , ne porter que sur certaines choses, sur certains noms substantifs ou adjectifs.
La parole peut être altérée en totalité ou en partie ; ainsi on voit des malades qui ne peuvent articuler certains mots ou certaines lettres.
La perte totale de la parole peut être sous l’influence d’autres causes que celles qui résultent des modifications survenues dans l’organe de l’articulation , dans la langue même; la langue en effet n’est que l’instrument, et l’articulation résulte d’un travail du cerveau, spécial à l’homme , parce que l’homme seul a dans son cerveau l’organisation nécessaire à cette fonction. Si la partie de cerveau qui présidé à cette fonction est le siège de l’hémorragie, la parole sera abolie indépendamment de toute altération de la langue. Vous voyez qu’à mesure que nous avançons dans l’étude des symptômes de l’hémorragie cérébrale nous trouvons que les lésions fonctionnelles s’isolent et s’individualisent, ce qui donne un grand poids à l’opinion qui admet un siège spécial dans le cerveau à chaque faculté intellectuelle. Ce n’est pas que nous voulions dire que ce siège nous soit connu , car la science , sur ce point , ne présente que confusion et divergence. Prenons pour exemple la fonction qui nous occupe, la parole, et voyons quels sont les faits qui ont servi dè base aux opinions sur sa localisation.
M. Bouillaud s’est beaucoup occupé de cette question. Il admet que la parole est modifiée quand une lésion a lieu dans les lobules antérieurs du cerveau.
Les faits sont-ils d’accord avec cette opinion? Dans trente-sept cas d’hémorragie cérébrale qui occupait les lobules antérieurs du cerveau , la parole a été abolie vingt et une fois , et conservée seize fois.
Dans sept cas où l’hémorragie siégeait dans les lobules postérieurs, les antérieurs étant complètement intacts , la parole a été abolie.
Dans sept autres cas où la lésion occupait les lobes moyens et postérieurs seulement, la parole a été encore abolie.
Nous avons vu à la Pitié une femme âgée, privée de la parole depuis deux ans d’une manière complète ; la langue était parfaitement libre dans ses mouvements. Elle mourut et l’autopsie fut faite avec beaucoup de soin. Nous trouvâmes dans le lobule moyen un petit ramollissement, et absolument rien autre chose. Il s’agit ici d’une altération chronique pour laquelle on ne peut pas invoquer un retentissement sur les autres parties du cerveau.
M. Récamier avait pensé que le centre ovale de Vieussens était la partie qui présidait à la parole. M. Serres l’a placée dans le corps strié, M. Foville dans la corne d’Ammon, etc.; mais ce sont là des conséquences prématurément tirées de faits particuliers. Car la perte de la parole peut coïncider avec les altérations du siège le plus divers, et même avec un état d’intégrité complète de tout le cerveau. Elle a existé, d’après une observation de M. Lallemand, avec une lésion du cervelet, et d’après M. Cruveilhier avec une altération de la protubérance annulaire.
De tous' ces faits, il résulte que l’hémorragie des centres nerveux produit souvent l’abolition de la parole. Que bien que l’on doive admettre qu’il y ait quelque lésion différente chez celui qui a perdu la faculté de parler, que chez celui qui l’a conservée , cette lésion est encore un mystère pour nous.
L’hémorragie des centres nerveux ne produit pas seulement des lésions fonctionnelles de la vie de relation, elle porte encore son influence sur les différents actes de la vie nutritive .C’est cette influence que nousallons maintenant examiner.
Symptômes de la vie de nutrition.
Circulation. Le pouls peut rester à l’état normal. Il peut aussi être dur, fort et vibrant. Il peut être ralenti, rarement accéléré.
La circulation capillaire peut être modifiée, et des hémorragies peuvent survenir sur d’autres points du corps. Il n’est pas rare, par exemple , d’observer des épistaxis.
La face est ordinairement très-rouge, mais elle peut être très-pâle , et cette pâleur ne contre-indique pas les saignées. Les conjonctives sont souvent injectées.
Respiration. Celte fonction est altérée dans les hémorragies très-étendues. La respiration devient stertoreuse, et le plus souvent les malades meurent asphyxiés.
Organes génitaux. Dans certains cas on a observé que des malades frappés d’hémorragie cérébrale présentaient un état d’érection qui , dans certaines circonstances , a persisté après la mort. On a donné de ce phénomène des explications diverses. On l’a assimilé au même phénomène produit chez les pendus par la gêne de la respiration et de la circulation. Plus tard, lorsque la doctrine de Gall eulat-