‹ Cours de pathologie interneChapitre 176 sur 232 · DU DELIRIUM TREMENS · texte numérisé non relu

DU DELIRIUM TREMENS

C’est ici l’occasion de parler de cette altération de l’intelligence que présentent certains individus qui ont fait abus des liqueurs alcooliques, et qui a été principalement décrite en Angleterre sous le nom de delirium tremens, de folie des ivrognes. Un médecin français, M. Léveillé, a nommé cette maladie, encéphalopathie crapuleuse.

Cette affection, toujours provoquée par l’abus des boissons spiritueuses, est caractérisée par le désordre de l’intelligence , par letremblement des membres, par l’insomnie et par l’embarras dans la prononciation.

Le delirium tremens s’observe fréquemment dans les grandes villes de l’Europe et des États-Unis d’Amérique ; il est surtout trèsfréquent en Angleterre, en Pologne et dans tous les pays du nord.

Cette altération reconnaît pour cause l’usage habituel et prolongé des liqueurs alcooliques. Elle peut survenir, soit pendant le cours d’une maladie, soit dans l’état de santé. Dans ce dernier cas , son invasion est ordinairement subite. Il peut arriver néanmoins qu’elle soit précédée de symptômes précurseurs, tels que malaise, faiblesse, insomnie et céphalalgie plus ou moins intense. Puis survient le délire, ordinairement très-prononcé , qui n’empêche pas cependant les malades de reconnaître les personnes avec lesquelles ils sont en relation habituelle. Ce délire est tantôt tendre ou gai, et se traduisant alors par une loquacité incessante ; tantôt il est furieux,, et se manifestant par des vociférations, des cris et des invectives. Un symptôme qu’il importe de remarquer, est l’insomnie qui tourmente les malades.

A ce délire se joignent le tremblement des membres supérieurs, des secousses rapides et plus ou moins fortes dans les bras et les poi-

gnets, la coloration de la face et l’injection des yeux. Les autres fonctions ne présentent rien de particulier. L’accélération du pouls provient plutôt de l’agitation du malade que de la maladie elle-même. La constipation est fréquente aussi dans cette maladie.

La durée de cette maladie est variable, et son pronostic est rarement grave. Fréquemment on voit des malades guérir dans vingtquatre heures , et dans les cas les plus rares les accidents ne se prolongent pas au-delà du vingtième jour. On l’a vue cependant se terminer par la mort. Quand cette terminaison funeste a eu lieu , ou bien elle est survenue pendant le coma ou bien au milieu d’un délire de plus en plus furieux.

L’anatomie pathologique n’a rien appris sur cette maladie. Dans certains cas on n’a rien trouvé dans les centres nerveux ; dans d’autres ils présentaient un état de congestion; quelquefois les méninges étaient enflammées. Nous avons eu occasion d’ouvrir plusieurs sujets morts de delirium tremens à la Maison royale de santé, et, quoique nous ayons trouvé quelquefois des altérations dans les enveloppes cérébrales, nous ne doutons pas qu’elles ne se soient formées longtemps après l’invasion de la maladie.

Le traitement de cette affection est facile et consiste dans l’administration de l’opium. Les émissions sanguines sont en général nuisibles, surtout dans la première période de la maladie. On ne doit les employer qu’alors que des symptômes de congestion ou de méningite se sont déclarés. Voici comment nous procédons ordinairement : nous donnons cent gouttes de laudanum de Rousseau, dans l’espace d’une heure. Sous l’influence de cette dose d’opium, les malades tombent dans le plus profond sommeil : ils dorment pendant dix à douze heures, et se réveillent en parfaite santé. Les Anglais, auxquels nous avons emprunté ce mode de traitement, s’en trouvent très-bien, et plusieurs fois notre propre expérience en a confirmé les heureux résultats. Il est peu important d’ailleurs d’administrer l’opium sous telle ou telle forme; il réussit également quelle que soit celle qu’on emploie .

2e Ordre. — de l'aliénation mentale (i).

Cette maladie doit être définie un désordre chronique de l’intelligence , avec complication ou non d'altération du mouvement et du sentiment, les altérations de la vie de nutrition n’étant ni constantes ni durables.

Elle doit être envisagée sous deux états : lors-

fl) En commençant l’histoire de l’aliénation mentale, M. Andral a déclaré qu’il ne se proposait que de présenter un résumé de l’état de la science sur ce point, et qu’il emprunterait aux auteurs qui se sont le plus occupés de cette spécialité les points principaux qu’il allait exposer. A. L.

que l’intelligence ne s’exerce plus , ou bien quand elle s’exerce encore.

~"1»> Quand l’intelligence peut encore entrer en exercice , il y a deux ordres à envisager : i° l’intelligence est complètement pervertie sur tous les sujets, ou manie ; 2° elle n’est troublée que sur un seul sujet, monomanie , qui se divise en diverses espèces : monomanie homicide , érotique , etc.

2° Quand l’intelligence ne s’exerce plus , qu’elle est complètement oblitérée, encore deux divisions : i° quand celte oblitération date du jour de la naissance, qu’elle est congéniale, on l’appelle idiotie; 2° quand elle est accidentelle on la dit démence.

Les symptômes de ces diverses nuances de l’aliénation mentale méritent un examen spécial. Mais les causes étant à peu près les mêmes , il convient de les grouper et de les décrire ensemble.

Causes de l’aliénation mentale.

Études des influences extérieures en tant qu’elles peuvent concourir à la production de l’aliénation mentale.

Effets de la température. — 11 est bien dé montré que la température élevée favorise la production de l’aliénation mentale, cependant les climats chauds produisent moins d’alién'és que les climats tempérés; mais dans ces derniers, les recherches statistiques ont prouvé que les admissions d’aliénés, dans Tes hôpitaux, étaient plus nombreuses en été qu’en hiver. Nous dirons tout à l’heure ce qu’il faut penser de ce nombre moindre d’aliénés dans certains pays chauds. Voici comment se rangent les saisons sous le rapport de la fréquence de cette maladie : été, printemps, hiver, automne.

Une fois développée, elle peut être influencée par certaines conditions. Pendant un froid sec, les aliénés sont plus agités , ont plus souvent des moments de fureur. Certains ventsont une influence très-marquée sur l’exacerbation des symptômes. En Italie , il règne de temps en temps un vent d’Afrique , appelé sirocco , qui a une action manifeste sur les aliénés. 11 existe une ancienne loi du royaume de Naples , qui portait que les crimes commis sous l’influence prolongée de ce vent, devaient être punis d’une autre manière que lorsqu’ils avaient été commis pendant un autre temps.

Les recherches faites en Italie et en Angleterre constatent aussi la fréquence de l’aliénation pendant l’été; et confirment la position des saisons dans l’ordre que nous avons indiqué.

Dans les établissements consacrés aux aliénés , l’admission des malades est moins nombreuse en Italie et en Espagne qu’en France et en Angleterre. Faut-il en conclure que cette maladie soit moins fréquente dans ces pays?

DE L’ALIÉNATION MENTALE. 551

On l’a fait , et je crois qu’on a eu tort. S’il se présente plus de malades dans les établissements français et anglais, c’est que les malades ont plus de chances de guérison, c’est que ces établissements ont subi des améliorations importantes, tandis que les hôpitaux consacrés aux aliénés en Espagne et en Italie laissent encore beaucoup à désirer.

Les différentes espèces d’aliénation mentale se développent-elles également dans toutes les saisons? L’observation a appris que la manie J était plus fréquente dans les temps chauds, et j se montrait plus souvent depuis le mois de j mai jusqu’à la fin d’août. La monomanie et la j démence s’observent assez également dans J toutes les saisons. Cependant, à l’hôpital des ; fous des environs de Naples, on a remarqué j que la monomanie était beaucoup plus fré- i quente dans le mois de septembre. ;

M. Esquirol a cité le cas d’une femme dont j la folie changeait d'objet à chaque saison. Au printemps c’était une manie érotique ; dans l’été c’était un délire furieux , des idées de grandeur ; dans l’automne elle tombait dans une apathie remarquable, à laquelle succédaient des idées ascétiques et religieuses ; dans l’hiver une apparence de raison revenait.

Le même observateur parle aussi d’un riche habitant des Pays-Bas, sujet à une folie in- j termittente dont les accès revenaient régulièrement à l’automne. M. Esquirol lui conseilla de faire, pendant quelques années, aux approches de cette saison et pendant sa durée , un voyage en Italie. Ce moyen réussit complètement et procura une guérison solide.

Sous le rapport des influences qu’ont les saisons sur la guérison de l’aliénation mentale, on a remarqué que les cas les plus nombreux se montraient en automne.

Le maximum de la mortalité se trouve en décembre , janvier et février.

L’insolation, considérée à partde l’influence de la température, a été aussi regardée comme cause de l’aliénation mentale. On en cite quelques exemples: ils sont rares. Celui de Charles vi, roi de France , n'est pas probant, car en même temps qu’il fut soumis à l’insolation, tout le monde sait qu’il éprouva une grande frayeur en voyant un homme qui se présenta à lui subitement au détour d’un chemin écarté. On a dit aussi que plusieurs soldats de la campagne d’Égypte étaient revenus aliénés. Mais on a des faits aussi nombreux de soldats revenus de la campagne de Russie frappés d’aliénation.

Dans beaucoup de pays, les aliénés sont appelés lunatiques. La lune aurait-elle une influence sur cette maladie ? Un fait réel , c’est que pendant la pleine lune les aliénés sont beaucoup plus agités. M. Esquirol a fait à ce sujet une remarque curieuse. Il a fermé hermétiquement les volets d’une salle dans la-

quelle étaient renfermés des aliénés : les malades n’ont pas été agités. Si les volets restaient ouverts , ils présentaient au contraire une grande agitation. Cet effet est dû sans doute à la vive clarté qui les offusque, leur fait voir mille objets fantastiques j car il est d’observation constante que les fous sont en général tranquilles pendant la nuit, et qu’ils commencent à s’agiter dès que le jour paraît.

Il est quelques cas où l’aliénation mentale a été, dit-on, produite parquelquessubstances délétères introduites dans l’atmosphère, telles que l’acide carbonique , etc.

L’influence des substances ingérées dans le tube digestif est plus constante. Les liqueurs alcooliques ont certainement une action évidente. Quelquefois le goût pour les liqueurs fortes prend subitement et marque le début de la maladie. M. Esquirol a fait une observation singulière. Il a remarqué qu’un certain nombre d’aliénés étaient fils d’individus sujets aux abus des liqueurs fortes.

L’abus des préparations mercurielles a été considéré comme cause de l’aliénation mentale. M. Esquirol admet cette influence.

M. Cullerier la nie. 11 est certain qu’en général les individus qui ont été soumis à des traitements mercuriels ont fait abus des plaisirs vénériens, ont eu une, vie agitée, et l’on doit plutôt rapporter l’invasion de la maladie à ces influences morales qu’à l’abus du mercure.

Influences des organes sur la production de l’aliénation mentale.

Toutes les maladies du cerveau et de ses membranes peuvent déterminer l’aliénation. Ainsi, on l’a vue survenir à la suite de congestions , de phlegmasies, d’hémorragies, de ramollissement, d’induration, de tubercules. Cependant ces maladies ne sont pas des causes nécessaires, majs prédisposantes. Lorsqu’un individu est pris de maladiedu cerveau, il y a quelques chances pour qu’il devienne aliéné

Les passions violentes , les mauvais penchants, les chagrins sont souvent cause d’aliénation mentale. Mais ici il faut prendre garde de ne pas prendre l’effet pour la cause , car souvent l’aliénation commence par une passion violente ou un mauvais penchant.

L’exercice mal ordonné des fonctions du cerveau peut devenir une cause d’aliénation j mentale. La misère , les grandes calamités publiques, les famines, les disettes ont une influence bien marquée sur la production de cette maladie. Celle observation a été faite en France, en Angleterre et surtout en Irlande.

Généraleraentparlantleshabitanls descampagnes y sont moins sujets que les habitants des villes, et cela s’explique par le bien-

être dont les agriculteurs jouissent en général. En France et en Angleterre, où le sort des habitants des campagnes va en s’améliorant de plus en plus, l’aliénation est beaucoup moins fréquente que dans les villes où aboutissent tous les vices, toutes les passions, où les déplacements de fortune sont si fréquents, où les idées d’ambition trouvent tant d’aliments. Mais dans les pays où l’habitant des campagnes est pauvre et misérable , l’aliénation mentale est fréquente dans cette classe. A l’hôpital de Naples elle entre pour un quart dans l’admission générale. Beaucoupd’auteurs ont avancé que l’aliénation mentale avait augmenté de fréquence depuisun siècle. M. Es qui roi a prouvé que les proportions étaient à peu près les mêmes. 11 a prouvé en même temps que les différentes espèces de folies étaient en rapport avec l’état politique et moral des peuples , et que ce rapport était surtout frappant à certaines époques.

Voici comment M. Foville s’exprime à ce sujet :

« La folie est plus fréquente dans les pays dont la civilisation est plus avancée. Est-ce, comme on l’a dit , parce que les mœurs sont plus dépravées dans ces pays ? N’est-ce pas plutôt la conséquence de l’activité plus grande delà vie intellectuelle , des revers dè fortune si fréquents au milieu des mouvements rapides d’une civilisation avancée , et si rares au milieu des sociétés jeunes encore, et dans lesquelles, les besoins physiques satisfaits, l’homme insouciant comme l’animal , dort d’un profond sommeil, jusqu’à ce que de nouveaux besoins se fassent sentir? Cette raison n’est-elle pas aussi plausible que celle d’une démoralisation qui n’est pas du tout prouvée, et que beaucoup d’auteurs de tous les temps ont prise pour texte commun de leurs déclamations? Le passage suivant de l’illustre Pinel ne s’accorde guère avec l’opinion que la démoralisation est une cause si puissante de folie : « Les personnes de l’un et de l’autre « sexe, douées d’une imagination ardente et « d’une sensibilité profonde , celles qui sont « susceptibles des passions les plus fortes et « les plus énergiques, ont une disposition « plus prochaine à la folie , à moins qu’une « raison saine , active et pleine d’énergie ,

« n’ait appris à contrebalancer celte fougue « impétueuse. Réflexion triste, mais con- « stamment vraie, et bien propre à intéresser « en faveur des malheureux aliénés. Je dois « sans doute faire des exceptions et reconnai- « tre qu’il existe quelquefois dans les hospices « de malheureuses victimes de la débauche,

« de l’inconduite et d’une extrême perversité « de mœurs ; mais je ne puis , en général, que « rendre un témoignage éclatant aux vertus <* pures et aux principes sévères qui se mani-

<» festent souvent à la guérison. Nulle part, « exceptédansles romans, je n’ai vu des époux * plus dignes d’être chéris, des pères et mères « plus tendres, des amants plus passionnés, « des personnes plus attachées à leursdevoirs, « que la plupart des aliénés heureusement « amenés à l’époque de la convalescence. »

« Quoi qu’il en soit , il suffit d’avoir constaté que le nombre des fous est , dans tous les pays, en raison directe de la civilisation , pour résoudre par l’affirmative une question débattue depuis plusieurs années, savoir, si le nombre des fous est augmenté en France depuis la révolution. Mais il faut bien remarquer, avec M.Esquirol, que celte augmentation n’est pas aussi considérable que pourraient le faire croire les relevés des établissements publics et particuliers. Il faut tenir compte de l’augmentation générale de la population* des améliorations si grandes introduites dans les maisons d’aliénés, des progrès de la science dans l’étude de la folie, et d’autres circonstances encore, par suite desquelles beaucoup d’aliénés, qui autrefois seraient restés dans leurs familles, ou bien auraient été enfermés dans des couvents , dans des prisons , sont actuellement confiés aux soins de la médecine, dans des établissements publics ou particuliers , et figurent ainsi sur les relevés qu’ils grossissent. » ( Dict . de Méd. et de Chir. pratiques, t. ier.)

Les maladies du tube digestif exercent une influence incontestable sur l’aliénation mentale. On voit des gastrites , des gastro-entérites, surtout des gastro-entérites folliculeuses auxquelles succède l’aliénation mentale. Il en est de même de ces maladiés passées à l’état chronique. On a vu des gastro-entérites chroniques être tellement liées à l’aliénation qu’elle disparaissait avec la gastrite ou s’exaspérait avec elle. Tantôt c’est la manie, tantôt la monomanie, plus souvent l’hypocondrie, et M. Broussais a eu mille fois raison de proclamer que l’hypocondrie se liait souvent aux . désordres du tube digestif. Plusieurs individus atteints de gastro-entérite chronique sont poursuivis par une idée fixe qui se rapporte toujours au tube digestif. C’est tantôt le refus d’aliments par crainte d’empoisonnement, tantôt un animal qui leur ronge les entrailles, etc. Cette souffrance de l’intestin est réelle, mais elle est mal interprétée par le cerveau.

Les maladies des autres appareils ont moins d’influence sur la production de l’aliénation mentale. On l’a vue survenir à la suite des désordres de la circulation. Dans les pays où les fièvres intermittentes régnent endémiquement l’aliénation mentale n’est pas rare. L’appareil respiratoire n’a aucune influence sur cette maladie. Un auteur allemand a prétendu quela phthisie pulmonaire prédisposait à celte

DE L’ALIÉNATION MENTALE

maladie. Rien ne confirme cette assertion. M. Scipion Pinel a fait l’autopsie de 259 sujets morts à la suite d’aliénation mentale. Sur ce nombre il a trouvé 137 lésions graves d’organes.

Maladies chroniques du poumon, 43

Pleurésies chroniques , 7

Péritonites chroniques , 9

Altérations du tube digestif, 64

Lésions du foie, 5

— des reins , 3

— de l’utérus , 4

— des ovaires, 2

Quant à l’influence des organes génitaux , elle peut arriver ou par défaut ou par excès d’exercice. On a vu l’aliénation mentale succéder à une abstinence complète des fonctions génitales chez des individus forts et robustes qui avaient à lutter contre des désirs violents. Mais il est vrai de dire que la masturbation, l’excès du coït et les abus de tout genre des plaisirs vénériens occasionnent bien plus fréquemment cette maladie.

Chez les femmes l’influence de la menstruation est évidente. La première apparition des règles , quand elle est tardive , leur suppression brusque ont occasionné la folie. Il existe quelques cas où l’aliénation s’exaspérait à l’époque menstruelle. Il est d’observation que la guérison de la folie est mal assurée tant que les règles ne prennent par leur cours régulier. M. Esquirol a cité le cas singulier d’une jeune fille qui fut atteinte d’aliénation mentale à l’âge de quinze ans, à la première apparition des règles, et qui fut guérie à l’âge critique.

La grossesse exerce une influence non douteuse. Il y a des femmes qui deviennent aliénées chaque fois qu’elles sont grosses; c’est tantôt la manie, tantôt la monomanie. On a vu des cas d’aliénation coïncidant avec une fausse grossesse. On cite le cas d’une femme qui portait une môle et qui ne fut guérie qu’après la disparition de ce corps étranger. La folie survient quelquefois après les couches, elle prend le nom de folie puerpérale. On a vu quelquefoie la folie survenir chez les femmes après le sevrage de leur enfant. Il existe deux ou trois cas de folie survenue à des nourrices à la suite d’un abcès au sein. La folie a disparu avec l’abcès.

L’état civil de l’homme et de la femme est intéressant à noter dans cette question. On a observé partout que le nombre des aliénés était beaucoup plus grand parmi les célibataires que parmi les personnes mariées.

L’influence de l’hérédité est indubitable. Certaines familles ont certainement une prédisposition à l’aliénation mentale. Il y a quelques cas, singuliers, mais rarement observés qui sembleraient prouver qu’une émotion forte

éprouvée par la mère au moment de la grossesse pouvait influer sur l’enfant et le prédisposer à l’ aliénation mentale à l’âge de la puberté.

L’aliénation mentale se montre-t-elle avec une égale fréquence dans tous les âges? Non ; elle est très-rare avant l’époque de la puberté, on n’en cite que quelques cas. Les âges les plus exposés sont de 30 à 40 ans, puis de 20 à 30, puis de 40 à 50.

Sur 4,409 cas d’aliénation mentale observés en France et en Angleterre, les âges se sont ainsi distribués.

de 10 à 20 ans.

de 20 à 30

de 30 à 40

de 40 à 50

de 50 1 60

de 60 à 70

au-delà de 70 ans.

La guérison survenue aux divers âges n’a pas pu être établie avec la même facilité. Elles ont été plus nombreuses de 20 à 25 ans, puis de 25 à 55. A Naples , le plus grand nombre de guérisons a été obtenu à l’âge de 30 ans.

Les deux sexes sont-ils également frappés d’aliénation mentale ? Voici les résultats où l’on est arrivé. En France, il résulte de calculs très-nombreux que la proportion était de 14 femmes pour 11 hommes. A Naples, au contraire, le nombre des hommes est:: 2 V2 à 1. Il en est à peu près de même en Allemagne et en Amérique. Dans d’autres pays, le nombre des femmes l’emporte.

Symptômes. On doit d’abord établir deux sections :

1° Aliénation simple sans aucune complication.

2° Aliénation compliquée d’altérations du sentiment et du mouvement.

Dans celle section, nous avons à considérer la manie, la monomanie et la démence. Tantôt ces trois affections existent seules; tantôt ellesalternent; lantôtelles se remplacenll’une par l’autre. Cependant il est très-rare de voir la démence précéder la manie ou la monom'anie : c’est presque toujours la proposition inverse qui est la vraie.

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