‹ Cours de pathologie interneChapitre 183 sur 232 · DE L’IDIOTIE · texte numérisé non relu

DE L’IDIOTIE

C’est une forme d’aliénation mentale caractérisée par une nullité complète du cerveau. Cette affection est congéniale. L’indivi-

du qui en est atteint, vient au monde, vit et meurt sans communiquer par la pensée avec les objets extérieurs : c’est un être nuletbien au-dessous de la brute.

L’homme frappé d’aliénation mentale présente d’autres désordres qu’il est important d’étudier.

Le premier cas est celui où le trouble de l’intelligence est sans complication.

Dans le deuxième cas, il existe des désordres fonctionnels qui peuvent porter sur les centres nerveux ; de là des altérations diverses du sentiment et du mouvement. Chez plusieurs aliénés la sensibilité peut être exaltée, exemple : les hypocondriaques; chez quelques autres, elle est entièrement abolie. On a vu des aliénés qui s’enfoncaient les ongles dans les chairs sans manifester aucune douleur. D’aulresenfin chez qui elle n’est qu’affaiblie. C’est ici le cas de parler de cette faculté singulière qu’ontcertains aliénés de supporter sans inconvénient l’exposition à une très-basse température. Cependant il ne faut pas faire de ce fait une règle générale, car plusieurs aliénés n’ont pas présenté cette faculté. On en voit qui passent les nuits sur les dalles, exposés à un froid très-rigoureux sans éprouver non-seulement des pleurésies et des pneumonies, mais même des coryzas et des rhumes. Il ne faut pas pour cela négliger de chauffer les chambres des aliénés.

II y a des aliénés chez lesquels on observe cette circonstance singulière, que la sensibilité de certains organes des sens est singulièrement modifiée. M. Foville a vu des aliénés se promener pendant des heures entières en fixant le soleil, sans en éprouver la moindre incommodité.

Le mouvement peut aussi être modifié soit accidentellement, soit d’une manière spéciale à l’aliénation mentale. Ainsi, si l’hémorragie cérébrale ou quelque autre maladie de l’encéphale se joint à l’aliénation mentale, le trouble du mouvement provient de ces maladies. Mais il existe d’autres lésions du mouvement qu’on ne retrouve que chez les aliénés. C’est la paralysie générale des aliénés , qu’on ne retrouve guère sans l’existence de l’aliénation mentale. Celte paralysie peut précéder l’aliénation mentale, coïncider avec elle ou la suivre. Le premier cas est le plus rare; le second, moins que le premier ; enfin le troisième est le plus fréquent.

Cette paralysie offre trois degrés :

1er Degré. Avant que les mouvements des membres présentent une modification, c’est la langue qui commence par se paralyser. On remarque d’abord une gêne dans la parole, dans la déglutition. Tel est très-souvent le début de cette paralysie. Aussi les médecins doivent-ils faire la plus grande attention à ce

phénomène. Plus ou moins longtemps après , on observe moins de liberté dans les membres inférieurs. Le malade faiblit sur ses jambes; il chancelle, et sa démarche quelquefois ne saurait être mieux comparée qu’à celle d’un enfant qui essaye ses premiers pas. Cette faiblesse peut ne pas exister toujours au même degré. Il y a des jours, des instants où elle diminue, et cesse quelquefois. On voit des malades, qui la veille, ou quelques heures avant, ne pouvaient pas se tenir sur leurs jambes, se lever, marcher , supporter des fardeaux.

Voilà le premier degré caractérisé par la paralysie de la langue et la faiblesse des membres inférieurs.

Le 2« degré est caractérisé par l’intensité plus grande des mêmes symptômes. La paralysie n’est plus bornée aux membres inférieurs; elle s’étend aux membres supérieurs. Les malades ne peuvent plus se soulever sur leurs bras, ni rien serrer dans leurs mains. La sensibilité générale commence à devenir obtuse ; les sens conservent encore leur intégrité.

Le 3e degré est caractérisé par une paralysie aussi complète que possible. Les muscles du tronc y participent ; la sensibilité se perd ; les organes des sens ne fonctionnent plus, les malades sont couchés sur le dos, sans pouvoir faire un seul mouvement. Les organes intérieurs présentent des altérations graves, et les malades succombent , soit à ces désorganisations, soit, ce qui est plus fréquent , à la suite des escarres survenues.

La maladie n’est pas toujours aussi simple. Au milieu de la paralysie, apparaissent quelquefois des convulsions ; et, chose bien remarquable , un muscle qui tout à l’heure était frappé de paralysie, peut présenter des contractions convulsives. C’est souvent au milieu de ces convulsions que meurent les malades.

Cette paralysie , nous l’avons déjà dit, est un des symptômes les plus fréquents d’aliénation mentale. Cependant tous les aliénés n’en sont pas frappés. Les diverses formes de l’aliénation mentale la présentent-elles aussi souvent? Non, c’est dans la démence qu’on l’observe plus fréquemment.

Elle n’a pas toujours la même durée. Elle varie de 6 mois à 4 ans ; la durée moyenne est de 13 mois.

Quant à la marche, elle offre encore des considérations importantes. Elle est souvent irrégulière, et présente des intervalles de rémissions et d’exacerbations. Elle disparaît quelquefois, mais momentanément; car au bout d’un temps assez court, elle revient. Il est excessivement rare qu’elle disparaisse pour ne plus revenir. On a observé, en outre, qu’elle pouvait être entravée dans sa marche par des altérations des centres nerveux.

La paralysie ajoute singulièrement à la gravité du pronostic. Presque jamais les aliénés paralysés ne guérissent; et cette paralysie aboutit presque toujours à la mort. M. Esquirol, dans sa longue et si nombreuse pratique, ne cite que 3 cas de guérison.

Causes. — Ages. D’après M. Calmeil, tous les âges ne seraient point également exposés à cette paralysie. A Charenton, on l’a observée:

2 fois avant B2 ans.

14 fois de 30 à 40.

20 fois de 40 à 50.

9 fois de 50 à 60.

Après 60 ans la fréquence allait en diminuant.

M. Esquirol a observé que les aliénés paralytiques se trouvaient surtout parmi ceux qui avaient fait abus, soit des plaisirs vénériens, soit des boissons alcooliques, soit de préparations mercurielles. A Charenton , M. Calmeil a dit que cette paralysie sévissait surtout chez les militaires.

Sexes. Il résulte d’un calcul très-considérable que le nombre des aliénés paralytiques était beaucoup plus grand parmi les hommes qu^parmi les femmes.

A Bicêtre, il y a beaucoup moins de paralytiques qu’à Charenton. Elle est rare dans le midi de l’Europe et les provinces méridionales de la France. L’influence des climats est pour beaucoup dans la production de cette paralysie (Coyez un Mémoire de M. Esquirol, inséré dans le tome ier des Annales de médecine légale ; aussi l’ouvrage de M. Calmeil, Sur la paralysie des aliénés ).

Chez les aliénés existent encore d’autres troubles des mouvements. C’est surtout l’épilepsie que l’on rencontre le plus fréquemment. Sur 628 malades épileptiques, 397 étaient atteints d’aliénation mentale; et tous les autres présentaient quelque chose de bizarre et d’insolite dans le caractère : aucun n’avait certainement l’intelligence intacte. Les relevés de MM. Boucher et Cazauvielh confirment ces données. On a, à ce sujet, établi que l’aliénation mentale était d’autant plus à craindre que l’épilepsie avait paru à un âge moins avancé.

Altérations des fonctions de nutrition.

La digestion est ordinairement à l’état normal. Ce qu’on remarque le plus fréquemment, c’est la constipation.

Respiration ordinairement bonne.

Circulation. 11 existe à ce sujet un très-long et excellent mémoire de MM. Leuret et Mitivier, intitulé : De l’état du pouls chez les aliénés.

Ces deux observateurs ont reconnu que le pouls était notablement altéré chez la plupart des aliénés.

D’autres observations, faites par M.Foville, ont confirmé ces résultats.

Les altérations des sécrétions exercent quel-

DE L’ALIÉNATION MENTALE

quefois une influence favorable sur l’aliénation mentale. Ainsi on l’a vue. s’amender, et guérir même, après une salivation critique abondante.'

Nous venons de parcourir le cercle des désordres fonctionnels que présentent les aliénés. Il faut maintenant aller plus loin, et chercher quelles sont les lésions organiques qui, dans l’état actuel de la science, coïncident avec ces altérations fonctionnelles.

Anatomie pathologique de V aliénation mentale.

Jusqu’à nos jours, les observateurs, en général, ont pensé que l’aliénation mentale ne pouvait pas être reconnue sur le cadavre par les altérations que l’on y trouve. Si l’on voulait dire par là que les lésions cadavériques n’expliquaient pas l’aliénation mentale, on avait mille fois raison, comme l’altération des glandes de Peyer n’explique pas la fièvre typhoïde. Mais il ne s’agit pas d’expliquer l’aliénation mentale, il s’agit seulementde savoir si, étant donné cet ensemble de symptômes qui constituent la maladie, on trouve certaines altérations cadavériques spéciales.

Depuis Morgagni jusqu’à nos jours, on s’est occupé d’ouvertures des aliénés. Morgagni, qui en avait fait un grand nombre, n’avait trouvé aucune altération spéciale. Les recherches d’autres observateurs confirmaient l’assertion de Morgagni. En face de ces assertions , il était naturel que les médecins modernes soutinssent que ces lésions étaient accidentelles ; d’autres qu’elles étaient des effets de la maladie, et enfin qu’ils tirassent cette conclusion que l’ouverture des corps était tout à fait incapable de rendre raison de la maladie : ainsi pensaient Pinel et M. Esquirol. Mais ce dernier, qui a professé cette doctrine il y a vingt ans, l’a singulièrement modifiée dans des travaux récents. M. Esquirol, qui ne reste pas étranger aux progrès de la science, écrivant sous l’influence des découvertes faites par ses élèves, a dit que très-souvent on trouve des lésions dans le cerveau des aliénés. Il n’ose pas encore dire que ces lésions sont la cause de ces aliénations.

D’autres observateurs vont beaucoup plus loin, et disent que les lésions anatomiques des aliénés ont quelque chose de spécial. Les recherches successives de MM. Foville, Calmeil, Pinel-Grandchamp, Falret, etc., les ont conduits à établir les principes suivants : '

1° Que dans l’aliénation mentale, le cerveau présente des altérations reconnaissables par les seules lumières de l’anatomie ;

2° Que ces altérations sont diverses, selon que l’aliénation est aiguë ou chronique ;

3° Qu’elles varient encore selon la nature des symptômes, suivant qu’ils consistent en lé-

sion simple de l’intelligence, ou en lésion compliquée de celle du mouvement.

On a conclu de tout cela que ces lésions avaient un rapport direct avec la maladie et ses symptômes.

Les recherches de ces observateurs méritent certainement une attention sérieuse. Et quoique ce qu’ils ont avancé ne puisse pas encore être considéré comme des vérités incontestables , il serait absurde de dire que l’anatomie pathologique ne sert à rien dans l’aliénation mentale. Il faut au contraire enregistrer ces faits, en dresser l’inventaire, et voir si des recherches postérieures justifieront toutes celles déjà faites.

Il faut distinguer deux cas dans l’étude des altérations pathologiques de l’aliénation mentale :

1° Celui où le trouble de l’intelligence est simple, sans complication des désordres du mouvement et du sentiment ;

2° Celui où le trouble de l’intelligence se complique du désordre du sentiment et du mouvement.

Premier cas :

L’altéra ti on pathologique peut avoir lieu sur : La substance cérébrale ;

Les nerfs 5 Les méninges ;

Les os.

Si dans les sciences d’observation on devait juger à priori, on dirait que dans l’aliénation mentale les altérations pathologiques doivent se rencontrer à la périphérie du cerveau. En effet, l’embryogénie et l’anatomie comparée apprennent que dans les premiers temps de l’existence, la périphérie du cerveau existe à peine, la substance corticale ne paraît que lorsque l’enfant commence à penser, à vouloir, à se déterminer. Dans la série animale le décroissement de l’intelligence est en rapport direct avec le décroissement de la périphérie et de la substance grise.

Mais loin de faire servir ces faits à la démonstration des lésions cadavériques, loin de les accepter comme preuves de ces lésions, nous craignons que les auteurs modernes ne se soient laissé guider par eux et n’aient jugé aussi à priori. Voici au reste l’analyse exacte d’un travail excellent de M. Foville.

Lorsque le trouble de l’intelligence existe seul et,sans complications, il a trouvé que la substance grise de la périphérie était altérée. Celte altération résidait exclusivement dans celte partie et non dans la substance grise des parties intérieures.

Cette proposition fondamentale étant admise, l’altération de la substance grise estelle la même dans les affections aiguës ou chroniques? Non.

Dans l’état aigu, que M. Foville a admira-

blement décrit, à la première inspection, il est difficile de reconnaître l’altération. Mais en examinant avec attention la substance grise on la trouve altérée de diverses manières. Ce sont des marbrures variant de couleur depuis celle du sang artériel jusqu’au rouge lilas, des épanchements petits, nombreux , sablant la substance corticale ; d’autres fois la superficie même des circonvolutions est rouge comme une peau érésipélateuse. Ainsi cette rougeur peut-être superficielle ou profonde. La consistance de la substance corticale a été trouvée augmentée à la superficie, amoindrie àl’intérieur. On a trouvé en même temps une notable dilatation des vaisseaux.

Cette altération suivant l’ordre de fréquence a été vue, 1° région frontale ; 2° région temporale ; 5° région pariétale ; 4° région occipitale. A l’état chronique, cette substance corticale se divise facilement en deux couches, l’une superficielle plus dure et notablement décolorée, présentant quelquefois une couleur argentée, ou d’un blanc sale et qui s’enlève comme une membrane, se détache de la couche profonde qui est rougâtre et comme parsemée de bourgeons. D’autres fois ce qu’on observe est un ramollissement total delà substance grise. D’autres fois, et surtout dans les cas de démence bien chronique, c’est l’atrophie de la substance grise et des circonvolutions qu’on rencontre. Cette atrophie présente plusieurs formes. Ce sont tantôt des dépressions linéaires, des enfoncements irréguliers qui laissent dans leurs intervalles des bosselures de différents volumes. Il n’est pas rare, dans le cas où la surface des circonvolutions est ainsi bosselée, de trouver dans l’épaisseur de la substance corticale une multitude de petites lacunes jaunâtres remplies d’une sérosité de même couleur ; car c’est une loi dans l’organisme que lorsqu’un organe ne se développe pas, se développe mal ou s’atrophie, de trouver dans la cavité qu’il forme une plus ou moins grande quantité de sérosité.

D’autres fois la diminution de volume, l’atrophie des circonvolutions, a eu lieu surtout vers leurs sommets : elles se terminent alors par une extrémité anguleuse qui semble avoir été pincée avec les doigts, ou bien c’est surtout vers leur base que la perte de substance se fait sentir. Dans tous ces cas les intervalles des circonvolutions sont agrandies et peuvent avoiracquisunelargeurplusconsidérableque le diamètre des circonvolutions elles-mêmes. Cette altération est très-fréquente dans la région frontale. Chose digne de remarque, elle

occupe souvent d’une manière symétrique trois à quatre circonvolutions situées de chaque côté de la suture sagittale en dedans de la bosse pariétale ; on trouve à leur place une v;aste lacune remplie de sérosité.

Dans ces cas d’atrophie, ce qui reste de

substance grise est généralement plus ferme que dans l’état naturel, sa couleur est en même temps profondément altérée ; tantôt elle est si pâle que ses limites précises avec la substance blanche sont difficiles à déterminer; tantôt elle offre à l’extérieur une teinte fauve, claire et au-dessous une légère nuance'rosée. Quelquefois toute l’épaisseur de la substance grise est endurcie d’une manière sensible. Un autre état de la substance corticale dans les cas d’aliénation chronique est son ramollissement. Elle peut aussi disparaître complètement dans une portion plus ou moins étendue.

Les altérations de la substance grise des renflements centraux sont beaucoup moins communes que celles de la couche corticale. Il faut en excepter cependant celles delà corne d’Ammon qui se trouvent dans un grand nombre d’aliénations chroniques.

Ces altérations sont assez variables pour qu’elles puissent correspondre à des aliénations diverses, car la maladie peut être différente selon la nature et le siège de ces altérations.

Il est indubitable que ces altérations aient été trouvées. Il reste à chercher si elles sont constantes, au au moins très-fréquentes ; en un mot, si elles constituent le caractère anatomique de l’aliénation mentale. Ce qu’il y a de certain à cet égard , c’est que jusqu’ici ces altérations ne se trouvent dans aucune autre maladie. Il nous reste encore à savoir à quelle époque de la maladie elles se manifestent.

Les altérations de la substance blanche, dans ce premier cas , sont beaucoup moins importantes et beaucoup moins fréquentes que celles de la substance grise. Quelques auteurs même n’en admettent pas.

Les nerfs présentent quelques lésions. M. Fovillea parlé d’un individu qui était tourmenté par une hallucination de la vue. Les nerfs optiques furent trouvés notablement altérés. Les nerfs olfactifs ont été trouvés durs et coriaces.

Les méninges : à l’état aigu, altérations souvent nulles ; d’autres fois injectées àdivers degrés. A l’état chronique on les a trouvées opaques, épaissies, augmentées de consistance. Cette augmentation de consistance était due à un dépôt de substance étrangère entre l’arachnoïde et la pie-mère.

On a vu aussi de fausses membranes, des adhérences, des agglutinations des circonvolutions entre elles.

Les os présentent aussi une espèce d’atrophie, dans laquelle le diploé disparaissant, la lame compacte externe s’approche de l’interne, de manière qu’il existe en dehors un enfoncement très-sensible.

Deuxième cas :

Trouble de l’intelligence avec (rouble du mouvement.

DE L’ALIÉNATION MENTALE

Les altérations de la substance grise sont } les mêmes que dans le premier cas.

La substance grise a été trouvée quelquefois normale, bien plus souvent altérée. Dans le plus grand nombre de cas c’était l’induration, une couleur d’un blanc resplendissant.

M. Foville, en disséquant le cerveau d’une manière particulière , est arrivé à voir qu’il pouvait se diviser en plusieurs plans. Chez quelques aliénés cette division ne pouvait plus s’opérer. Enfin on a trouvé l’œdème, des kystes, des épanchements de sérosité dans les méninges; enfin toutes les altérations organiques possibles peuvent se trouver dans l’aliénation mentale. Il y a des cas ou M.Foville n’a trouvé d’autre altération qu’une pâleur extrême de la substance cérébrale.

En résumé, il se présente deux cas : dans le premier on ne trouve point d’altération appréciable ; dans le second, lésions, soit spéciales, soit générales et communes à d’autres maladies.

Voilà l’analyse des travaux de M. Foville. Mais des autopsies faites par des observateurs dignes de foi n’ont pas confirmé ces résultats. Attendons des observations plus nombreuses pour nous hasarder à infirmeries propositions de M. Foville.

Dans l’idiotie ce qui frappe surtout, c’est la petitesse du cerveau traduite par la petitesse du crâne. Cette petitesse du cerveau est due au petit volume des circonvolutions.

L’altération pathologique trouvée sur le cerveau des idiots portait sur la substance corticale qui peut manquer entièrement. On a trouvé les circonvolutions indurées. On a vu dans quelques cas les hémisphères cérébraux remplacés par une poche séreuse plus ou moins considérable.

En thèse générale, on peut dire que le dé- ! veloppement du cerveau suit le développe- I ment du crâne. I

Un auteur étranger a dit avoir observé chez ! un idiot dont le cerveau était atrophié , une j hypertrophie considérable du nerf grandsympathique.

Voilà déjà bien des données sur le cerveau des aliénés. Dans tout cela il y a le côté positif et le côté conjectural. N’avons-nous rien négligé ? Une autre donnée nous est fournie par la pesanteur des cerveaux. Meckel avait annoncé que le cerveau des aliénés était moins .pesant. Celte assertion méritait d’être confirmée. M. Esquirol, qui s’est occupé de la vérifier, est resté dans le doute. MM. Leuret et Mitivier ont repris ce travail, et sont arrivés à des résultats entièrement opposés à ceux de Meckel. Ils se sont servis de la balance hy- j drostatique, et l’eau étant prise pour 1,000, ils ont trouvé que :

Dans le cerveau des personnes non aliénées, le poids spécifique moyen était de 1,02s, j

Chez les aliénés, de 1,030,

Maniaques, 1,031,

Démence, 1,032,

Monomaniaques, 1,034.

Pesanteur spécifique moyenne, 1,031. —

1 D’où il suit qu’elle est plus grande que chez les non aliénés.

Jusqu’ici nous avons étudié l’individu déjà aliéné et nous avons considéré les diverses j lésions cadavériques comme causes de l’aliénation.

Il nous reste à faire des recherches plus importantes et qui doivent influer sur les études ultérieures de cette maladie. Il s’agit de savoir s’il y a dans le cerveau des conformations particulières qui conduisent à l’aliénation mentale. Cette question soulevée par Gall a été l’objet de ses études et de ses observations. A priori, cette idée fondamentale repose sur un fait qui ne peut être mis en doute: c’est que les diverses passions, les différents penchants, instincts, les diverses affections et les diverses facultés intellectuelles de l’homme peuvent se trouver isolés et séparés les uns des autres, d’où il suit que le cerveau ayant la possibilité d’exécuter isolément différents actes, il doit y avoir dans cette partie autant d’organes qu’il y a de fonctions. Voilà ce qu’a dit Gall, et il a cherché à localiser ces organes.

Ce dont il s’agit pour nous, c’est de savoir si ces divers actes du cerveau peuvent conduire à l’aliénation mentale par exaltation ou perversion provenant d’une constitution défectueuse des organes. Or, l’histoire des monomanies nous a suffisamment prouvé ce fait. Mais cette monomanie peut-elle être annoncée ou prévue par le développement des parties du cerveau qui y président?

Pour traiter cette question, nous avons besoin pour la poser nettement de placer les quatre cas suivants relativement à la production de l’aliénation mentale sous le rapport de la configuration.

1° Une partie du cerveau peut être très-développée, les autres parties étant normalement développées.

2° Une partie du cerveau peut être développée, les autres parties étant moins développées que de coutume. Exemple : Le cervelet peut être très-développéet les lobes antérieurs du cerveau être en rudiment. Or, suivant que l’un ou l’autre de ces cas arrivera, les conséquences seront bien différentes. Dans le premier cas l’éducation morale ou physique peut modifier l’organisme, et l’on peut espérer d’arrêter la propension à l’aliénation mentale. Il n’en est pas de même dans le second cas, où les influences de l’éducation seront nulles.

3° Une partie peut être moins développée

que de coutume, et le reste, avoir son développement accoutumé. 11 peut résulter divers phénomènes de cette circonstance ; car le défaut dedéveloppementd’une partiedonne lieu à des penchants viciés.

4° Toutes les parties peuvent être moins développées que de coutume.

11 y a eu des époques, dans la science, où l’on a cru que ce dernier cas était le plus fréquent, et presque toutes les aliénations mentales étaient rapportées à celte circonstance. On pense aujourd’hui, avec toute raison, que c’est le cas le plus rare, et que le défaut de développement d’une partie est incontestablement le plus fréquent.

On doit comprendre dès lors la possibilité de plusieurs aliénations dont la prédisposition existe. Mais est-il possible d’apprécier cette prédisposition par la forme du crâne? Ici il y a une mesure à garder. Gall a exagéré les connaissances que l’on peut acquérir par la conformation du crâne. Il est certain qu’en plusieurs circonstances, chez l’homme et chez les animaux, le développement du crâne n’est pas en rapport avec le développement du cerveau. Mais dans l’immense majorité des cas, le contenant est en rapport avec le contenu.

Je vais maintenant prendre dans les idées de Gall, relatives à notre sujet, les points les plus saillants et les plus démontrés.

Par exemple, Gall a accumulé un grand nombre d’observations, pour prouver que chez les individus remarquables par l’exaltation de leur appétit vénérien, les fosses occipitales postérieures étaient très-développées. Celte exaltation peut conduire à la monomanie ; de là le satyriasis, la nymphomanie, etc.

Il assigné un siège différent au désir et à l’instinct de la progéniture, c’est les fosses occipitales supérieures. Cet instinct peut produire certaines monomanies. On a des cas singuliers des femmes qui croyaient être toujours enceintes, et qui faisaient toute leur vie des préparatifs d’accouchement. Non-seulement on a vu des femmes dans ce cas là, mais même des hommes : Gall a constaté dans ces circonstances un notable développement des fosses occipitales supérieures.

Ces divers instincts représentent ce que Gall appelle le besoin nécessaire de reproduction de l’espèce.

11 y a des monomanes continuellement tourmentés par des idées de rixes et de combats; et si on observe le début de celte monomanie, on voit que ces individus étaient toujours en garde contre les insultes et les mauvais traitements auxquels ils croyaient être en butte. Cette monomanie vient de l’exaltation de l’instinct de se défendre, dont le siège est à l’angle postérieur externe et inférieur des pariétaux. Les faits pathologiques ont coïncidé avec un développement anormal de cette partie.

Je vous ai prouvé outre mesure qu’il existe des monomanies homicides. Gall a fait tous ses efforts pour préciser le siège de cet instinct. Il résulte de ses observations que la partie du cerveau , située au-dessus du conduit auditif externe, a été trouvée très-développée chez les monomanes homicides, et chez les individus qui aimaient à répandre le sang, à tuer. Ce développement peut coïncider avec des développements divers des autres parties. Si la partie antérieure est peu développée, cet instinct féroce n’est plus équilibré.

Je vous ai prouvé encore qu’il y avait des monomanies caractérisées par le penchant au vol. Gall a cherché à prouver, et ceci est au moins fort ingénieux, que ce penchant au vol était une modification de l’instinct de l’amour de la propriété et du penchant à faire des provisions. Gall place le siège de cet instinct vers le milieu delà fosse temporale. On cite l’exemple d’un individu qui fut frappé d’un coup à la fosse temporale : il guérit, mais pendant longtemps il éprouva la monomanie du vol.

Les monomanies caractérisées par des idées d’ambition et d’orgueil ont, d’après Gall, leur siège en arrière et au-dessous du sommet de la tête.

Il y a des individus dont la faculté intellectuelle dominante estla circonspection. L’exagération de cet instinct peut conduire à diverses monomanies. Gall dit que chez ces individus la partie supérieure, postérieure et externe des pariétaux est très-développée. Chez les individus qui manquent de circonspection cette partie s’enfonce au contraire.

Jusqu’à présent ces penchants de l’homme lui sont communs avec certains animaux.

C'est la prédominance de ces penchants qui le rend semblable à eux , et celle prédominance se développera avec d’autant moins d’obstacle que les organes qui président aux fonctions intellectuelles seront moins développés ou seront atrophiés.

Nous avons à examiner maintenant les organes intellectuels dont les diverses altérations peuvent entraîner des aliénations d’une toute autre nature que celles que nous avons examinées jusqu’ici.

Ces organes qui président aux facultés intellectuelles sont propres à l’homme et ne se trouvent que chez lui. Les animaux, en effet, n’offrent pas de développement encéphalique vers la partie antérieure. L’homme seul présente le front, les animaux en manquent entièrement.

Les admirables travaux de Gall ont eu pour but de localiser ces facultés intellectuelles. A-t-il toujours réussi? Sans doute que dans ce vaste ensemble quelques erreurs ont pu se glisser. Mais à lui le premier appartient cette gloire impérissable d’avoir posé des principes, d’en avoir fait découler des consé-

DE L’ALIÉNATION MENTALE

quences et d’avoir fait converger cette masse innombrable de faits vers un but unique. Il y a chez l’homme une faculté bien remarquable. C’est Véducabilitê , la perfectibilité, elle se rencontre chez quelques animaux, mais très-faible. Gall en place le siège à la partie moyenne et inférieure du front. Du développement varié de cette faculté résultera l’admirable possibilité de perfectionnement. Si elle est anormalement développée, l’individu sera entraîné avec passion vers tout ce qui est nouveau, il aura la monomanie des innovations. Dans les cas, au contraire, où ce développement sera insuffisant, on remarquera une horreur de ce qui est nouveau et l’attachement à la routine.

A côté de ce besoin de changer d’idées existe chez l’homme et chez les animaux un besoin de changer de lieux. Ce besoin , Gall en a placé le siège à la naissance des sourcils.

Il y a des individus remarquables par une prodigieuse mémoire des mots et une aptitude extraordinaire à apprendre les langues. Ces individus présentent une saillie considérable au-dessus delà voûte orbitaire. La voûte est alors comprimée , et les yeux sont saillants au dehors de la tête. A côté de ces individus on en voit d’autres qui n’ont jamais pu apprendre à parler. Gall a observé dans ces cas-là un enfoncement à la partie dont nous venons de parler. Dans certaines maladies la mémoire, surtout celle des mots, prend une activité considérable.

Nous devons dire ici que les hautes facultés intellectuelles ont pour organes les parties supérieures et antérieures du crâne. Dans l’immense majorité des cas, les fonctions intellectuelles sont en rapport avec le développement de ces parties. On a cité une exception bien remarquable, c’est celle de Voltaire. Une observation attentive aurait fait voir que Voltaire avait la face petite à la vérité, mais un front très-développé. Chez lesidots cette partie est très-remarquable par son peu de développement.

Il y a des individus chez lesquels prédomine un instinct de bienveillance et de bonté. L’organe qui y préside est situé à la partie moyenne et antérieure du front ; les individus remarquables par leur méchanceté sont remarquables par l’enfoncement de cette partie.

Un autre sentiment se trouve plus ou moins développé , c’est le sentiment des idées religieuses. Le siège de ce sentiment est au sommet de la tête.

Il faut ajouter que ces diverses parties, sans être plus ou moins développées, peuvent devenir accidentellement malades, et de là naissent des aliénations accidentelles.

Il y a longtemps qu’on a dit que la forme

du crâne influait sur la production de l’aliénation mentale.

Voici ce que Gall a dit des diverses circonférences de la tête relativement au développement de l’intelligence :

12 à 15 pouces de circonférence. — Idiotisme-

18 pouces. — Intelligence médiocre.

18 à 20. — Intelligence développée.

De 20 à 22. — Summum d’intelligence.

Voilà l’exposé d’une haute philosophie; mais, avouons-le, tout cela n’est encore que conjectural.

Traitement de l’aliénation mentale .

Depuis quelques années en France, en Allemagne et en Angleterre , on s’est beaucoup occupé du traitement de cette maladie. C’est à Pinel que l’on doit en France les améliorations apportées dans le traitement des aliénés. Avant lui ces malheureux , chargés de chaînes, étaient renfermés dans des cachots. Aujourd’hui on leur accorde toute la liberté possible, et il y a lieu d’espérer que cette amélioration en amènera d’autres.

Le traitement de l’aliénation mentale doit être envisagé sous deux points de vue : il doit être hygiénique et médical.

Sous le point de vue médical. Émissions sanguines ; les avis sont partagés sur l’importance de cette médication. Pinel n’y avait pas foi et pensait qu’elles étaient plus souvent nuisibles qu’utiles. Cependant Pinel en a été trop parcimonieux. M. Esquirol les emploie sobrement et avec prudence. Les médecins américains les emploient avec profusion. Au milieu deces avis divers, que doit-on penser? Qu’elles sont favorables au début de l’aliénation. Lorsqu’il y a des symptômes de congestion évidents, que la face est rouge, le pouls fort et fréquent, il est urgent de tirer du sang pour tâcher de faire avorter une aliénation qui débute. Si dans le cours de cette aliénation il surgissait une congestion cérébrale, l’emploi des émissions sanguines serait alors très-important. Chez les femmes aliénées on doit les employer à chaque époque menstruelle, que cette époque amène ou non le retour des règles, on doit tirer du sang, car elle est toujours accompagnée d’exacerbation.

En résumé, les évacuations sanguines doivent être employées, i° pour procurer l’avortement de l’aliénation ; 2° pour combattre les accidents qui surviennent dans le cours de la maladie. Mais elles ne doivent pas être employées comme remède unique.

Au reste, on peut varier sur le mode de leur emploi. Au début, l’ouverture de la veine doit être préférée à tout autre moyen. Quand la maladie existe depuis longtemps, c’est aux sangsues qu’il faut recourir. On les applique aux jugulaires, à l’anus ou aux cuisses. On doit

avec d’au tant plus de raison recourir auxsangsues que le malade est plus affaibli. On peut aussi recourir aux ventouses scarifiées.

Plusieurs moyens peuvent coïncider avec l’emploi des émissions sanguines. Ainsi on a retiré quelquefois de grands avantages des bains tièdes. Les bains froids longtemps prolongés, préconisés par certaines personnes, n’ont pas eu de succès constaté. Les affusions froides sur la tête, longtemps en vogue, sont assez généralement rejetées aujourd’hui. Il y a même des établissements où on ne les emploie que comme moyen de discipline. Les douches tiennent le premier rang dans celte médication. On les donne tantôt avec un arrosoir, tantôt avec un jet d’eau, tantôt on verse brusquement sur la tête du malade un seau d’eau que l’on fait tomber d’une plus ou moins grande hauteur. On a eu recours aussi aux affusions froides générales. Quelques succès ont été obtenus par ce moyen; on a cité celui d’une jeune fille que l’on plaça dans une baignoire et sur laquelle on fit des affusions avec de l’eau à 14°, on répéta ces affusions, elles procurèrent du calme. Un jour il survint un frisson violent, on cessa les affusions, on plaça la malade dans un lit, elle s’endormit, une sueur copieuse survint , à son réveil la malade était dans un calme parfait et l’intelligence était revenue à son état normal.

Au lieu de ces affusions on se borne souvent à faire des applications froides sur la tête. On applique des éponges , des linges mouillés, de la glace. On a recommandé de placer la glace dans l’intérieur d’un bonnet de toile cirée dont on coiffe le malade. On unit ce moyen quelquefois à un bain tiède.

D’autres moyens peuvent encore être mis en usage. Dès la plus haute antiquité on a dit que le dévoiement qui survenait pendant l’aliénation avait une heureuse influence sur cette maladie. On a pensé tout naturellement qu’en provoquant de dévoiement parles purgatifs, on agirait rationnellement. L’ellébore a joui pendant bien longtemps d’une réputation célèbre. On a renoncé aujourd’hui à ce purgatif violent. On les donne de deux manières : on administre tout à coup un purgatif très-fort , ou bien on le donne très-doux de distance en distance. 11 n’est pas d’ailleurs facile de faire prendre des remèdes aux aliénés. Pour les tromper on met du calomel sur du beurre, on mêle quelques gouttes d’huile de crotontiglium avec une cuillerée de miel. On a dit que l’on pouvait administrer des purgatifs aux aliénés avec d’autant plus de sécurité qu’ils étaient peu sensibles à cette médication. C’est une erreur, leur muqueuse intestinale est tout aussi sujette aux irritations que chez d’autres individus, elle a seulement un peu plus de tolérance.

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à cause de la congestion cérébrale que peut déterminer le vomissement. Cependant ilspeuveut être utiles dans certains cas de démence.

Exutoire. Effets presque nuis.

Frictions de pommade stibiée. Doivent être employées dans les cas où une éruption cutanée a précédé l’aliénation.

M. Valentin dit qu’un des grands moyens de guérison était le cautère actuel appliqué, soit sur le crâne, soit sur d’autres parties. Ce moyen employé à Bicêtre a déterminé des symptômes très-graves. Appliqué à la nuque ce moyen a eu quelques succès. On a remarqué que toutes les fois que les malades supportaient cette médication sans frayeur ni douleur, il ne produisait aucun effet salutaire , et que lorsque, au contraire, il avait été suivi d’amélioration, les malades avaient manifesté une grande peur et une vive douleur. On peut se demander si l’amélioration, n’est pas due dans ces cas à l’émotion éprouvée par les malades.

11 est un certain nombre d’aliénés dont les I forces vont toujours en déclinant; il faut alors remonter leur vitalité. M. Esquirol a employé j avec de grands avantages les amers, le quin- I quina par excellence. Les émissions sanguines ' seraient ici fort mal placées, j On a beaucoup préconisé certains moyens | particuliers que l’on a décorés du nom de spé- | cifiques. Le camphre, par exemple, qui a été | beaucoup employé est aujourd’hui générale- ! ment rejeté. La digitale a été surtout recom- ; mandée enAUemagne. Elle agissait, disait-on, en ralentissante circulation, et ce ralentissement avait une heureuse influence sur le cerveau. On employait cette substance jusqu’à ce qu’on provoquât les symptômes de l’empoisonnement. En France ce moyen a rarement réussi.

L'opium. M. Esquirol paraît avoir démontré qu’il est plus nuisible qu’utile. Cependant | dansquelques formes de l’aliénation, tellesque ! le delirium tremens, il peut avoir son utilité. ! Le mercure. Un médecin américain a dit

qu’il en avait retiré un grand avantage en l’employant jusqu’à la salivation.

Dansles cas où l’aliénation est intermittente, lff^uinquina a été employé avec succès. On a observé qu’il n’avait pas cependant la même efficacité que dans les autres maladies intermittentes.

Un auteur a proposé une machine rotatoire ! au centre de laquelle on plaçait le malade et | sur laquelle on le faisait tourner. Il devait, ! disait-on, s’opérer un mouvement centrifuge au moyen duquel les liquides se porteraient du centre à la périphérie.

On doit poser quelques règles générales; faire revenir les menstrues, rappeler les flux

hémorroïdaux, etc.

Dans les hallucinations il fautbien s’enqué-

DE L’ALIÉNATION MENTALE

rir si l’organe qui en est le siège est dans un état sain. On a vu des hallucinations céder à l’influence d’un traitement rationnel dirigé sur l’organe. Pour guérir certaines hallucinations de l’ouïe, M. Esquirol a employé avec succès des bourdonnets de coton saupoudrés de potasse caustique en poudre, ou imbibés de laudanum.

L’accident le plus terrible de l’aliénation est la paralysie. Y a-t-il un traitement spécial? Non certes, et jusqu’ici tous les traitements ont échoué. On cite à peine quelques cas de guérison. Parmi ceux-ci on en trouve un bien remarquable inséré dans la thèse inaugurale deM. Fabre. Un homme, âgé de quarante-sept ans, atteint de manie, était en traitement à l’hospice de Bicêtre. Cet individu se casse la jambe, on l’ampute et l’opération est supportée sans manifestation de la moindre douleur. Pendant le mois qui suivit l’opération, il ne se passa rien de remarquable. Un jour on s’aperçut qu’il raisonnait mieux que de coutume; il s’aperçut de l’amputation de sa jambe, quelques mouvements eurent lieu et peu à peu tous les symptômes de la manie disparurent; la guérison eut lieu en quatre mois et il sortit de l’hôpital dans un état intellectuel parfaitement normal.

Sous le point de vue du traitement hygiénique que pourrais-je vous dire que vous ne sachiez déjà ? 11 faut ramener les malades à vivre dans l’état social ordinaire. 11 faut être pour eux rempli d’égards et se bien souvenir qu’ils ont des idées fort nettes du juste et de l’injuste. En même temps il faut être plein de fermeté. On peut user avec eux du grand jeu des honneurs et des récompenses. Parmi tous ces moyens le plus sûr, le plus puissant est l’isolement de leur famille. On doit fournir un aliment à leur imagination par des travaux variés, des exercices gymnastiques, desvoyanes quand ils le peuvent, les distraire de leur idée prédominante, frapper leurs sens par des sensations nouvelles. La musique, dont on avait préconisé les effets , n’a pas répondu à ce qu’on en attendait. Dans la plupart des cas elle a aggravé les symptômes. Les jeux scéniques ont eu des résultats très- désavantageux. Pour tout dire il leur faut des impressions douces, modérées. Faut-il proscrire les émotions vives et imprévues ? Oui, sans doute, il ne faut pas caresser leurs idées, ni les heurter brusquement, il y a dans tout cela un milieu à garder. On a vu quelques cas de monomanie caractérisée par l’idée qu’un être surnaturel allait se présenter, être guéris en faisant paraître devant le malade un individu qui se disait l’être surnaturel et qui lui ordon- j nait de ne plus penser à lui. Il y a quelque temps qu’un individu se présenta à l’hôpital Saint-Louis disant avoir un serpent dans le ventre. M. J. Cloquetne heurta pas de front

l’idée de cet homme, il’se procura une couleuvreet ayant fait au malade une légère incision aux téguments il lui fit sortir la couleuvre du ventre. L’individu fut guéri.

5e Ordre. — désordres d’dne des facultés de l’intelligence.

1° Altérations delà mémoire.

La mémoire peut subir diverses altérations. Elle peut diminuer ou se perdre. La diminution s’appelle dysmnésie, la perte amnésie. L’amnésie peut être partielle ou totale. Quand elle est partielle la perte peut porter soit sur la mémoire des mots, des personnes, des choses, des lieux. Toutes ces choses peuvent se perdre isolément, il n’est aucune maladie du cerveau qui ne puisse donner lieu à ce phénomène. On le voit survenir surtout après les fièvres graves, les excès vénériens, l’abus des alcooliques, les progrès de l’âge, etc. Il est des cas où elle se perd spontanément sans cause connue. M. Louyer Villermay a cité le cas d’un homme de soixante ans, qui, étant au spectacle, perdit tout à coup la mémoire de son nom, celui de sa rue, celui de sa maison.

La dysmnésie est moins rare que l’amnésie. On a vu la perte de la mémoire des mots commencer par les nomspropres, puis venaient les substantifs. Plusieurs écrivent le nom qu’ils ne peuvent plus prononcer. D’autres le cherchent dans les dictionnaires. 11 y en a enfin, qui ne peuvent prononcer que les premières syllabes. Une femme, après son accouchement, perdit tout à coup la mémoire sur tout ce qui s’était passé depuis l’époque de son mariage.

Cette affection a un début lent ou rapide. La guérison est aussi lente ou rapide. On a des cas fréquents où cette affection a abouti à la monomanie. Elle est quelquefois le prélude de l’apoplexie.

2° Du langage. L’altération de la mémoire entraîne presque toujours l’altération dans le langage; cependant la faculté du langage peut se perdre sans que cette perte soit liée à celle de la mémoire. Cette altération peut exister comme symptôme de certaines affections.

Elle peut se montrer comme simple accident sans altération appréciable du cerveau.

On doit considérer les émotions morales comme étant souventcausesde ces altérations. Une femme de vingt-six ans éprouve une vive émotion morale, elle a une syncope prolongée à la suite de laquelle elle éprouve un mutisme complet, la langue cependant avait conservé toute sa mobilité. C’était évidemment le cerveau qui était le point de départ de la maladie. Ce mutisme persista quelques jours pendant lesquels survinrent des vomissements, qu’on ne put arrêter qu’à l’aide du quinquina uni à l’acide sulfurique. Le retour à la parole fut subit. Ce fait a été consigné par M. Guittard dans le tome 6i du Bulletin de

la Société de Médecine de la Seine. Un deuxième cas a été observé sur une femme de trente ans, qui présentait des lésions diverses du mouvement, la chorée. Ces lésions alternaient avec un mutisme complet. Plusieurs moyens furent employés sans succès tels que l’oxyde de zinc, le prussiate de fer. On n’obtint des résultats satisfaisants que des frictions sur la colonne vertébrale faites avec de la glace, des bains froids et des affusions froides. M. Martinet a cité le cas d’un homme de cinquante-quatre ans qui à la suite d’une forte contrariété perdit en partie l’usage de la parole. Lorsqu’on l’interrogeait sur certaines choses, il répondait trois ou quatre mots justes et le reste ne se liait plus au sens de la question. Mais, chose remarquable, il l’écrivait avec justesse, mais il ne pouvait pas lire ce qu’il avait écrit.

Il y a des cas où l’altération de la parole est liée à un état morbide des voies digestives. On a vu des enfants pris de mutisme, et être guéris par l’expulsion de vers. Un individu fut pris de mutisme après avoir reçu un coup violent à la région épigastrique.

IIe CLASSE. — MALADIES Dü SYSTÈME NERVEUX CARACTÉRISÉES PAR UNE LÉSION DE LA SÈNSI- BILITÉ.

Les maladies dans lesquelles prédomine la lésion de la sensibilité, doivent être rangées dans plusieurs sections.

PREMIÈRE SECTION

Caractérisée par une exaltation de la sensibilité. —

Hypéresthésie ( de al<r0vi<nç, sens).

DEUXIÈME SECTION

Caractérisée par la diminution ou l’abolition de la sensibilité. — Anesthésie.

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