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DE LA RAGE

' Cette maladie, chez l’homme, ne se développe jamais spontanément ; quoi qu’en aient dit un petit nombre d’auteurs, elle ne se manifeste chez lui que par contagion, mais elle peut se développer spontanément dans deux genres d’animaux : le genre chien et le genre chat.

L’observation a prouvé qu’à mesure que le virus rabique se transmettait d’un animal à un autre , il perdait de sa force. Les Allemands pensent qu’un homme peut transmettre la rage à un autre homme. On avait longtemps pensé qu’elle était le résultat de l’imagination ; mais il y a des faits nombreux qui prouvent que des individus mordus par des animaux enragés, sans le savoir, ontcontraelé la rage. Ceci a été surtout observé chez les enfants qui n’avaient eu aucune frayeur. Le moyen de transmission de la maladie paraît être la salive qui découle de la gueule de l’animal. On a injecté le sang d’animaux enragés dans le corps d’autr’es animaux , et la rage n’est point survenue. Il y a un fait qui semble prouver que la rage peut être transmise autrement. Ainsi on a cité le fait d’un individu , qui fut pris de la rage pour avoir touché la peau d’un animal mort enragé ; mais ce fait est unique, et il y en a des milliers qui sont contraires. Il y a quelques années , en disséquant , une esquille s’enfonça flans un de mes doigts ; l’animal que je disséquais était mort enragé; il ne survint aucun accident.

Le plus grand nombre des faits prouve que pour que la rage se produise , il faut que la salive ait été déposée sur le derme , tandis que la maladie n’a point lieu lorsque la sa^ live est déposée sur l’épiderme. Les membranes muqueuses paraissent jouir de la même propriété que le derme. Chaussier a rapporté l’histoire d’un individu qui ayant porté à son nez son mouchoir imprégné de bave, contracta la rage.

Ce virus introduit dans l’économie, que devient-il? Il peut longtemps rester stationnaire, et la plaie même se cicatriser; mais plus ou moins tard la terrible maladie éclate.

Il y a plusieurs années, le docteur Marochetti prétendit que la rage se manifestait par des pustules qui apparaissent sous la langue , cinq ou neuf jours après la morsure de l’animal (Pustules rabiques). Il conseillait de les cautériser. Les recherches faites en France n’ont point confirmé l’opinion du docteur Marochetti.

Le temps qui s’écoule depuis le moment de l’introduction jusqu’à l’apparition de la maladie peut être très-long ou très-court; mais le plus ordinairement la rage éclate du trentième au quarantième jour. Il y a quelques cas d’hydrophobie qui ne se sont manifestés que quatre à cinq mois après l’accident. On cite même un exemple de deux ans après.

Symptômes qui annoncent la rage.

Prodromes. — Soit sans cause connue, soit après une émotion vive, un excès, en un mot, après une cause occasionnelle excitante, les individus , dont la santé avait été bonne jusqu’alors , éprouvent des malaises; souvent la cicatrice se rouvre. M. Ménière a cité plusieurs cas où la plaie ne s’est point rouverte. Soit que la plaie se rouvre ou non, soit qu’il s’y manifeste de la douleur ou qu’il ne s’en manifeste pas, le malade est tourmenté d’idées tristes. Il ressent un malaise indéfinissable ; il a des horripilations , des douleurs le long du dos , dans les membres ; le sommeil est difficile , et si parfois il se manifeste , il est bientôt interrompu par des frayeurs. La céphalalgie se déclare ; il y a anorexie.

Jusque-là il n’y a rien de spécial. Ces prodromes durent plus ou moins de temps , le plus ordinairement vingt-quatre heures; puis apparaissent brusquement les symptômes caractéristiques. Le malade éprouve une suffocation violente , comme un homme auquel on passerait un lacet autour du cou ; en même temps que l’air semble manquer, la déglutition devient presque impossible. On voit ensuite apparaître des mouvements convulsifs, à la face surtout. Il y a refroidissement des membres. Un phénomène fort remarquable est l’horreur que les malades éprouvent pour les boissons. Leur présente-t-on des liquides, ils

LÉSIONS DE LA SENSIBILITÉ

les rejettent avec horreur. Les glandes de la bouche augmentent leur travail, de sécrétion, et alors la bave coule de la bouche des malades. La face se colore , les yeux s'injectent, la soif devient ardente , le pouls est plein et fort. Ils ne peuvent voir des objets brillants.

Au milieu de ces phénomènes constants et caractéristiques, apparaissent des phénomènes variables qui portent sur l’intelligence et la force musculaire.

1° Intelligence. — D’abord il y a des cas où l’intelligence se conserve. Calme et tranquille, l’individu sent son danger ; il pleure, a des accès de tristesse, déplore son état, etc. Un deuxième cas est celui où l’intelligence est intacte au début ; mais à mesure que les accès augmentent, elle se trouble. Un troisième cas est celui où , dès le début , l’intelligence se trouble ; les individus tombent dans un état complet de délire. Les manifestations de ce délire ne sont pas les mêmes dans les diverses classes d’animaux ; ainsi le chien éprouvera le besoin de mordre, tandis que l’homme annonce sa fureur par d’autres actes.

2° Force musculaire. — Elle est d’abord excitée , mais elle diminue avec les progrès du mal. Les sens sont quelquefois altérés. M. Magendie a vu un individu, sourd de naissance, qui entendait très-bien pendant les accès de rage.

Organes quelconques. On a observé la nymphomanie, le salyriasis.

Une fois développée, cette maladie est constituée par un certain nombre d’accès semblables à ceux que nous venons de décrire. Dans les intervalles des accès , les malades tombent souvent dans un état de prostration. Ils peuvent Quelquefois boire, mais cette disposition est rare. Les forces s’épuisent avec les accès. Dans le dernier, ils se couvrent souvent d’une sueur froide, visqueuse. Ils meurent au milieu de ces accès, tantôt épuisés, tantôt en déployant des forces considérables. Il en est qui expirent au milieu des suffocations dont nous avons parlé.

La durée de cette maladie n’est pas invariable. Il y a des individus qui succombent après vingt-quatre heures; d’autres, six ou sept jours après l’invasion. La durée commune est de cinquante à soixante heures. Dans cette maladie, les accès , d’abord éloignés, se rapprochent de plus en plus.

Jusqu’à ce moment, les phénomènes, que nous avons étudiés, nous ont annoncé un véritable empoisonnement. Il est d’ailleurs évident que c’est une affection du système nerveux.

Les ouvertures des corps n’ont rien offert de constant. En effet, on a trouvé une injection plus ou moins vive des membranes de la pulpe nerveuse, des ramollissements du cerveau, du cervelet, de la moelle; mais ces al-

rations se retrouvent dans beaucoup d’autres maladies. Voyons maintenant si les cordons nerveux ont offert quelques désordres. On lit dans le Journal universel des Sciences médicales, 1827, l’observation d’un médecin anglais, qui dit que chez un individu mort dans la rage, il a vu une rougeur du nerf pneumogastrique et des cinquième, sixième et septième paires cervicales. Il ajoute qu’ils ressemblaient dans plusieurs filets à des fibres musculaires. Plusieurs observateurs ont cherché à constater ce fait, mais ils n’ont pu y réussir.

Les organes de la vie de nutrition ont-ils présenté quelque altération? Oui ; mais ces phénomènes ne peuvent rendre compte du mal. En effet, on a trouvé de la rougeur, une tuméfaction des glandes salivaires , une injection des muqueuses. Une fois, l’épithélium de l’œsophage était érodé. On a trouvé des injections, des rougeurs de l’estomac, un développement remarquable des follicules de l’intestin. C’est une chose curieuse que ce développement des follicules dans les maladies éruptives , dans le choléra , les affections typhoïdes. Aussi on serait porté à le considérer plutôt comme un effet que comme une cause de ces graves maladies.

Respiration. — On a trouvé les canaux respirateurs pleins d’écume. Quelquefois les poumons étaient engoués. La circulation n’a rien offert de particulier. Le sang, quoi qu’on en ait dit, n’a rien présenté de constant. On avait dit que les cadavres des individus morts de la rage se putréfiaient rapidement. M. Ménière a noté avec soin les degrés de putréfaction, et il n’a pas vu que ce phénomène arrivât plus rapidement que dans les circonstances ordinaires.

Traitement. Celui qui a présenté le moins d’insuccès est , jusqu’à: présent, la cautérisation de la plaie par le cautère actuel ou par le beurre d’antimoine, selon le degré de profondeur et le lieu de la plaie. Avant de pratiquer la cautérisation , il est nécessaire d’agrandir la plaie, de la laver à grande eau, dë la faire saigner , et pour cela on se trouve très-bien d’appliquer des ventouses. Il faut avoir recours à la cautérisation, à quelque époque que l’on soit appelé , pourvu que les accidents ne se soient pas développés, et même encore, dans ce cas , il faut y avoir recours pour calmer l’imagination du malade. Quelques médecins recommandent de faire des frictions d’onguent napolitain autour du mal. Il en est qui donnent 20 à 30 gouttes d’ammoniaque liquide dans une potion de quatre onces. A côté de ces moyens , je pourrais vous en citer beaucoup d’autres ; mais comme leur inutilité est constatée je le passerai sous silence. Il n’est cependant pas absurde de re-

chercher un spécifique contre une maladie produite par une cause spécifique.

Une fois la rage déclarée, que faire? Peu de chose assurément. On a cependant préconisé un grand nombre de remèdes. Quelques médecins ont vanté la saignée jusqu’à la défaillance. Les accidents ont paru diminuer, mais la rage n’a point été guérie. M. Magendie a injecté de l’eau dans les veines : l’individu a paru calmé ; mais bientôt les accidents ont recommencé, et le malade a péri. Mais il faut constater qu’une injection d’une certaine quantité d’eau dans les veines a calmé le système nerveux. Dupuytren avait associé, il y a quelques années, l’opium à l’eau; mais les malades n’ont pas été guéris.

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