DE LA MIGRAINE
La migraine doit être définie une douleur vive occupant le plus ordinairement la moitié de la tête, principalement le front, l’œil et la tempe. Elle est remarquable en ce qu’elle se dissipe et revient d’une manière périodique avec les mêmes symptômes.
Les causes sous l’influence desquelles elle se développe sont réellement inconnues. Recherchera-t-on si elle se développe plutôt dans une saison que dans une autre? mais on ne possède point de détails statistiques sur cet objet. Les conditions atmosphériques jouent un rôle secondaire ; tout ce qui ébranle plus ou moins fortement le système nerveux reproduit la migraine. Les conditions dans lesquelles se trouvent placés les organes peuvent se rallier à la migraine.
Cette névrose a été observée à tous les âges. On l’a vue chez des enfants de 7 à 8 ans, qui en sont restés atteints un certain nombre d’années. Elle commence ordinairement à u, 17, 20 ans; elle va en augmentant jusqu’à 30 , 55 ans. Souvent elle a une grande intensité à 40, 45, 50, 60 ans. A celte époque elle disparaît souvent, mais pas toujours, car on a vu quelquefois les douleurs augmenter à 60 ans. Lorsqu’on n’en a pointété atteint avant 25 ans, on a des chances de ne pas l’avoir.
La migraine est une des maladies qui peuvent se transmettre par hérédité.
La migraine est caractérisée par des accès séparés, par des intervalles dans lesquels la santé est bonne, ce qui la distingue de certaines autres maladies du cerveau. Les accès de la migraine peuvent avoir un prodrome. Quelquefoiscependantl’accèsdébute brusquement; lorsque les prodromes existent, deux séries de phénomènes se présentent du côté du système nerveux et du côté de l’estomac.
1° Du côté du système nerveux. Les phénomènes de ce genre ne sont pas toujours les mêmes. Ainsi, il est des individus qui, dès le début, sont sujets à des idées tristes , sont mélancoliques; d’autres éprouvent des frissons, des horripilations ; assez souvent, avant l’invasion de l’accès , la vue se trouble, quelquefois il y a des éblouissements; les éblouissements peuvent durer jusqu’à l’accès; chez d’autres il y a un nuage sur les yeux pendant l’accès. Tissot a cité le cas d’un individu qui devenait sourd 24 heures avant l’accès. Quelquefois il existe des aberrations sur l’odorat qui est excité ou anéanti ; on a cité le cas d’un individu qui, pendant les 7 ou 8 heures qui précédaient l’accès , éprouvait de l’horreur pour le tabac qu’il aimait beaucoup.
LÉSIONS DE LA SENSIBILITE
2° Du côté de l’estomac. Quelques individus sont tourmentés par le besoin continuel de manger; plusieurs ontdes rapports continuels; à ces rapports brûlants se joignent des vomissements d’une matière acide.
Symptômes de V accès.
Le premier symptôme caractéristique est la douleur. Cette douleur revient le plus ordinairement du même côté. On a cependant cité le cas d’une femme chez laquelle un accès avait lieu d’un côté et le second accès de l’autre côté ; quelquefois la douleur s’étend aux deux côtés. Mais il est d’observation qu’elle estplus violente dans un point. Étudiée sous le rapport de son intensité, la douleur peut atteindre rapidement son plus haut degré d’intensité, quelquefois elle n’y arrive que graduellement; elle persiste pendant quelques heures avec énergie, puis elle décline. Pendant l’intensité les malades ont besoin du plus grand repos ; ils cherchent la solitude; le moindre bruit, celui même d’une montre les agile. Cette douleur augmente par le plus simple attouchement du front, des cheveux, des paupières , des tempes. Elle ne reste pas toujours bornée à la même partie ; quelques malades ne peuvent ouvrir la bouche, d’autres éprouvent une vive douleur au fond de l’œil ; quelquefois la douleur commence par le fond de l’orbite et sort delà pour aller gagner le front et d’autres parties. Dans quelques circonstances, la douleur s’étend jusque vers la nuque et s’irradie dans les épaules et dans les bras. Dans la plupart des cas, l’exercice augmente la douleur.
Il y a cependant quelques cas où elle a été abrégée par l’exercice pris en voilure, mais ces faits sont rares. On a vu dans un cas la voiture guérir la migraine en provoquant le vomissement : je connais une dame qui guérit sa migraine aussitôt qu’elle vomit.
Cinq séries doivent être établies dans l’étude des symptômes : 1 Te Série. Symptômes du côté du système nerveux. 2e Série. Symptômes du côté de l’estomac. 3e Série. Symptômes du côté de la grande circulation. 4e Série. Symptômes du côté de la circulation capillaire. 5e Série. Symptômes du côté des sécrétions.
Reprenonsmaintenantcesdifférenles séries.
lre Série. Phénomènes nerveux. Il est trèsrare d’observer le trouble de l’intelligence : quelques individus ont des convulsions souvent bornées aux muscles de la région malade. On a rapporté des faits où la contraction était tellement forte que les sutures étaient écartées, mais ces faits n’ont pas été observés récemment ; quelquefois les mouvements convulsifs s’élendenPaux parties voisines et même à tout le corps ; souvent alors, c’est plutôt un véritable frémissement que des convulsions. On a observé quelques cas où les parois abdo-
[ minales étaient le siège de contractions très- ! douloureuses.
Quelques individus se plaignent d’un sentiment de fourmillement très- incommode : chez quelques-uns ce sentiment commence par les doigts , gagne le tronc et le cou ; on l’a vu suivre un côté de la langue. Cette sensation est quelquefois comparable à celle qui est déterminée par le contact de deux plaques métalliques de nature différente. La vision est souvent troublée; les objets paraissent tantôt noirs, bruns, troubles, tantôt lumineux ; il peut y avoir mille autres aberrations de la vue. Ainsi , il est des personnes qui ne voient que la moitié des objets; quelques-unes éprouvent la sensation propre aux personnes auxquelles on a appliqué de la belladone sur l'œil. A la fin de l’accès les forces sont généralement brisées , et l’individu est dans un état d’accablement.
2e Série. Symptômes portant sur l’estomac. Ils sont caractérisés par les vomissements : ceux-ci peuvent se montrer tantôt au début, tantôt au milieu , tantôt à la fin. Ils sont souvent accompagnés de soulagement, ils peuvent manquer. Le point de départ de la maladie est dans l’affection nerveuse ; aussi est-il à noter que l’estomac est fréquemment sain.
3e Série. Portant sur le système circulatoire. Le pouls est en général plus développé, plus fréquent ; mais, à peine les vomissements ont-ils cessé, que le pouls tombe au-dessous du type normal.
4e Série. Portant sur la circulation capillaire. Des congestions sanguines peuvent avoir lieu vers le point malade; les conjonctives s’injectent souvent. Le tissu cellulaire sous-cutané de la face, du front, etc., est quelquefois rempli de sang par la rupture de petits vaisseaux. Il y a des cas ou cette injection est tellement forte que la peau des individus est bleue comme celle des cholériques.
5e Série. Portant sur les sécrétions. Il y a des pleurs considérables ; une sécrétion abondante des glandes salivaires, quelquefois il , y a une teinte ictérique.
L’accès de migraine peut se terminer par un profond sommeil , d’autres fois , sa fin est marquée par des vomissements, tantôt il .y a les sueurs générales ou partielles ; ainsi j’ai vu les deux bras se couvrir de sueur; tantôt il survient des hémoptysies. Je connais une dame qui, dans les accès, perd environ une livre de sérosité. Dans l’ouvrage de Tissot , on trouve plusieurs faits semblables.
Durée. L’accès peut durer deux heures. 11 y en a qui se prolongent 30, 36 heures, et plus.
Étudiés sous le rapport de leur fréquence et de leur retour , il est accès qui reviennent d’une manière régulière, d’autres d’une manière irrégulière. On a dit que les vérita-
blés migraines revenaient rarement moins de trois fois par an, et qu’on les observait peu au delà de quatre fois. On a cité le cas d’un individu qui, en neuf ans, avait eu deux accès. Schenk a rapporté l’observation d’un individu qui pendant trois ans sept mois, eut un accès tous les huit jours. Junker ditqu’une femme, après son accouchement, eut pendant cinq ans, toutes les heures, un accès de migraine pendant un quart d’heure.
Diagnostic. La migraine peut-être confondue, au premier aperçu , avec les névralgies et des lésions organiques. Leurs signes établissent la différence.
M. Piorry pense que la migraine est une névralgie de l’iris. Voici les arguments sur lesquels il s’appuie. Les individus qui fatiguent leur vue éprouvent de la céphalalgie ; ils recherchent l’obscurité pour se soustraire à la douleur: celle-ci part évidemment de l’œil. L’organe de la vision est rouge; enfin, dans la migraine il y a des vomissements, comme dans certaines opérations de l’œil.
Traitement. On doit l’étudier pendant l’accès ou après l’accès.
Pendant l’accès. Il faut simplement mettre le malade dans une obscurité profonde , le laisser en repos, lui faire sur le front des lotions fraîches avec de l’eau, ou bien y verser quelques gouttes d’éther , ou recommander au malade des pédiluves chauds. Si ladouleur est très-vive , que la figure se congestionne , qu’il y ait des symptômes de turgescence , de pléthore , il faut pratiquer une 'émission sanguine. Il est des malades qui ont vu diminuer les accès après quelques boissons stimulantes. On doit encore savoir que quelques individus préviennent l’accès ou le diminuent, en introduisant dans l’estomac quelques aliments.
Tissot a cité le cas d’un homme qui se guérissait au milieu de l’accès, en mangeant un morceau de pain sec. M. le docteur J. Pelletan a cité un cas semblable. 11 y a un narcotique que l’on a regardé comme d’un grand secours; c’est la belladone. On peut l’employer en frictions sur la cornée et sur les tempes, ou à l’intérieur.
Le traitement ne saurait être uniforme. Si l’on peut remonter à la cause en la combattant, on guérit souvent la migraine. On a quelquefois réussi à s’en débarrasser en changeant de vie. Ainsi Linnée , qui était très-sédentaire, se guérit de sa migraine en se promenant tous les jours pendant deux heures et en buvant une livre d’eau fraîche. 11 est important de prendre en considération l’état des organes. Si l’individu a une hypéresthésie, on prescrira le traitement de l’hypéresthésie. Si l’estomac et les intestins sont malades, il faut traiter ces organes. Mais ici, trois cas différents peuvent se présenter. S’il y a des sym-
ptômes d’inflammation, la gastrite doit alors être attaquée par les remèdes indiqués. S’il y a seulement embarras gastrique, dans ce cas il faudra recourir aux vomitifs , aux amers. Enfin , si les symptômes sont ceux d’une gastralgie , le traitement doit encore ici varier.
Il y a maintenant quelques cas particuliers qui ne peuvent être introduits dans ces classes. Ainsi, des individus-ont prévenu les accès en mangeant le matin. Quelquefois il faut tourner son attention vers l’organe circulatoire. Le cœur peut offrir des palpitations. II y a des signes de pléthore. 11 faut alors recourir aux émissions sanguines. A côté et cela il faut placer des individus chez lesquels l’héraicrànie augmente, avec la débilité. On se trouvera bien, dans ce cas, des préparations amères, du quinquina, des préparations ferrugineuses, du cachou. Portez-vous vos regards sur les sécrétions , vous trouverez des individus chez lesquels la migraine a débuté par une suppression de la sueur des pieds, de l’épigastre, de l’aisselle, etc. J’ai vu un individu qui avait une sueur des pieds ; elle se supprima; aussitôt la migraine parut. On lui conseilla de faire usage de deux paires de bas de laine et de frictions avec une brosse rude* et de s’entourer les jambes avec des cataplasmes chauds. La sueur des pieds reparut, et l’individu fut guéri. L’utérus doit appeler l’attention; ainsi nul doute que la migraine ne coïncide avec la suppression des menstrues. Dans plusieurs circonstances, en rappelant celles-ci, on fait cesser la migraine. .