DE LA LÉTHARGIE
Un autre état morbide , rare dans son état de simplicité , est caractérisé par une prolongation de sommeil au-delà de ses limites naturelles : c’est cet état qui constitue la léthargie. C’est un sommeil trop prolongé, sommeil lourd et profond. Mais on a donné trop d’extension^àce mot. Nous établirons trois degrés delà léthargie pour mieux nous rendre compte de cet état morbide, et parce qu’en effet les phénomènes observés sont différentsjgous certains rapports.
1er degré, caractérisé par une simple prolongation de sommeil. On a vu le sommeil durer pendant des jours, des semaines, des mois entiers. On a cité le cas d’un homme dont le sommeil dura deux mois. Cet individu ne se réveillait que de temps en temps pour prendre de la nourriture. Dans tous les cas de ce genre, on peut regarder les individus qui en sont atteints, comme soumis aux mêmes influences que les animaux hivernants.
2e degré. Ici l’insensibilité est si prononcée que la peau peut être pincée fortement , et même désorganisée , sans que l’individu sorte de sa léthargie. Les fonctions nutritives conservent leur intégrité, mais elles s’accomplissent plus lentement.
3e degré. Il est caractérisé parl’anéantissement des actes les plus importants de la vie de nutrition. Ainsi la respiration et la circulation sont suspendues. Du moins le pouls radial n’est plus appréciable pour l’observateur; d’où résultent les apparences de la mort, sur l’existence de laquelle on ne peut être en doute que par l’état de la face et par la non putréfaction. Les cas de léthargie poussée à ce degré ont été surtout observés en Allemagne. On en a observé quelques cas en France, et il en a été publié un fort curieux par M.le docteur Caulin, dans le Journal des connaissances médico-chirurgicales , en 1834. 11 est question , dans cette observation d’une jeune fille qui ayant été contrariée pour le mariage, présenta un état de sommeil nerveux trèsagité pendant un certain temps , puis qui fut prise d’hystérie. Quelque temps après elle tomba en léthargie. Pendant cet état la malade semblait avaler ; elle avait des mouvements continuels de déglutition et quelques convulsions. Celte jeune fille ne se réveilla qu’au bout de cinq jours.
Les individus tombés en léthargie peuvent
avoir conscience de ce qui se passe autour d’eux. Ils peuvent entendre une conversation tenue autour de leur lit , et même en rendre compte à leur réveil.
Elle s’observe plus généralement chez les individus jeunes.