DU SOMNAMBULISME
Le somnambulisme est un état dans lequel on produit , pendant le sommeil, des actes qui ne s’accomplissent que pendant la veille.
L’existence de cet état est incontestable : des faits nombreux et authentiques ne permettent pas de le révoquer en doute.
Nous devons le diviser en somnambulisme naturel et en somnambulisme artificiel.
1° Somnambulisme naturel. Danscetétat, un individu endormi peut produire des mouvements nombreux; et ces mouvements sont dirigés dans un certain but et par l’apparence de la volonté. Le somnambule exerce son intelligence , et cela est démontré par les actes divers qu’il exécute. Ainsi il ouvre des tiroirs pour en sortir les objets dont il veut se servir; il écrit des pages entières. On n’a jamais constaté que les somnambules naturels pussent lire. Ils peuvent composer un sujet, faire des vers, résoudre un problème mathématique.
La lecture différencie l’état de somnambule naturel de l’état artificiel. En effet, ce n’est que dans l’état artificiel que le somnambule peut lire. Le somnambule peut causeravec les autres individus qui l’entourent, mais après l’avoir plus ou moins excité et comme dégourdi de son sommeil.
Le somnambulisme se développe ordinairement chez les personnes nerveuses et trèssusceptibles. Il peut exister plus ou moins longtemps , ou être permanent.
2°» Somnambulisme artificiel. Le somnambulisme peut-il être produit par l’influence qu’il est donné, dans certaines circonstances, à un individu d’exercer sur un autre individu ? Oui , jusqu’à un certain point. Dans ce cas on peut se demander comment cela a pu avoir lieu. Deux hypothèses ici se présentent : ou bien , dit-on, cette influence est uniquement le résultat d’une imagination fortement ébranlée ; dans une seconde hypothèse cette influence ne s’explique pas par le seul fait de l'imagination, et alors on admet l’existence d’un agent particulier (fluide magnétique). Dans tout cela il faut faire la séparation rigoureuse des faits et de ce qui est explication des faits.
Faits. D’abord deux séries de faits à constater : i° faits se développant spontanément; 2° faits se développant sous l’influence d’un individu agissant sur un autre individu.
1er Classe. Y a-t-il des faits qui démontrent l’existence de cet état extatique ? Nous n’irons pas les chercher loin de nous , nous les pren-
drons dans les recueils récemment publiés et par exemple, dans la Gazette médicale, 14 décembre 1832. Le fait que nous allons citer s’est passé à Bologne où il a pu être constaté par une foule de personnes. Un individu , âgé de vingt-quatre ans , ayant donné des soins à une femme agitée de fortes convulsions hystériques , en éprouva une si forte émotion que quelque temps après il fut pris d’un mouvement convulsif remarquable qui revenait tous les jours à la même heure. Il y avait en même temps une sensation particulière au cœur, un froid partiel qui devenait ensuite général. Les sens commencèrent à s’abolir, en même temps les fonctions de la vie organique se troublèrent , les extrémités devinrent froides , glacées. Un jour on observa qu’il répondait lorsque les ondes sonores étaient dirigées vers l’épigastre et la pointe du cœur. Ces phénomènes se manifestèrent pendant plusieurs jours, et l’individu fut ensuite rendu à la santé. Ce fait est capital et cependant nous l’adoptons avec réserve.
2e Cas. Propre à démontrer que par suite de l’influence exercée sur un individu par un autre individu, l’état extatique peut être produit : nous l’empruntons à la thèse de,M. Filassier , 1832. Ce médecin parlant du magnétisme à un de ses amis qui était incrédule , lui propose de le soumettre à cette opération; l’autre y consentit, etM. Filassierle magnétisa pendant vingt minutes; au bout de ce temps, il eut des bâillements, des pandiculations, la respiration devint ronflante et le sommeil le plus profond eut lieu. Il se manifesta un rire sardonique et des sanglots qui firent croire un instant que le sujet riait et se moquait. Mais on fut cruellement détrompé, car la physionomie ne tarda pas à se décomposer et tout semblait annoncer une terminaison fatale , quand l’opérateur eut l’idée de continuer le magnétisme qu’il avait abandonné quelques instants. Tous ces phénomènes s’abimèrent dans le collapsus; au bout d’un quart d’heure il revint à lui et demanda à être magnétisé de nouveau. Cette fois l’opérateur adoucit la force de sa volonté; les phénomènes furent plus doux, l’individu magnétisé éprouva des sensations agréables et il se réveilla avec un sentiment de bien-être, il se sentait un peu fatigué, tous les accidents furent dissipés par quelques tours de promenade.
Voilà donc nos deux séries établies par deux faits qui présentent une grande importance. Mais , dira-t-on , comment cela peut-il arriver, surtout dans le second cas? Chez certains individus très-nerveux un simple attouchement longtemps prolongé peut bouleverser tout le système nerveux. C’est ainsi qu’en chatouillant la plante des pieds, on détermine des accidents nerveux. Supposez maintenant un individu encore plus nerveux , le simple
NÉVROSES COMPLEXES
attouchement pourra produire l’effet du chatouillement. Mais comment se fait-il qu’un simple attouchement suffise à l’instant pour plonger dans le sommeil? Ne peut-on pas dire que certains états extatiques peuvent avoir leur source dans l’imagination ? L’imagination peut encore exercer une grande influence. C’est ainsi , par exemple, qu’un esprit faible, convaincu de la supériorité d’un esprit fort sur lui, en pourra être gravement perturbé. Cela arrive surtout lorsqu’on dit à tin individu de ce caractère, que tel état pourra lui survenir. Mais ces différentes explications ne paraissent pas devoir s’appliquer au fait de M. Filassier, qui est embarrassant surtout pour les personnes qui expliquent tout parle jeu de l’imagination. Il faut dire ici qu’il faut ou admettre ces faits sans explication , ou admettre avec ces faits une force que l’on appelle agent ou fluide magnétique.
Ce qui est maintenant de toute évidence, c’est que sous l’empire des différentes influences dont je viens de vous parler, il s’est produit, dans tous les temps, des phénomènes analogues. Ainsi, les auteurs anciens nous ont rapporté des faits semblables arrivés dans les temples de l’Égypte, Les sorciers , les possédés en sont de nouveaux exemples. Lorsque les Espagnols abordèrent en Amérique, ils retrouvèrent dans les forêts , parmi les indigènes, les mêmes faits. 11 y a un siècle et demi, une religieuse devient hystérique à Loudun. Effrayée de son état, elle consulte son confesseur Urbain Grandier. Jusques-là il n’y avait rien que de très-naturel. Le confesseur l’exorcise. Cette cérémonie ayant eu lieu en présence de la communauté, Limitation rendit toutes les autres hystériques. Bientôt tous les phénomènes de l’extase se manifestèrent. Il n’y avait encore là que de la comédie ; mais la tragédie arriva à son tour. Une de ces pauvres femmes rêva qu’Urbain Grandier lui avait jeté un sort. L’infortuné prêtre fut brûlé (1).
La révocation de l’édit de Nantes amena une grande exaltation dans les esprits. Beaucoup de réformés se réfugièrent dans les Cévennes. Là, les prédications d’un côté, les persécutions de l’autre , déterminèrent les phénomènes d’extase chez un grand nombre de ces malheureuses victimes. Plus près de nous , le tombeau du diacre Pâris fut l’occasion de pareils symptômes. Peu de temps avant notre révolution, Mesmer, par l’appareil mystérieux dont il entourait les scènes de son baquet, produisit les phénomènes de l’extase chez un grand nombre d’individus. Mais le somnambulisme magnétique n’avait
(1) L’histoire dit cependant qu’il y eut dans cet événement une vengeance du cardinal de Richelieu.
point été observé par Mesmer lui-même. Cependant Diodore de Sicile, dans son ouvrage, a parlé de choses qui se passaient dans les temples de l’Égypte, qui ont des rapports avec ce phénomène. Ce fut M. de Puységur qui signala ce plus haut degré de l’extase, qu’il décrivit sous le nom de sommeil magnétique. Chez nous ce phénomène est seulement sporadique. En Allemagne, il y avait encore, il y a peu d’années, des cliniques magnétiques.
Toutes ces choses ne sont-elles que des débris des temps anciens et du moyen âge, qu’on a voulu habiller à neuf? Je suis arrivé à penser qu’au milieu d’erreurs, d’illusions, de charlatanisme, il y a cependant du vrai, et que le système nerveux doit être l’objet d’études sérieuses. Mais comment s’y prendre? en laissant de côté les questions d’inductions, d’analogies. Il faut donc s’attacher aux faits, voir s’ils ont été bien observés. Mais ici de grandes difficultés se présentent ; car, pour admettre un fait, il faut des témoignages bien authentiques et bien nombreux. Rejetant l’opinion de ceux qui prétendent que telle chose est ou non possible, voyons uniquement ce qui a été observé. Voici donc comme la question doit être posée : un individu étant soumis à l’influence d’un autre individu, ou n’y étant pas soumis, quels sont les phénomènes qui se développent dans l’état extatique ?
Pour étudier ces faits, il faut les prendre un à un. Le premier fait à constater est l’abolition de toute sensibilité. J’affirme que sous l’influence de certaines manœuvres par lesquelles l’individu devient somnambule, il perd toute sensibilité. En même temps qu’existe cette insensibilité , il y a isolement complet des personnes et des choses environnantes, tandis qu’il est en rapport avec la personne que le magnétise. Au bout d’un certain temps l’individu revient à lui , et le temps de son somnambulisme est entièrement effacé de sa mémoire. C’est ce qu’on observe aussi dans l’épilepsie.
Il faut maintenant exposer les phénomènes quise produisent pendant l’extase. Mais avant d’étudier expérimentalement ces phénomènes et d'admettre ce qui doit être seulement admis par l’observation rigoureuse, il faut dire quelque chose de l’influence magnétique.
Celle-ci peut se transmettre immédiatement par l’influence d’un individu, qui agit sur un autre individu. Ici viennent se ranger les passes, les attouchements, etc. Cette influence peut encore se produire d’une manière médiate par le moyen de certains objets qu’on prétend chargés de fluide magnétique. Ainsi on dit qu’en accumulant le fluide magnétique sur des corps et en les plaçant sur un individu , ces corps agissent sur lui ; et à celle
occasion on cite le fait de l’arbre de M. de Puységur à Busency. Autant j’admets l’influence d’un individu sur un autre individu, autant l’influence des corps prétendus magnétisés sur les individus, me paraît peu fondée, et relativement au fameux arbre de Busency, on ne peut rapporter un seul fait concluant, car tout ce que l’on dit sur ce sujet démontre seulement que l’esprit des paysans était sousl’empire d’une forte préoccupation, par ce que leur maître leur racontait de cet arbre, et par ce qu’on disait qu’il lui avait fait. Il y avait donc réellementdans ce cas influence de l’imagination. La véritable question serait celle-ci : un corps, magnétisé, mis en rapport avec un individu qui l’ignore, détermine-t-il des phénomènes magnétiques? Or cela est loin d’être prouvé. Une autre question se présente encore. Un individu placé dans un appartement voisin, pourrait-il magnétiser un individu qui ne le saurait pas? Mais si ce fait était réel , il saperait le raisonnement de ceux qui affirment qu’il n’y a là qu’un jeu de l’imagination. Rien n’en a cependant démontré l’authenticité. Enfin un individu tombant en somnambulisme peut-il influer sur un autre, de manière à produire chez lui les phénomènes magnétiques? Oui, si l’individu est faible et a déjà l’imagination ébranlée.
Une fois l’influence produite , quelle que soit la cause qui ait déterminé les phénomènes, étudions ces phénomènes. D’abord on voit apparaître des symptômes qui n’appartiennentpas à l’extase. Tels sont, par exemple, des mouvements convulsifs. Une autre série de phénomènes consiste dans la guérison de certaines maladies. Je ne révoque pas cela en doute. Je sais que beaucoup de lésions du système nerveux peuvent guérir par suite d’une modification brusque, d’une émotion forte. 11 y a eu une époque dans l’histoire de la médecine où on guérissait les fièvres intermittentes avec le mot abracadabra. Ces mots sans signification agissaient fortement sur l’imagination et celle-ci à son tour réagissait sur le corps. Je crois maintenant qu’il est possible d’étendre beaucoup ces états morbides ; ainsi des hypérémies , des anémies, des congestions, des troubles de la digestion peuvent être guéris par ce moyen et aussi sans pratiques magnétiques.
Nous voyons maintenant se développer sous l’influence de pratiques magnétiques les phénomènes qui constituent l’extase. Plusieurs cas peuvent ici se présenter. i*r cas. Un individu magnétisé peut tomber dans un état d’insensibilité et ses rapports avec le monde extérieur cesser; cependant certains actes prouvent qu’il use de son intelligence et de sa volonté. Cet état a.été observé sans doute sous l’influence magnétique. Mais il peutêtre spontané. 2e cas. L’individu n’est plus complet.
Séparé du monde extérieur il entend, comprend, mais ne peut répondre; dans quelques circonstances , il n’entre en communication qu’avec une seule personne. Il serait difficile d’admettre qu’il n’en a pas été ainsi dans plusieurs cas; mais est-il besoin pour cela d’admettre un agent particulier ? Je ne le pense pas. On voit des individus dont les facultés intellectuelles sont fort concentrées vers un objet , être insensibles à tout le reste. Ainsi un individu discute fortement avec quelqu’un et il n’entend rien de ce qui se passe autour de lui. Un 3e cas est celui ou existe encore une grande insensibilité, mais en même temps un seul sens acquiert une remarquable finesse. J’ai eu occasion de voir une jeune femme âgée de vingt-sept ans, qui a été longtemps magnétisée et qui ne l’est plus depuis longtemps. Elle a de mauvaises digestions et tombe sur sa chaise; elle reste alors les yeux fixés, elle ne sent pas; mais elle entend trèsbien, elle ne peut parler, elle peut cependant penser; en même temps son oreille acquiert une finesse telle, que des bruits imperceptibles pour d’autres sont perçus par elle.
J’arrive maintenant à l’état d’extase, qui se complique d’autres phénomènes. Il peut d’abord se compliquer d’hallucinations, en rapport avec les idées dominantes du malade. On peut encore observer un développement extraordinaire de l’intelligence. Parmi les actes intellectuels, on peut en observer qui acquièrent un développement anormal ; telle est en particulier la mémoire. Il n’y a point de faits qui prouvent qu’on ait parlé des langues qu’on n’avait point apprises; mais il y a des exemples d’individus qui ont parlé tout-àcoup des langues dont ils avaient eu quelques notions dans leur enfance. Quelques individus ont présenté un développement musculaire considérable. Il faut se rappeler ici ce qui se passe chez quelques femmes hystériques. On a dit que les religieuses de Loudun pouvaient se porter en l’air et se soutenir dans cette position. C’est une absurdité. Quelques magnétisés disent qu’ils voient un fluide se dégager du corps de la personne qui les magnétise. Mais, comme le dit M. Bertrand, ils ont entendu parler de ce fluide : On a dit que les magnétiseurs pouvaient changer l’eau en vin; il n’y a rien de vrai. Mais ici on peut admettre qu’une imagination fortement ébranlée peut croire qu’on lui verse du vin lorsqu’on lui versera de l’eau , parce quele magnétiseur leur dira que c’est du vin.
Instinct des remèdes. — Cette qualité peut exister pour l’individu magnétisé ainsi que pour l’individu magnétisant ; telle est du moins l’opinion des magnétiseurs. Eh bien, je déclare que je n’ai vu dans cette prétendue propriété, queduperies, illusions, jongleries et charlatanisme. A l’époque de M. de Puységur,
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le magnétisme voyait partout des humeurs à évacuer. Les adeptes proposaient à tout bout de champ de purgatifs , des évacuants. Aujourd’hui leur système est différent : ils vous diront que l’estomac est rosé, enflammé, qu’il faut mettre des sangsues ; et encore nous ne parlons que des personnes qui ont de l’instruction. Je puis vous assurer qu’il n’y a dans les annales du magnétisme aucun fait qui dépose en faveur de l’instinct des remèdes. Si ce fait n’est pas encore constaté, est-il plus prouvé qu’un individu puisse pénétrer dans le monde intérieur , y découvrir les formes, les couleurs. C’est sans doute une grande prétention du magnétisme. Voyons un peu ce que nous devons en penser. Quoique nous ne puissions concevoir comment on peut voir les couleurs sans les yeux, cependant comme il y a des faits observés, il faut discuter.D’abord, on a dit que tous nos sens se redressaient par le toucher, et qu’en supposant une excitation plus grande de ce sens , il pouvait devenir organe d’ouie, d’odorat. Tout cela est hypothétique. On sait qu’il y a des nerfs qui , seuls ne peuvent pas servir à l’accomplissement de certaines sensations , et qui sont néanmoins indispensables à ses actes. Ainsi il est prouvé que la vue,l*odorat, l’ouïe, peuvent manquer lorsque le nerf de la cinquième paire est lésé ; ce qui ne veut pas dire qu’on sente , qu’on goûte, qu’on entende par ce nerf, mais qu’il est nécessaire à ces différents actes. Il serait important de voir si le nerf principal étant détruit, le nerf accessoire peut le remplacer. On ne possède aucun fait de ce genre. On est descendu plus bas dans l’échelle des animaux vertébrés, et on a vu les nerfs principaux disparaître, tels que les nerfs olfactifs et auditifs , et cependant l’audition et l’olfaction se conservaient au moyen de la cinquième paire, qui était intacte. Ces particularités ont été observées pour l’audition et l’olfaction, mais non pourla vision. Ainsi lenerf de la cinquième paire peut suppléer les nerfs auditifs et olfactifs ; mais jusqu’à présent on ne l’a pas vu remplacer le nerf delà vision. On a remarqué que certains animaux pouvaient se diriger dans l’obscurité et éviter les obstacles , comme les orfraies et les chauve-souris. Il en est auxquels on a arraché les yeux, et qui ont pu •cependant se diriger. Cela prouve seulement qu’ils avaient le tact très-développé.
Voici maintenant une autre série de faits x relatifs au somnambulisme naturel. On sait que les somnambules peuvent écrire , marcher, monter sur les toits, et si on les réveille ils ne peuvent plus continuer ; mais je ne connais point de fait qui prouve qu’ils puissent lire. On a souvent cité des somnambules qui jouaient aux cartes; mais les aveugles peuvent faire la même çhose ; ce qui s’explique par les saillies qu’elles présentent. Il y a d’ailleurs
une épreuve à laquelle on a soumis ces prétendus clairvoyants et qu’ils n’ont jamais résolue d’une manière satisfaisante, telle est, par exemple, le nombre des dents qui existent dans la bouche, la description bien faite d’un des organes du corps, etc.
Les annales du magnétisme animal contiennent une grande quantité de faits qui établissent que les phénomènes de la vision peuvent avoir lieu sans le secours des yeux. Mais en examinant avec soin ces faits, on trouve qu’il y en a une immense quantité qui doivent être rejetés, et tout au plus six ou sept qui méritent discussion.
D’abord dans ces différents faits il faut distinguer deux cas : les objets ont été vus par le magnétisé lorsqu’ils étaient dérobés ou cachés, ou bien ils ont été vus étant mis en contact avec la peau de l’occiput, de la nuque, des orteils, des doigts, et surtout de la région épigastrique.
Un premier fait qui a produit une certaine sensation est celui du docteur Peltier, consigné dans son ouvrage sur l’électricité animale. Il s’agit d’une femme magnétisée, qui devint cataleptique. Un jour qu’elle était couchée sur le dos, la poitrine couverte d’un corset, Peltier souleva les couvertures du lit et glissa sous le corset une carte roulée qu’il plaça sur l’épigastre. La dame s’agita et dit que c’était la dame de pique. Les assistants furent tous étonnés en reconnaissant que c’était réellement la carte annoncée. Un jour M. Peltier lui appliqua sa montre sur l’épigastre, elle dit qu’il était 7 heures 10 minutes; ce qui était vrai. Dans une autre circonstance, il lui présenta un objet qu’il tenait dans la main, elle déclara que c’était une médaille antique. La belle-sœur de la magnétisée enferma dans une bonbonnière un chiffon de papier, la malade le devina. M. Peltier cacha une lettre sous son gilet, et la cataleptique interrogée dit que si elle n’était pas discrète, elle parlerait; qu’il y avait deux lignes soulignées qu’on pouvait lire. Tout cela est fort extraordinaire, et l’on peut faire cette objection très-forte, c’est que toutes ces expériences ont été faites en présence de personnes qui y avaient intérêt, et dès-lors le doute est permis.
Deuxième fait : il a été publié par un médecin allemand. La femme dont il est ici question, voyait à un étage supérieur. Elle dit un jour à ce médecin qu’elle apercevait une épreuve que son médecin venait d’y placer et qu’il ne savait pas y être déposée. Mais encore ici il faudrait savoir si la somnambule n’en était pas informée.
Troisième fait. M. Deleuze, dans son ouvrage de la clairvoyance des somnambules , raconte que se trouvant un jour chez une dame dont la fille était somnambule , il lui
demanda si elle pouvait lire, elle lui répondit d’essayer. Il lui mit la main sur les yeux; elle lut deux lignes et dit ensuite qu’elle était fatiguée : le bandeau, dans ce cas, eût été bien préférable aux mains. M. Deleuze lui demanda encore si elle pouvait lire des mots dans une boîte. Elle remit à une autre séance. Au bout de quelques jours, il lui apporta trois mois : amitié, santé, bonheur. Elle put lire seulement, après quelques temps, le mot amitié; mais elle ne put dire les deux autres. M. Deleuze mérite toute croyance ; mais on ne sait par qui la boîte a été remise, et d’ailleurs un seul mot a pu être trouvé.
Quatrième fait. Il appartient à M. le docteur Bertrand. Ce docteur distingué, qui a cherché pendant quinze ans les faits relatifs au magnétisme, dit qu’il n’a observé qu’un seul cas de clairvoyance sans le secours des yeux. C’était une somnambule dont les yeux étaient exactement fermés. 11 n’y avait qu’une seule lumière dans l’appartement. M. Bertrand ôta une bague de sa main, et la remit à une personne voisine. 11 demanda ensuite à la somnambule où était la bague. Elle désigna une personne à laquelle M. Bertrand ne l’avait point remise. II crut qu’elle se trompait. Mais il fut bien surpris quand la personne désignée par la somnambule ôta de sa poche la bague, qui lui avait été remise par la personne à laquelle M. Bertrand l’avait confiée.
Cinquième fait, rapporté par M. Delpit ( Bibl. médicale , tome lvi, page 823). Une fille hystérique lisait très-distinctement les yeux fermés en promenant ses doigts sur les lignes. Cela eut lieu un jour dans l’obscurité la plus profonde. Mais faites attention que cette fille se servait de ses doigts, et que nous avons vu que les aveugles avaient la propriété de sentir les reliefs des couleurs et des lettres.
J’arrive à deux autres faits plus graves. L’un appartient à M. Rostan : il a été publié par lui dans le Dictionnaire en 21 volumes, art. Magnétisme. Ce fait a eu pour témoins le médecin que nous venons de citer et M. Ferrus. Je plaçai ma montre, dit M. Rostan, à trois ou quatre pouces de l’occiput, et je dis à la somnambule : voyez ce que c’est. Elle dit : c’est une montre ; cela me fait mal. Interrogée sur l’heure, elle hésita quelque temps et dit : il est s heures 10 minutes. L’expérience fut recommencée plusieurs fois; la somnambule répondit toujours juste.
Huitième fait. M. Filassier, dans sajhèse, dit : Je fis enlever toutes les lumières de l’appartement. Je pris ensuite une montre avec toutes les précautions possibles; je l’appliquai sur le front de la somnambule; je lui couvris les yeux et lui demandai l’heure qu’il était. Elle me répondit : la petite aiguille est
sur le 7, et la grande aiguille est entre le 7 et le 8. En effet , il était sept heures et demie. Pensant qu’elle pouvait avoir vu , je fis faire plusieurs tours à l’aiguille dans l’obscurité. Interrogée de nouveau , elle dit : la petite est sur le 3, et la grande près du 3. Il était en effet trois heures un quart. Mais ici , eston bien certain qu’il n’y avait point de commérage ?
De tous ces faits il n'y aqueceluideM. Rostan, qui soit à l’abri de tout reproche. Mais encore une fois, il faut que des faits semblables soient répétés.
A côté de ces faits il y en a une foule d’autres qui ne méritent aucune discussion. 11 y en a d’ailleurs qui ont présenté toutes les apparences de la réalité, et qui au bout d’un mois ont été reconnus faux. Je ne vous dirai rien du travail de l’Académie de Médecine ; seulement je vous ferai remarquer que les commissaires ont fait des recherches pendant six ans, et que les magnétiseurs ont eu tout le temps de rassembler leurs faits ; eh bien , j'affirme que les commissaires n’ont pas cité un seul fait nouveau qui vaille celui de M. Rostan.
Y a-t-il maintenant des faits qui prouvent que les somnambules puissent entendre? Vous vous rappelez celui de la clinique de Bologne, relativement à cet individu qui entendait par l’épigastre. Mais il faut que les faits de ce genre se renouvellent.
Les individus magnétisés ont-ils pu lire dans l’avenir ? Cette prévision peut comprendre les changements qui surviennent dans les propres corps des somnambules. Ainsi on dit qu’ils peuvent annoncer d’une manière précise , l’époque de la cessation d’un accès.
Il est d’expérience qu’avec une volonté forte, on peut arriver à ce résultat. Lorsqu’on veut fortement se réveiller à telle heure, on se réveille à l’heure précise. On voit des individus qui non seulement peuvent prédire le moment de l’accès, mais qui peuvent annoncer l’époqun du retour des accès. Ce phénomène a eu lieu quelquefois ; mais, dit le docteurBertrand, il y a eu non prévision, mais prédétermination.
Disons un mol sur l’influence que les individus extatiques peuvent exercer sur leurs organes. Déjà nous avons vu qu’ils pouvaient guérir des lésions organiques ; nous allons voir maintenant qu’ils déterminent des maladies réelles vers certains organes ; car , sous l’influence de l’imagination, on voit la dyspnée. les palpitations, les troubles de la digestion, les diarrhées, s’établir. Cette prévision peut-elle s’étendre aux actes qu’un individu fera ? Cela peut être , mais je ne l’ai pas vu.
De ces différentes séries de phénomènes, il n’y avait qu’un pas à faire pour arriver à cette série dans laquelle on dit que les somnambules peuvent acquérir la connaissance
NÉVROSES COMPLEXES
des maladies en touchant les objets des malades, leurs cheveux, par exemple. Je ne connais pas de médecin qui ait constaté cette prétendue prévision.
On a dit encore que les somnambules avaient la faculté de prendre les symptômes des maladies des autres individus; cela peut arriver. Placé près d’un épileptique, d’un cataleptique, on conçoit qu’un extatique puisse prendre ses symptômes et, en général, toute la série des phénomènes nerveux ; mais il n’en est plus ainsi lorsqu’il s’agit de lésions organiques.
En nous résumant, nous trouvons trois séries de faits : i° les uns , incontestables, rentrent dans ceux propres à la physiologie et à la pathologie ; 2° les autres sont à vérifier, telle est l’influence qu’un individu peut exercer sur un autre individu sans le secours de l’imagination; 3° enfin, il y a des faits évidemment faux.
Nous allons maintenant nous occuper de névroses complexes, dans lesquelles le désordre du mouvement est le caractère dominant; les troubles de la sensibilité et de l’intelligence se montrant en outre coexistants avec le trouble du mouvement.