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COMPLEXES

Premier cas , commençant par le trouble du cerveau.

Un travail intellectuel opiniâtre, peut ou rappeler l’épilepsie, ou la faire naître : on a cité des individus qui ne pouvaient travailler après le repas sans être pris d’accès épileptiques. Les émotions fortes, la peur, surtout pendant l’enfance , une forte excitation de la sensibilité: Van Swieten a rapporté le cas d'un individu qui était devenu épileptique à la suite d’un chatouillement à la plante des pieds. Un bruit fort, intense, imprévu : un enfant d’un an à l’oreille duquel on lira un coup de pistolet, fut pris, un moment après, d’épilepsie qui dura toute sa vie. On a vu un individu chez lequel la vue d’un objet rouge suffisait pour rappeler l’épilepsie. Chez d’autres, ce sont des odeurs fortes qui la déterminent. Une femme éprouvait des accès en sentant l’odeur du chanvre. Un individu avait la peau du conduit auditif externe si sensible, que lorsqu’un vent froid s’introduisait dans ce conduit, il était pris d’accès épileptiques. Les douleurs vives peuvent la déterminer. J’ai connu une femme épileptique qui avait en même temps un cancer au sein ; on pouvait prévoir les accès par la récrudescence de la douleur du sein. Une des causes occasionnelles les plus puissantes sont les fatigues, les exercices violents, les veilles prolongées. Tissot a cité le cas d’une jeune fille qui fut prise d’épilepsie après avoir plongé ses pieds dans l’eau froide.

D’autres agents qui , passant par le tube digestif sans le modifier sensiblement , vont porter leur action sur le cerveau, peuvent devenir des causes occasionnelles de l'épilepsie. Tels sont les liqueurs alcooliques, le café , certains poisons, certains médicaments narcotiques. Un individu fut pris d’épilepsie après avoir pris une dose assez faible d’extrait de jusquiame. L’insolation, un air renfermé et trop chaud, sont aussi des causes occasionnelles.

Voilà bien des causes diverses, mais elles convergent toutes en ce qu’elles agissent sur le système nerveux. Elles ont une influence telle, que si l’individu a une prédisposition à l’épilepsie, elle se montrera.

Deuxième cas. Le cerveau n’étant pas primitivement troublé.

Il n’est point d’organe dont l’altération ne puisse modifier le cerveau au point de déterminer la production de l’épilepsie.

Au nombre de ces organes on doit placer au premier rang le tube digestif. Les irritations nombreuses sont des causes occasionnelles principales , l’indigestion , les vers intestinaux , etc. Tissot a cité l’exemple d’un individu qui pendant longtemps ne put manger que du pain non levé, du miel et des raisins. Venait-il à manger autre chose, l’é-

pilepsie survenait. Les maladies du foie, des . reins , de la vessie , peuvent être la cause ôccasionnelle de celte maladie. On l’a vue survenir pendant que la vessie présentait des calculs, et cesser quand elle en était débarrassée.

Qui ne sait quelle influence puissante les organes génitaux exercent sur la production de l’épilepsie? L’anonisme est principalement et surtout une des causes occasionnelles les plus fréquentes.

On considère aussi comme causes occasionnelles les lésions de la périphérie du corps, les tumeurs sous-cütanées. Pouleau rapporte l’observation d’un homme âgé de trente ans , qui reçut un coup sur le sommet de la tête. Pendant que la plaie ne se cicatrisa pas , rien d’extraordinaire n’arriva. Mais à peine le futelle, que survint l’épilepsie, qui dura pendant un an. Pouteau, consulté , fit rouvrir la cicatrice au moyen delà pierre, et l’épilepsie disparut. Par négligence, ou autrement, la plaie se cicatrisa de nouveau , et l’épilepsie revint. Pouteau fit mettre un pois dans la plaie qu’il changea en cautère, et l’épilepsie ne revint plus.

Voici quelques faits qui n’ont pas d’analogues dans la science.

Dans le tome lxii de \& Bibliothèque médicale, on trouve le fait suivant. Un jeune homme de vingt-sept ans éprouvait des accès épileptiques toutes les fois que le temps était fortement orageux. Chez lui, l’électricité,atmosphérique agissait sur une dent cariée dont l’extraction fit cesser l’épilepsie.

Un homme qui avait contracté une maladie vénérienne et qui avait un bubon à l’aine, fut pris d’épilepsie quand, par un traitement approprié , le bubon eut été guéri.

Voici la classification adoptée par M. Esquirol :

Deux espèces: i° idiopathique ; 2° symptomatique.

Plusieurs variétés :

lre Siège et point de départ dans l’appareil digestif;

2e Angioténique;

3« Siège et point de départ dans le système des vaisseaux blancs;

4e Siège et point de départ dans l’appareil reproducteur ;

5e Siège et point de départ dans la périphérie du corps.

Toutes ces causes diverses exercent une influence plus ou moins grande, selon quelques dispositions de l’économie.

Selon les âges, la tendance à l’épilepsie est d’autant plus grande que l’individu est plus jeune. Sur soixante-six cas observés par MM. Bouchet et Cazauvielh, le plus grand nombre eut lieu depuis la naissance jusqu’à l’âge de cinq ans. Ce nombre fut en diminuant à mesure que l’âge augmentait.

Sur ces 66 cas, ss dont le début eut lieu avant la menstruation, 28 après.

L’épilepsie est-elle héréditaire? Il règne du vague à cet égard, car aucun relevé statistique bien large n'a encore été fait.

En voici un qui roule sur 14 femmes épileptiques.

Ces h femmes on produit 58 enfants, 37 sont morts en bas âge avec des convulsions; sur les 21 restés vivants, 14 11’ont éprouvé ni épilepsie ni accidents nerveux, 7 ont eu des maladies nerveuses , 2 seulement ont été épileptiques.

Il ÿ a dans la science quelques autres faits qui tendraient à prouver l’hérédité de cette maladie.

Les influences éprouvées pendant la grossesse peuvent-elles déterminer l’épilepsie ? Cette question est encore douteuse.

La nourrice peut-elle transmettre cette influence avec le lait? Il n’y a qu’un fait cité par Portai, qui puisse donner à réfléchir sur cette question. Dans une famille nombreuse composée de huit enfants bien portants , le plus jeune, encore à la nourice, fut pris d’épilepsie sans cause appréciable. Le médecin s’avisa de rechercher si la nourrice n’était pas épileptique; on ne put pas prouver qu’elle le fût, mais on trouva que la sœur de la nourrice l’était.

Ces différentes causes occasionnelles ontelles une influence plus grande selon les saisons? On a remarqué qu’en général les accès sont plus fréquents au printemps. Cela n’est cependant pas sans exception.

Il est d’observation que le plus grand nombre d’accès a lieu pendant la nuit. Est-ce à l’influence de la nuit ou du sommeil que l’on doit attribuer cette fréquence? Il est probable que c’est au sommeil.

Les deux sexes n’y sont pas également sujets: les femmes l’emportent de beaucoup.

Symptômes. Ils doivent être étudiés à quatre époques différentes :

1® Avant l’accès ;

2° Pendant l’accès ;

2° Après l’accès ;

4° Dans l’intervalle des accès.

1° Avant l’accès. Ces symptômes n’existent pas toujours. Ils peuvent être nuis, et alors l’accès est subit, foudroyant. Quand ils existent, ils sont très-variés. Et d’abord du côté du cerveau, ce sont surtout des signes de congestion cérébrale qui se remarquent. Ainsi , quelques minutes avant l’accès, les malades sont pris de vertiges, de céphalalgie, ont les yeux et la face injectés. Chez quelques-uns on remarque une modification delà sensibilité. Ainsi il y a des individus qui très-peu de temps avant l’accès sont pris d’une douleur plus ou moins intense, soit de froid, soit de chatouillement. Tout cela peut être éprouvé sur

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des points du corps très-divers. Ainsi, pour les uns ce sera au sinciput, pour d’autres à l’occiput, pour celui-ci à la lèvre supérieure , pour celui-là à une mamelle; chez d’autres, ce qui cependant est rare , ce sera vers une des articulations scapulo-humérales. Ce qui est bien plus commun , c’est que les maladies éprouvent des douleurs aux mains, soit aux deux , soit à une , quelquefois bornées à un doigt, soit dans le membre supérieur, soit dans le membre inférieur , à la partie interne des cuisses, au mollet, aux orteils, à laplanle des pieds, etc., etc.

Dans tous ces cas , il arrive que celte sensation se propage de bas en haut. Les malades sentent qu’elle va gagner deux points principaux : le cœur et le cerveau. Quelques-uns ne sentent rien du côté du cœur, mais tout, au contraire, du côté du cerveau. Quand cette sensation est arrivée au cœur , les malades sont pris de palpitations violentes. Parvenue au cerveau, il y a subitement perte du sentiment et de l’intelligence, syncope profonde.

C’est à l’ensemble de tous ces prodromes que l’on a donné \e nornd' aura epiieptica. Encore une fois, ils n’existent pas toujours ; les cas où ils manquent sont même les plus fréquents.

Quelques malades , avertis par l’expérience, sentent l’approche de l’accès. Alors on en a vu qui , lorsqu’ils éprouvaient une douleur vers un doigt ou un orteil, se faisaient une ligature au-dessus de la douleur, et empêchaient ainsi l’accès. Ces cas , tout inexplicables qu’ils soient, n’en sont pas moins réels. On a vu aussi un cas de guérison opérée par l’application d’un moxa à la nuque, lieu où le prodrome de l’accès se manifestait.

Ces phénomènes ne sont pas les seuls. Il y a des individusqui n’éprouvent qu’une céphalalgie intense ; chez d’autres, et surtout chez les femmes, ce sont des maux de reins. Ceux-ci éprouvent une notable exaltation de la sensibilité cutanée, tandis que d’autres éprouvent de la diminution. Quelques-uns présentent des hallucinations variées qui portent sur la vue, l’ouïe, l’odorat. Il y en a qui sentent des odeurs agréables ou fétides , sans qu’aucune émanation odorante existe. Il y en a d’autres qui sont tourmentés par des bruits singulierb de cascades, de fusées, de coups de canon, de coups de fouet, d’un vent qui souffle avec violence. Plus d’une fois on a observé des individus qui, au moment de l’accès, voyaient un cheval près de les écraser. Tissot a rapporté le cas singulier de cejeune homme, | qui, avant l’accès, croyait voir venir à lui, { avec une grande rapidité, un carrosse dans < lequel était un homme en bonnet rouge.

Ceux-ci aperçoivent une vive lumière, ceuxlà un fantôme , etc.

Chez d’autres, ce qu’on observe avant l’accès, c’est un affaiblissement de quelque

sens, soit de la vue, soit de l’odorat , etc.

Quelquefois le prodrome consiste en une modification du mouvement. On voit des individus qui, avant l’accès, éprouvent une faiblesse musculaire; d’autres une paralysie partielle, d’autres qui ont le mouvement exalté ou perverti, et qui ont des convulsions et des crampes partielles. Un individu, pendant les cinq minutes qui précédaient l’accès, éprouvait le besoin de courir; un autre était forcé de tourner sur lui-même; chez plusieurs, c’est une convulsion particulière des muscles du larynx qui produit des cris bizarres et sauvages.

L’intelligence peut encore être modifiée avant l’accès. Les individus peuvent être dominés par une idée fixe, peuvent éprouver des affections morales , de la tristesse , une mélancolie profonde; ils peuvent être inconstants, mécontents de tout , des autres et d’eux-mêmes, être très-irascibles, contrariés par tout.

Le prodrome peut consister en un simple trouble du sommeil, tel que l’insomnie, sommeil agité, rêves pénibles, etc.

Il y a des individus dont le prodrome principal consiste en des palpitations; chez d’autres, il portera sur les voies digestives.

Chez d’autres, l’urine sera rejetée involontairement. L’économie participe tellement tout entière à la scène qui se prépare, que la circulation capillaire elle-même peut être troublée. Ainsi, chez quelques épileptiques le retour de l’accès est caractérisé par des rougeurs à la peau.

On a cité le cas d’un individu qui avait une urticaire avant l’accès; un autre chez lequel le haut des narines et la partie située entre les deux sourcils se gonflaient et devenaient rouges; d’autres dont les veines du front se gonflaient, d’autres chez lesquels c’étaient les veines du bras et de la main.

Tels sont les accidents variés qui constituent les prodromes de l’épilepsie quand ils existent.

2° Symptômes qui se montrent pendant l’accès et qui le caractérisent. L’accès d’épilepsie, quoique ayant des caractères fondamentaux. n’est pas toujours tellement semblable à lui-même, qu’il ne faille en établir diverses formes.

Nous devons en reconnaître trois :

1er Grand-mal;

2e Petit-mal, vertiges, étourdissements;

5e Absences.

lre Forme. — Grand-mal , accès d’épilepsie proprement dit. Soit qu’il y ait eu ou non des prodromes; que le malade ait été ou non averti, il tombe sans connaissance, et avant, il pousse souvent un cri qui a quelque chose d’étrange et d’effrayant. Ce cri peut manquer, et alors on entend un gémissement sourd.

En même temps apparaissent chez lui diverses lésions du mouvement, du sentiment et de l’intelligence.

1° Du mouvement. Trois temps à distinguer :

1" temps. Roideur cadavérique ;

2e — Convulsions;

5e — Affaissement musculaire.

Dans le premier temps, le malade est couché sur le dos, la tête fortement rejetée en arrière; les yeux largement ouverts, présentant quelque chose de farouche , et dans le strabisme; la bouche fortement écartée, la langue faisant saillie au dehors, les dents serrées contre elle et la déchirant. Le reste du corps participe à ce phénomène : les membres supérieurs et inférieurs sont roides. Tout cela dure un peu de temps ; après lequel le deuxième temps, celui des convulsions , commence. Cette face tout à l’heure immobile, offre des mouvements musculaires variés; les grimaces les plus diverses, qui sont dues à une force musculaire si grande , que l’articulation de la mâchoire inférieure en est quelquefois luxée. En même temps les membres sont convulsés; les bras sont pris de fortes secousses qui se succèdent au nombre de j cinq ou six. Dans les membres inférieurs, ces convulsions sont moins prononcées que dans les membres supérieurs. J’aUvü un cas où les convulsions n’existaient qu’aux membres inférieurs. Les muscles du tronc participent à ces convulsions. Il y a des cas où les convulsions n’existent que d’un seul côté. Ces deux temps ensemble peuvent durer d’une à dix minutes.

Le troisième temps est caractérisé par l’affaissement musculaire. Ce système musculaire, brisé par les efforts violents des convulsions, tombe dans le relâchement, l’affaissement. Ce troisième temps peut durer plus longtemps que les deux autres. .

Lésions du sentiment. — Pendant ces trois temps, lesentiment est complètement anéanti. On peut piquer, dilacérer, brûler les malades, ils n’en ont pas conscience : la sensibilité cutanée est totalement abolie. Il en est de même du sens de l’ouïe, de l’odorat, de la vue.

Lésions de l'intelligence.— Elles sont beaucoup plus profondes. Le malade perd connaissance depuis le premier temps jusque vers le milieu du troisième. Quand l’affaissement musculair e commence, ainsi que le coma, à se dissiper, peu à peu le malade revient à lui, et quand il regarde, il est comme stupide, il prononce des mois sans suite; il n’est tourmenté que d’un seul désir, celui de se reposer. Alors ordinairement, il s’endort, et il se réveille ordinairement avec l’intelligence saine.

Quelquefois lecoma persiste pendanluncer-

tain temps. On appelle cet état accès apoplec* liforme.

Dans cet état, que deviennent les fonctions de nutrition ? La circulation peut être troublée , et elle l’est toutes les fois que le prodrome n’a pas consisté en une congestion cérébrale. Dans la roideur, il y a pâleur de la face; mais dans le passage du temps de roideur au temps de convulsion , apparaissent des signes de congestion. On remarque une teinle violacée qui couvre la face , le cou, quelquefois tout le corps. Dans ce moment, des palpitations violentes peuvent avoir lieu. Le pouls a ordinairement une grande fréquence.

Lésions de la respiration. — Si l’accès est mortel , c’est par la respiration qu’il le devient. Pendant la roideur elle peut être suspendue, comme anéantie. Dans les convulsions elle est saccadée, inégale, laborieuse. Dans l’affaissement musculaire, elle devient large, abondante; l’expiration est quelquefois bruyante; et c’est alors qu’apparaît ce phénomène caractéristique de l’épilepsie, l’écume à la bouche.

Il y a des individus qui pendant l’accès rendent les matières fécales, l’urine, le sperme , etc.

Cet accès peut durer d’une à deux minutes | jusqu’à quinze et vingt. On trouve décrits dans j les auteurs des accès qui ont duré plusieurs i heures, des jours, plusieurs jours. lisse sont ! trompés. Dans ces cas-là ce sont des séries ; d’accès qui arrivent à la suite les uns des autres. Quelle doit être alors la fatigue, la brisure des malades qui présentent ainsi celte série d’affections ! La moét arrive fréquemment dans ces circonstances.

2e forme. — Petit-mal; étourdissements , vertiges.

Cette forme des accès est très-curieuse. On peut dire d’abord que ces petits accès précèdent ordinairement les grands. Il est difficile d’en donner le caractère et d’en faire une description générale. On voit les individus perdre subitement connaissance, perdre le sentiment, présenter la roideur, les convulsions, mais tout cela partiellement. 11 n’y a pas de coma dans celte forme.

5e forme. — Absences. Le malade qui en est atteint s’arrête tout à coup dans ce qu’il fait. 11 éprouve un anéantissement subit du sentiment et de l’intelligence , sans que pour cela le mouvement soit altéré. On doit remarquer que cette troisième forme n’est souvent qu’intercalée dans des accès plus forts.

Ces trois formes s’entremêlent , et l’on voit rarement la deuxième et la troisième isolées de la première.

3° Symptômes après l’accès. Le symptôme constant, invariable et queje regarde comme caractéristique de l’épilepsie, c’est l’oubli

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profond de ce qui est arrivé. Ce que le malade se rappelle, c’est de s’être trouvé mal.

Il éprouve ordinairement un peu de fatigue au réveil. On observe quelquefois un phénomène singulier : certains individus ont, après l’accès, l’intelligence plus développée, plus lucide.

On a quelquefois observé quelques accidents. L’intelligence a pu se troubler, la sensibilité se modifier. Dans quelques cas , il est survenu une horreur pour les liquides; dans d’autres, quelques lésions du mouvement, des tics; d’autres ont présenté le strabisme; quelques-uns ont été hémiplégiques , d’autres ont eu des taches rouges sur la peau; ceux-là le pourtour des yeux et du nez piqueté. On cite un cas où l’accès fut suivi d’hémoptysie abondante.

4° Phénomènes qu’on observe dans l’intervalle des accès. C’est un état très-satisfaisant de santé, si les accès sont rares; mais plus ils se rapprochent, plus la santé générale s’altère. C’est surtout vers l’intelligence que se remarquent les altérations.

Marche. Elle peut être divisée en celle dont le retour est régulier, et en celle dont le retour est irrégulier, suivant la fréquence. Quelques individus n’ont qu’un accès dans la vie, d’autres un tous les ans , un tous les mois, enfin tous les jours et plusieurs fois par jour. L’épilepsie peut se suspendre pendant un grand nombre d’années. Quand elle est ainsi suspendue, on ne doit pas dire qu’elle est guérie , car on a vu les accès reparaître après douze et quinze ans d’interruption.

Il est des cas où les accès deviennent de plus en plus forts, d’autres où ils deviennent de plus en plus faibles; il en est enfin qui ont des alternatives de force et de faiblesse.

Il est certaines circonstances qui exercent une influence heureuse sur l’épilepsie. Ainsi on l’a vue cesser par cela seul que les malades étaient pris, de fièvres intermittentes. Certaines maladies aiguës sont dans ce cas. Chez îesenfants,la rougeoleetla scarlatine ont une heureuse influence sur les accès. Diverses maladies du tube digestif les ont fait disparaître. La grossesse est quelquefois une circonstance favorable : ce cas n’est pas sans exception.

Terminaison. L’épilepsie peut se terminer par la guérison. Cette heureuse terminaison se remarque surtout chez les enfants; car lorsque l’épilepsie franchit l’âge de puberté sans être guérie, on a beaucoup moins de chances de guérison. On a vu des entants chez lesquels l’épilepsie cessait à l’âge de sept à huit ans; elle se montrait ensuite à l’âge de la puberté. Après la puberté, la guérison est très-rare. Un des cas de guérison les plus remarquables est celui cité par Tissot, d’un individu qui resta épileptique jusqu’à l’âge de trente ans. A cet âge les accès cessèrent tout

à coup et ne reparurent plus. L’individu parvint à un âge très-avancé. Dans le plus grand nombre de cas, malheureusement elle ne guérit pas. En se prolongeant , elle détermine diverses maladies, et il est vrai de dire qu’en général les épileptiques n’arrivent pas à un âge avancé. Quelques-uns meurent pendant l’accès.

Traitement. Pendant l’accès , il est trèssimple. On n’a aucun moyen de le suspendre. Dans le plus grand nombre de cas, on doit se borner à empêcher le malade de se blesser.

Il faut renoncer à ces substances excitantes vulgairement administrées, et qui ne peuvent produire que du mal. Cependant quand l’accès est trop intense ou qu’il se prolonge trop, lorsqu’on a à craindre que l’état comateux ne détermine l’apoplexie, alors il faut agir, il faut désemplir le système sanguin et ouvrir la veine, soit pendant les convulsions, ce qui est difficile, soit après les convulsions. 11 est certain que la saignée a l’avantage de faire cesser cet état comateux. Si après l’accès aucun accident ne se présente, il n'y a rien de mieux à faire que de laisser dormir le malade. Si, au contraire, il y a quelques signes de congestion vers le cerveau ou les poumons, il ne faut pas hésiter à recourir aux évacuations sanguines. On emploie aussi avec succès les révulsifs, les sinapismes. 11 est d’autant plus important de recourir aux révulsifs, qu’il n’est pas prouvé que le coma soit lié à une congestion cérébrale. Chez une femme épileptique morte pendant le coma , on n’a pas trouvé la moindre trace de congestion ; mais en revanche on a trouvé un épanchement de sérosité extrêmement considérable dans les ventricules.

Avant l’accès y a-t-il quelque chose à faire? Quand l 'aura epileptica se déclare, on peut, en agissant sur cette espèce de courant nerveux, faire avorter l’accès d’épilepsie.

Entre les accès. Il est très-important de bien faire attention aux causes qui produisent la maladie, car le traitement doit être aussi varié que ces causes. Il en est de l’épilepsie comme des convulsions; et nous ne pourrions entrer ici dans tous les détails que comporte ce sujet.

Il est cependant important de dire quelques mots des révulsifs cutanés. Les vésicatoires peuvent être d’un grand secours. Morgagni, d’après un médecin napolitain, cite un cas de guérison par ce moyen. On a employé avec quelques avantages les sétons, les moxas, les ventouses à la nuque. Les cautères à la pierre ou actuels ont aussi procuré quelque soulage ment. Quant au cautère actuel, il est important d’observer que si l’on a cité quelques observations de guérison par ce moyen, il en est un bien plus grand nombre où ce moyen a été préjudiciable. L’exaspération de la mala-

die, et quelquefois la mort, ont été le résultat de son emploi sur lequel il faut être trèsréservé.

Au reste, ces révulsifs peuvent être appliqués sur différents points du corps. Je pense qu’il faudrait les éloigner de la tête. On a cité le cas d’un individu qui fut guéri par une brûlure à la cuisse. La brûlure détermina une large plaie qui suppura pendant longtemps et qui se cicatrisa peu à peu. Quand elle le fut entièrement, l’épilepsie reparut.

On a quelquefois réussi en appliquant les révulsifs à l’endroit même où Yaura epileptica prenait naissance. •

Un individu, âgé de 46 ans, était épileptique depuis quatorze ans. Il était devenu stupide ; on le trépana , et cette opération fut suivie de guérison de l’épilepsie et de retour aux facultés intellectuelles.

On a quelquefois réussi à guérir les accès en détruisant la partie à laquelle Yaura epi lepiica prenait naissance. On a réussi en coupant le nerf radial ; quelquefois en enlevant une tumeur.

Bains. Les bains très-chauds ne conviennent pas. 11 faut excepter le cas où il s’agirait de rappeler ou de favoriser une éruption cutanée; mais alors il faudrait faire des affusions froides sur la tête. Les bains tièdes n’ont eu aucun succès ; il en est de même des bains frais. Quant aux bains froids, qui ont été beaucoup préconisés, on n’en a retiré que de médiocres avantages. Les bains de mer n’ont aucune vertu par eux-mêmes, mais ils agissent par la distraction que le voyage procure aux malades ; car, quoique l’épilepsie soit une des maladies les plus rebelles à la médecine, on ne peut cependant nier que l’imagination n’y joue un très-grand rôle. M. Esquirol a observé que toutes les .fois qu’on employait un médicament nouveau chez les épileptiques, son administration était suivie de quelque soulagement.

II faut explorer avec une grande attention tous les organes, combattre les complications qui pourraient survenir, porter son attention surtout vers l’utérus, la régularité des règles ; employer un régime doux, etc., etc.

D’autres médecins ajoutent à ces moyens des spécifiques auxquels ils attribuent le pouvoir de guérir l’épilepsie. Ces moyens ont presque tous échouéquand d’autres médecins ont voulu en faire usage. Comme histoire de l’art, et pour ne pas s’exposer à faire des essais infructueux, il est assez curieux de passer ces agents thérapeutiques en revue; non pas que je veuille vous énumérer toutes les drogues que la crédulité ou le charlatanisme ont mis en vogue. Je ne vous parlerai certainement pas delà râclure des os du crâne, du sang humain, ni du méconium des enfants nouveau-nés. Dans l’impossibilité où je suis de classer méthodi-

quement tous ces prétendus antiépileptiques, je vais tout bonnement adopter l’ordre alphabétique.

Acide carbonique; acide hydrocyanique.

L’administration de ces deux substances repose sur un fait théorique et physiologique. On a dit : puisque ces deux substances ont pour effet principal d’énerver, d’affaiblir le système musculaire, il sera utile de les administrer dans l’épilepsie. Le succès n’a pas répondu à cette idée à priori. D’ailleurs il était facile de voir que l’épilepsie ne consiste pas entièrement dans les convulsions.

Ambre gris. Il a été donné sans succès.

^ntimoine et ses préparations. De toutes , c’est le tartre stibié à hautes doses que l’on a le plus employé. L’oxyde blanc d’antimoine a aussi été préconisé.

Argent (nitrate d’). 11 a été quelquefois employé sous forme liquide, mâis bien plus souvent en pilules, uni à une poudre inerte ou à un extrait végétal. Il convient mieux de lui donner pour excipient une poudre inerte, car presque tous les extraits végétaux ont la propriété de décomposer ce sel.

M. Lombard de Genève l’a administré depuis un seizième de grain, deux fois par jour, jusqu’à un quart de grain, huit fois dans les vingt-quatre heures.

Ce médecin l’a administré à 24 malades dont il seulement épileptiques. Sur ces 24 malades, 5 eurent des douleurs d’estomac, qui ne tardèrent pas à se dissiper, 5 autres eurent la diarrhée légère ; un seul éprouva une constipation constante pendant l’administration du nitrate, sans que les fonctions digestives parussent être troublées.

A côté de ces cas, il en est d’autres où l’emploi de ce médicament à plus haute dose a déterminé des accidents graves du côté des voies digestives.

Ce qu’il y a de remarquable dans les observations de M. Lombard , c’est qu’aucun de ses malades n’a présenté ce teint plombé ou noirâtre que l’on observe quelquefois après l’administration du nitrate d’argent , sans qu’on puisse attribuer ce résultat négatif aux précautions prises contre la lumière solaire , encore moins aux doses administrées, ou à la durée du traitement. La seule circonstance qui ait pu mettre ces malades à l’abri de cette coloration, est le soin qu’a pris M. Lombard d’interrompre le traitement pendant quelque temps.

Quant aux effets thérapeutiques du nitrate d’argent r relatifs à l’épilepsie , voici ce que M. Lombard a remarqué sur les onze cas qu’il a observés. Sept en ont pris plus d’un scrupule, et quatre, sur ces sept, plus d’un gros. Les effets ont été nuis chez trois malades, et plus ou moins avantageux chez les huit autres. Sur ces huit malades, sept virent leurs

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accès s’éloigner ou diminuer d’intensité. Chez un seul ils disparurent complètement, et n’avaient pas reparu depuis dix-huit mois à l’époque où M. Lombard publia son mémoire.

On peut faire à M. Lombard une objection sérieuse. Rien n’est plus variable, plus irrégulier que le retour des accès d’épilepsie; or rien ne prouve que les effets qu’il attribue au nitrate d’argent soient réellement dus à cet agent (Voyez Gazelle médicale , 1832 , n°70 ).

Armoise. Effets nuis.

Assa-fœtida. Employé surtout en Angleterre.

Camphre. Plus nuisible qu’utile.

Castoréum. C’est un puissant antispasmodique. Son emploi dans l’épilepsie n’a donné aucun résultat satisfaisant.

Cuivre et ses préparations, surtout le sulfate de cuivre ammoniacal. Rien de positif.

Poudre de dyctarae. Pour mémoire.

Digitale. Rien.

Électricité. A été employée sous différentes formes : une fois elle a été nuisible; dans quelques cas, elle paraît avoir été utile.

Le fer et ses préparations. Rien de positif.

Gui du chêne. Complètement abandonné.

Jusquiame. Rien.

Eau distillée de laurier-cerise. Rien.

Mercure. Souvent employé. Action douteuse.

Musc. Tissot le vantait beaucoup. Dans le tome xix des Archives , on trouve des observations où son administration paraît avoir été suivie de succès.

Narcisse des prés. Pour mémoire.

Opium. En général doit être proscrit, à moins qu’il ne faille agir sur une vive douleur qui serait le point de départ de la maladie.

Feuilles d’oranger. Effets trop faibles.

Pivoine. Idem.

Plomb (acétate de). Effets nuis.

Prussiate de fer. On n’a rien de décisif.

Quinquina. Pourrait être utile si l’épilepsie se montrait périodique, régulière.

Rhue;

Succin;

Bi-succinate d’ammoniaque;

Sedum âcre ;

Stramonium;

Strychnine;

Tous ces médicaments ont été administrés sans succès.

Térébenthine.M.Foville,dontle scepticisme est connu, a réussi à guérir un épileptique par l’emploi de ce médicament.

Valériane. Tissot avait une grande confiance en ce médicament.

Zinc (oxyde de). Quelques médecins l’ont beaucoup vanté, lorsque d’autres n’en ont retiré aucun avantage.

DE l’extase.

De mot extase indique déjà en quelque sorte la physionomie de cette maladie. Qu’arri-

ve-t-il dans cet état? Dominé par une seule idée, l’individu absorbe toutes les facultés de son intelligence vers cette idée , et il semble alors que l’influence nerveuse, en tant qu’elle s’exerce sur toutes les parties du corps, ait reçu des modifications profondes.

L’exagération des idées religieuses a surtout donné lieu à l’extase.

Ce n’est point seulement l’intelligence qui est modifiée dans cet état , mais encore toutes les autres fonctions de la vie de relation et de nutrition.

Pour avoir une idée parfaite de l’extase , il faut lire la définition ou plutôt la description qu’en a donnée sainte Thérèse, qui a été une des plus célèbres extatiques. Voici ce tableau tracé par Pinel d’après les propres paroles de sainte Thérèse : « D’abord, attention concentrée par une lecture pieuse , puis recueillement profond , ou sorte de quiétude avec le sentiment d’une joie enivrante. Dans le troisième degré , jouissances les plus vives et les plus pures , essor d’un amour ardent , sorte d’exaltation voisine de la folie. Dans le quatrième degré , marqué par une sorte d’évanouissement et de défaillance totale, le ravissement extatique est porté au plus haut degré de vivacité et de force : respiration suspendue, plus de mouvement des membres, yeux involontairement fermés, perte de la parole , suspension de l’usage des sens, pendant que toutes les facultés morales semblent s’élever au plus haut degré d’énergie, ou plutôt contracter une sorte d’union intime avec l’objet idéal de ces illusions fantastiques. Le ravissement saisit alors avec tant d’impétuosité, qu’on se croit transporté dans les nues, habiter dans le ciel, goûter les avant-coureurs d’une félicité suprême. Perte d’haleine, pouls insensible , rigidité des membres, état apparent de mort, position et altitude antérieures conservées dans leur intégrité: c’est l’époque des épanchements d’un amour ardent, des promesses solennelles, des résolutions héroïques. » (Pinel , Nosographie philosophique , tome ii , page 130 , ire édit.)

Les extatiques dont le nom est devenu célèbre, le sont devenus par amour pour la poésie , pour les beaux-arts , pour la philosophie, pour les sciences , pour la religion ou la morale, ou , enfin, par contemplation de Dieu et de la nature. L’extase est ordinairement de courte durée, comme toutes les grandes passions et l’exaltation des facultés morales et intellectuelles. Elle est favorisée par la solitude , le silence, le recueillement qui, en concentrant l’attention sur un objet, font que les sens se ferment aux impressions extérieures. Ainsi fut Archimède qui, tout absorbé dans la solution d’un problème de géométrie, n’éprouvait aucun besoin et restait sourd , au rapport de Plutarque , au tumulte de sa ville

prise et saccagée par des soldats étrangers. Platon dit de Socrate , qu’il resta vingt-quatre heures à la même place, immobile , exposé à l’ardeur du soleil brûlant , livré tout entier aux profondeurs de l’intuition.

Dans l’extase , la sensibilité viscérale et cutanée , et les sens eux-mêmes sont quelquefois complètement abolis. Dans un ravissement extatique, Paul l’apôtre se crut transporté dans le ciel et ressentilsi peu son corps, qu’il ignore si ce corps resta sur la terre, ou s’il fut enlevé dans l’espace céleste. « Là il entendit des choses miraculeuses et ineffables, qu’il n’est point permis à l’homme de rapporter, et que les hommes ne sont point capables de comprendre. « Toutes les hallucinations les plus variées peuvent se produire , et les extatiques racontent leur état avec tant d’énergie et de conviction , qu’il est impossible de ne pas ajouter foi à leurs sensations. [Du côté des mouvements , les désordres les plus variés peuvent survenir , depuis les convulsions jusqu’à la paralysie.

Les troubles de la vie de nutrition sont aussi remarquables que ceux de la vie de relation. Ainsi on a vu que des individus dans l’état d’extase peuvent se passer de nourriture pendant un certain temps; et ces extatiques sont comparables , sur ce point, aux individus chez lesquels s’est allumée la fièvre. La circulation se ralentit; en général la peau devient froide et les sécrétions ne s’accomplissent plus normalement.

L’état d’extase peut exercer une influence sur le développement d’un certain nombre de maladies. Lesnévralgiés sont souvent la conséquence de cet état , comme aussi des congestions variables peuvent se produire. 11 en est de l’extase comme de la colère ou de la frayeur , qui produisent la pâleur chez les uns , la rougeur chez les autres.

L’apparition de l’extase peut entraîner la guérison de certaines maladies. C’est en effet une profonde perturbation du système nerveux, qui est comparable, jusqu’à un certain point, à l’action des narcotiques. On a vu même des extatiques qui se sont guéris de leurs maladies par la force de leur v olonté ; et il ne me répugne pas d’admettre que la puissance de l’extase puisse guérir non-seulement des névroses, mais même des maladies qui n’ont pas jeté de profondes racines dans l’économie, comme les hypérémies.

Remarquons cependant que ces guérisons sont devenues de plus en plus rares dans notre siècle de lumières , elles fourmillent au contraire dans les temps passés , temps dans lesquels il était facile d’en imposer à l’ignorance ou à la crédulité publique.

Cet état extatique est sporadique et souvent épidémique. Les annales de la science fournissent trois ou quatre cas d’extases épidémi-

DE LA VIE DE RELATION

ques. Dans l’un et l’autre cas les formes sont ‘ les mêmes. Le docteur Bertrand, mort il y a quelques années, a fait un très-bon ouvrage sur l’extase. C’est un résumé des cas les plus curieux, qui ont étonné le monde depuis les temps fabuleux de la mythologie jusqu’au baquet de Mesmer.

(Comme appendice aux idées de M. Andral sur l’extase, le lecteur nous pardonnera de lui citer les réflexions suivantes de M. Calmeil sur le même sujet, art. Extase du Dict. de Méd. en 25 vol.).

« L’on ne peut guère se refuser à admettre différentes sortes d’extases. Les individus qu’on représente comme pétrifiés , éprouvant le sentiment unique d’une vive frayeur ou d’une douleur inattendue, ne subissent-ils pas un accès extatique particulier? Cesamants épris d’amour, dont parlent H. de Heers et quelques autres écrivains, que l’on ne parvint à rendre à la vie active qu’en leur criant avec force que l’on ne s’opposerait plus à leur bonheur, n’étaient-ils pas dominés par une passion extatique? M. Desessarts a connu un jeune Anglais qui perdait par accès l’usage de tous les sens, et qui résolvait, pendant les crises extatiques, des problèmes de mathématiques qui ne l’avaient point occupé auparavant.

L’extase mystique s’observe principalement sur des personnes ferventes adonnées au jeûne, à la prière, habituées aux privations de sommeil, à une vie purement ascétique et contemplative; de sorte qu’à l’aide de certaines pratiques, l’on peut, jusqu’à un certain point, acquérir une affection nerveuse, qui porte une atteinte incontestable à la raison. Ainsi s’explique la fréquence de l’extase parmi les pieux cénobites, les anachorètes et les ermites, soumis , pour la plupart, à un genre de vie dont la conformité est frappante. Ainsi peut s’expliquer la sévérité que l’on déploya dans un siècle qui fut témoin des convulsions des Cévennes et des miracles du diacre Pàris, contre une femme dont les efforts tendaient surtout à procurer à ses semblables des ravissements qu’elle croyait tenir de Dieu même.

L’extase se manifeste ordinairement par accès. Sa durée est variable, et peut se prolonger indéfiniment, si l’on ne parvient pas à soustraire les malades à leurs habitudes mystiques, à leur imprimer un genre de vie beaucoup plus actif et moins austère. La fin des accès est caractérisée par un grand abattement, un sentiment très-prononcé de fatigue. Beaucoup d’extatiques ont fourni une carrière avancée; d’où l’on peut inférer que l’état extatique n’exerce point une influence funeste sur les fonctions purement physiques ; seulement l’on doit nourrir les malades.

La suspension des mouvements volontaires et de l’exercice des sens rapproche l’extase

NÉVROSES COMPLEXES

de la catalepsie. Dans l’extase , il existe une exaltation des sentiments, des opérations intellectuelles ; dans la catalepsie , toutes les facultés de l’âme sont dans un repos absolu. II est donc facile, en demandant compte au malade qui sort d’un accès cataleptiforme, des phénomènes intellectuels dont il conserve le souvenir, de prononcer sur la nature de son affection nerveuse, tandis que les symptômes extérieurs ne peuvent jeter aucun jour sur le diagnostic différentiel de l’extase et de la catalepsie. Plusieurs femmes hystériques ont des visions , des hallucinations à la manière des extatiques. A la lin de leurs extases, plusieurs femmes accusent de l’oppression, versent des larmes abondantes , comme dans l’hystérie : l’extase et l’hystérie offrent donc des traits de ressemblance. Les individus qui font usage de breuvages opiacés sont aussi habitués , eux , à planer dans les espaces célestes, à goûter toutes sortes de béatitudes; mais ces individus trahissent , par la pétulance des mouvements , par des actes de violence, le transport qui les agite intérieurement. Toutefois l’hypnotisme reproduit quelques phénomènes qui sont surtout habituels chez les sujets en extase. Hippocrate ne semble point établir de différence importante entre l’extase et le délire frénétique, parexemple. Dès le quatrième siècle , il s’éleva des doutes sur l’état de raison de Siméon le stylite, dont les extases étaient quelquefois d’une durée effrayante et presque en tout semblables à la catalepsie. Sennert attribue l’extase aux mouvements de l’enthousiasme. L’extase nous paraît constituer une variété du délire exclusif. Les monomaniaques ne se distinguent-ils pas surtout par l’exaltation de certains sentiments, la concentration des idées, la rapidité des hallucinations ? Le pieux Baillet confesse que, du temps même de sainte Thérèse, on la soupçonna possédée du démon, et qu’il fut question de lui faire subir l’exorcisme. La forme extatique du délire est loin d’être rare dans les établissements d’aliénés, et c’est uniquement dans ces sortes d’hospices que l’on apprend à connaître toutes les lésions de l’intelligence et des passions affectives , toutes les variétés d’hallucinations qui tendentà suspendre l’exercice des sens , des mouvements volontaires, et à imprimer à toutes les parties de la face et du corps l’expression que l’on assigne à la catalepsie. Nous avons vu plusieurs de ces malades garder le lit pendant des mois entiers, la poitrine et le cou roides, les membres inflexibles et tendus, se laisser soulever comme des cadavres, saisis par le froid, sans obéir, alors même qu’on les stimulait, à aucun mouvement volontaire , ne manifestant jamais ni faim ni soif, n’avalant qu’avec une extrême lenteur et à la longue les aliments à demi liquides quel’oninsinuaitdansleurbou-

che. De notre temps et dans notre climat, l’on peut affirmer que l’extase mystique est la moins commune. Toutefois j’ai observé l’extase mystique sur deux jeunes séminaristes , sur un jeune Irlandais appartenant à la religion réformée , sur des femmes hystériques. D’un moment à l’autre, cette maladie peut, sous l’influence de certaines dispositions morales, éclater parmi nous, et s’y répandre à la manière des affections nerveuses épidémiques.

Les phénomènes de l’extase, constitués tous par des lésions des fonctions cérébrales, se rattachent, sans aucun doute, à un état pathologique des grands centres nerveux. La prédominance incontestable des dispositions amoureuses sur certaines femmes extatiques pourrait porter à penser que, dans quelques cas, 1 "‘excitation utérine a précédé le dérangement de l’encéphale , et qu’elle a contribué à sa production. Mais ne peut-on pas aussi considérer comme un symptôme propre à l’extase, l’exaltation qui règne dans certaines facultés affectives des femmes extatiques? Cabanis a fait remarquer, en se fondant sur ce qui se passe dans les extases, « que la sensibilité se comporte à la manière d’un fluide dont la quantité totale est déterminée, et qui, toutes les fois qu’il se jette en plus grande abondance dans un de ces canaux , diminue proportionnellement dans les autres. » (Rapports du physique et du morale, etc.,tom.ier,, page 121. ) Cet aperçu de Cabanis n’établit aucunement la concentration du fluide nerveux dans le cerveau des sujets extatiques, et nous nous abstenons de consigner ici toutes les théories absurdes qu’on a inventées pour expliquer l’extase.

Il est fort difficile dans l’extase de procéder à des recherches anatomieo-pathologiques. Lorsque les phénomènes sont à peu près instantanés, ainsi que cela avait lieu chez saint Cyprien, Le Tasse, Mahomet, Cardan, etc., la lésion cérébrale disparaît avec l’accès, et les ouvertures de corps pratiquées plus tard n’enseignent rien. Sur les aliénés dont l’extase est continue , l’on craint toujours que les poses cataleptiformes ne soient commandées par la volonté; un malade entend la voix de Dieu , qui lui ordonne de ne pas bouger: un autre est dominé par l’idée qu’on le mettra à mort s’il tente le moindre mouvement : ainsi le médecin est exposé à se méprendre sur la nature véritable de la maladie qu’il a sous les yeux, et si le sujet meurt, l’on n’ose pas au moment de l’autopsie, décider si l’on a réellement affaire à un individu mort dans l’extase. Ces considérations nous déterminent à ne consigner ici aucun détail nécroscopique.

Le traitement des extases devenues presque habituelles ne doit pas différer de celui

des autres espèces de raonomanie. L’extase mystique disparaît par la fréquentation des autres hommes, le changement d’habitudes, un travail actif qui éloigne le sujet de la contemplation , de la vie purement spéculative et intellectuelle. Comme la plupart des malades se complaisent dans leurs sensations extatiques , il faut apporter quelquefois une grande persévérance et beaucoup d’adresse dans l’application des moyens de traitement. Le changement de lieu, les voyages, l’exercice à pied , une conversation animée, au moment où l’on redoute le retour des accès, préviennent souvent leur invasion : c’est surtout au moment où les sens commencent à perdre de leur excitabilité, qu’il convientde les stimuler, de secouer le malade, de le contraindre à marcher, de le surprendre par le contact brusque de l’eau froide sur la face : si l’accès existe déjà, la stimulation des sens doit être fort modérée , et produit rarement le résultat que l’on espère obtenir par ce moyen. Les accords de la musique , l’odeur de l’ammoniaque, des éclats de voix, l’application de sinapismes, suffisent, dans quelques cas, pour faire cesser la crise extatique. Lorsque la durée des phénomènes se prolonge , la faim ne contribuant qu’à exalter les fonctions cérébrales demeurées en exercice, il convient d’introduire par la bouche ou parle nez une sonde œsophagienne et de nourrir le malade, dont il faut aussi entretenir la chaleur pendant la saison froide et humide. Le stylite Siméon était presque mort d’épuisement , de froid, et paraissait plongé dans le marasme, lorsqu’on le recueillit presque à l’état de cadavre. Sur les femmes , l’on se propose souvent de remplir des indications particulières, par l’emploi du bain de siège composé avec la décoction de morelle noire, des lavements camphrés, d’eau de mauve et d’assa-fœtida , par l’usage de boissons rafraîchissantes et nitrées. La saignée ne convient que rarement, la pléthore sanguine coïncidant rarement avec l’extase; très-souvent, au contraire, l’on doit substituer aux pratiques du jeûne, des repas réguliers et des aliments réparateurs. »

de l’hystérie.

On peut considérer l’hystérie comme un résumé qu’opère la nature souffrante , comme un abrégé des fiévroses que nous venons de passer en revue, présentant néanmoins quelque chose de particulier qui la caractérise. Nous trouverons, en effet, dans l’hystérie des symptômes de la chorée, de l’épilepsie, etc.; l’intelligence , le sentiment sont aussi troublés; en un mot, c’est de toutes les névroses que nous venons d’étudier, la plus complexe.

Le nom d’hystérie lui vient de son point de départ supposé de l’utérus. Elle a été connue pendant longtemps sous des noms très-diffé-

rents, tels que maux de nerfs , affection vaporeuse, vapeurs ; cette dernière expression est très en usage dans le monde.

Causes. L’hystérie s’observe presque ex#clusivement chez les femmes. Elle s’observe quelquefois chez les hommes, ce qui prouve que l’ulérus n’est pas son point de départ indispensable. Cette maladie frappe surtout les jeunes femmes, et plutôt les jeunes filles que les femmes mariées. Je dois ajouter que l’hystérie n’est pas tellement propre à cet âge, qu’on ne l’observe à des époques plus avancées de la vie. C’est ainsi, par exemple, qu’on voit des femmes à l’époque critique devenir hystériques. On a vu même l’hystérie se développer sur de vieilles femmes.

Si les femmes sont plus sujettes à l’hystérie que ne lèsent les hommes, ce n’est pas à dire, pour cela, que ce soit à cause de l’utérus. La meilleure raison qu’on puisse donner de la fréquence de l’hystérie chez les femmes, c’est que chez elles il y a prédominance du tempérament nerveux. Il faut cependant reconnaître que l’état dans lequel se présentent les fonctions de l’utérus joue un rôle plus ou moins important dans l’hystérie. Ainsi, par exemple, il est très-fréquent devoir l’hystérie apparaître si la menstruation n’a pas lieu, comme de la voir cesser aussitôt que les règles apparaissent. L’hystérie survient souvent aussi à l’époque de malaise général qui précède la première menstruation.

La grossesse peut n’avoir aucune influence sur l’hystérie, car on voit fréquemment cette maladie persister chez des femmes enceintes.

Très-souvent l’hystérie se développe sous l’influence de causes indépendantes de l’utérus; ainsi des chagrins violents, des passions vives, des émotions morales de tout genre peuvent la déterminer.

On a cité l’observation d’une jeune fille qui, portant une tumeur enkystée du sein, devint hystérique. La tumeur enlevée , l’hystérie disparut. Des cas analogues ont été observés pour l’épilepsie.

Il importe de reconnaître, cependant, qu’un certain nombre de femmes hystériques présentent en même temps des phénomènes morbides du côté de l’utérus. D’autres, au contraire, ne présentent aucun symptôme de ce côté; et dans quelques autopsies faites sur des femmes mortes dans l’accès d’hystérie, on n’a absolument trouvé aucune altération de l’utérus. On a dit avoir observé un développement anormal des vésicules de l’ovaire. Je pense que c’est une simple opinion.

Nous pensons que dans l’état actuel de la science, on doit s’arrêter aux conclusions suivantes, relativement au siège et aux causes de l’hystérie.

1° Le siège de l’hystérie est dans les centres nerveux.

NÉVROSES COMPLEXES

2° La perturbation nerveuse donnant naissance à l’hystérie peut être produite à propos de lésions d’organes quelconques.

3° Parmi les différents organes qui peuvent produire l’hystérie, aucun n’est plus favorable à cette production que l’utérus.

On a dit que l’hystérie dépendait d’une lésion du nerf grand sympathique, et que des phénomènes divers apparaissaient suivant les ganglions divers qui étaient le siège de la lésion. Cette hypothèse est entièrement gratuite. Elle ne me paraît pas plus solide que celle qui faisait jouer un si grand rôle à ce même système nerveux dans le choléra asiatique. Vous savez fort bien comment l’invasion de ce fléau, en France, vint donner un démenti complet à celte opinion.

Quel que soit le siège de l’hystérie, pour moi, je le répète, elle est maladie nerveuse, et son siège est dans le système nerveux.

(Celte opinion de M. Andral sur le siège de l’hystérie, qui est d’ailleurs partagée par un grand nombre de praticiens anciens et modernes, a été, dans ces derniers temps, vivement combattue par M. Foville, dans l’article Hystérie du Dictionnaire en 15 vol.) Voici les arguments sur lesquels s’appuie cet observateur recommandable.

Après avoir passé en revue les diverses opinions sur le siège de l’hystérie, il ajoute : « Une troisième opinion place vaguement cette maladiedansle système nerveux. La quatrième enfin, soutenue, dans ces derniers temps, avec beaucoup d’insistance par Georget, fixe dans le cerveau le siège du mal. On peut, de quelque manière qu’on les entende, réduire à deux ces quatre opinions. En effet, ceux qui placent l’hystérie dans tous les viscères ou dans le système nerveux en général, sont ceux qui, attachant au mot hystérie le sens le plus large, reconnaissent cette maladie dans tous les phénomènes dont ils rie comprennent pas autrement la cause ; et cette manière commode de se tirer d’embarras, si peu en rapport avec les progrès de la science, avec l’esprit qui dirige les recherches modernes, mériterait à peine qu’on s’arrêtât sérieusement à sa réfutation 5 mais fût-elle fondée, sa solution sommaire devrait être la même que celle de la question du siège de l’hystérie dans l’utérus ou dans le cerveau ; c’est toujours la détermination idiopathique ou sympathique des troubles cérébraux ou nerveux.

« Bornons-nous donc à examiner si l’hystérié dépend de l’utérus ou du cerveau.

« Tous les médecins de l’antiquité sont pour la première idée; et s’il est facile de faire bon marché de leurs explications sur l’ascension de l’utérus, la compression qu’il exerce sur le foie, la rate, etc., il n’en est plus de même lorsqu’on se borne, sans déterminer le comment, à considérer la matrice comme l’organe

dont la souffrance entraîne tous les phénomènes propres à l’hystérie : on donne alors un sens compatible avec les idées physiologiques les plus saines; et c’est là véritablement l’acception à opposer à l’opinion qui place dans le cerveau le siège de l’hystérie.

« C’est à Georget, le partisan le plus déclaré du siège de l’hystérie dans l’encéphale, que je demanderai les raisons sur lesquelles repose son sentiment. Georget s’est prononcé, d’une manière si énergique, défenseur d’une théorie qui attribue au cerveau bon nombre de maladies, généralement considérées comme dépendant d’un autre siège, qu’on doit se reporter à ses publications toutes les fois qu’on agite la question du siège de ces maladies. Voici comment Georget motive son opinion pour le cas particulier de l’hystérie :

« Il n’est peut-être pas d’organe dans l’é- « conomie, dont les altérations développent « moins de sympathies que l’utérus et les « ovaires. On ouvre peu de vieilles femmes « qui ne présentent de ces altérations, et chez « elles on n’observe point d’hystérie. Il ajoute « que des cancers et des polypes utérins, des « hydropisies des ovaires, ne produisent ja- « mais de ces phénomènes dits hystériques. « D’un autre côté, nous avons vu que chez « les malades, les fonctions utérines, l’écou- « lement menstruel, la gestation etl’accouche- « ment, pouvaient être parfaitement réguliers; « et M. Villermay fait très-bien observer que » dans cette maladie l’utérus n’est nullement « douloureux. Je demande maintenant à quel « signe on reconnaît une affection de l’utérus « dansl’hystérie? Ajouterai-je qu’aucune fem- « me de celles que j’ai observées n’a songé à « rapporter à l’utérus le siège de son mal? »

« Mais sont-ce là vraiment des raisons sérieuses? Que conclure de ce que les cancers et les polypes utérins, les hydropisies de l’ovaire, ne produisent jamais de ces phénomènes dits hystériques ? Serait-on fondé à soutenir que, chez l’homme, les testicules sont étrangers à l’ardeur sexuelle, pour avoir observé que le cancer de ces organes, l’hydropisie de la tunique vaginale, la présence de kystes hydatiformes dans le cordon, ne produisent pas de priapisme? Depuis quand donc est-ce une condition d’activité pour un organe, qu’une désorganisation plus ou moins avancée de son tissu ; ou la présence insignifiante pour ses sympathies, quand elle ne les paralyse pas, de sérosité dans une membrane ou un kyste séreux?

« Georget a vu peu de vieilles femmes exemples d’altérations de la matrice ou de ses annexes, et chez elles on n’observe point l’hystérie, justement peut-être parce que, chez elles , les sympathies de l’utérus , ses fonctions les plus essentielles, sont éteintes. On n’observe pas d’hystérie chez les vieilles

m MALADIES DES ORGANES DE LA VIE DE RELATION.

femmes, comme on ne voit pas non plus chez elles de menstruation, de grossesse. Et les altérations organiques si fréquentes dont parle Georget, restent là comme des traces, comme des suites de l’activité extrême de cet organe à une autre époque de la vie.

« Qu’importe la régularité possible des fonctions utérines? qu’importe l’état normal de la menstruation, de la gestation, de l’accouchement? Est-ce que toutes ces circonstances s’opposent aux désirs vénériens, à l’orgasme vénérien, aux jouissances vénériennes, et à tous les effets sur le système nerveux de ces jouissances? Pourquoi s’opposeraient-elles à l’hystérie? Quel cas faire de cette remarque, qu’aucune femme de celles qu’il a observées n’a jamais songé à rapporter à l’utérus le siège de son mal? Mais, d’abord, il est des hystériques qui rapportent leur mal à l’utérus ; mais cela ne fût-il jamais, il n’en résulterait rien de plus pour l’élucidation de la question.

« Les malades ne sont pas tenus d’avoir des idées précises sur le siège de leurs maladies , et dans celles qui sont les plus compliquées et les plus obscures, il serait merveilleux qu’ils fussent tous d’accord, quand les médecins le sont encore si peu. C’est qu'on ne peut se contenter d’un sentiment vague pour déterminer le point de départ d’un multitude de phénomènes composés.

« Ainsi, pour moi, les arguments par lesquels Georget cherche à renverser l’opinion qui place dans l’utérus le siège de l’hystérie , ne sont rien moins que concluants. Voyons si les raisonnements sur lesquels il s’appuie, pour rapporter cette maladie au cerveau sont plus probants.

a Je le laisse encore parler. « Le phéno- « mène caractéristique de l’hystérie, ce sont les « attaques convulsives; tous les autres acci- « dents existeraient en même temps chez un « individu, qu’ils ne seraient point rapportés « à cette maladie.... Les suites ordinaires de « l’hystérie qui persiste un grand nombre « d’années, sont le plus souvent des lésions « de l’intelligence, des sens et des mouvements « volontaires... ; tandis que dans le principe « de la maladie, les organes de la nutrition « présentent rarement des désordre sperma- « nents notables ; que l’hystérie se complique « quelquefois de catalepsie ou d’épilepsie ; « que presque toutes les causes sont des affec- « tions normales violentes, etc. »

« Dans sa préoccupation en faveur de l’encéphale , Georget compose évidemment une hystérie à sa manière. C’est de celle-là que le seul phénomène caractéristique est l’attaque convulsive; et cela admis, on conçoit que tous les autres accidvents pourraient exister en même temps, sans qu'on dût les rapporter à l’hystérie.

« Mais il y a erreur manifeste, ou au moins

détermination tout à fait arbitraire de cette manière de voir. Nous avons distingué les formes diverses de l’hystérie, et nous avons vu des exemples sans convulsions. Je ne crains pas d’affirmer que la manière de voir, adoptée dans mon travail, est celle du plus grand nombre des praticiens expérimentés. Certes, lorsque plusieurs médecins se trouveront réunis auprès d’un malade qui éprouvera des douleurs vagues de bas-ventre, de la tension, de la chaleur dans l’hypogastre, de la constriction à la gorge, qui sentira dans son ventre le roulement d’une boule qui de l’hypogastre remonte dans la région épigastrique; quand à ces symptômes se trouvent joints des soupirs, des pleurs, des syncopes exemptes de convulsions, aucun n’hésitera à reconnaître un exemple d’hystérie. Mais quand bien même on ne pourrait reconnaître d’exemple évident d’hystérie sans convulsions, il n’en résulterait rien de plus clair pour le siège dans l’encéphale de cette maladie. Le chatouillement, l’orgasme vénérien, déterminent aussi des convulsions, et sans doute la cause première n’en est pas dans l’encéphale. H est vraiment à regretter que, par suite de sa prévention, Georget ait sacrifié ou dénaturé des phénomènes dont il ne rend pas compte, tels que les douleurs de matrice, les dysménorrhées, les aménorrhées si fréquentes chez les hystériques; enfin ces sensations bizarres, la boule hystérique qu’on voit encore assez souvent, quoique, à coup sûr, ce ne soit pas un phénomène constant.

« Or, voici ce qu’en fait Georget : « Les con- « tractions des muscles abdominaux, du dia- « phragme, des muscles du thorax et du go- « sier, produisent quelquefois le sentiment « d’un corps étranger qui monte dans l’abdo- « men, traverse la poitrine, et se porte dans « le gosier : c’est la boule ou le globe hyslé- « rique des auteurs. «Voici donc pour la boule. Il dit ailleurs : « Le trouble qui se manifeste « dans les viscères thoraciques et abdominaux « est presque toujours le résultat des spasmes « auxquelles musclesdu tronc sont en proie.»

« Voici pour les douleurs variées dont les viscères sont le siège. Ainsi la boule hystérique, aussi bien que les douleurs de bas-ventre, ne sont que des contractions musculaires. Georget, à cet égard, aurait tort d’invoquer le témoignage des malades, il ne lui serait pas favorable. Mais comment peut-il rapporter aux contractions convulsives un phénomène qui souvent existe sans convulsions aucunes. Il y a encore à ajouter que, dans le cas même où les convulsions seraient constantes, ce phénomène serait inexplicable par leur moyen. Georget admet, comme tout le monde, que la boule hystérique remonte du ventre au gosier, mais parce qu’il nomme successivement les muscles abdominaux, ceux du tho-

NÉVROSES COMPLEXES

rax et du gosier, comme tendus convulsivement, il ne s’ensuit pas que les contractions musculaires aient lieu dans le même ordre.

« Georget me semble s’être beaucoup abusé dans toutes ces considérations ; mais son erreur la plus grave est de repousser les sympathies de l’utérus-, de cet organe auquel est attachée la conservation de l’espèce. Avait-il donc oublié les changements si remarquables des femmes à l’époque de la puberté? et certes, ce qui se passe dans les organes de la génération, dans ceux qui nourriront un jour les enfants , ne sont pas les moins remarquables. Ignorait-il le rôle que les passions sensuelles jouent dans la vie de tant de femmes , les combats que la vertu doit livrer aux penchants les plus impérieux, etc., etc.?

« Sa réponse à toutes ces objections , c’est que l’on attribue à l’utérus une influence qui vient du cerveau ; mais elle pèche en cela qu’elle ne comprend pas que les réactions du cerveau reconnaissent elles-mêmes pour causes des influences organiques : le cerveau ne donne qu’autant qu’il reçoit, et le physiologiste qui veut comprendre nos fonctions dans leur ensemble, doit étudier dans tous leurs détails et dans toute leur, puissance ces actions et ces réactions organiques : jamais il n’y parviendra en faisant tout partir de l’encéphale.

« Pour moi je n’hésite pas à considérer l’utérus comme le point de départ véritable des phénomènes dont l’ensemble constitue l’hystérie.

« L’utérus a des communications nerveuses de deux ordres distincts. Par ses rameaux des nerfs ganglionaires, il communique avec les appareils nerveux du bas-ventre, avec les viscères de cette cavité ; l’altération inconnue dont il est le siège dans l’hystérie , propage à tous ces organes des influences qu’ils expriment par des douleurs, des contractions, des sécrétions gazeuses; la tympanite, la boule hystérique, tiennent à quelque chose de ces influences. Leur extension aux ganglions semi-lunaires peut être la cause du sentiment de constriction, d’élouffement, éprouvé dans le cou , dans l’estomac et la poitrine.

« On peut de cette .manière concevoir la production des symptômes de la forme non convulsive de la maladie.

« On peut tout aussi aisément se faire une idée de la dépendance dans laquelle les convulsions se trouveraient d’un désordre de l’utérus.

« Car cette opinion qui place dans l’utérus le siège primitif de l’hystérie, n’implique pas une absurdité; elle n’implique pas que l’utérus soit le siège des convulsions générales. Les convulsions résultent immédiatement d’une influence spéciale de l’encéphale; mais cette influence de l’encéphale est elle-même déter-

minée par l’action de l’utérus sur lui. Je ne répéterai pas, pour faire comprendre cette idée très-simple, que cela se passe ainsi, comme le rire et les convulsions produites par le chatouillement, comme les efforts convulsifs de vomissements provoqués par la titillation de la luette, une modification de l’estomac, une hernie étranglée, une modification de la matrice elle-même, à différentes périodes de la grossesse, etc. Le vomissement s’opère , dans tous ces cas, tout aussi bien que sous l’influence d’un tubercule du cerveau; dans d’autres, sous celle de l’injection de l’émétique, dans les veines, chez un animal qui n’a plus d’estomac. Mais, de ce que cette partie des symptômes de l’hystérie qui se rattache à l’action pervertie de l’encéphale est un effet secondaire, il résulte la possibilité que cet effet secondaire reconnaisse quelquefois d’autres causes que l’influence de l’utérus, il résulte la possibilité que, dans certaines circonstances, le même état de l’encéphale, soit primitif, et c’est ce qui finit toujours par arriver chez les sujets très-nerveux depuis longtemps sujets à l’hystérie. La persistance de l’hystérie exagère encore le tempérament nerveux des malades ; et ils arrivent, à cet égard, à un état de susceptibilité encéphalique tel, que la plus légère impression extérieure, un bruit agaçant, une odeur fétide, donnent ce qu’on appelle des attaques de nerfs. Tous les jours aussi, dans les mêmes cas, on voit ces attaques ou au moins quelques mouvements nerveux chez des malades dont une idée seule renverse subitement la tête, le tronc en arrière, agite les bras de mouvements variés, etc. Une idée seule peut amener de plus violents désordres dans le système musculaire : elle peut suffire, quand le tempérament nerveux est devenu exorbitant, pour provoquer nne crise complète.

« On conçoit d’après cela que les médecins qui, n’attachant aucune importance aux désordres viscéraux observés chez les hystériques, ne reconnaissent cette maladie qu’à la condition d’attaques convulsives, puissent prétendre avec raison que c’est une affection encéphalique, et soient fondés à trouver cette maladie chez l’homme.

« Mais leur raisonnement à cet égard ne me touche pas plus que ceux au moyen desquels, établissant sur de bonnes raisons que les vomissements sont immédiatement provoqués par une modification encéphalique, onenconcluerait que les vomissements dans la périto- I nite sont étrangers à cette phlegmasie, qu’ils constituent une affection nerveuse idiopathique.

« On trouve, dans les traités qui rendent ainsi l’encéphale responsable de tous les phénomènes de l’hystérie, la preuve que les partisans exclusifs de cette opinion ont réduit

l'hystérie à une partie de ses symptômes, à ce qu’on appelle les mouvements nerveux , les attaques de nerfs, et se sont évertués à prouver que cesmouvements nerveux, cesattaques de nerfs sont subordonnés à l’encéphale : peine bien superflue sans doute , car ils ne peuvent à cet égard rencontrer de contradicteurs. Celte subtilité de théorie ne séduira jamais les praticiens, et neles détournera pas des vues dont l’expérience démontre chaque jour les avantages. Il est donc bien important d’être pénétré de ces principes, que des symptômes de deux ordres constituent l’hystérie, les uns portant particulièrement sur les viscères, les autres sur les fonctions de l’encéphale ; que les premiers seuls suffisent pour constituer une forme d’hystérie, qu’une autre forme de la maladie résulte de l’addition à ces symptômes de ceux qui portent sur les fonctions encéphaliques.

« Mais ces derniers seuls ne caractérisent pas l’hystérie; ils sont de purs phénomènes nerveux : mille causes différentes peuvent les occasionner. »

Telles sont les idées de M. Foville qui s’éloignent sensiblement de celles de M. Amiral, et qui ont pour conséquence d’admettre deux formes principales de l’hystérie, une convulsive et l’autre sans convulsion.

Symptômes. Dans l’examen des symptômes de cette maladie, il y a deux choses à étudier, d’une part les phénomènes nerveux qui se montrent pendant le cours habituel de la vie, puis d’autre part l’exaspération de ces phénomènes nerveux ; ce qui caractérise l’attaque d’hystérie, attaque plus ou moins semblable à l’attaque d’épilepsie.

Dans le premier cas, les phénomènes sont infiniment variés et sont ceux qui caractérisent chaque maladie nerveuse en particulier.

Ainsi, pour l’intelligence, il est rare que les actes intellectuels s’accomplissent, chez les hystériques, comme dans l’état normal. Ces individus sont, en général, remarquables par l’exaltation de leurs passions. Ils éprouvent une haine violente, ou une amitié ardente pour les personnes qui les entourent. Souvent ces deux sentiments opposés se succèdent avec rapidité, et les hystériques sont, pour la plupart, très-mobiles dans leurs affections.

La sensibilité est aussi en général trèsexaltée chez les hystériques, de là l’hyperslhénie dont je vous ai déjà fait l’histoire. Quelquefois cependant on voit des hystériques présenter l’étatopposé, c’est-à-dire, l’anesthésie. Enfin la sensibilité peut présenter une troisième modification, c’est-à-dire être pervertie, et ce que nous venons de dire pour la sensibilité générale s’applique aussi aux sens du goût, de l’olfaction , et à la vision,

DE LA VIE DE RELATION

qui peuvent présenter ces trois modifications.

Le trouble des mouvements est considérable et important à examiner; nous y reviendrons tout à l’heure.

Les désordres de la vie de nutrition sont fort nombreux. Ainsi la gastralgie est une affection commune chez les hystériques. II est très-fréquent de les voir atteintes de vomissements opiniâtres et qui ne cèdent à aucun moyen, vomissements qui, dans quelques circonstances, disparaissent subitement.

Les voies digestives présentent aussi un phénomène qui caractérise l’hystérie, c’est le développement d’une très-grande quantité de gaz qui produisent cet état connu sous le nom de tympanite. Dans ces circonstances, le ventre peut acquérir un volume égal à celui qu’il présente au neuvième mois de la grossesse. Une chose bien remarquable, c'est que le ventre peut s’affaisser sans que des gaz soient expulsés par la bouche ou par le rectum; il faut donc admettre qu’ils sont résorbés. D’autres hystériques, au contraire, rendent une grande quantité de gaz insipides et inodores. On voit des femmes hystériques continuellement tourmentées par une éructation fatigante. J’ai eu occasion de voir une jeune fille dans ce cas. L’éructation chez elle durait des mois entiers sans cesser un seul instant.

Les hystériques éprouvent fréquemment des palpitations de cœur, qui peuvent simuler une maladie organique : l’auscultation même pourrait induire en erreur. Le cœur, dans ces circonstances, présente de véritables convulsions.

La respiration est souvent troublée chez les hystériques , de là les dyspnées fréquentes , les suffocations qu’ils présentent.

Les sécrétions sont aussi modifiées, et la plus caractérisée de ces modifications est la sécrétion de l’urine, qui devient ténue et claire comme de l’eau de roche. La cause de cette modification est complètement inconnue.

Tous ces symptômes variés que présentent les hystériques sont remarquables par leur marche et leur inconstance. Un jour, en effet, c’est un organe qui sera influencé par la maladie, un autre jour ce sera un autre organe. J’ai vu le cœur être occupé pendant des mois entiers par une douleur nerveuse.

Nous avons à examiner un phénomène plus particulier à cette maladie et qui donne une sensation spéciale connue sous le nom de boule hystérique. Dans d’autres maladies nerveuses on en constate de temps en temps l’existence, mais dans l’hystérie elle a un caractère spécial. Le point de cette boule peut être àl’épigastre, à l’hypogaslre,ou dans toute autre partie de l’abdomen , mais partant tou-

NÉVROSES

jours du ventre, et qui s’élevant comme une vapeur semblable à Y aura epileptica , se porte dans le thorax dans tous les sens, tantôt ici, tantôt là , et s’arrêtera l’œsophage où elle produit l'effet de la strangulation. Cette sensation est si prononcée , que les hystériques disent souvent : Je sens la boule qui parcourt ma poitrine et me monte à la gorge. 11 y a dans la production de ce phénomène quelque chose de particulier qui échappe à nos explications. Quelques médecins ontvoulu l’expliquer par une contraction des fibres des différents muscles que parcourt cette boule ; mais cette explication est loin d’être démontrée. Du reste, cette boule peut se faire sentir par intervalles ou continuellement. Chez les uns elle est supportable, chez les autres elle est très-pénible. Dans quelques cas cette sensation augmente d’intensité et donne lieu à l’explosion de l’attaque.

Examinonsmaintenantles symptômes d’une attaque d’hystérie.

Ces attaques sont constituées par des accidents variables non-seulement parleur intensité, mais encore par leur nature. On a généralement admis trois degrés dans les attaques d’hystérie ; nous allons les passer successivement en revue.

Dans le premier degré, qui est le plus faible, on observe l’accroissement de symptômes que nous avons déjà notés. On remarque des bâillements, des pandiculations, des pleurs ou des rires sans motif, un mouvement convulsif de la face. Un peu plus tard la respiration se gêne , le ventre se gonfle , les mouvements deviennent automatiques, l’intelligence s’affaiblit, les idées se dérangent, et en même temps apparaît la sensation de la houle hystérique. Cet état peut durer quelques minutes ou plusieurs heures; quelquefois les malades poussent des cris, et l’attaque se bornant là chez quelques individus, elle se termine tantôt par un écoulement abondant de larmes chez les uns, d’urine chez les autres. Mais d’autres fois ces symptômes ne sont que le prélude, pour ainsi dire, de ceux qui vont suivre , et alors commence une autre série de phénomènes.

Deuxième degré. La sensation de la boule hystérique devient plus forte, la face et le cou se gonflent, la respiration devient de plus en plus difficile et ne s’opère plus que de temps en temps par des inspirations tantôt brusques et saccadées, tantôt longues et profondes. Des cris perçants et très-caractéristiques se font entendre ; les malades tombent et paraissent sans connaissance , quoique souvent ils entendent ce qui se passe autour d’eux. Alors surviennent des mouvements convulsifs, généraux ou partiels, tout à fait différents de ceux de l’épilepsie. Ce sont, en effet, des contorsions violentes et irrégulières, des mouve-

10MPLEXES. m

ments brusques, énergiques, et si violents que la force de plusieurs personnes ne suffit pas quelquefois pour retenir les malades et pour les empêcher de se blesser.

La terminaison de ce deuxième degré est la même que celle du premier.

Le troisième degré est caractérisé par la perte de connaissance, et l’hystérie dans ce cas se rapproche beaucoup de l’épilepsie. Dans ce degré la peau peut être frappée d’insensibilité générale. Les malades peuvent offrir aussi les phénomènes que nous avons observés dans la catalepsie, ils peuvent présenter le trismus et des mouvements tétaniques généraux. Celte ressemblance de ce troisième degré de l’hystérie avec l’épilepsie lui a fait donner avec raison le nom & ’ hystérie épileptiforme. Dans ce degré une paralysie plus ou moins complète peut survenir et disparaître plus ou moins longtemps après l’attaque ; c’est une des formes de la paralysie nerveuse dont je vous ai déjà parlé. La respiration peut cesser , la circulation s’arrêter , le pouls être insensible; c’est là le dernier terme des attaques d’hystérie. Au bout de quelque temps tout rentre dans l’ordre.

Le retour des attaques a lieu à des intervalles irréguliers. C’est surtout aux époques des règles qu’elles se montrent plus fréquemment, et chez quelques hystériques , c’est toujours avanl , chez quelques autres toujours après les règles.

La durée de l’hystérie est variable; il est rare quelle se prolonge au delà de la quarantième année.

Elle détermine fréquemment des maladies du cœur, de l’abdomen ou de la poitrine. Quand elle a duré longtemps , elle produit aussi une si grande irritabilité du système nerveux que les causes les plus légères suscitent des mouvements d’impatience et des palpitations de cœur qui amènent quelquefois la syncope.

La mort est rarement la lerminaisondel’hystérie ; celte terminaison funeste n’arrive que par le progrès des maladies organiques auxquelles l’hystérie a donné naissance.

Traitement. Nous avons à établir pour l’hystérie les mêmes principes que pour les différentes maladies nerveuses que nous venons d’étudier. Il faut prendre en considération plutôt la constitution de l’individu et les symptômes dominants que l’hystérie ellemême. Ainsi, par exemple, si on a affaire à un individu pléthorique, on devra pratiquer de larges émissions sanguines. Si c’est, au contraire, à un individu d’une constitution faible, on emploiera une médication tout opposée. On donnera les ferrugineux, on prescrira les toniques. Chez les individus qui ne présenteront pas la prédominance de l’un ou de l’autre de ces deux tempéraments, on em-

ploiera les antispasmodiques, tels que l’éther, ! la valériane, l’eau de fleurs d’oranger, etc. j Il arrive fréquemment que par leur emploi on modifie la maladie.

Pendant l’attaque d’hystérie il faudra garantir les malades des dangers que leur fait courir la violence de leurs convulsions. On les contiendra sur leur lit, soit à force de bras, soit par la camisolle. On leur fera respirer un air frais, on enlèvera les liens et les vêtements serrés autour de leur corps, et on placera leur fête dans une position élevée. On leur projettera de l’eau froide à la figure, on leur fera sentir l’éther et on pourra instiller quelques gouttes de cette liqueur dans la bouche. Chez les sujets pléthoriques et sur ceux qui pré- j senteraient des symptômes de congestion , il ! ne faudrait point hésiter à ouvrir une des vei- j nés, soit du bras , soit du pied.

Les moyens hygiéniques doivent jouer un j grand rôle dans le traitement de cette mala- | die. Nous empruntons à M. Foville le passage suivant sur ce sujet :

« L’exercice du corps doit être considéré ; comme un excellent moyen de traitement ;*de j simples promenades à pted , l’équitation , la j natation, les bains de mer, les eaux, les voya- j ges , seront conseillés suivant les saisons et j la fortune des malades.

« Enfin , dans les cas très-fréquents où il j existe déjà, chez les hystériques , un commen- j cernent d’hypertrophie du cœur, ou que, sans j hypertrophie, l’activité du cœur est habituel- j lement excessive, la digitale rend souvent de j très-grands services.

« Il existe encore une multitude de moyens i prônés contre l’hystérie; les moyens qui réus- ! sissent le mieux , indépendamment des lave- i ments froids, sont tous ceux qui sont propres j à la fois à régulariser les mouvements du j corps en même temps qu’ils procurent à l’es- ! prit une agréable distraction; ainsi les voyages, les bains de mer, les eaux. Il va sans dire que les plus grandes précautions devront être prises pour éloigner les impressions morales susceptibles par leur nature de stimuler la sensibilité de l’utérus; ainsi certaines lectures, certains spectacles. La plupart des auteurs recommandent le mariage comme remède souverain à l’hystérie.

u Georgel se trouve encore à cet égard en opposition avec les auteurs, et toujours pour j

la même cause; mais de la part de ceux |

qui prennent l’utérus pour point de départ des accidents de l’hystérie, et qui ont vu souvent, i après le mariage, les fonctions de cet organe j se régulariser , et les accidents disparaître, le j conseil du mariage est très-rationnel. C’est i surtout aux filles pléthoriques très-sanguines que ce moyen réussit; mais il faut qu’elles deviennent mères, et remplissent dans toute leur étendue leurs devoirs de mères,

qu’plies allaitent elles-mêmes leurs enfants. Quant aux hystériques , chez lesquelles l’habitude de la souffrance du cerveau a amené une grande exaltation de la sensibilité de cet organe , chez lesquelles en même temps tous les caractères d’un tempérament nerveux, exalté, existent, on est moins certain chez elles du succès du mariage; à celles-ci on ne doit le permettre qu’avec réserve, tandis que pour les autres c’est le remède le plus naturel et le plus efficace. »

Par l’hystérie se termine l’histoire des maladies des centres nerveux; il nous reste à étudier les maladies des cordons nerveux dont nous allons commencer l’histoire.

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