DE LA CATALEPSIE
La catalepsie (du grec xava^ap. pàvw, je saisis, j’arrête), est une affection des centres nerveux, caractérisée par une roideur tétanique générale ou partielle des muscles, dans laquelle les membres conservent, pendant l’attaque, la position qu’ils avaient auparavant, ou celle qu’on leur fait prendre durant l’attaque, avec suspension plus ou moins complète de l’intelligence et de la sensibilité.
La catalepsie se présente sous forme d’accès et dans des intervalles plus ou moins éloignés. Dans l’intervalle des accès, les cataleptiques jouissent ordinairement d’une bonne santé.
Lessymptômesdelacatalepsie sonlfortcomplexes. Pour en donner une idée juste, nous allons décrire une attaque de cette affection.
Après quelques phénomènes précurseurs , comme de la céphalalgie, des agitations d’esprit, de l’embarras dans la tête, des douleurs, des palpitations, des bâillements, quelques convulsions ou des crampes, quelquefois sans prodrômes, le malade éprouve une perte plus ou' moins complète de connaissance; son cou et ses membres se roidissent; ses yeux deviennent fixes et se dirigent en avant ou en haut. Tantôt la respiration et la circulation s’exécutent plus ou moins facilement, tantôt ces deux fonctions ne sont plus appréciables et sont comme suspendues. Dans d’autres circonstances, le pouls est fort et fréquent, et les artères de la tête surtout battent avec beaucoup de force. La flexibilité des
membres plus ou moins grande leur fait souvent conserver la position qu’on leur donne pendant l’attaque. Dans quelques cas, au contraire , ils sont rigides et ne peuvent plier. Dans quelques circonstances enfin , leur rigidité n’est pas assez grande , et ils s’abandonnent à leur propre poids. Les positions les plus diverses peuvent être données au corps d’un cataleptique. Les membres et le tronc peuvent se fléchir de tous côtés , en avant, en arrière , à droite , à gauche. La force de contraction musculaire est tellement modifiée, que les cataleptiques peuvent rester plus longtemps dans une position donnée ou imprimée que dans l’état normal. Dans quelques cas rares, l’intelligence, il est vrai, n’est pas troublée, mais dans le plus grand nombre des cas, le cataleptique ne conserve aucun souvenir de ce qui s’est passé pendant la durée de l’accès. En effet, les uns ne profèrent pas la moindre parole; d’autres prononcent quelques mots , mais sans ordre. La sensibilité générale est abolie. C’est en vain que chez ces malades on pince la peau, ils paraissent complètement insensibles. Pour les sens spéciaux on observe les mêmes désordres. Ainsi , du côté de la vue, la pupille ne se contracte plus, l’ouïe est abolie, l’odorat n’est plus sensible aux excitants les plus énergiques.
Cet accès dure pendant un temps variable. Chez les uns il commence et finit en même temps ; chez d’autres il dure des heures et pendant des jours entiers. Après l’accès la peau redevient sensible, les différents sens spéciaux reprennent leurs fonctions. Souvent, pendant un certain temps à dater de la fin de l’accès, un léger délire se manifeste; ce qui peut servir de caractère différentiel entre la catalepsie et l’épilepsie.
La catalepsie peut être la seule maladie et exister à l’état de simplicité. Elle peut coïncider avec d’autres maladies, comme complication.
Relativement au pronostic, il existe une différence bien grande entre la catalepsie et l’épilepsie. La première , en effet , offre plus de chances de guérison que la seconde.
Les causes qui produisent la catalepsie sont prédisposantes et excitantes. Les premières sont toutes les conditions qui caractérisent le tempérament nerveux et mélancolique ; aussi trouve-t-on plus de cataleptiques chez les femmes et chez les enfants, qui possèdent en général à un haut degré ces conditions. Les causes excitantes sont les affections vives de l’âme, telles que la frayeur, le chagrin, la colère , l’indignation, les études et les méditations , l’étal de contemplation , enfin tout ce qui agit directement et fortement sur les fonctions cérébrales. L’amour et les idées religieuses sont aussi des causes excitantes de la catalepsie.
Au sujet de la dernière de ces influences, voici ce qu’on lit dans les Annales de la ville de Toulouse : « L’an ui5, il arriva dans l’église des Cordeliers de Toulouse un accident digne de remarque. Un religieux disant la messe, après l’élévation du calice, comme il faisait la génuflexion ordinaire , demeura roide et immobile , les yeux ouverts et élevés vers le ciel. Le frère qui servait la messe le voyant trop longtemps en cet état , le secoua plusieurs fois par la chape , mais il n’en resta pas moins dans la même immobilité. Ceux qui entendaient la messe s’en étant aperçus, il se fit une grande rumeur dans l’église; tout le monde criant miracle Mais un méde-
cin, nommé Natalis, s’étant approché du religieux et lui ayant tâté le pouls , dit qu’il n’y avait point de miracle à cela, et que ce n’était qu’une maladie de ce moine, fort difficile à guérir. On l’enlève sur cela de l’autel, et on y en met un autre pour achever la messe, ainsi qu’il est ordonné par le rituel. Mais à peine celui-ci a-t-il achevé l’oraison dominicale, que le voilà frappé du même saisissement, en sorte qu’il fallut aussi l’emporter Cepen-
dant il fallait achever la messe : tous les moines effrayés osaient à peine regarder l’autel. Enfin on en choisit un des plus vigoureux pour l’achever. L’opinion des médecins fut, à l’égard du premier, qu’il avait été surpris dans le moment d’une maladie qu’ils appellent catalepsie, et pour le second, que ce pouvait être un effet de la peur et de son imagination blessée. »
La marche et la terminaison de la catalepsie sont très-variables. Quelquefois le malade n’a éprouvé qu’une seule attaque, à la suite de laquelle il est revenu à la santé ou est mort. Pinel a cité le cas d’un magistrat qui , outragé pendant l’exercice de ses fonctions , resta immobile d’indignation, et tomba ensuite dans un état d’apoplexie à laquelle il succomba. En général , la durée de la maladie , le nombre et la fréquence des attaques sont indéterminés. Quelquefois, après avoir duré longtemps, elle se convertit en hystérie, en mélancolie ou en épilepsie. Dans quelques cas elle a été remplacée par l’hypocondrie, et dans quelques autres par une lésion telle de la nutrition , que les malades arrivaient au tombeau dans un état profond de marasme.
Il sera presque toujours facile de distinguer la catalepsie de l’extase, dé l’asphyxie, de la syncope , de l’apoplexie , de l’état de mort réelle et de l’hystérie.
Dans l’extase , en effet , l’intelligence , au lieu d’être suspendue, est, au contraire, fortement et exclusivement dirigée vers la contemplation d’un objet qui procure des jouissances imaginairesqui se traduisent par l’exaltation de l’enthousiasme. Il n’existe d’ailleurs aucun trouble dans les mouvements.
DE LA VIE DE RELATION
Dans l’asphyxie, il y a 'presque toujours suspension de la circulation et de la respiration; en outre, il y a flexibilité des membres. Il en est de même de la syncope qui, de plus, présente une pâleur extrême.
La paralysie plus ou moins étendue et la flexibilité des membres suffiront pour la distinguer facilement de l’apoplexie.
L’état de mort réelle est difficile à distin- | guer de certaines attaques de catalepsie où la respiration et la circulation sont insensibles , où le corps est presque froid, la peau pâle et les articulations roides. De funestes méprises ont été commises à cet égard, et plusieurs cataleptiques ont été enterrés vivants. Dans ces circonstances il importe d’examiner avec soin l’état convulsif des yeux et l’expression de la physionomie, de bien apprécier les circonstances antérieures, la manière dont les accidents ont fait invasion, l’état de santé habituel; il importe surtout de ne consentir à l’inhumation que lorsqu’on aura la certitude que des signes évidents de putréfaction se sont manifestés.
Quant à ce qui concerne le diagnostic différentiel de la catalepsie et de l’hystérie, les auteurs de l’art. Catalepsie du Dictionnaire en 25 volumes, pensent que ces deux affections ont le même siège, sont plus d’une fois produites par le même genre de causes, et nécessitent le même mode de traitement ; que les différences qu’elles présentent sont surtout dans leurs formes. Dans l’une ce sont des convulsions cloniques ou avec mouvements ; dans l’autre, des convulsions toniques ou sans mouvements : voilà la principale différence. Us disent avoir eu plusieurs fois occasion d’observer la liaison qui existe entre ces deux affections. Ils ont vu des malades hystériques qui avaient d’abord été cataleptiques ; d’autres qui avaient des attaques en partie cataleptiques et en partie hystériques. Us ont vu une femme qui a été cataleptique, puis hystérique, et qui a fini par être épileptique.
Pour terminer l’histoire de la catalepsie nous empruntons les réflexions suivantes aux auteurs que nous venons de citer.
« La catalepsie est une complication assez fréquente de la monomanie. Nous avons nourri pendant près de trois mois, à l’aide d’une sonde œsophagienne, un jeune monomaniaque cataleptique, et qui conservait presque constamment une immobilité parfaite pendant qu’on injectait par le nez les matières alimentaires liquides. Sur quelques insensés, les phénomènes cataleptiques ont pour cause une lésion de la volonté, et alors, telle est la puissance des idées fixes, qu’elles portent le sujet à conserver, pendant plusieurs heures de suite, les mêmes attitudes. Un pharmacien encore jeune tombe dans le délire partiel, pendant plus d’un an son attention semble entièrement ab-
NÉVROSES COMPLEXES
sorbée par des idées fixes, et chaque jour il lui arrive soit en marchant, soit en s’habillant, soit en commençant son repas, de prendre des poses musculaires quelquefois très-fatigantes, et qu’il conserve souvent pendant vingt minutes^une heure, plusieurs heures. Quelques aliénés simulent la catalepsie, qui a été dans plus d’un cas imitée à dessein par des hystériques. Pour distinguer l’immobilité calculée, mais maladive, que présentent les monomanes d’avec la véritable catalepsie, l’on s’adresse à la sensibilité. Presque toujours le malade craint l’impression d’une vive douleur, et il fait quelque mouvement pour s’y soustraire.
« D’après le raisonnement, en théorie, il faut admettre que les accidents qui constituent la catalepsie partent de l’encéphale, et qu’ils se rattachent à une triple lésion de la sensibilité, de l’intelligence et des mouvements. Dans les cas de catalepsie intermittente, le désordre du cerveau doit disparaître ou revenir comme les accès. Le plus ordinairement il doit affecter les deux hémisphères, mais il doit siéger dans un seul côté de la tête, lorsque les symptômes musculaires sont bornés à une moitié du corps. Quelques auteurs ont pensé que la catalepsie et l’hystérie ne différaient que par la forme, le mode d’expression extérieure , et qu’elles se ressemblaient par leur nature. Ce langage n’est pas exact. Il est évident qu’une liaison apparente qui existe entre deux affections maladives n’établit aucunement leur identité, et si la catalepsie et l’hystérie se ressemblaient par leur cause organique, elles ne se manifesteraient point au dehors par des signes aussi dissemblables. Ainsi désormais, l’on ne peut se refuser à admettre, pour expliquer l’épilepsie, la catalepsie , l’extase , etc. , une lésion spéciale , pour chacune de ces maladies. Nous prévenons , du reste , qu’on rapporte souvent à la catalepsie une foule d’accidents nerveux qui n’appartiennent aucunement àcette affection.
« Les recherches cadavériques ont appris peu de chose sur la nature de l’affection cérébrale qui détermine les phénomènes cataleptiques. Cette affection étant rarement mortelle par elle-même, surtout dans un court espace de temps, l’on n’a pas eu d’occasions assez fréquentes de faire de pareilles recherches; et, dans ces cas mêmes, les lésions des organes sympathiquement affectés ont plus particulièrement fixé l’attention de l’observa- !teur. Une autre raison du défaut de connaissance sur l’état du cerveau dans cette affection* c’est que l’organisation de ce viscère, trop peu connue encore dans ses détails , l’était bien moins de ceux qui nous ont laissé le fruit de leurs recherches sur le sujet qui nous occupe. Quelques auteurs ont néanmoins trouvé plusieurs lésions de cet organe à la suite de la
catalepsie. Une femme présenta des symptômes de catalepsie; son cerveau n’offrit aucun dérangement appréciable. Un jeune maniaque cataleptique, dont les accidents avaient offert de nombreux retours, mourut, il y a quelques années, dans les infirmeries de Charenton. La pie-mère fut trouvée épaisse et injectée; la substance grise superficielle était peu consistante et rosée ; la substance blanche présentait des couches vasculaires nombreuses et remplies de sang ; enfin, le septum médian était mou ; lésions très-répandues dans la folie avec paralysie générale. Sur un second aliéné aussi cataleptique, nous avons trouvé la substance corticale violacée, et la substance blanche fort injectée.
« La nature organique de la catalepsie ne nous est donc pas suffisamment connue ; nous ne connaissons bien ici que les désordres fonctionnels du cerveau, et non ses désordres d’organisation. Cullen rapporte cette maladie au genre apoplexie; Sauvages la range dans la classe des débilités, ordre des affections comateuses ; Pinel en fait une névrose cérébrale comateuse. Peletier considère la catalepsie comme une irritation du cerveau, avec engorgement habituel des vaisseaux de cet organe, ce qui le dispose aux mouvements convulsifs ou cataleptiques, qui résulteut, suivant ce médecin , de la compression de l’origine des nerfs. Cette dernière opinion-, si elle n’est pas fondée, est la plus satisfaisante ; elle indique au moins quelque chose de positif et ne laisse point l’esprit dans le vague.
a Petelin conseille particulièrement, pour guérir cette maladie, les évacuations sanguines, les bains froids à la glace, l’application de la glace pilée sur la tête, et l’électricité. Les évacuations sanguines dégorgent les vaisseaux cérébraux ; il conseille de les faire au moyen de sangsues plutôt qu’à l’aide de la lancette. L’une des raisons qui lui font préférer le premier moyen, c’est que le dernier effraye souvent les malades, et leur cause une émotion fâcheuse. Il assure que les forces, loin de diminuer, augmentent avec la sortie du sang. Nous avons eu plusieurs fois occasion de vérifier ce fait. Les sangsues seront appliquées en petit nombre, et l’application sera renouvelée tous les cinq ou six jours,dans l’intérieur des narines, aux pieds, aux cuisses, ou autour de la tête. Par l’emploi des bains à la glace et de la glace pilée sur la tête, après l’usage des saignées,. ce médecin dit avoir beaucoup diminué, ou même avoir fait cesser les attaques , et fait disparaître en quelques minutes les roideurs musculaires qui persistaient après que celle-ci étaient passées. Il dit avoir fait cesser sur-le-champ des attaques avec une ou au plus deux commotions élec* triques ^ et guéri assez promptement la maladie à l’aide de l’électricité administrée en
bain; et il assure que l’usage des bains tièdes, des pédiluves sinapisés , des purgatifs , a toujours produit de fâcheux effets^. A peine les pieds entraient-ils dans l’eau, que le malade ressentait un coup dans la tète, était pris de céphalalgie, et quelquefois d’attaques. Les purgatifs ont aussi causé des accidents graves, de violentes attaques. Sauvages a de même obtenu de mauvais effets de l’emploi des bains tièdes. Nous avons assez de confiance dans les évacuations sanguines, dans les applications de glace sur la tête : nous ne saurions dire quels sont les avantages des bains à la glace et de l’électricité. Malgré l’autorité de Petelin et de Sauvages , nous pensons que i les bains à peine. tièdes ou au plus à vingt- I quatre ou vingt-cinq degrés , et les pédiluves | plutôt irritants que chauds, peuvent être souvent très-utiles.
« Les malades éviteront avec soin toute excitation sensoriale , intellectuelle et morale un peu vive. Le laitage, les fruits doux, des j aliments de facile digestion , et pris en petite ! quantité, les boissons presque entièrement aqueuses, composeront leur régime habituel. S’il existe1 une constipation plus ou moins opiniâtre, des lavements à l'eau froide, quelquefois rendus purgatifs, seront administrés. 1 On pourra essayer l’usage des pilules drasli- | ques , et le continuer s’il n’en résulte aucun inconvénient. Nous avons rarement vu les
antispasmodiques produire de bonseffetsdans les affections cérébrales dites nerveuses, sou- : vent ils causent des accidents; et quand ils soulagent , ce n’est que momentanément, et en laissant une plus grande susceptibilité moi - j bide.
«On néglige, ce nous semble, beaucoup j trop de mettre en usage l'insufflation pulmo- j naire. Il est une foule de cas de ralentissement ou de suspension complète des mouvements respiratoires , suite de désordres cérébraux : ou rachidiens, qui doivent causer la mort | seulement par ces troubles de l’exercice d’une ! fonction si essentielle à la vie. Dans quelques ! ;cas même , le cerveau et le rachis peuvent n’être que très-légèrement affectés ; mais le sang noir qui a pénétré ces Organes les a tués. C’est ce qui arrive probablement sur les sujets gui meurent à la suite d’une affection morale , d’une attaque d’épilepsie, d’une commo- ! tion du cerveau sans qu’on trouve d’altération notable dans cet organe, c’est aussi ce qui peut arriver dans la catalepsie. Au lieu donc de laisser sans respirer ces cataleptiques, chez ! qui la respiration s’exécute à peine, faites insuffler de l’air dans le thorax, suppléez ainsi l’action musculaire respiratoire, momentanément suspendue par l’état convulsif, i
« Une nourriture succulente, l’usage mo- j déré du vin, nous paraît convenir aux per- j sonnes âgées, aux aliénés débilités par le ;
retour continuel et la prolongation des accès de catalepsie. Plusieurs malades que l’on néglige de nourrir à l’aide d’une sonde œsophagienne , tombent graduellement dans un état affreux d’amaigrissement et finissent par succomber. La catalepsie qui éclate pendant le cours d’une fièvre intermittente, cède comme elle, à ce qu’il paraît, à l’administration des sels de quinine et des autres préparations de quinquina.
Plusieurs des phénomènes qui caractérisent l’attaque de catalepsie, particulièrement la roideur convulsive partielle ou générale du système musculaire, s’observent dans plusieurs autres affections du cerveau, telles que J’irritalion de cet organe causée par certains poisons ingérés dans l’estomac, l’encéphalite qui n’aurait pointatteint la période de suppuration. »
de l’épilepsie.
Cette maladie a été rapportée de tout temps aux maladies convulsives. Cependant il faut savoir, d’une part, que les convulsions ne sont pas le seul phénomène dans cette maladie , qu’il existe aussi des lésions de la sensibilité et de l’intelligence ; et, d’autre part, il faut aussi savoir que les convulsions n’existent pas toujours. Dans les hôpitaux consacrés au traitement de ces maladies , on appelle petit-mal l’épilepsie qui se présente sans convulsions.
Cela posé , que doit-on entendre par épilepsie? Nous dirons qu’un individu est épileptique, quand , à des époques éloignées ou rapprochées, périodiques ou irrégulières , il présente une perte subite de connaissance, avec des convulsions tantôt générales, tantôt partielles et bornées , je ne dis pas à un muscle, mais à une fibre d’un muscle, ces convulsions n’étant pas constantes et pouvant manquer , ayant la respiration stertoreuse, la bouche remplie d’écume, et présentant une santé parfaite dans l’intervalle des accâl, ou bien des désordres fonctionnels plus ou moins graves.
Celte maladie a toujours manifestement son siège dans l’encéphale , quoique son point de départ puisse être ailleurs. De là, deux grandes divisions dans cette maladie : idiopathique, quand le point de départ est dans le cerveau; symptomatique, quand il est fixé ailleurs.
Cette maladie laisse-t-elle dans le cerveau des traces spéciales qui puissent faire dire : cet individu est mort épileptique , comme on dit : cet individu est mort d’une hémorragie cérébrale? Non; la science n’en est pas encore là, car l’épilepsie ne présente pas de caractère anatomique. Et non-seulement on ne trouve pas de lésion spéciale, mais dans quelques circonstances on ne trouve aucune lésion
NÉVROSES
qui puisse être considérée comme cause occasionnelle.
Il suit de cela, que dans le cerveau de quelques épileptiques, on n’a absolument trouvé aucune lésion, et notez cependant que les recherches ont été faites par des hommes excessivement habitués à ces sortes d’investigations. Aussi M. Foville, après avoir disséqué un grand nombre de cerveaux d’épileptiques, avance formellement que cette maladie n’a point de lésion spéciale.
D’un travail très-étendu de MM. Bouchet et Cazauvielh, il résulterait que l’épilepsie serait due à une altération notable des hémisphères cérébraux, altération qui consisterait, tantôt en un ramollissement, tantôt et plus souvent dans l’induration. Mais, outre que dans quelques cas par eux-mêmes observés, cette altération ne s’est point rencontrée, la plupart des cas qu’ils ont publiés, étaient compliqués, soit d’aliénation mentale, soit de lésion de la sensibilité.
S’il est des cas où l’on ne trouve absolument aucune lésion, il en est un bien plus grand nombre où on en trouve, mais, encore une fois, aucune de spéciale. Ainsi toutes ceslésions diverses que nous avons déjà étudiées, depuis la plus simple jusqu’à la plus compliquée, peuvent se trouver dans l’épilepsie. Quel rôle jouent ces altérations dans la production de l’épilepsie? On dirait qu’elles mettent en jeu la cause inconnue sous l’influence de laquelle se développe cette maladie.
Quand la maladie se termine par la mort, on doit distinguer deux cas : ou le malade meurt pendant l’accès, ou il meurt dans l’intervalle des accès. Si l’individu est mort dans l'intervalle* le cerveau peut être parfaitement sain, ou présenter des altérations. S’il est mort pendant l’accès, on voit une congestion évidente; tous les vaisseaux du cerveau sont gorgés de sang. Cette congestion est-elle la cause de l’épilepsie? Non, car elle s’accroît à mesure que l’attaque se prolonge, et elle arrive à son summum d’intensité quand elle finit. C’est un simple effet qui a succédé à la véritable cause de l’épilepsie.
Il est donc de toute nécessité d’admettre une cause spécifique , car dans beaucoup de cas, l’épilepsie arrive sans qu’on puisse apprécier une cause occasionnelle. Cette cause prédisposante étant admise, et il est important d’étudier les causes occasionnelles.
Ces causes occasionnelles, tantôt ne font que rappeler l’épilepsie , tantôt la font paraître pour la première fois.
On doit admettre ici deux cas :
Le premier est celui dans lequel le cerveau est troublé avant tout autre organe ;
Le deuxième, dans lequel c’est un organe quelconque qui est troublé le premier.