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TROISIÈME PARTIE

Un très-grand nombre de ces maladies sont du ressort de la pathologie externe. Nous ne nous occuperons que de celles qui, pour l’ordinaire, sont du domaine de la pathologie interne.

MALADIES DE LA PEAU

Dans l’étude de ces différentes maladies je suivrai le même ordre que j’ai suivi dans les maladies des autres appareils. Nous pouvons, en effet, établir pour la peau les mêmes classes de maladies que pour les autres organes.

Ainsi, il y a des lésions de circulation, et parmi elles les phlegmasies occupent le premier rang. Ces phlegmasies de la peau sont simples, comme l’érésipèle , par exemple, ou contagieuses, comme la variole. Il importe d’établir comme règle générale, que dans les maladies de la peau, l’altération qui les caractérise extérieurement ne constitue pas toute la maladie, et qu’elle n’en est qu’un élément. Avec elle coïncide presque toujours une modification interne , soit des tissus, soit du sang, soit de l’innervation. Cette règle générale s’applique aux maladies aiguës, telles que la rougeole, la variole, etc., comiqe aux maladies chroniques, telles que le scorbut et les scrofules.

Nous trouverons aussi que certaines maladies de la peau sont caractérisées par l’anémie, d’autres par des hémorragies.

Les lésions de sécrétion de la peau sont nombreuses et variées, comme sont nombreuses et variées les fonctions sécrétoires qu’elle exerce. Ainsi nous trouverons des lésions des sécrétions liquides , et des lésions des sécrétions solides.

Nous aurons aussi à examiner les lésions de nutrition dont la peau est susceptible, lésions de nutrition qui se traduisent presque toujours par la gangrène.

Des produits accidentels peuvent pareillement se former à la peau. Ainsi la mélanose, le cancer surtout, s’y développent fréquemment.

Enfin, après ces lésions, toutes appréciables à nos sens, nous aurons à examiner celles où nos sens ne nous sont plus d’aucune utilité, c’est-à-dire les lésions d’innervation de la peau.

Ire CLASSE. — MALADIES DE LA PEAU, CARAC- TÉRISÉES PAR UNE LÉSION DE CIRCULA- TION.

Ordre 1er. — hyperémies.

Ier Genre. — Hypérémic active.

L’affection de la peau qui me semble devoir être appelée hypérémie active de la peau, est V érythème.

On en distingue deux espèces : l’érythème aigu et l’érythème chronique.

de l’érythème.

L’érythème est une affection de la peau, caractérisée par des taches rouges, d’étendue, de forme et d’aspect variables ; d’où résulte la nécessité de la distinguer en plusieurs variétés.

1° II peut arriver que la rougeur étendue sur une surface plus ou moins grande de la peau, la couvre à la manière d’un voile rouge. Cet érythème se promène à la face, à la poitrine, aux membres, et, en raisnn de sa mobilité , on l’appelle érythème diffus ( erythema diffusum). Dans celle variété, la rougeur est toujours superficielle et sans gonflement appréciable de la peau ou du tissu cellulaire sous-cutané.

2° Dans quelques circonstances, l’érythème se présente sous la forme de taches plus ou moins nombreuses, séparées par des intervalles plus considérables. Ces taches ne sont pas élevées. C’est l’érythème maculé {erythema maculatum).

o° Dans une troisième variété, l’érythème est caractérisé par des taches d’un rouge livide, arrondies, dont le diamètre varie entre un demi-pouce et un pouce, dont la circonférence est élevée, proéminente et légèrement papuleuse, c’est l’érythème marginé ou papuleux ( erythema marginatum seu papulatum). Cette variété se montre sur toutes les régions du corps, sur les membres, à la face, dans le cuir chevelu, et même sur les conjonctives.

(M. Rayer fait, avec Willan, deux variétés de cette forme de l’érythème, une {marginatum) à laquelle se rapporte la description précédente, l’autre {papulatum) qu’il décrit

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ainsi : se développe surtout chez les femmes et les jeunes gens , et se montre le plus ordinairement à la face dorsale des mains, au col, sur la face , la poitrine , les bras elles avant-bras. Les petites taches rouges qui la caractérisent, irrégulièrement arrondies, légèrement saillantes , comme papuleuses , dépassent rarement la largeur d’un centime ; d’un rouge vif au début , elles prennent bientôt une teinte violacée , surtout à leur centre, et disparaissent presque complètement sous la pression du doigt. Dans l’espace d’un à deux jours, elles s’affaissent au niveau de la peau qui les entoure, et la rougeur elle-même estdissipée après un ou deux septénaires. L’on a vu ces plaques être plus saillantes, et la tuméfaction persister plus longtemps (eryth. tubercu latum deWillan). Enfin elles peuvent être confluentes, et former par leur réunion des taches plus ou moins irrégulières, plus ou moins considérables. Au premier coup d’œil ces taches violacées de l’érithème papuleux peuvent être prises pour des plaques syphilitiques à leur début.; mais la marche de ces dernières suffirait pour les distinguer, lors même que plusieurs d’entre elles n’offriraienlpasune teinte luisante cuivrée ou grisâtre , ou qu’elles ne seraient pas accompagnées d’autres symptômes vénériens. Lorsque ces deux éruptions existent à la fois chez un même malade , la détermination des plaques appartenant à chacuned’elles exige quelque habitude et beaucoup d’attention.)

4° Dans une quatrième variété de l’érithème, la peau, dans lesparties où elle est rouge, forme des nodosités ; c’est l’érithèrae noueux (erith. nodosum). Cette variété est accompagnée de symptômes plus ou moins graves. Dans ce cas , une véritable phlegmasie peut succéder à la congestion, et delà apparaissent des vésicules dans lesquelles un travail purulent ne tarde pas à se déclarer. Des symptômes généraux , tels que le malaise, l’abattement , la fièvre , peuvent précéder cet état qui se rencontre chez les femmes , les enfants elles jeunes gens lymphatiques.

Quelle que soit sa forme , l’érythème peut être une maladieunique, ou se montrer comme complication d’une autre maladie. Ainsi on l’a observé quelquefois dans la dothiénentérie.

L’érythème peut se développer sans causes appréciables. Il peut aussi être occasionné par des agents extérieurs , ainsi un coup de soleil , l’impression de l’eau chaude ou trèsfroide , l’application de corps irritants , des morsures ou des piqûres d’insectes, la malpropreté, certains fluides fournis par les membranes muqueuses, tels que l’humeur du coryza, l’écoulement leucorrhéique et le frottement de la peau , chez les nouveau-nés. Parmi les causes internes nous devons tenir compte des modifications de l’innervation, la

rougeur qui se manifeste sur les joues par une influence morale, en est la preuve. Chez quelques individus ces mêmes influences morales congestionnent la peau du thorax. Il y a des individus qui ne peuvent éprouver une souffrance de l’estomac, sans être atteints aussitôt d’un érythème. Il y en a d’autres chez lesquels des aliments d’une certaine nature déterminent celte affection de la peau. Dans les empoisonnements , l’érythème survient souvent ; alors ce phénomène est uniquement symptomatique.

La durée de l’érythème est variable et en rapport avec la cause qui l’a fait naître. Il peut ne durer que quelques heures ou quelques jours , comme aussi il peut durer quinze ou vingt jours.

Sa marche peut être continue ou intermittente ; ainsi , par exemple , il peut revenir tous les deux jours.

L’érythème est sujet à la récidive , et cette récidive a lieu surtout au printemps. Une des propriétés les plus remarquables de celte affection de la peau est la mobilité.

Le pronostic de l’érythème qui ,ne coïncide avec aucune des lésions intérieures qui l’accompagnent quelquefois , est en général peu grave.

Le traitement varie selon les causes qui le produisent. Quand l’érythème est sans fièvre et sans complication, il guérit de lui-même au bout de quelques jours. S’il s’accompagne de fièvre et de douleur plus ou moins vive, il faut employer les émollients , les bains tièdes, et quelquefois les émissions sanguines.

Il est inutile de dire qu’il faut prescrire un régime doux et en rapport avec la constitution des malades.

L’érythème se présente presque toujours sous la forme aiguë ; la forme chronique est très-rare.

IIe Genre. ■■ — hyperémie passive.

L’hypérémie passive se traduit par une teinte rouge violacée de la peau. Cette teinte se montre sur les jambes des individus qui se sont tenus debout pendant longtemps, ou chez ceux qui ont beaucoup marché.

Pour faire disparaître cette hypérémie, ou du moins pour soulager les malades qui en sont atteints, il suffit de leur faire porter des bas lacés, qui ont pour effet de suppléer à l’élasticité de la peau , qui est anéantie chez ces individus.

Cette hypérémie s’observe souvent chez les scorbutiques et chez les individus affectés de maladies chroniques. Un certain nombre même de maladies chroniques se traduisent par ce phénomène. Dans tous ces cas il est facile de voir que cette teinte violacée est causée par la stagnation du sang; et il est facile de pré-

voir que le sang, n’étant plus doué de cette propriété de circulation, finit par agir à la manière des corps étrangers qui , introduits dans l’économie, y déterminent des irritations dont les suites peuvent être plus ou moins fâcheuses. Il est facile par là de très-bien comprendre comment ces phénomènes s’accomplissent, et de se rendre compte comment, chez les vieillards, le sang ne soit pas vicié. En effet, il n’y a chez eux que stase du sang. Dans ces cas-là il faut des toniques, qui ont pour objet de rendre à la peau une énergie indispensable pour entretenir l’état delà circulation dans les vaisseaux capillaires.

L’hypérémie passive de la peau peut aussi êtfe produite par le froid, d’où la production de V engelure. Ou’est-ce en effet qu’une engelure, si ce n’est une hyperémie? Vous voyez d’abord la peau frappée par le froid éprouver une modification plus ou moins prononcée et se trouver privée de l’énergie nécessaire à la circulation capillaire, et voilà un effet analogue produit par des causes différentes. Dans les cas d’engelure, il convient d’appliquer des irritants sur la peau. L’acide hydrochlorique affaibli paraît jouir d’une propriété remarquable lorsqu’il n’y a pas destruction de l’épiderme.

Vous voyez que dans tous ces cas d’hypérémie passive de la peau , ce n’est point dans l’inflammation qu’il faut aller chercher le point de départ de ces états morbides.

Au reste, dans les maladies miasmatiques, celte hypérémie se traduit par une couleur rouge plus ou moins sombre. Dans le typhus, les taches de la peau sont violacées et brunes.

IIIe Genre. — hyperémie mécanique.

La peau peut être aussi affectée d’hypérémie mécanique. C’est ce qui arrive, par exemple, dansles maladies du cœur. Si l’artère d’un membre s’oblitère, que ce soit par ossification ou par une cause d’autre nature, on voit apparaître sur le membre dans lequel l’artère se répand une rougeur violacée , et une douleur consécutive ne tarde pas à se déclarer. La couleur violacée se fonce de plus en plus, jusqu’à passer à la teinte noire; alors la peau se désorganise et tombe , comme cela arrive dans la gangrène sénile.

L’explication de ce qui se passe dans ce cas est facile à donner. Le sang n’arrive plus aux extrémités, la force des capillaires se trouvant modifiée, le sang veineux ne peut plus revenir des extrémités; d’où défaut de vie, gangrène.

M. Magendie a très-bien prouvé que le même effet qui se produisait alors, n’a pas une énergie suffisante pour transmettre aux vaisseaux capillaires la force qui leur est né- j*

| cessaire pour opérer le retour du sang veineux ! au cœur.

Vous voyez par l’exposition de ces idées , que l’inflammation , encore une fois, n’est pour rien comme point de départ de ces maladies.

Ordre II. — phlegmasies.

On a établi six genres dans cet ordre , et cette classification est relative à la forme que chaque maladie peut revêtir.

1er Genre. Inflammation simple de la peau, ayant l’aspect de l’érythème, comme l’érésipèle, la rougeole , la scarlatine, etc. Ce sont les maladies exanthémateuses.

2e Genre. Inflammation caractérisée par de petites élevures remplies de liquide : vêsiculeuses.

3e Genre. Grosses et larges élevures en forme de bulles : bulleuses.

4e Genre. Inflammation caractérisée par des pustules : pustuleuses.

5e Genre. Simples saillies ne contenant aucun liquide ’ papuleuses , quand ces saillies sont peu prononcées; tuberculeuses, quand elles le sont beaucoup.

6e Genre. Inflammation caractérisée parla production de squammes : squammeuses.

1er Genre. — exanthémateuses.

Ce genrese compose des espèces suivantes : l’érésipèle, la roséole, la rougeole, la scarlatine, l’urticaire.

lre Espèce, l’érésipèle.

L’érésipèle est une maladie de la peau caractérisée parla rougeur, l’aspect luisant et la tuméfaction d’une partie des téguments, avec sensibilité , tension , douleur et chaleur plus ou moins prononcées, accompagnées ou non de fièvre. La rougeur a cela de particulier, qu’elle peut momentanément disparaître par la pression du doigt , pour reparaître aussitôt après que la pression a cessé.

L’érésipèle est une des inflammations les plus fréquentes de la peau. 11 peut se développer sur tous les points de la surface cutanée, Cependant il apparaît, de préférence, sur les parties qui sont habituellement découvertes. Ainsi , dans notre climat et sous l’influence de nos habitudes , l’érésipèle de la face est de beaucoup le plus fréquent.

Causes. Les causes del’érésipèle sont trèsdiverses, et souvent celte affection se développe sans cause connue.

Les causes sont extérieures ou intérieures

Parmi les causes extérieures on doit ranger, l’insolation, l’application de corps chauds ou irritants. Ces causes , qui produisent aussi l’érythème , peuvent déterminer l’érésipèle.

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Il y a des substances qui , ingérées dans l’estomac, produisent celte inflammation de la peau.

( M. Chôme! ne partage pas cette opinion de M. Andral sur l’influence des causes externes dans la production de l’érésipèle. Voici comment il s’explique à cet égard : « Les causes qui donnent lieu au développement de l’érésipèle sont fort obscures. L’inflammation qui résulte du contact d’agents irritants, tels que la poudre de cantharides , la farine de moutarde, certaines plantes vénéneuses, est une affection trop différente de l’érésipèle, dans ses symptômes comme dans ses causes, pour qu’elle puisse être confondue avec lui. Selon nous, i’érésipèle n’est jamais le résultat d’une cause externe , ou du moins si une cause externe concourt à sa production, elle n’a qu’une part secondaire à son développement ; elle suppose le concours d’une cause interne, d’une disposition particulière que nous ne connaissons pas. Nous sommes par conséquent réduits à étudier les conditions dans lesquelles cette disposition survient, et les circonstances qui peuvent provoquer l’apparition de l’érésipèle chez ceux qui y sont prédisposés. »

Et plus loin il ajoute : «Quelques médecins, guidés par des théories humorales, ont cherché dans l’alimentation les causes prédisposantes de l’érésipèle. Ils ont pensé que les aliments âcres, tels que l’ail et les oignons crus, les épices de toutes espèces , les vins acerbes, les liqueurs alcooliques, l’usage exclusif de poissons et l’huile , devaient prédisposer à l’érésipèle. Quelques-uns même ont avancé que cette affection était plus fréquente dans les pays où ce genre d’aliments et de boissons est plus en usage ; mais ces assertions ne sont pas démontrées ni même appuyées sur un certain nombre de faits. On rencontre des sujets qui en ont été très-souvent atteints , les uns plusieurs fois chaque année , d’autres tous les mois, pendant une partie de leur vie. Mais si l’on cherche à connaître les causes de cette singulière disposition , en comparant les circonstances dans lesquelles elle s’est montrée, on ne trouve, le plus souvent, rien qui puisse l’expliquer, et l’on est obligé de la rattacher encore à une prédisposition individuelle , c’est-à-dire à une cause inconnue. » Dict. en 25 vol. tome xir.)

L’érésipèle se développe dans toutes les saisons, cependant le printemps et l’automne sont les saisons dans lesquelles il est le plus fréquent.

Les causes intérieures qui favorisent le développement de l’érésipèle sont la suppression d’une évacuation habituelle, de la transpiration cutanée, d’une hémorragie, du flux menstruel, des hémorroïdes , la fatigue , les émotions morales vives. L’existence d’anciens

ulcères peut donner lieu à l’érésipèle. Une peau anciennement irritée y est plus sujette. Il arrive souvent qu’après avoir pratiqué la scarification sur un membre infiltré, l’érésipèle survient, et dans ce cas cette invasion érésipélateuse est d’un mauvais présage.

L’état pathologique de l’estomac favorise singulièrement le développement de l’érésipèle. On le voit en effet souvent coïncider avec l’embarras gastrique.

11 est des individus qui ont une prédisposé lion merveilleuse à l’érésipèle. Chez eux la moindre cause irritante en est le point de départ. La peau, pour si peu qu’elle soit irritée, devient érésipélateuse.

Dans certains cas l’érésipèle survient d’une manière épidémique. Cela s’observe surtout dans les grands hôpitaux et dans les salles de chirurgie. Il est des moments où l’on ne peut pratiquer la moindre opération sans voir survenir l’érésipèle. Aussi faut-il être très-avare d’opérations dans ces moments défavorables : c’est un phénomène singulier qui échappe à toutes nos explications.

On a observé que les plaies de tête et les opérations pratiquées sur celte région étaient plus souvent suivies d’érésipèles que celles des autres parties du corps. Il faut aussi remarquer que l’érésipèle spontané est aussi de beaucoup plus fréquent à la tête.

L’opinion de la contagion de l’érésipèle ne conserve guère de partisans qu’en Angleterre : elle ne soutient pas l’examen, elle est tous les jours démentie par l’observation.

Symptômes. Les prodromes de l’érésipèle sont d’autant plus marqués, qu’il sera plus grave, soit par son étendue, soit parson siège. Ils sont, au reste, les mêmes que ceux des autres maladies aiguës, et consistent en un malaise général, des lassitudes, des frissons, un mouvement fébrile. Souvent les ganglions lymphatiques voisins du lieu qui sera le siège de l’éruption, se gonflent et deviennent douloureux. Bientôt une sensation de cuisson ou d’engourdissement, une rougeur partielle indiquent plus clairement le genre de l’affection qui va survenir et le siège qu’elle affectera. Enfin l’exanthème se caractérise, et la rougeur circonscrite de la peau, le gonflement, la tension, la douleur et la chaleur, ne laissent plus de doute sur sa nature.

La rougeur est le symptôme le plus apparent. Bornée d’abord à un petit espace, elle s’étend par degrés sur une surface plus ou moins considérable, et là elle forme une plaque à bords irréguliers. Cette rougeur n’a pas la même intensité pendant tout le cours de la maladie. Obscure d’abord, elle devient plus tranchée ensuite, et peut présenter toutes les nuances dupuis le rose pâle jusqu’au rouge le plus intense; quelquefois elle est nuancée de jaune. Un caractère essentiel de cette rougeur

est de disparaître momentanément sous la pression du doigt, et de se reproduire aussitôt que cette pression a cessé. Dans la période d’accroissement et de déclin de l’exanthème, la rougeur est, dans quelques cas, mal circonscrite. A cette rougeur de la peau se joint un gonflement plus sensible au tact qu’à l’œil, et qui est d’autant plus considérable, que l’érésipèle occupe des parties où le tissu cellulaire est très-làche, comme le prépuce, les grandes lèvres, les paupières et les autres parties de la face. La peau est aussi plus lisse et présente à la vue quelque chose de luisant.

Les parties affectées d’érésipèle sont le siège d’une douleur et d’une chaleur plus ou moins intenses. En général, celte douleur est plutôt prurigineuse et incommode que vive; elle est tantôt continue, tantôt elle cesse et se reproduit par intervalles. La chaleur est plus ou moins vive, quelquefois âcre et mordicante. La douleur est provoquée ou exaspérée par le moindre contact ; les mouvements des parties qui sont le siège de l’érésipèle sont douloureux , difficiles et quelquefois même impossibles. Si l’érésipèle occupe l’orifice de quelques conduits, ils sont rétrécis ou même oblitérés; delà l’impossibilité d’articuler des sons quand il occupe les lèvres, la surdité quand c’est le conduit auditif, etc.

Des symptômes généraux se joignent ordinairement à ces symptômes locaux, pour si peu que l’érésipèle soit intense. Ainsi il est fréquent de voir l’appétit nul, la soif augmentée, de l’agitation pendant le sommeil, de la céphalalgie, la langue sale, et la fièvre. Ce dernier symptôme est d’autant plus marqué, que l’érésipèle est intense et plus près de son début. Il disparaît souvent aussitôt que l’éruption est terminée, comme aussi il peut persister jusqu’à la desquamation et même au delà.

La marche de cette affection est généralement rapide; elle parcourt ses périodes ordinairement en sept jours, et quelquefois plus rapidement. Voici ce qui s’observe dans la généralité des cas. Pendant deux ou trois jours la rougeur et la tension deviennent de plus en plus marquées ; déjà vers le quatrième ou le cinquième, l’érésipèle pâlit ou bien prend une couleur jaunâtre ou brune; la peau n’est plus lisse, mais rude et ridée. Mais comme l’érésipèle envahit une plus ou moins grande étendue des surfaces environnantes, et que cet envahissement s’est fait à des distances plus ou moins éloignées, il s’ensuit que les parties qui ont été primitivement le siège de l’érésipèle sont en desquamation, que les dernières sont encore dans la période d’acuité.

Là résolution, accompagnée de la desquamation de l’épiderme, est la terminaison la plus ordinaire de l’érésipèle. Sur la surface qu’occupait l’érésipèle, alors que la rougeur et la tension de la peau ont diminué ou cessé,

on voit se former , soit une poussière blanchâtre qui se détache et tombe lentement, soit une pellicule blanchâtre et rugueuse qui se soulève et se sépare par lambeaux. Enfin, au bout de plusieurs jours, ou même de quelques semaines, la peau reprend sa couleur etsa souplesse.

On voit quelquefois l’érésipèle disparaître rapidement avant qu’il ail parcouru les périodes que nous venons d’indiquer. Cette terminaison par délitescence est presque toujours suivie d’affections très-graves des principaux viscères. Cependant il faut remarquer , avec M. Chomel , que l’érésipèle , borné à une petite surface , au nez ou à une joue , que celui qui se reproduit pour la cinquième ou la dixième fois, disparaît en quarante-huit heures sans aucun danger. Mais il n’en est plus de même lorsque l’érésipèleoccupant une grande surface, vient à disparaître subitement dans sa période d’accroissement : le danger est grave alors, car l’érésipèle a presque toujours été précédé de quelque affection viscérale.

L'érésipèle offre plusieurs variétés.

1° Érêsipèle flegmoneux . Il est du ressort de la pathologie chirurgicale.

2° Érêsipèle œdémateux . Il se montre quelquefois chez les enfants à la suite d’une application de sangsues qui ont déterminé un écoulement de sang abondant. Il se manifeste aussi sur une partie affectée d’œdème. C’est principalement sur les membres inférieurs et sur les parties extérieures de la génération, le scrotum et les grandes lèvres , qu’on l’observe. Cet érêsipèle œdémateux ne fait point changer la couleur de la peau, mais il rend cette membrane tendue et luisante, chaude, très-sensible au contact etconservantl’impression du doigt. Cette variété peut se dissiper en quelques jours et ne présenter aucune gravité; mais elle peut aussi déterminer des douleurs très-vives, la lividité de la peau et le décollement de l'épiderne part de la sérosité. Alors une suppuration abondante et profonde s’établit , des escarres se forment en divers endroits de la peau; et la mort survient, dans la plupart des cas , après un temps plus ou moins long.

3o Érêsipèle bulleux ou phlfcténoïde.

Dans cette variété l’épiderme est soulevé en forme de vessie par de la sérosité. Cette variété s’observe dans les érésipèles très-dntenses, et surtout dans celui qui occupe la face.

Plusieurs auteurs admettent un beaucoup plus grand nombre de variétés de l’érésipèle selon les phénomènes généraux qui l’accompagnent, selon les phénomènes locaux qui ne lui sont pas essentiels , selon son siège et selon sa réapparition. Nous observerons seulement sous ce dernier rapport que l’érésipèle peut envahir successivement plusieurs parties

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du corps, se porter de l’une à l’autre; c’est Vérésipèle ambulant.

Traitement. Dans l’érésipèle simple on doit se borner à prescrire des boissons délayantes, le repos et la diète. Si l’érésipèle est compliqué, il importe de se méfier des symptômes qui l’accompagnent, car des organes importants à la vie peuvent être compromis, et une terminaison funeste peut arriver si l’on n’arrête pas à temps les désordres qui sont survenus. Ainsi si la fièvre est intense, si le cerveau est compromis, il ne faut pas hésiter à pratiquer de larges émissions sanguines. Et remarquez bien que ces émissions sanguines n’abrégent pas la maladie principale, mais qu’elles modèrent seulement les symptômes qui la compliquent.

Pour moi , en vous exposant ma manière de voir, qui est basée sur l’expérience, je vous dirai que bien des fois j’ai vu des érésipèles disparaître par l’administration de deux grains d’émétique, dans le cas où il y avait embarras gastrique; et je puis vous assurer que si dans ce cas vous vous contentez de pratiquer des émissions sanguines, vous n’obtiendrez aucun succès.

Si l’érésipèle dans sa marche vient à se compliquer d’une phlegmasie quelconque, il faut porter une grande attention à celle-ci, et la combattre par tous les moyens thérapeutiques qui seront en votre pouvoir.

Il serait trop long d’énumérer tous les accidents qui peuvent compliquer l’érésipèle. Ici, comme dans biën d’autres cas, je me bornerai à vous dire qu’il faut vous diriger suivant les symptômes qui apparaissent et suivant leur marche.

Ainsi si l’érésipèle menace d’être compliqué de gangrène il faut employer les toniques, et les fomentations de quinquina par excellence. Ces agents thérapeutiques, en resserrant les tissus , leur rendront l’énergie nécessaire dont l’absence est la principale cause de la gangrène.

Mais si, en faisant usage de ces moyens, on constate la présence de quelque phlegmasie locale, il faut modifier le traitement.

Les praticiens ont essayé de tous les moyens possibles pour arrêter le développement de l’érésipèle. Les uns ont employé les vésicatoires sur l’érésipèle lui-même , afin de concentrer son action et de l’arrêter dans sa marche. D’autres ont voulu circonscrire l’érésipèle en promenant sur ses bords le nitrate d’argent, ou en pratiquant une ligne de démarcation un peu au-dessus de la région qu’il occupe. On a fait des frictions avec l’onguent napolitain , etc. ; tous ces moyens ont une valeur fort contestable.

Au reste, comme je l’ai déjà dit, l’érésipèle vrai n’est que modifié dans sa marche par les moyens qu’on lui oppose. On doit se borner,

s’il y a des symptômes inquiétants, à les combattre de la manière la plus avantageuse. Ceci revient à dire que l’érésipèle simple doit être abandonné à lui-même, et qu’il faut se contenter de prescrire des boissons légères , du repos et la diète.

IIe Espèce. IA ROSÉOLE.

La roséole est une maladie non contagieuse de la peau, caractérisée par des taches rouges ne dépassant pas la surface de la peau. Elle peut être générale ou partielle. Elle se montre surtout pendant les étés très-chauds et pendant l’automne. Elle est plus fréquente chez les femmes et les enfants que chez les hommes.

La roséole se montre assez souvent pendant le travail de la dentition , ou après d’autres maladies. Elle peut être ou non précédée et accompagnée de fièvre. Elle ne donne lieu à aucun symptôme important du côté delà vie de nutrition, si ce n’est à de l’anorexie. Elle peut aussi déterminer des phénomènes de congestion vers le cerveau.

Les taches de la roséole paraissent et disparaissent alternativement. Parfois la roséole peut simuler une rougeole.

Le traitement est fort simple. On doit prescrire la diète, le repos , les délayants, et les émissions sanguines s’il survenait des congestions vers le cerveau.

( Willan admet un assez grand nombre de variétés de la roséole. M. Rayer , si bon juge en pareille matière , professe qu’il est impossible de distinguer plusieurs espèces de roséoles , généralement admises , de l’érythème; il a recherché aussi si une autre variété, dont les taches ressemblent assez bien à celles de la rougeole et qui forme le type principal de ce groupe, n’était pas elle-même une modification ou une variété de la rougeole sans catarrhe. Mais les faits ne sont pas assez clairs et ses idées assez arrêtées pour qu’il ose détruire le groupe formé par Willan. Voici les caractères assignés par Willan à ces diverses éruptions dont l’existence ne peut être contestée, quel que soit le nom qu’on leur donne, et quelle que soit la place qu’on leur assigne dans une classification nosologique.

1° Roseola œsliva. Celte variété, quelquefois précédée d’une légère fièvre, apparaît d’abord sur les bras, la face et le cou ; dans l’espace d’un à deux jours, elle est répandue sur le reste du corps et y produit un picotement et une vive démangeaison. Elle se montre sous la forme de petites plaques distinctes, plus larges , plus pâles et plus irrégulières que celles de la rougeole, séparées par des intervalles nombreux où la peau a sa couleur naturelle. D’abord rouges, elles prennent bientôtla couleurrose foncée, qui leur est particulière. Le pharynx présente la même teinte, et le malade éprouve, en avalant, une sorte

de rudesse et de sécheresse dans la gorge. Le 1 second jour l’éruption continue à être animée, immédiatement après, son éclat diminue, de légères taches d’un rouge obscur persistent jusqu’au quatrième jour et disparaissent entièrement le cinquième, ainsi que le dérangement de la constitution.

Quelquefois cette efflorescence bornée à certaines parties de la face et du cou, et à la partie supérieure de la poitrine et des épaules, se montre sous la forme de plaques trèslégèrement élevées , qui causent de violentes démangeaisons, mais ne produisent pas le fourmillement qui accompagne l’urticaire. La maladie dure au plus un septénaire. L’éruption paraît et disparaît quelquefois à plusieurs -reprises , sans cause appréciable ou à la suite d’affections morales vives, ou bien après l’ingestion d’aliments épicés et deliqueurs échauffantes. La rétrocession de l’exanthème est ordinairement accompagnée d’un dérangement des fonctions de l’estomac, de céphalalgie , d’un état de langueur et de lassitude que le retour de l’éruption fait disparaître sur-lechamp. Celte variété survient ordinairement pendant l’été , chez les femmes douées d’une constitution irritable, elle est quelquefois liée à des affections intestinales de la saison et semble représenter un état intermédiaire entre l’érythème et l’urticaire, qui doit être combattu par une diète légère , des boissons acidulées et quelquefois par des laxatifs.

2° Roseola aulumnalis. Cette variété attaque les enfants dans l’automne, et se montre sous la forme de taches distinctes, circulaires ou ovales, d’un rouge sombre, et qui augmentent successivement d’étendue jusqu’à ce qu’elles aient acquis la dimension d’une pièce de vingt sous. Elles apparaissent principalement sur les bras et se terminent quelquefois par desquamation . Cette efflorescence n’est accompagnée que de peu de malaise et de démangeaison; c’est évidemment une variété d’érythème. M. Ant. Todd Thompson cite, d’après Bateman, deux cas qu’il rapporte à cette variété et qui furent accompagnés de symptômes fébriles très-graves.

3° Roseola annulata. Elle est quelquefois accompagnée de symptômes fébriles; alors sa durée e§t courte ; dans d’autres cas, il nfy a aucun dérangement dans l’ensemble des fonctions , et l’éruption continue pendant un temps indéterminé. Elle paraît sur presque toutes les parties du corps sous la forme d’anneaux roses , dont les aires centrales ont la couleur ordinaire de la peau. Ces anneaux n’ont d’abord qu’une à deux lignes de diamètre ; ils s’élargissent progressivement et acquièrent quelquefois jusqu’à un pouce et demi de circonférence. Le matin, l’efflorescence est toujours moins animée. Lorsqu’elle est chronique, elle est terne et décolorée; elle s’avive

1 le soir ou dans la nuit et produit de la chaleur, de la démangeaison où des picotements à la peau ; si elle disparaît ou s’affaiblit, l’estomac se dérange, il survient de la langueur, des vertiges et des douleurs dans les membres, symptômes qui sont ordinairement calmés par un bain tiède. Lorsque l’éruption devient chronique , elle doit être combattue par les bains de mer et les acides minéraux. La description de cette variété devra être ultérieurement fondue dans celle de l’érythème annulatum.

4° Roseola inf antilis. Dans cette variété, les taches laissent entre elles de plus petits intervalles de peau saine que dans la roseola œstiua. Lorsque l’éruption est générale, si on ne tenait compte , pour établir le diagnostic , que de l’apparence de l’exanthème, on pourrait facilement la confondre avec la rougeole vulgaire. Cette variété de roséole attaque les enfants pendant la dentition, ou elle survient dans le cours d’affections intestinales ou fébriles; quelquefois elle n’existe que pendant une seule nuit , ou bien elle apparaît et disparaît successivement pendant plusieurs jours , accompagnée d’un dérangement des principales fonctions. Elle peut aussi se montrer successivement sur différentes parties du corps. Que celle variété soit une modification de la rougeole ou qu’elle en soit indépendante, elle doit être regardée comme le type du groupe roséole.

5° Roseola variolosa. Cet exanthème survient quelquefois avant l’éruption de la petite vérole naturelle ou de la petite vérole inoculée plus rarement avant la première. Dans la petite vérole inoculée, cette roséole paraît une fois sur quinze. Le second jour de la fièvre éruptive, qui correspond au neuvième ou au dixième jour après l’inoculation, on aperçoit d’abord l’exanthème sur les bras , la poitrine et la face , et le jour suivant il s’étend sur le tronc et les extrémités. Les taches, longues , irrégulières ou diffuses, laissent entre elles de nombreux intervalles. Plusrarementcette roséole est caractérisée par une rougeur presque générale et légèrement proéminente sur quelques points. Elle dure environ trois jours; le second ou le troisième les pustules varioliques peuvent être reconnues, au milieu de la rougeur roséolée , par leur élévation arrondie , leur dureté et la blancheur de leur sommet : aussitôt qu’elles apparaissent l’efflorescence diminue. Elle a été regardée par plusieurs inoculateurs, comme l’annonce d’une éruption discrète de petite vérole. Les observations de M. Rayer, sur la petite vérole naturelle, conformes à celles de Walter, le portent à penser précisément le contraire.

Cette éruption est difficilement répercutée par un air froid ou des boissons froides. Observée par les premiers écrivains qui ont dé-

MALADIES DE LA PEAU

crit la petite vérole, elle a été prise pour la • rougeole : c’est ce qui leur a fait dire que la rougeole se convertissait quelquefois en petite vérole. La roseola variolosa pourrait être rattachée à l’érythème.

6° Roseola vaccina. Cette efflorescence a lieu chez quelques enfants du neuvième au dixième jour après l’insertion du vaccin. Elle apparaît sous la forme de petites taches confluentes, quelquefois diffuses comme celles de la roséole variolique. On l’aperçoit en même temps que l’auréole qui se forme autour de la pustule vaccinale; de là elle s’étend irrégulièrement sur toute la surface du corps; mais elle n’est pas aussi générale que celle qui survient après l’inoculation de la variole. Elle est ordinairement accompagnée d’une accélération du pouls et d’une vive anxiété ; comme la précédente c’est une variété de l’érythème.

7° Roseola miliaris. Adoptée par Willan, elle n'a point été observée par M. Rayer.

8° Roseola febrilis. Dans les fièvres continues et dans les fièvres typhoïdes , Bateman a observé une efflorescence qui ressemblait à la roseola œstiva ou à la rougeole. 11 a vu, dans la Maison de convalescence, cette roséole survenir trois fois à la fin d’une fièvre légère. Chez deux de ces malades l’éruption dura seulement deux ou trois jours ; chez le troisième, elle parut le neuvième de la fièvre, après un profond sommeil et une douce transpiration. Les taches, d’une couleur rose brillant, d’une forme ovalaire, légèrement proéminentes et unies à leur surface, développées sur les bras et à la poitrine, étaient plus nombreuses à la partie interne des bras. Cette éruption n’était accompagnée d’aucune démangeaison, ni d’aucune autre sensation. Tous les symptômes fébriles s’apaisèrent le même jour et le malade ne garda plus le lit. Le lendemain l’efflorescence s’était étendue , les taches étaient devenues larges et confluentes; mais leur couleur, affaiblie surtout à leur centre, avait pris une teinte pourpre, tandis que les bords continuaient à être rouges et légèrement élevés. Le troisième jour , toutes les taches avaient une tendance à devenir livides; et le quatrième, il en restait à peine des traces, ainsi que des symptômes fébriles. L’histoire de cette variété pourrait être fondue dans celle de l’érythème.

9° Roseola rhumatica. Une efflorescence roséolée qgt quelquefois liée à des attaques de goutte ou de rhumatisme fébrile. Bateman a soigné un individu d’une constitution goutteuse, chez lequel une roséole accompagnée d’une forte fièvre, d’une extrême langueur, d’une anorexie complète et de constipation, exista pendant une semaine sur les extrémités inférieures, le front et une portion du cuir chevelu. Le septième jour , cette éruption se

termina par desquamation, et au milieu de la nuit les articulations du pied droit fdrent attaquées d’une inflammation goutteuse. M. Rayer a vu des taches roséolées survenir vers la fin d’un rhumatisme. Sous le nom de Pelliosis rhumatica , le professeur Schcenlein a aussi signalé cette variété à laquelle il assigne les caractères suivants : douleur plus ou moins vive des articulations et des extrémités, offrant des rémissions, changeant de siège, augmentant par l’influence du froid et s’apaisant par la chaleur du lit; frissons suivis d’une réaction fébrile plus ou moins prononcée, avec accélération du pouls et augmentation de la chaleur de la peau qui est sèche. Un état gastrique léger avec perte de l’appétit, bouche pâteuse ou amère, enduit muqueux blanchâtre ou jaunâtre de la langue, annonce le début de la maladie ; vingt-quatre ou quarante-huit heures après, et souvent plus tard, apparaît une éruption particulière , qui commence toujours aux jambes et ne s’établit quelquefois que sur les membres abdominaux et le plus souvent se développe en même temps sur les bras et les épaules ; elle existe rarement sur le tronc et jamais à la figure. Cette éruption consiste en petites taches isolées, arrondies, de la grosseur d’un grain de millet ou d’une petite lentille, rarement proéminentes et d’une couleur rouge foncé ou violacé , quelquefois noirâtre. Le nombre de ces taches est très-variable ; ordinairement elles ne sont ni si nombreuses, ni si rapprochées entre elles que les vésicules de la miliaire ou les taches de la rougeole. La fièvre cesse et les douleurs rhumatismales quittent le malade en perdant beaucoup de leur intensité au moment où celte éruption se déclare. Sous l’influence d’un régime et d’un traitement convénable, ces petites taches, dont le nombre peut augmenter par des éruptions répétées, pâlissent et la maladie se termine par une desquamation furfuracée. Si la marche de cet exanthème est troublée, soit par l’influence du froid et de l’humidité, soit par des applications répercussives, les taches disparaissent tout à coup et les douleurs reparais sent plus aiguës qu’elles n’étaient au commencement de la maladie; les articulations se gonflent, les mouvemements deviennent douloureux et impossibles, et la fièvre se rallume.

Cette maladie, observée à Wutzbourg, où les rhumatismes sont presque endémiques, et assez souvent funestes par leur complication avec la miliaire, attaquait les adultes, et plus souvent les hommes que les femmes. M. Fichs dit que c’est en hiver et au printemps, sous l’influence d’une atmosphère froide et humide, qu’il a observé celte éruption.

Le traitement qu’on lui oppose à l’hôpital deWurtzbourg consiste dans l’administration du tartre sibié, s’il y a complication gastri-

que; dans l’emploi du vin de colchique, si les | douleurs rhumatismales sont graves, et dans ! l’usage des diaphorétiques, tels que l’acétate | d’ammoniaque et la poudre de Dower, pour ! déterminer l’éruption. On ne permet que des i boissons chaudes et adoucissantes ; le régime j est simple et antiphlogistique. ,

Petzold, Nicholson et Hemming ont aussi observé des roséoles arthritiques. Enfin le docteur Cock a donné la description d’une fièvre éruptive rhumatismale épidémique.

observée dans les Indes occidentales.

10 0 Rosèola cholerica. M. Rayera observé cette variété dans l’épidémie du choléra asiatique qui a régné à Paris, en 1832. A la suite de la période de réaction, il survenait chez quelques cholériques, surtout chez les femmes, une éruption qui apparaissait le plus ordinairement sur les mains et les bras, et s’étendait ensuite sur le cou, la poitrine, le ventre, les membres supérieurs et inférieurs.

A son début, elle était caractérisée par des plaques, la plupart irrégulièrement circulaires, s’éloignant plus ou moins, dans certains endroits, de cette forme, d’un rouge très-clair, saillantes et peu prurigineuses. Très-nombreuses sur les mains, les bras et la poitrine, elles l’étaient moins sur d’autres régions ; sur quelques points elles étaient trèsrapprochées et tendaient à se confondre. Entre ces diverses plaques, la peau était saine et formait des îlots blancs et irréguliers. Quelquefois l’éruption à son summum était disposée en plaques plus ou moins rapprochées, qui formaient une rougeur en nappe assez analogue à la scarlatine légère ; sur d’autres points, l’aspect de l’éruption se rapprochait davantage de celui de la rougeole, et quelquefois de l’urticaire. M. Rayer a vu cette éruption compliquée d’une inflammation du pharynx et des amygdales, et sa disparition suivie d’une aggravation de symptômes, et mêmede la mort. Sur la poitrine les taches devenaient quelquefois confluentes et donnaient lieu à des plaques de la largeur de la main, saillantes et assez bien circonscrites. L’éruption prenait ensuite une teinte rose terne : à peine en pou vait-on découvrir les traces sur la peau; dans certains points celle-ci était d’un jaune clair. Vers le sixième ou le septième jour l’épi- i derme se fendillait et se détachait en écailles j très-larges sur les points où l’éruption avait j existé. )

IIIe Espèce. LA ROUGEOLE.

La rougeole est un exanthème contagieux, j caractère qui le différencie de la roséole. Elle a aussi pour caractère principal , qu’elle partage du reste avec quelques autres affections de la peau, de n’attaquer qu’une fois un même individu dans le cours de la vie.

La rougeole est caractérisée extérieurement

par de petites taches rouges, de la dimension de morsures de puces, proéminentes sur les points où les follicules sont saillants, séparées par de petits interstices irréguliers où la peau conserve sa teinte naturelle, formant ensuite, par leur réunion, de petits croissants qui s’affaissent vers le septième ou le huitième jour, à dater de l’invasion, et sont ordinairement suivies d’une desquamation furfuracée.

Causes. La rougeole reconnaît pour cause un principe contagieux. On peut admettre néanmoins qu’elle peut se développer spontanément. Lorsque la rougeole se transmet par contagion, il s’écoule un certain temps entre le moment du contact et l’apparition de la maladie ;ce temps intermédiaire s’appelle /?ér?We d’incubation. Cette période dure de douze à quinze jours.

La rougeole se propage avec facilité parmi les personnes qui habitent une même contrée ou une même maison. 11 est néanmoins nécessaire de présenter une certaine prédisposition, car on voit des individus ne pas la contracter dans une première épidémie et en être atteints dans une seconde.

Les récidives de rougeole ont été plusieurs fois observées par un grand nombre de médecins. Tout récemment M. Rayer en a observé trois exemples. M. Guersent a aussi observé des cas semblables.

La rougeole attaque tous les âges et règne dans tous les climats. On dit cependant qu'elle n’existait pas dans le nouveau monde , et qu’elle y a été importée en îsis.

C’est surtout chez les jeunes enfants qu’on l’observe. Elle attaque quelquefoisles adultes, mais très-rarement les vieillards. On a vu des enfants en présenter des traces à la naissance. Elle apparaît plus souvent après qu’avant la première dentition.

Elle se communique par le contact ou par infection. F. Home et Speranza ont établi par des expériences, qu’elle pouvait se produire par l’inoculation du sang des personnes qui en sont affectées. Alex. Monro et Looke l’ont inoculée avec l’humeur lacrymale et la salive recueillies sur des individus atteints de la maladie.

Les épidémies de rougeole régnent le plus souvent à la fin de l’hiver et au commencement du printemps. M. Rayer, qui a étudié dans les histoires des principales épidémies les circonstances particulières qu’elles ont présentées, est arrivé aux résultats ÿiivants :

E’épidémie de rougeole observée en i67i , à Londies, par Sydenham, et celle qui régna àüpsal, en 1752, décrite par Rosen, furent bénignes ; des rougeoles anomales et malignes régnèrent à Londres, en 1674. L’épidémie observée en 1741 , à Plymouih, par Huxham , était souvent compliquée de pneumonie.Wasfon a vu dans l'hôpital des Enfants Trouvés ,

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à Londres, en ms et 1768 , deux épidémies de rougeoles putrides. Des rougeoles trèsgraves, compliquées de miliaire , furent observées à Vire et décrites par Pplinière, et par Le Pecq de la Clôture , en 1772 et 1773. Ces rougeoles , qui régnèrent à Paris, en Pan vi , étaient compliquées d’affections abdominales; en l’an vu elles étaient quelquefois associées à la scarlatine. Dans une épidémie de rougeole , observée à la fin de isoo et au commencement de isoi,par Consbruck, quelques enfants furent atteints de fièvres morbilleuses sans éruption. Ils avaient une fièvre violente avec tous les symptômes catarrhaux qui accompagnent la rougeole , puis il survenait une éruption à peine visible, qui disparaissait rapidement, ou seulement une sueur abondante, ou une diarrhée , ou une évacuation extraordinaire d’urine. Chacune de ces évacuations avait quelque chose de spécial : c’était évidemment , dit-il , des fièvres mor- - bilieuses qui avaient été précédées de Yinfluenza et de la coqueluche. En étudiant comparativement ces épidémies et un grand nombre d’autres , dont l’histoire nous a été laissée, on voit que la plupart ont offert un caractère particulier de bénignité ou de malignité, et que presque toutes ont été précédées d’affections catarrhales, de coqueluches, de grippes ou d 'influenza, maladies anciennement indiquées comme les préludes des constitutions morbilleuses. Enfin elles ont quelquefois succédé à des épidémies de variole. Dans l’année 1833 , continue M. Rayer, nous avons observé à Paris cette succession signalée par Stork et de Haën. J’ai vu plusieurs enfants qui, après avoir éprouvé pendant quinze jours une véritable toux fèrine , ont ensuite été atteints de rougeole.

Symptômes. La rougeole est presque toujours précédée de prodromes ou de symptômes précurseurs qui consistent principalement en des congestions de certaines membranes muqueuses, tellement caractérisées qu’à leur présence on peut prédire presque à coup sûr l’invasion de la maladie.

Ges congestions ont lieu , i° sur la membrane muqueuse oculaire; 20 sur celle des fosses nasales; 3° sur celles des bronches. Ainsi, du côté des yeux, c’est un larmoiement continuel; du côté des fosses nasales, c’est le coryza; du côté des bronches, une toux pénible ( toux fèrine). D’autres phénomènes peuvent apparaître, mais ils ne sont qu’accidentels.

En général, ces prodromes durent de trois à six jours, accompagnés par des alternatives de frisson et de chaleur, du malaise, par des lassitudes dans les membres, de l’abattement, et par un sentiment de douleur et de pesanteur dans les yeux et dans le front.

Bientôt la fièvre s’allume, la peau devient

chaude, la surface de la langue blanchit , ses bords et sa pointe rougissent, la soif se fait sentir, des nausées et quelquefois des vomissements se déclarent, et parfois l’épigastre est douloureux. Tout ces symptômes augmentent d’intensité le troisième jour : les yeux deviennent plus sensibles et plus enflammés, les paupières et leurs bords libres paraissent un peu tuméfiés ; la toux est sèche et fréquente^ il y a enrouement et dyspnée, sentiment de constriction à la poitrine, quelquefois du délire. C’est l’ensemble de ces symptômes qui constitue le premier stade.

Vers le quatrième jour a lieu l’apparition de l’exanthème. De petites taches rouges, distinctes les unes des autres, presque circulaires, peu proéminentes , de la forme et de la dimension des morsures de puces , apparaissent d’abord sur le front, le menton, le nez, les joues, autour de la bouche, et se répandent successivement, dans la journée même ou le lendemain, sur le cou, la poitrine et les membres. Ces taches sont d’abord petites, mais peu à peu elles s’élargissent et ne tardent pas à devenir proéminentes^ Ambout de trente-six heures l’éruption est terminée. La peau qui était gonflée reste tuméfiée pendant un certain temps, et c’est ordinairement cinq jours après que l’éruption a commencé, que ce gonflement disparait; alors les taches de la rougeole commencent à pâlir dans l’ordre deleur apparition, et prennent une teinte jaune pâle. Alors aussi l’oppression et la toux, les nausées et les vomissements , la chaleur et l’insomnie s’affaiblissent et disparaissent. Bientôt l’épiderme se détache en très-petites lamelles furfuracées sur les parties où existait la rougeur. Une démangeaison très-vive survient à la peau ; le coryza, le larmoiement , la bronchite cessent aussitôt, ettoutsetermine.

Il faut établir en principe que le développement des éruptions, etde la rougeole en particulier, est toujours en raison inverse des troubles qui ont précédé. Ainsi des prodromes graves doivent faire présager une éruption, incomplète, et vice versa.

O11 a dit avec beaucoup de raison que, chez certains individus , les suites de la rougeole sont plus à craindre que la rougeole elle-même. En effet, à la suite de cette maladie, surtout chez les individus scrofuleux, se montrent des ophthalmies ou des otites chroniques extrêmement rebelles. Il peut survenir aussi des bronchites simples. Mais d’autres fois ce sont des accidents plus graves qui surviennent; je veux parler de la phthisie. Elle se déclare par une toux qui, peu marquée d’abord et ne donnant presque aucune inquiétude au médecin, persiste plus ou moins longtemps, devient de plus en plus opiniâtre, et révèle alors , mais trop tard, le travail: tuberculisateur qui s’est emparé des

poumons. Un dépérissement rapide et pro- l gressif succède à la loux, et le malade succombe dans le marasme de la phthisie. Je ne saurais trop vous recommander de vous méfier de cette loux qui marche d’une manière si insidieuse et qui a des suites si graves. Portez toute votre attention sur ce point, car il pourra vous arriver dans votre pratique, qu’ayant eu une très-bonne terminaison dans une rougeole, vous voyiez tous vos efforts et le fruit de vos peines anéantis par une terminaison si fatale.

Les crachats nummulaires qui sont expectorés par les individus affectés de rougeole, sont le produit d’une altération de sécrétion bronchique. On peut évaluer que cette altération a lieu à peu près sur un tiers des malades.

Willan a remarqué que dans les épidémies de rougeole, un certain nombre de malades présentaient une éruption dont les apparences extérieures et la marche étaient les mêmes que celles de la rougeole vulgaire, dont elle différait en ce qu’elle n’était point accompagnée de fièvre, de catarrhe ou d’ophthalmie ( rubeola sine catarrho). Ce fait a été vérifié plusieurs fois par M. Rayer. Ainsi il a vu plusieurs enfants d’une même famille, habitant le même appartement, couchant souvent dans la même chambre, être atteints | d’une rougeole catarrhale fortement dessinée, hors un seul d’entre eux , dont la maladie offrait les symptômes du premier stade de la rougeole et ceux de l’éruption , moins ceux de la bronchite (1).

Les observateurs parlent aussi de rougeoles noires, de rougeoles sans éruption, de rougeoles anomales et compliquées , dont la description nous entraînerait trop loin, et qu’il faut étudier dans les auteurs qui se sont spécialement occupés de ce point de pathologie.

Diagnostic. Vous pourrez présumer l’invasion de la rougeole à l'existence de la fièvre accompagnée de rougeur des yeux, de larmoiement, de coryza humide, d’éternumenl, de somnolence. Cette présomption deviendra d’autant plus grande, qu’il régnera une épidémie de rougeole, que le malade n’en a point été atteint antérieurement, que sa famille en est affectée, ou qu’il a eu des rapports avec des personnes infectées. Lorsque l’éruption commence, les petites taches rouges par lesquelles elle s’annonce, tant qu’elles sont isol 'es, peuvent être confondues avec celles de la variole; mais bientôt elles présentent de

(i) Tout récemment j’ai donné mes soins à un jeune enfant affecté de rougeole. Sa nourrice a été surprise d’une éruption en tout semblable à celle du nourrisson, sans présenter aucun signe de congestion sur aucuue des muqueuses eUsans dérangement appréciable de la santé générale. A. L.

petit arcs, et ces taches sont toujours bien distinctes des élevures de la variole, qui deviennent plus tard de véritables pustules.

Vous distinguerez la rougeole de la scarlatine en ce que dans celte dernière maladie la rougeur est répandue en nappe égale et continue , et en ce que ses taches sont beaucoup plus larges et ne laissent pas entre elles, comme dans la rougeole, de petits intervalles irréguliers où la peau conserve sa couleur naturelle. Presque toujours dans la rougeole il existe une toux particulière , et une expectoration de crachats particuliers, ce qui n’existe pas dans la scarlatine qui occasionne une vive rougeur de la langue, de la bouche et de la gorge. La desquamation est furfuracée dans la rougeole, elle s’opère en larges lambeaux dans la scarlatine. Enfin vous distinguerez la rougeole delà roséole en ce que la première s’accompagne ordinairement de larmoiement, de toux, etc., ce qui n’arrive pas pour la seconde.

La terminaison de la rougeole simple est ordinairement heureuse. Si elle est compliquée, la mort peut arriver pendant la fièvre d’invasion , pendant l’.éruption ou après l’éruption.

Le pronostic de la rougeole est en général plus grave chez les adultes que chez les enfanta.

Traitement . Le traitement de la rougeole simple doit être peu énergique. La diète, le repos, la chaleur modérée et les délayants, tels sont les moyens que le médecin doit se borner à prescrire. Il serait réellement dangereux de faire autre chose , à moins que des symptômes graves ne viennent entraver la marche de la rougeole. Si un organe se prend d’inflammation, il faut la combattre par des émissions sanguines plus ou moins répétées selon le besoin.

Il est des cas de rougeole dans lesquels la réaction fébrile est très-intense; alors l’emploi des émissions, sanguines devient d’une grande urgence sous peine de voir se terminer la maladie d’une manière fâcheuse.

Dans d’autres cas , où l’individu atteint de rougeole est d’une constitution faible, l’érup* lion se fait mal ou pas du tout. Alors une excitation forte et momentanée peut avoir d’heureux résultats; un vomitif peut être utile. Dans des cas semblables un bain chaud peut avoir une heureuse influence sur l’éruption. Mais ce bain doit être administré avec quelques précautions , ainsi on se contentera de plonger le malade dans l’eau et de l’en retirer rapidement.

Quand l’éruption est terminée il ne faut pas abandonner complètement l’individu à luimême. Vous vous trouverez bien, dans la plupart des cas, de prescrire l’usage d’un purgatif répété deux ou trois fois.

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IV* Espèce.. LA SCARLATINE.

La scarlatine est un exanthème contagieux, qui, précédé d’un jour ou de deux par la fièvre, s’annonce par de petits points rouges, remplacés par de larges taches irrégulières, d’un rouge écarlate ou d’une teinte framboisée, bientôt confondues et etendues à presque toute la surface du corps, accompagné d’angine, et se terminant par desquamation à la fin du premier septénaire.

Causes. Comme la rougeole, la scarlatine est contagieuse. Quelques observateurs , et Stoll entre autres, disent l’avoir inoculée.

Bien rarement elle atteint deux fois le même individu

Elle atteint principalement les enfants et les adolescents; elle est rare à l’âge adulte.

Elle affecte plus facilement les femmes que les hommes et tous les individus ne sont pas aptes au même degré à la contracter, comme toutes les conditions ne sont pas également propres à son développement. Ainsi on voit quelques individus s’exposer en vain pendant plusieurs jours à la contagion de celte maladie, en être frappés plus tard, à la suite d’un simple rapport avec des personnes infectées.

La scarlatine règne toujours épidémiquement.

Les épidémies de scarlatine s’observent surtout vers les équinoxes, pendant l'hiver lors des changements atmosphériques, pendant les temps humides, froids et nébuleux, après des pluies abondantes immédiatement suivies d’une grande chaleur.

Au reste, les épidémies de scarlatine ne sont pas toutes semblables à elles-mêmes. Elles sont tantôt bénignes, tantôt malignes et présentant des complications fort variables.

Symptômes. La scarlatine simple présente, comme symptômes précurseurs les plus ordinaires, une faiblesse ou un malaise général, des nausées et des frissons passagers, suivis de chaleur et de soif, quelquefois de douleurs de tête, de nausées, de vomissements, d’épistaxis, d’assoupissement et de quelques autres accidents nerveux. C’est là ce qui constitue la première période, ou d'incubation.

Vers le deuxième jour de l’invasion (5e ou 6e de l’infection ), la deuxième période ou l’éruption , commence. La face se tuméfie; le visage, le cou et la poitrine se couvrent de petites taches, non proéminentes d’abord d’un rouge peu foncé, puis d’un rouge vif, séparées par des intervalles où la peau conserve sa teinte naturelle. Au bout de vingt-quatre heures tout le corps, les lèvres, la langue,* le palais et le pharynx présentent des taches semblables. Le troisième jour la plupart des points de la peau restés intacts ont disparu, et sont remplacés par de larges taches pointillées, irrégulières et dentelées vers leurs

bords; l’éruption devient générale sur les joues et les membres, autour des doigts, et prend la couleur écarlate qui la caractérise. En même temps les mains, la poitrine et les membres présentent ordinairement quelques élevures papuleuses.

La peau est brûlante, prurigineuse, tendue, sèche, sensible au toucher et présente en quelques points, et en particulier à la partie externe et postérieure des bras et des cuisses, des rugosités et des élevures ( chair de poule). Les pieds et les mains présentent une rougeur intense et sont enflés, roides et douloureux. Le tronc est parsemé delarges taches rouges, comme pointillées vers leurs bords et très diverses dans leur forme et dans leurs contours. La couleur écarlate de l’éruption est plus forte et plus persistante aux aines, aux fesses et aux plis des articulations que sur les autres régions du corps. La rougeur est toujours plus vive le soir et pendant la nuit que le malin. C’est surtout le troisième et le quatrième jour qu’elle est à son summum d’intensité. Alors, selon l’expression d’Huxham, il semble que le corps ait été barbouillé avec le suc de framboise ou peint en rouge.

Le mouvement fébrile diminue ordinairement après l’éruption.

Le cinquième ou le sixième jour commence la troisième période. L’éruption pâlit, la rougeur cesse sur les parties dans l’ordre où elle était apparue, le visage se dégonfle, et vers le septième jour les caractères de l’exanthème ne sont déjà plus distincts. La démangeaison survient et la desquamation commence. Celleci s’opère par de largeslamelles épidermiques qui se détachent de la surface de la peau desmains, des doigts, des pieds et d’autres régions du corps.

Le pouls est ordinairement plein et fréquent avant l’éruption et à son début : un enduit blanchâtre couvre la surface supérieure de la langue; ses bords sont rouges; le pharynx présente une teinte rouge pointillée; les amygdales sont légèrement tuméfiées; dans certains cas les yeux sont rouges, brillants et humides ; il y a insomnie ou sommeil troublé par des rêves. Quelquefois la langue se dépouille de son épithélium, et sa surface est alors d’un rouge très-vif.

Tels sont les symptômes de la scarlatine bénigne ou à son état de simplicité. Mais souvent les choses ne se passent pas ainsi , et la maladie prend un caractère plus grave. Ainsi dans la scarlatine angineuse les symptômes précurseurs sont plus violents; souvent alorsau début les muscles du cou et de la mâchoire inférieure sont frappés brusquement d’une sorte de roideur. Dès lesecond jour le pharynx est enflammé, la voix rauque, la déglutition difficile et douloureuse les amygdales sont tuméfiées et la membrane muqueusedu pharynx

présente une rougeur très-vive. Un peu plus tard toute la gorge se couvre d’un liquide visqueux, épais, ou de flocons d’une matière pultacée, grise ou jaunâtre, blanche ou caséeuse, analogue à celle que l’on observe dans certaines amygdalites. Selon M. Rayer, ces exsudations, de couleur et de consistance différentes, se prennent souvent en masse , et forment des espèces de croûtes, distinctes des plaques couenneuses, en ce qu’elles sont molles, et qu’on peut les sillonner avec un corps dur ou les enlever avec le bout du doigt, sans qu’il en résulte de douleur. Ces plaques pultacées et caséeuses se renouvellent du jour au lendemain ; elles se propagent souvent sur les parties latérales du pharynx et même jusqu’à l’œsophage> Je ne sache pas qu’on en ait jamais observé, après la mort, dans lelarynx ou la trachée-artère. Planchon leur donne le nom i \e croûte ou de crasse aphtheuse. Fothergill et Huxham les considéraient à tort comme des escarres et des ulcères. Lorsque les tonsilles sont inégalement boursouflées et saignantes, ces exsudations pultacées sont quelquefois colorées en brun ou en noir, et simulent d’autant mieux l’aspect de certains ulcères , que l’haleine contracte souvent alors une odeur fétide. En examinant avec plus d’attention, on voit que cette matière pultacée, blanche, grise ou noire, se détache très-facilement de la membrane muqueuse du pharynx, et jamais par lambeaux comme dans l’angine couenneuse. Les points enflammés détergés par l’effet des boissons et des gargarismes, n’offrent aucune perte de substance, ni aucune ulcération, double circonstance qui a lieu dans l’angine gangréneuse.

Les deuxième, troisième et quatrième jours, la température du corps s’élève quelquefois à 4i° et même 42° centrigrade; en outre, le pouls est fréquent et peu développé; altération de la bouche, langue d’un rouge animé, papilles très-prononcées, nausées , vomissements , diarrhée ou constipation, toux sans expectoration ; élernumenls , coryza , voix gutturale, souvent hémorragie nasale, gêne de la respiration.

L’exanthème n’apparaît pas ordinairement d’aussi bonne heure que dans la scarlatine simple ; souvent il ne se déclare que le troisième jour, et ne s’étend pas aussi constamment sur toute la surface du corps. 11 se compose de taches isolées d’une teinte écarlate ou fambroisée, éparses sur le dos, les flancs, le col, la poitrine et les membres, et à peu près constantes sur les poignets. L’exanthème s’efface quelquefois en entier le jour même de son apparition, et se développe de nouveau à une époque plus ou moins rapprochée. Le plus ordinairement, dans cette variété, l’inflammation de la peau est accompagnée d’une tuméfaction très-prononcée du tissu cellulaire sous 1

cutané, surtout à la face et aux doigts dont la flexion et l’extension se trouvent gênées. Enfin, la durée entière de l’exanthème est plus longue que dans la scarlatine simple, et son mode de desquamation est moins régulier.Celle-ci est à peu près nulle, lorsque l’éruption a rapidement disparu ; elle se prolonge, au contraire, au delà du troisième septénaire, lorsque l’exanthème a été très-intense.

La scarlatine angineuse peut être compliquée de laryngite, de pneumonie ou d’accidents cérébraux, et elle est quelquefois rapidement mortelle. Les maladies secondaires sont aussi plus fréquentes, dans celte variété, qu’après la scarlatine simple ( Rayer, Dictionn. en 15 vol ., tome xiv).

Quelquefois la scarlatine se présente avec des symptômes plus graves encore et constitue alors ce que les auteurs ont appelé scarlatine maligne. Tantôt elle s’annonce par une douleur fixe dans quelque partie du corps; tantôt c’est par un frisson profond auquel succèdent une fièvre ardente une soif inextinguible, de la céphalalgie, un pouls fréquent et véhément, de l’ardeur à la gorge, des vomissements et de la diarrhée, du coma ou du délire, et, trois ou quatre jours après, une éruption de taches quelquefois plus élevées que dans la scarlatine bénigne. La couleur de l’éruption est faible et livide et parfois parsemée de pétéchies; sa durée est variable, elle' peut paraître et disparaître à plusieurs reprises. Pendant l’éruption le pouls est petit et irrégulier ; quelquefois les dents et la langue sont couvertes de croûtes noires ou brunes.les yeux sont mouillés et fortement injectés, un écoulement fétide a quelquefois lieu par les fosses nasales, les joues sont d’un rouge foncé; il y a en même temps surdité, délire chez les adultes; coma, agitation chez les enfants, haleine fétide, respiration bruyante et laborieuse, occasionnéepar des mucosités épaisses et visqueuses déposées dans le pharynx; déglutition difficile ou impossible, constriction des mâchoires, exsudation noirâtre à la surface des amygdales et des parties voisines. Un coma continuel, la difficulté extrême delà respiration, une diarrhée abondante, la formation de nombreuses pétéchies, annoncent une mort prochaine (Rayer, ibidem).

Les observateurs ont parlé aussi de scarlatines sans exanthème, qui sont caractérisées par un mal de gorge scarlatineux des plus violents, par unedémangeaisonviveàla peau, et quoiqu’elle ne soit le siège d’aucune éruption, on y observe plus tard une desquamation plus ou moins considérable.

La scarlatine peut être compliquée avec d’autres maladies de la peau.

Après que la scarlatine a parcouru régulièrement toutes ses périodes, on observe sou- 1 vent, vers le quatorzième ou le quinzième

MALADIES DE LA PEAU

jour de la maladie, et quelquefois plus tard , un accident particulier; c’est l’anasarque. Ce phénomène morbide se montre surtout en hiver, chez les enfants, à la suite de l’impression du froid. L’anasarque peut être prévue lorsque surviennent de la lassitude, de la langueur, de la tristesse ou du dégoût, de l’insomnie, et surtout quand les urines éprouvent une modification profonde et qu’elles deviennent rares, épaisses, brunes, noirâtres, et quelquefois assez semblables à de la lavure de chair. L’anasarque commence par la tuméfaction de la face et des paupières, puis gagnant les extrémités inférieures, elle ne tarde pas à devenir générale.

Cet accident est très-grave, et, d’après plusieurs auteurs, il serait plus meurtrier que la maladie primitive. Nous reproduisons ici les réflexions suivantes de M. Rayer: « Blanckall et plus récemment M. Peschier ont constaté que dans cette espèce d’anasarque l’urine était souvent albumineuse. G. Uberlacher en attribue la cause à une affection des reins. Il y a, dans ces remarques, bien des motifs pour rechercher si cette espèce d’anasarque n’est pas une variété de l’hydropisie que M. Bright a fait connaître, que MM. Grégory et Christison ont éclairée par de nouveaux faits, et sur laquelle j’ai fait moi-même un assez grand nombre de recherches. En effet, comme la maladie de Bright, l’anasarque, consécutive à la scarlatine, est presque toujours produite par l’impression du froid et de l’humidité. Au début de ces deux maladies, on observe souvent une altération particulière des urines, qui sont brunes, albumineuses et chargées de cruor. Toutes deux sont très-graves et se terminent quelquefois par des hydrothorax et des hydrocéphales, et sont bien distinctes des hydropisies passives qui dépendent d’un obstacle au cours du sang, et dont M. Bouiliaud a si bien fait connaître le mécanisme. Je n’ai pas eu l’occasion d’examiner, après la mort, les organes , et les reins en particulier, d’individus morts d’anasarque, suite de la scarlatine, quoique j’aie été assez souvent dans le cas de faire de semblables recherches sur des individus qui avaient succombé à la maladie de Bright. Je n’en ai pas trouvé d’exemples parmi les nombreuses observations publiées par M. Grégory. Mais pendant la vie, il y a une identité si parfaite dans l’expression des phénomènes de ces deux maladies, que l’autopsie des cadavres démontrera très-probablement qu’elles sont de même nature » {Dictionnaire en 15 vol., tome xiv).

D’autres accidents peuvent encores’observer à la siiite de la scarlatine ; ce sont des ophthalmies, des otites, des laryngites, des bronchites, des entérites, des amauroses des parotides et des inflammations du testicule chez les adultes, des engorgements des glandes sous-

maxillaires et inguinales chez les enfants.

Diagnostic. ( Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire ici l’excellent article suivant de M. Rayer :

La scarlatine diffère de la rougeole par ses ’ symptômes précurseurs, par la teinte écarlate de son exanthème , dont les taches beaucoup plus larges, sans forme déterminée, ne présentent pas , comme celles de la rougeole, de petites élevures disposées en arcs et sensibles au toucher, et par l’inflammation du pharynx qui l’accompagne presque constamment. Dans la rougeole , le malade éprouve , trois ou quatre jours avant l’éruption, de l’enchifrènement et de l’élernument , une toux sèche et rauque ; les yeux deviennent humides et larmoyants. Dans la scarlatine, les yeux sont ardents, enflammés ; les malades se plaignent d’une douleur à la gorge. La rougeole se montre le quatrième jour de l’invasion , d’abord sur les parties supérieures du tronc, et s’étend peu à peu sur les autres; l'exanthème de la scarlatine paraît dès le second jour sur tout le corps. La rougeole laisse le plus souvient à sa suite des bronchites , des opththaîmies et des entérites; l’anasarque succède plus ordinairement à la scarlatine. Suivant M. Heim , la scarlatine a une odeur caractéristique, qu’il compare à celle que l’on sent , dans les magasins où l’on conserve de vieux fromages, de vieux harengs; ou bien â celle qu’exhale, à quelque distance , la loge où l’on retient les lions et les autres animaux de proie. Cette odeur se manifeste dès le début de la maladie et avant même l’apparition de l’exanthème. La rougeole a aussi son odeur particulière. Cette odeur, depuis le début de la maladie jusqu’au septième jour, est douceâtre ; plus tard elle devient aigrelette, et tout à fait semblable à celle qu’exhalent les plumes fraîchement arrachées sur une oie vivante, ou qui vient d’être tuée. La scarlatine diffère également par plusieurs caractères, de la roséole , de l’érésipèle et de l’érythème. Le développement accidentel de sudamina ou de vésicules miliaires dans la scarlatine, ne peut rendre incertain la diagnostic avec la suelte miliaire. Dans la scarlatine elles sont peu nombreuses et n’occupent que certaines régions, le col et les aisselles le plus ordinairement; elles sont éparses sur la surface du corps dans la suette. Enfin l’existence d’un exanthème écarlate à la peau suffît pour établir une distinction entre la scarlatine complète et les angines crémeuses , pultacées ou gangréneuses du pharynx, observées dans quelques épidémies de scarlatine, et désignées par Johnston, Withering, Stoll, etc., sous le nom de scarlatine sans éruption. M. Bretonneau a très-bien décrit les caractères qui distinguent la scarlatine maligne angineuse de la diphthé- I rite. Un trouble extrême de la circulation

comparable à celui qui résulte de la morsure d’une vipère, peut être observé dès le début de la scarlatine maligne; le système de la respiration n’est pas moins altéré; fréquemment les fonctions du canal digestif sont perverties, etd’énormesvomissemenlsaccompagnentune diarrhée continuelle , en même temps que les désordres de l’innervation , qui se prononcent de plus en plus , présagent une terminaison funeste. Le début de la diphthérite est à peine marqué par un mouvement fébrile, ou du moins après un accès de fièvre éphémère, le pouls ne tarde pas à perdre de sa fréquence. Les fonctions organiques et celles qui appartiennent à la vie de relation sont si peu troublées, que le plus souvent les enfants qui sont déjà dangereusement atteints de l’angine maligne, conservent leur appétit habituel et continuent leurs jeux. Chacune des phases de la scarlatine s’accomplit dans les termes d’une durée limitée; aucun terme ne peut être mis aux progrès successifs de la diphthérite. La marche de la scarlatine est très-aiguê ; elle peut se terminer par la mort , depuis le premier jusqu’au dernier jour de l’unique septénaire qui constitue son état. L’inflammation diphthéritique tend à la chronicité, si l’occlusion des voies aériennes n’apporte pas un terme à sa durée. L’inflammation scarlatineuse s’étend presque simultanément à tous les points des surfaces muqueuses qu’elle doit occuper. Éminemment locale , c’est d’un seul point que l’inflammation diphthéritique se propage avec plus ou moins de rapidité aux surfaces qu’elle envahit graduellement. Ainsi, tandis que d’épaisses concrétions altéréesdans leur couleur recouvrent depuis plusieurs jours les tonsilles et les parois du pharynx, on trouve , si le sujet succombe à l’occlusion des voies aériennes, la membrane muqueuse de la trachée, des bronches et des fosses nasales, tapissées de concrétions qui offrent les caractères d’une exsudation plus récente. L’inflammation scarlatineuse a peu de tendance à se porter dans les canaux aérifères, tandis que l’inflammation diphthéritique a une extrême tendance à s’y propager. Dans la scarlatine, si le malade succombe dans le cours du premier septénaire, aucune lésion anatomique importante ne montre ordinairement la cause manifeste de la mort. La diphthérite ne devient mortelle qu’au moment où les couches membraniformes qui tapissent l’intérieur des canaux aérifères apportent par leur accumulation ou leur décollement un obstacle mécanique à la respiration ; quelquefois même l’asphyxie ne survient pas avant que plusieurs divisions des bronches ne soientenduitesd’une exsudation concrète. Le traitement topique , en modifiant de la manière la plus satisfaisante l’inflammation couenneuse des tonsilles, ) n’abrége pas la scarlatine et n’en diminue pas ?

le danger. Les premiers jours du second septénaire amènent la desquamation de la peau et une convalescence plus ou moins pénible. Les malades qui sont parvenus à une époque avancée de leur convalescence ne sont pas encore à l’abri des conséquences fâcheuses de cette fièvre exanthématique ; ils restent exposés aux ulcérations gangréneuse de la peau , aux convulsions, à l’anasarque , à l’œdème des poumons, affections chroniques, presque toujours accompagnées d’un changement remarquable dans les urines, qui contractent une couleur fauve très-foncée, due à un mélange de cruor altéré dans sa couleur. Au contraire, si le traitement topique modifie l’inflammation diphthéritique, le retour à la santé est obtenu aussitôt que la maladie locale est terminée. Les épidémies les plus meurtrières de scarlatine moissonnent à peine un tiers ou un cinquième de ceux qui en sont atteints, quelle que soit la médication employée, et le plus souvent la mortalité est beaucoup moindre. Il est à peu près prouvé que tous ceux qui sont affectés d’angine maligne , périssent si la maladie est abandonnée à ellemême.

Ajoutonsquedansla scarlatine comme dans la rougeole, ce qu’il importe le plus, sous le rapport du diagnostic , c’est de déterminer l’étendue et l’intensité des désordres qui accompagnent cet exanthème, et le caractère de bénignité ou de malignité de l’épidémie régnante. II faut surtout apporter la plus grande attention dans l’examen des cas de scarlatine maligne; le délire et d’autres symptômes graves sont quelquefois le résultat de la violence de l’inflammation de la peau , du pharynx ou de quelques autres organes. Dans d’autres circonstances ils semblent dépendre d’une congestion dans les veines méningiennes. Enfin il est des cas où ces phénomènes, indépendants de toute espèce de congestion cérébrale , sont encore plus graves et plus inexplicables.

Pronostic. La scarlatine simple, chez un sujet bien constitué , qui n’a pas récemment éprouvé de maladies aiguës ou chroniques , est sans danger. La scarlatine bénigne pourrait cependant devenir dangereuse par la rétrocession de l’exanthème provoquée par un traitement incendiaire ou par l’impression du froid. Une hémorragie nasale, au moment de l’éruption, est salutaire.

Le degré d’étendue de la phlegmasie pharyngienne et gastro-intestinale, qui précède et accompagne quelquefois l’exanthème, le caractère de l’épidémie régnante, les affections pulmonaires ou cérébrales qui peuvent survenir à diverses époques de son développement, rendent le pronostic plus ou moins grave, suivant qu’elles sont elles-mêmes plus ou moins rebelles.

MALADIES DE LA PEAU

Chez les femmes récemment accouchées , la scarlatine est ordinairement grave. A la Maternité, M. Senn a observé qu’elle n’attaquait presque jamais les femmes grosses admises à l’hôpital, mais qu’elles la contractaient facilement après l’accouchement.

La scarlatine hémorragique et la scarlatine nerveuse sont presque toujours mortelles.

Traitement . La scarlatine simple ne réclame que l’action d’une température douce et uniforme, la diète, des pédiluves, des boissons délayantes et fraîches. Si la chaleur de la peau est très-considérable, et qu’on ail affaire ù un individu fort et pléthorique, on pratiquera une saignée du bras. Il faut recom mander aux malades de ne quitter la chambre que quelques jours après la cessation de tous les symptômes.

Dans les scarlatines compliquées, on combattra les symptômes qui se présenteront. Ainsi à l’angine oïl opposera les gargarismes adoucissants, avec le lait coupé ou de la décoction de guimauve miellée, les évacuations sanguines, soit générales , soit locales, par l’application des sangsues autour du cou et à l’épigastre, les sinapismes aux pieds, les cataplasmes émollients autour du cou.

Le docteur Hahnemann a avancé que la belladone jouissait de la propriété de préserver de la scarlatine. Plusieurs médecins allemands partagent cette opinion qui compte aussi des partisans en France et en Angleterre. On a fait un certain nombre d’expériences, et ici, comme dans toutes les questions thérapeutiques, on est arrivé à des résultats contradictoires. Je crois qu’il faut un grand nombre de faits et surtout de faits bien observés, pour arrêter positivement son opinion à cet égard.

Je termine ce que j’ai à dire sur la scarlatine en vous prévenant qu’elle peut revêtir la forme desfièvres typhoïdes, et qu’il faut alors, par conséquent, employer un traitement conforme à celte manière d’être de la maladie.

Ve Espèce, l’urticaire.

Cet exanthème est caractérisé par des élevures semblables à celles que détermine la piqûre des orties. Ce sont des taches proéminentes plus pâles ou plus rouges que la peau qui les entoure.

Cette affection est plus commune chez les femmes etchezlesenfans que chez les adultes. Elle se montre le plus souvent au printemps.

L’apparition de l’urticaire reconnaît pour cause la piqûre de certains insectes sur la peau, l’ingestion de certains aliments, tels que les écrevisses, les œufs de barbeau, les moules, l’usage de viandes salées ou fumées, certains fruits. Ainsi il est des individus qui ne peuvent pas manger des fraises sans être pris d’urticaire. C’est probablement sous l’in-

fluence de la mauvaise digestion occasionnée par ces aliments que se produit l’urticaire. Elle survientsouvent après une forte émotion morale. J’ai vu des cas de ce genre.

Il faut distinguer deux variétés dans l’urticaire, l’une qui s’accompagne de fièvre, et l’autre pas.

lre Variété : Urticaire avec fièvre. Elle a reçu le nom de fièvre ortiée. A cette fièvre I d’invasion succèdent des plaques élevées, d’un rouge assez prononcé, saillantes et de forme variable. Plusieurs de ces plaques son t arrondies, d’autres sont de forme ovalaire. Les unes occupent un espace considérable, les autres sont de la largeur d’un centime. Il y en a qui occupent tout l’avant-bras. Cette éruption est mobile et dure un temps plus ou moins variable.

L’éruption est précédée par une démangeaison fort vive qui disparaît aussitôt que celleci s’est montrée. Dès que l’éruption apparaît, la fièvre peut cesser, mais aussi elle peut peiv sister.

Celte maladie peut être simple ou se compliquer de désordres plus ou moins graves du côté du cerveau , de l’estomac ou de la poitrine.

La fièvre ortiée dure de sept à onze jours.

2e Variété : Urticaire sans fièvre. Celle variété peut se présenter sousia forme aigue ou chronique.

La forme chronique ne diffère de l’aigue que par sa durée, qui peut être de plusieurs mois ou de plusieurs années. Elle peut coïncider avec une gastrite chronique, comme aussi elle peut coïncider avec un état de santé parfaite. Dans celte forme chronique , quelquefois Jes plaques se transforment en tubercules , qui donnent lieu à un suintement plus ou moins abondant. Quelquefois la face et le cou se tuméfient au point de déterminer la suffocation, qui peutdurer une heure ou deux. Il la faut combattre sur-le-champ par de larges saignées et par des sinapismes.

Quelquefois l’urticaire revêt la formeintermittente.

Sauf quelques cas , le traitement de l’urticaire est simple. Sous forme aiguë , il faut se contenter de prescrire le repos , la diète , les délayants. Sous forme chronique, on se trouvera bien des bains alcalins , des bains et des douches de vapeur. Dans les cas où l’urticaire se lierait à un étal de plénitude de l’estomac , il ne faudrait pas hésiter à prescrire un vomitif. L’éther sulfurique et la limonade minérale sont aussi très-utiles.

IIe Genre, vésiculeuses.

Ce genre se compose des espèces suivantes : la miliaire , la varicelle , les sudamina, l’eczéma , l’herpès , la gale.

lre Espèce. I-A MILIAIRE.

Phlegmasie de la peau essentiellement vésiculeuse. Elle naît souvent sous l’influence d’une phlegmasie interne, soit au début, soit gu milieu, soit à la fin de cette phlegmasie. La miliaire peut être toute locale ; ainsi , par exemple , elle peut survenir à la suite de l’application d’un cataplasme fait avec de la farine de lin un peu rance.

Elle peut aussi constituer à elle seule toute la maladie , et elle porte alors le nom d e fièvre miliaire , de suette miliaire.

Dans tous ces cas , d’ailleurs , l’éruption miliaire se montre toujours sous la même forme ; cette forme est caractérisée par de petites vésicules dont chacune repose sur une élevure rouge.

La miliaire peut être générale ou partielle.

Elle est à peine connue dans certains pays, comme Paris , par exemple , tandis qu’il en est d’autres où elle règne épidémiquement.

La fièvre miliaire a une période d’invasion pendant laquelle peut exister un mouvement fébrile , avant que rien n’apparaisse vers la peau. L’éruption peut aussi être précédée de divers symptômes vers plusieurs organes.

Tous ces phénomènes locaux ou généraux durent de deux à quatre jours. Alors apparaît vers la peau une éruption de petites vésicules ordinairement précédée et accompagnée d’une sueur extrêmement abondante.

Cette maladie a régné épidémiquement à plusieurs époques dans quelques contrées de l’Europe où elle a exercé de grands ravages. Il y a quelques années elle apparut dans quelques départements de la France où le docteur Rayer fut envoyé pour l’observer et la combattre. 11 a publié un ouvrage spécial sur ce sujet à la lecture duquel je vous renvoie.

(Le lecteur nous saura peut-être gré de lui présenter une analyse rapide des opinions de M. Rayer sur la suette miliaire.)

D’après cet observateur elle peut revêtir deux formes principales : la forme bénigne et la forme maligne.

Dans la suette miliaire bénigne , l’invasion est quelquefois annoncée par un sentiment de lassitude, par une douleur au-dessus des yeux, par la perte de l’appétit ; souvent aussi l’invasion se fait sans signes précurseurs. Quelquefois un mouvement fébrile à peine sensible, une chaleur brûlante ou le sentiment d’une vapeur parcourant tous les membres , et presque toujours celui d’un resserrement à l’épigastre, précède de plusieurs heures ou de quelques instants l’apparition delà sueur, ou plutôt celle d’une vapeur chaude , qui , d'abord bornée à quelques parties du corps , se répand ensuite sur toute sa surface. La bouche est pâteuse et recouverte d’un enduit blanc sale, rarement jaunâtre; le désir des aliments

est nul ou peu prononcé ; les urines ont souvent leur couleur naturelle. Les malades sont ordinairement constipés pendant toute la durée de la suette miliaire. Le pouls est naturel dans bien des cas ; il acquiert de la fréquence lors de l’éruption. La respiration offre cette espèce de gêne ou d’embarras qu’on éprouve dans un lieu où la température de l’air est trop élevée. L’encéphale et ses -dépendances, les organes des sens et ceux de la génération ne paraissent point affectés.

Cet état persiste avec de légères variations, les deuxième, troisième et quatrième jours de la maladie. C’est dans l’un de ces jours, et ordinairement le troisième que se fait souvent sur la peau, après de légers picotements, une éruption miliaire qui paraît d’abord sur les côtés du col, à la nuque, vers les oreilles, sous les mamelles chez les femmes, ensuite au dos, à la face interne des bras, au basventre, à la face interne des jambes et des cuisses. Elle peut être générale et rapide , partielle et lente, circonscrite ou ambulante, subite ou successive, discrète ou confluente. Les vésicules qui la caractérisent sont du volume d’un grain de millet, perlées et diaphanes, plus distinctes lorsqu’on tend la peau et qu’on les regarde obliquement, et sensibles au toucher. Ces vésicules sont souvent entremêlées de papules rouges et enflammées, qui rendent la peau chagrinée : enfin, des véritables bulles peuvent accidentellement se montrer sur diverses régions du corps.

La durée individuelle des vésicules est de deux à trois jours. Elles se dessèchent et sont suivies d’une desquammation plus ou moins . considérable. Plus constantes que l’éruption, les sueurs toujours abondantes sont d’une odeur fétide particulière , analogue à celle qui se dégage de la paille pourrie. Les sueurs apparaissent dès le début de la maladie, et continuent sans interruption à s’exhaler sous la forme d’une vapeur épaisse pendant toute sa durée. Elles ne sont pas accompagnées d’une grande chaleur à la peau. Tous les accidents diminuent progressivement et disparaissent complètement le huitième, le neuvième ou le dixième jour.

Dans la forme maligne , c’est tantôt l’inflammation de l’estomac et de l’intestin qui acquiert beaucoup d'intensité , tantôt des poumons ou de la vessie, ou bien encore et plus souvent un état nerveux promptement mortel et principalement caractérisé par du délire, du coma ou des convulsions, etc. Alors un resserrement violent se fait sentir à l’épigastre ; ce spasme s’étend aux organes de la respiration, et donne lieu aux plus pénibles anxiétés; les malades poussent fréquemment de profonds soupirs, ils se plaignent d’un sentiment de pesanteur sur la poitrine, ils éprouvent, outre de la constriction à l’épigastre,

MALADIES DE LA PEAU

de nouvelles anxiétés , de l’étouffement , des battements dans la région de l’estomac, insolites et isochrones à ceux du pouls , et un malaise qui leur suggère les plus sinistres pressentiments. Ces phénomènes apparaissent quelquefois dès le début de la maladie, se renouvellent plusieurs fois dans son cours, et se reproduisent, avec violence, au moment qui précède l’éruption générale ou partielle, c’est-à-dire, du troisième au quatrième jour, à dater de l’invasion. Parfois, dès le début, les malades tourmentés de vertiges, en proie à une violente céphalalgie , éprouvent des nausées , font des efforts violents pour vomir, etc., ou bien la face est vullueuse ou colorée , les yeux sont saillants et rouges , les artères temporales battent avec force, la pupille est contractée et immobile , et les malades succombent en peu d’heures; dans d’autres circonstances, une douleur profonde dans la poitrine , une moindre sonoréilé , du râle crépitant ou du souffle dans un ou plusieurs lobes des poumons, la difficulté de la respiration, qui est courte et accélérée; la fréquence et la plénitude du pouls , les crachats sanguinolents, indiquent une inflammation concomitante des poumons. Enfin quelques malades se plaignent de dysurie etdedouleurprofonde à l’hypogastre. La coloration rouge, la rareté et l’excrétion douloureuse des urines accompagnent ordinairement ces derniers accidents.

La suetle miliaire maligne est quelquefois mortelle dans vingt-quatre heures ou quarante-huit heures ; cette maladie se termine souvent à la fin du premier septénaire, plus souvent à la fin du second , et peut se prolonger au-delà du troisième.

L’absence de l’éruption est bien plus fréquente dans les épidémies de miliaire que dans les autres épidémies éruptives.

Cette maladie est aussi plus rarement que les autres suivie d’accidents secondaires.

Les recherches anatomiques n’ont rien indiqué comme caractère de celle maladie.

Quant aux causes, la suette miliaire règne ordinairement épidémiquement , et a été surtout observée en France et en Angleterre.

L’élévation de la température, une surcharge électrique de l’atmosphère ont quelquefois précédé l’apparition de la maladie dans une ou plusieurs communes. Les localités humides et ombragées favorisent son développement; mais elle est contagieuse, et se propage à la manière de la rougeole et de la scarlatine. Il n’en résulte pas qu’elle puisse se communiquer par un autre mode de contagion. Plusieurs médecins se sont inoculés impunément l’humeur des vésicules.

Aucun âge n’en est exempt , mais elle alta^ que spécialement les adultes, et de préférence les individus du sexe féminin. Dans l’épidémie

de i82i, le nombre des malades fut d’autant plus considérable dans chaque commune, que cette localité était plus près de celle où la suette miliaire s’était déclarée, qu’elle était plus malsaine , et contenait un plus grand nombre d’indigents. On a constaté qu’une première attaque ne garantissait pas d’une seconde.

Le traitement préservatif de la suette miliaire serait l’isolement.

Les boissons délayantes, et l’application de quelques sangsues à l’épigastre ou aux pieds, s’il y a douleur épigastrique ou céphalique, conviennent dans les individualités bénignes de la maladie auxquelles la méthode purement expectaijte peut quelquefois être appliquée.

La saignée générale, seule ou aidée de puissants dérivatifs, tels que l’urtication, les sinapismes et les vésicatoires, a été quelquefois employée avec succès dans les rapt us vers le cerveau ; la saignée du pied a été aussi indiquée. Souvent aussi ces cas ont été rapidement mortels , et celte funeste terminaison n’a pu être prévenue par une ou plusieurs saignées pratiquées dès l’imminence des symptômes cérébraux, qui, comme dans toutes les fièvres éruptives sont quelquefois indépendants d’une véritable inflammation.

Lorsque l’éruption est terminée la saignée est toujours nuisible.

Lorsque l’éruption miliaire disparaît d’une manière subite, il faut en provoquer le retour par des frictions sèches , par l’urtication ou des cataplasmes sinapisés.

Les boissons sudorifiques peuvent être conseillées dans quelques cas particuliers , pour augmenter la fluxion vers la peau , ou bien pour rappeler l’éruption, lorsqu’elle a disparu; mais , en général , il ne faut pas chercher à augmenter les sueurâ.

Quelques observateurs se sont bien trouvés non seulement de recouvrir légèrement les malades, mais encore de les faire lever et de les exposer à l’air libre. Quelques autres recommandent les lotions etlesaspersions d’eau froide dont ils disent avoir retiré de bons ef- | fels. M. Rayer n’a pas essayé cette méthode, mais il a vu les spasmes et les douleurs épigastriques qui précèdent l’éruption cesser après l’application sur l’épigastre de linges imbibés d’eau froide.

Les douleurs abdominales et les dysuries j se calment par des cataplasmes et des lavements émollients.

Les 'malades doivent être privés de toute nourriture pendant les quatre ou cinq premiers jours et réduits aux boissonsdélayantes.

Il est presque inutile d’ajouter que la propreté, le renouvellement et la purification de l’air, une diète appropriée aux maladies aiguës , et un emploi judicieux des moyens mo-

raux , doivent concourir au succès du traitement.

IIe Espèce, sudamina.

Les sudamina sont de petites vésicules proéminentes, du volume d’un grain de millet, arrondies, transparentes , formées par une humeur aqueuse , ténue , non visqueuse.

Les sudamina se développent dans le cours de plusieurs maladies aiguës, ou chroniques, plus ou moins graves. Cette éruption est surtout fréquente dans la dolhiénenterie , dans la scarlatine et la rougeole , quelquefois elle apparaît dans le cours de la pneumonie et de la péritonite puerpérale. On l’a aussi observée dans des fièvres intermittentes et des entérites légères.

Presque toujours cette éruption parait en même temps que des sueurs abondantes. Elle est plus fréquente chez les femmes que chez les hommes, chez les jeunes gens que chez les vieillards , en été qu’en hiver.

Les sudamina apparaissent ordinairement sur les parties où l’épiderme est le plus fin et le plus délicat, sur la partie antérieure du thorax et de l’abdomen , sur le col, les aines, les aisselles et l’ombilic; quelquefois cette éruption est presque générale. Le volume des vésicules est variable; les unes sont à peine perceptibles à l’œil nu , tandis que les autres égalent en grosseur un grain de millet. Elles sont arrondies , globuleuses et proéminentes, d’un brillant très-vif et d’une telle transparence que le liquide qui les remplit semble déposé à la surface de la peau. Elles sont ordinairement discrètes, mais quelquefois elles sont confluentes.

Leur durée ne dépasse pas quelquefois quelque heures, elles se terminent , deviennentlaiteuses et ridées etdisparaissent promptement. Dans d’autres circonstances elles durent plusieurs jours. Elles ne s’ouvrent presque jamais spontanément , le liquide qu’elles contiennent est résorbé, l’épiderme se détache et tombe sans laisser de trace.

On les distingue des gouttelettes de la sueur en passant le doigt légèrement sur les régions qu’elles occupent , ou en les regardant obliquement.

IIIe Espèce. LA VARICELLE.

C’est à tort que l’on nomme ainsi cette éruption, car il semblerait qu’elle est un diminutif de la variole , tandis que c’est la varioloïde qui est ce diminutif.

La varicelle est caractérisée par des vésicules de grandeur variable , et en raison de celte différence de grandeur , on en distingue deux espèces, l’une à grandes vésicules, l’autre à petites vésicules.

1° Varicelle à petites vésicules. Dans celle-ci il y a soulèvement de l’épiderme par des

vésicules transparentes , aplaties. Au bout de trois ou quatre jours le liquide contenu dans ces vésicules se trouble , devient légèrement lactescent, la vésicule s’affaisse et la desquammalion commence.

Cette éruption est précédée d’une fièvre d’invasion qui dure ordinairement quatre jours au bout (lesquels elle diminue ou cesse, et alors apparaissent des auréoles rouges , qui bientôt se forment en vésicules. Au sixième jour on trouve des écailles brunâtres, qui tombent du septième au dixième jour, et tout est terminé.

2e Dans la varicelle à grandes vésicules ou globuleuses on peut croire avoir affaire à la variole. Elle peut donner lieu à des symptômes graves. Mais lorsqu’elle n’est pas compliquée, le traitement est simple. Dans le cas contraire il faut avoir recours au traitement dont je vous ai parlé en traitant de la rougeole.

IVe Espèce, l’eczéma.

L’eczéma est une inflammation de la peau , caractérisée, à son début , pour des vésicules légères répandues sur des surfaces plus ou moins étendues, tantôtrapprochées, confluentes, tantôt isolées et rassemblées par groupes nombreux , se terminant par la résorption du fluide, ou par l’ouverture de la vésicule ou la desquammation épidermique consécutive.

L’eczéma peut se montrer sous la forme aiguë ou sous la forme chronique: celle-ci est beaucoup plus fréquente que la première.

1° Eczéma aigu. C’est celui dont le développement est prompt , qui marche rapidement, qui se termine en huit à dix jours.

L’éruption est précédée d’un sentiment de chaleur et de fourmillement sur les points qui seront atteints. La peau prend une teinte rosée, et bientôt apparaissent une foule de petites vésicules légères, distinctes, dont la transparence ne peut être bien constatée qu’à la loupe.

Cette éruption semontre quelquefois épidémiquement et frappe un grand nombre de personnes. C’est à celte affection que se rapportent les gales épidémiques dont parle Fr. Hoffmann.

On peut distinguer trois variétés dans l’eczéma aigu :

1° Eczéma simplex. Quand il est borné à une petite surface, il donne rarement lieu à des symptômes généraux. Mais s’il occupe une grande surface, il est précédé de malaise, de chaleur, d’agitation générale et d’un état fébrile plus ou moins prononcé, qui s’affaiblit et s’éteint, dans la plupart des cas, lorsque l’inflammation commence à décroître.

2° Eczéma rubrum. Celui-ci donne lieu à des symptômes généraux très-intenses. Les parties qui seront le siège de l’éruption éprou - I vent une chaleur très-vive, avec rougeur et

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gonflement. L’épiderme bientôt soulevé fait voir un grand nombre de vésicules qui conservent leur transparence deux ou trois jours, qui prennent ensuite une teinte lactescente , puisse déchirent et laissent couler le liquide qu’elles renferment. Le derme dénudé s’enflamme, des couches épidermiques sont sécrétées, tombent aussitôt et sont remplacées par d’autres tout aussi peu durables. L’apparition de vésicules nouvelles augmente encore l’irritation des surfaces, et dans quelques cas l’éruption a lieu dans la bouche , sur la membrane pituitaire et jusque sur la muqueuse intestinale 5 ce qui constitue alors une complication très-grave de la maladie. Le professeur Alibert a nommé cette variété Dartre sguammeuse humide.

ô° Eczéma impetiginodes. Dans celle-ci l’éruption débute d’une manière très-aiguë, La tension, la chaleur et la rougeur sont considérables ; la douleur est très-vive et se fait sentir par élancements. Les vésicules deviennent très-rapidement purulentes, et le liquide qu’elles contiennent se durcit et forme des croûtes verdâtres, lamelleuses , qui ne tardent pas à tomber, et qui mettent à découvert une surface dont la rougeur est aussi intense que celle du carmin. Si l’éruption est considérable, la matière ichoreuse qu’elle fournit est tellement abondante, que tous les appareils de pansement, le draps, les couvertures en sont imprégnés.

Cette variété peut durer plusieurs semaines, passer successivement d’une partie sur une autre, ou devenir générale; mais ordinairement elle n'occupe qu’une région. Si elle ne passe pas à l’état chronique, ce qui peut arriver pour cette variété et pour les deux autres , tous les symptômes s’amendent , l’inflammation diminue, les croûtes tombent, l’épiderme se reproduit, la peau violacée n’offre plus qu’une légère desquammation.

2° Eczéma chronique. Comme nous venons de le dire, ces trois variétés de l’eczéma aigu, mais surtout les deux dernières, peuvent passer à l’état chronique. Alors, après la rupture des vésicules, l’inflammation s’aggrave, envahit les couches profondes de la peau, et même le tissu cellulaire sous-cutané. La peau continuellement irritée, parde nouvelles éruptions, vésiculeuses, et par le contact du liquide ichoreux qu’elles laissent écouler, s’excorie, et se gerce, et fournit une sérosité purulente, d’une odeur désagréable. En même temps, de vives démangeaisons et des cuissons se font sentir, et la peau enflammée devient sanguinolente, d’une couleur violacée, et paraît parsemée d’une multitude de petits pores, d’où suinte une sorte de rosée séreuse. Les malades fatigués par un prurit continuel, ne peuvent se livrer au sommeil; ils se grattent avec une espèce de fureur, et la peau dé-

chirée laisse écouler une sérosité sanguinolente.

La maladie abandonnée à elle-même peut se perpétuer pendant des mois et des années entières. Quand elle tend à diminuer, les éruptions vésiculeuses deviennent de plus en plus rares, et finissent par ne plus se reproduire. Les croûtes, d’abord humides et épaisses , et qui étaient aussitôt remplacées que détachées de la peau , deviennent de plus en plus minces, sèches et adhérentes; l’exhalation séreuse est remplacée par une exfoliation épidermique plus ou moins abondante.

Plus la maladie a été intense et longue, plus sa disparition entière se fait attendre.

Siège. L’eczéma présente quelques différences de siège, qui sont relatives au sexe. Chez les hommes on l’observe le plus fréquemment sur les jambes, les cuisses, le scrotum, la verge , la marge de l’anus , les avant-bras, au milieu et sur la surface dorsale des mains , sur le visage, le cuir chevelu. Chez les fenîmes il apparaît le plus ordinairement aux oreilles, aux lèvres, aux mamelons, aux aines, aux grandes lèvres , quelquefois aux petites, et aux autres replis de la muqueuse des voies génito urinaires. Sur ces diverses parties l’eczéma présente quelques modifications ; nous allons les examiner rapidement.

Eczéma du cuir chevelu. Rarement les éruptions sont partielles; elles envahissent la totalité du cuir chevelu. Cet eczéma est trèsfréquent chez les enfants à la mamelle , de trois, cinq et huit mois , à l’époque de la seconde dentition , et il n’est pas rare chez les jeunes gens de l’un et l’autre sexe; surtout chez ceux qui ont les cheveux blonds, la peau blanche et délicate et qui présentent les attributs du tempérament scrofuleux. Ordinairement l’infiammalion ne pénètre pas jusqu’aux bulbes pilifères , mais quand les éruptions sont nombreuses, et rapprochées, elle s’étend aux couches dermiques plus profondes et au tissu cellulaire. Alors les vésicules de l’eczéma forment bientôt des croûtes minces qui acquièrent une plus grande épaisseur à mesure que le suintement continue. Le cuir chevelu tuméfié fournit en abondance un fluide visqueux , qui enduit et colle les cheveux en masse et par couches , et forme en se desséchant des croûtes lamelleuses, jaune ou brunes. La tête est chaude, le cuir chevelu rouge et tendu , une démangeaison violente tourmente les enfants, et pour peu que leurs mains soient libres ils se grattent avec une vivacité inouie , et le sang coule sous leurs ongles. Les ganglions de la nuque et des régions parotidiennes deviennent douloureux et se tuméfient.

Eczéma despaupières. Cette variété donne lieu à la gêne des paupières qui sont bridées dans leurs mouvements. Quelquefois l’inflam-

ination s’étend à l’intérieur ; le bord des yeux est rouge, gonflé, la paupière est injectée, tuméfiée , et il n’est point rare de voir survenir sur la conjonctive elle-même des vésicules transparentes, qui en s’ouvrant, laissent une sorte d’ulcération superficielle. Dans certaines circonstances où la paupière est gravement prise et où l’éruption s’étend sur la joue, il résulte un ectropion qui augmente la souffrance par l’inflammation de la conjonctive.

Eczéma des oreilles. C’est un des plus fréquents; il attaque surtout les femmes. Dans l’inflammation légère il occupe plus particulièrement le derrière de la conque, qui présente des gerçures plus ou moins profondes qui ont succédé aux vésicules. Si l’inflammation est plus intense et le sujet plus jeune , toute la conque est envahie , l’oreille entière se tuméfie, l’ouverture des conduits auditifs se rétrécit et se ferme quelquefois si complètement qu’il y a surdité. Il n’est même pas rare alors de voir l’inflammation s’étendre jusqu’aux trompes d’Eustachi , et de là sur une grande partiedes parois du pharynx. Les mouvements de la mâchoire inférieure sont douloureux , et la bouche peut à peine s’ouvrir.

Eczéma des narines. Il peut résulter de l’éruption vésiculeuse développée sur les ailes du nez. C’est une affection peu grave et qui n’entraîne aucune suite fâcheuse.

Il en est de même de Y eczéma des lèvres.

Eczéma des mamelles. Il se développe surtout chez les nourrices. Il n’est pas rare cependant de l’observer chez des femmes qui n’ont pas été mères et chez de jeunes filles. Cette éruption détermine non-seulement une cuisson vive sur les points affectés , mais encore elle cause une douleur lensive dans la mamelle , une irritation sympathique des ganglions axillaires. Il est aussi très-rebelle au traitement.

Eczéma des parties génitales de la femme. Il se montre le plus souvent aux grandes lèvres. Quelquefois il commence, surtout chez les femmes au déclin de l’âge et chargées d’embonpoint, à la face interne des cuisses et gagne de proche en proche les grandes et les petites lèvres. Dans quelques cas , comme M. Biett l’a vu , l’inflammation s’étend au loin sur la muqueuse, et détermine un gonflement inflammatoire considérable des parties extérieures , une démangeaison douloureuse, brûlante, qui s’accroît avec violence toutes les fois que quelques goules d’urine viennent à s’échapper. Si l’inflammation est moins vive, si elle s’étend en haut vers le clitoris, il en résulte un mélange indéfinissable de douleur et de plaisir , qu’aucune expression ne saurait peindre. Au milieu des sensations les plus cruelles surviennent des rêves érotiques qui laissent à leur suite la douleur et un profond abattement.

Suivant M. Biett, l’eczéma des parties génitales ne doit pas être confondu avec une inflammation foiliculeuse de la face interne des grandes lèvres. Dans cette dernière forme on voit les follicules gonflés, tuméfiés, répandus sur une surface rouge, injectée, lubrifiée par une exhalation abondante, mais sans aucune érosion ni desquammation consécutive; caractère distinctif important et qui empêche toute méprise.

Eczéma du scrotum et du pénis. Il est fréquent. 11 commence ordinairement au scrotum, d’où il gagne le pénis, la face interne et supérieure des cuisses, et occasionne les plus vives douleurs par le mouvement le plus léger. Quand l’eczéma siège au pénis, l’érection est excessivement douloureuse et occasionne des gerçures et des déchirures du derme. Quelquefois des hémorragies assez abondantes sont la suite des érections. M. Biett a observé, dans quelques cas , l'eczéma borné au scrotum, déterminer des érections continuelles, douloureuses , qui se rapprochaient du priapisme , et donnaient lieu à une fatigue profonde du système nerveux.

Eczéma de l’anus. Celui-ci donne lieu à des symptômes très-pénibles et très-difficiles à supporter, et dont il n’est pas aisé de triompher. Il est tantôt répandu dans toute la marge de l'anus qui offre un aspect inflammatoire des plus animés, et qui est continuellement humecté par une exhalation entretenue par le frottement ; tantôt il est borné au pourtour de l’anus, est à peine visible et marqué seulement par quelques vésicules rares se développant sur les plis rayonnants ou dans les sillons qui les séparent. Cet eczéma cause un prurit intolérable qui s’exaspère après les repas, pendant la nuit ou à l’approche des plus légers changements de temps.

Eczéma des mains. On voit quelquefois se manifester sur les mains qui ont été exposées au soleil, une éruption vésiculeuse connue sous le nom d 'eczéma solare. Cette éruption est commune aussi chez les forgerons, les taillandiers, les serruriers, les polisseuses, les affineurs de métaux, les droguistes, les broyeurs de couleur, etc. Elle affecte souvent le dos de la main. Elle est si fréquente chez les épiciers, que les pathologistes anglais lui ont donné le nom de gale des épiciers.

Eczéma des jambes. On l’observe surtout dans l’âge adulte ou dans la vieillesse. Quand il siège aux parties inférieures, aux articulations tibio-larsiennes, la marche devient alors, sinon impossible, au moins très-difficile : chaque mouvement déchire les couches épidermiques minces, le sang s’écoule et les gerçures s’aggravent.

Quel que soit le siège de l’eczéma , il n’est pas toujours facile d’apprécier la cause de son apparition. Nous avons vu que certaines pro-

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fessions déterminaient l’eczéma des mains. Il se développe ordinairement chez les femmes après les premières couches , après l’allaitement. Il peut survenir aussi après une émotion vive, une frayeur subite ou un accès de colère. Si les vicissitudes atmosphériques ne sont pas sans influence sur son apparition, elles en exercent une bien plus constante quand il existe. Ces changements dans l’atmosphère sont annoncés par un prurit plus vif. L’eczéma se développe aussi par les applications irritantes de diverse nature. Cette éruption passe pour être héréditaire; cependant il y a de nombreuses exceptions.

Traitement. Le traitement de l’eczéma varie suivant que la maladie est à l’état aigu ou à l’état chronique.

Dans! 'eczéma simplex il convient d’observer un régime sévère, de faire usage de légumes , de limonade , de bains. Si l’eczéma se prolonge, on pourra employer les bains alcalins et sulfureux. Dans V eczéma impetiginodes il faudra prescrire une diète sévère , pratiquer plusieurs saignées , faire des lotions émollientes et des frictions avec de l’axonge fraîche. On a dit que des individus affectés de cette variété de l’eczéma en ont été débarrassés en restant plongés pendant des journées entières dans un bain tiède.

Dans l’eczéma chronique il faut prescrire la limonade sulfurique que l’on fait ainsi :

2j Acide sulfurique 3 j.

Eau d’orge une pinte, mêlez.

Celte limonade est très-efficace. On peut prescrire en même temps des bains d’amidon , de bains de gélatine, ou des bains alcalins ; et pour boisson 011 donne la tisane alcaline suivante :

2|- Sous-carbonate de soude 3(3 j.

( Eau de chicorée ou d’orge une pinte.

Quelques praticiens traitent aussi cette maladie par des frictions avec la pommade de calomel , par les bains sulfureux , ou par des lotions avec l’acétate de plomb. Pour moi j’ai employé avec succès l’eau distillée de laitue, de laurier-cerise, de jusquiame et les préparations opiacées. On a aussi employé la teinture de cantharides depuis la dose de trois gouttes jusqu’à six ou huit gouttes dans l’espace de vingt-quatre heures. M. Rayer a failusagedes préparations arsénicales. Les bains sulfureux et les douches de vapeur sont employés par quelques praticiens. D’autres ont préconisé le nitrate etledeuto-iodurede mercure. Mais les cautérisations par le nitrate d’argent produisent un très-mauvais effet. Le traitement de l’eczéma exige, du reste, beaucoup de patience et de temps , et ce n’est souvent qu’en alter-

nant ces différents moyens qu’on arrive à la guérison parfaite. Cette guérison est fortement influencée parle changement de saison; c’est surtout au printemps qu’elle peut être espérée. Si c’est à Paris qu’on ait à donner ses soins à un malade affecté d’eczéma, on peut lui conseiller un voyage dans le midi de la France. On lui prescrira aussi avec avantage d’aller aux eaux minérales douces, mais on lui recommandera de fuir les eaux minérales excitantes telles que celles de Barèges ou de Cauterets.

Dans l’eczéma du cuir chevelu, il faut couper fréquemment les cheveux, afin de pouvoir couvrir les parties affectées avec des cataplasmes émollients.

Le gonflement inflammatoire quedétermine l’eczéma aux oreilles sera combattu par l’application réitérée de petites ventouses scarifiées sur les régions mastoïdiennes. O11 couvrira ces mêmes parties de fomentations émollientes et légèrement narcotiques. Quant à l’oblitération des conduits auditifs on y remédiera par l’introduction prolongée de petits cylindres d’éponge préparée.

Des moyens analogues, modifiés selon les besoins , seront employés pour l’eczéma des mamelons, des paupières, des mains et des jambes.

Ve Espèce, herpès.

L’herpès est une phlegmasie de la peau non contagieuse, caractérisée par des groupes de vésicules, enflammées à leur base, séparées, distinctes, et dont la dessication individuelle a lieu dans l’espace d’un à deux septénaires.

L’herpès n’est presque jamais accompagné de symptômes généraux. Il se développe quelquefois à la suite de fièvres.

Il présente des variétés selon son siège ; nous allons les examiner.

lre Tarièté: Herpes phlyctœnoîdes . L’herpès phlyclénoïde est caractérisé par des groupes de vésicules globuleuses et transparentes, du volume d’un grain de millet ou d’un trèspetit pois, apparaissant en nombre plus ou moins considérable sur des taches rouges, ordinairement circulaires, éparses sur le tronc ou d’autres régions du corps. Il se développe quelquefois exclusivement sur le front, les joues, le col, plus souvent sur les membres, d’où il se propage sur plusieurs autres points.

C’est une maladie ordinairement aiguë ; M. Rayer l’a vue devenir chronique.

Les causes de l’herpès phlyclénoïde sont fort obscures. Il paraît être plus fréquent chez les adultes que chez les enfants et les vieillards.

L’éruption est précédée d'un sentiment de fourmillement, de démangeaison ou de cuisson, bientôt suivi de la formation de petits points rouges presque imperceptibles qui,

quelques heures après, sont transformés en vésicules dures, rénitenles, globuleuses, transparentes, d’un volume variable, remplies d’une lymphe ordinairement incolore ou citrine. Après vingt-quatre ou trente-six heures de la formation de ces vésicules, l’humeur qu’elles contiennent se trouble, devient laiteuse ou brunâtre. Elles s’affaissent ou se rompent du sixième au dixième jour et il se forme des croûtes jaunes ou noirâtres qui se détachent du sixième au douzième jour.

Le traitement de celte légère inflammation est simple; chez les enfants il faut abandonner la guérison à elle-même. Chez les adultes, lorsque l’éruption est considérable, il faut cautériser légèrement les vésicules, et si la douleur est très-vive pratiquer une saignée.

2e Variété : Herpes labialis. Ce sont des groupes de vésicules formant sur la surface des lèvres une sorte d’anneau irrégulier, dont la circonférence s’étend inégalement sur le menton, les joues et les ailes du nez. L’humeur des vésicules , d’abord transparente, devient trouille dans l’espace de vingt-quatre heures; elle offre ensuite une teinte d’un blanc jaunâtre, et finit par présenter un aspect puriforme. Dès le quatrième ou cinquième jour de l’éruption, les vésicules se sèchent; le fluide qu’elles renferment s’écoule ou se transforme en croûtes noirâtres qui se détachent ordinairement du huitième au douzième jour.

L’herpès labialis peut être causé par l’impression du froid, par le passage d’une température élevée à l’air froid et humide, par le contact de corps âcres et irritants. 11 survient souvent aussi à la suite de toutes les maladies qui ont déterminé la fièvre, et plus souvent encore à la suite d’accès de fièvre intermittente.

Cette légère maladie ne demande d’autre traitement que des lotions fraîches et émollientes.

Z* Variété: Herpes prœputialis. 11 est caractérisé par un ou plusieurs groupes de vésicules qui se développent sur la face interne ou sur la face externe du prépuce, quelquefois sur ces deux surfaces à la fois.

Sa durée est ordinairement d’un à deux septénaires.

11 ne réclame d’autre traitement que de simples lotions d’eau fraîche ou d’eau minérale.

4e Variété : Herpes zoster ou zona. Ainsi nommé parce qu’il apparaît le plus ordinairement sur un des côtés du corps, sous la forme d’une bande demi-circulaire formée par plusieurs groupes de vésicules agglomérées.

Le zona peut se développer sur toutes les régions du corps, cependant son siège le plus fréquent est le tronc, depuis la iigne blanche jusqu’à la colonne vertébrale. Alors il se présente sous la forme d’une bande demi-circulaire plus ou moins large, formée par plusieurs

groupes arrondis ou ovales de vésicules argentées , grises ou jaunâtres , quelquefois mélangées de huiles irrégulières, entourées d’une auréole rouge plus ou moins vive, et qui sont pleins d’une sérosité transparente ou sanguinolente. Au bout de quelques jours ces vésicules se dessèchent, se couvrent de petites croûtes brunes ou jaunâtres qui ne tardent pas à se détacher de la peau.

Le zona s’accompagne de démangeaisons et de douleurs insupportables. Il donne lieu aussi à la fièvre , à la soif , à la céphalalgie et à l’insomnie.

Ses causes sont peu connues. Il est plus ‘ commun en été et en automne.

Le traitement du zona consiste dans l’usage de lotions, de bains avec l’eau de son ou d’amidon. Dans les cas de douleur très-vive il convient de faire usage du sirop de pavots blancs et d’opiacés. On a employé la cautérisation , mais sans de grands avantages.

On recommandera aux malades de se coucher sur le côté sain.

VIe Espèce. LA GALE.

La gale est une maladie de la peau essentiellement contagieuse , caractérisée par de petites vésicules légèrement élevées au-dessus du niveau de la peau , transparentes à leur sommet, et contenant un liquide séreux et visqueux. Ces vésicules sont constamment accompagnées de prurit , et peuvent se développer sur toutes les parties du corps; mais leur siège de prédilection, surtout au début, est l’intervalle des doigts et le pli des articulations des membres.

Causes. La gale est une maladie accidentelle et contagieuse qui se propage par le contact médiat ou immédiat des individus malades aux individus sains.

Les jeunes gens y sont plus exposés que les autres âges fie la vie.

Les femmes y sont moins sujettes que les hommes.

Parmi les professions qui exposent à contracter la gale on doit ranger celles de marchands d’habits, de tailleurs, de couturières, etc., et toutes celles dans lesquelles on néglige les moyens de propreté , ou dans lesquelleson communique fréquemment avec des individus débauchés et peu soigneux , comme cela se voit chez les militaires, les courtisanes , les mendiants , etc.

Les saisons chaudes sont celles qui favorisent le plus la contagion.

Les tissus qui ont été en contact avec les téguments des galeux sont souvent le véhicule de la contagion ; rien de plus commun, par exemple, que de voir des individus contracter la gale pour avoir couché dans des lits qu’avaient occupés des galeux, ou encore de voir des sujets , guéris de cette maladie , la

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contracter de nouveau en revêtant les vêtements qu’ils portaient, et qu’ils n’ont pas pris soin de désinfecter. 11 y a un assez grand nombre d’exemples de gale transmise des animaux (du chien surtout) à l’homme. Il y a peu d’années, plusieurs ouvriers du Jardin des Plantes l’avaient contractée en soignant ufi chameau qui en était atteint.

Cause prochaine. Les opinions des pathologistes sur la cause prochaine de la gale portent l’empreinte des doctrines qui ont tour à tour régné dans les écoles : les uns l’ont attribuée à un principe acide qui se développait dans l’économie animale, les autres à un ferment particulier, à l’acrimonie de la lymphe, du sérum, du sang, etc. Le besoin d’idées plus exactes, plus conformes à la raison, mit bientôt sur la voie de nouvelles recherches. Vers la fin du xvne siècle, des expériences ingénieuses semblèrent consfateaque la gaie avait pour cause essentielle un insecte qui, en pénétrant sous l’épiderme, déterminait une éruption vésiculaire. Déjàlngrassias et Joubert avaient soupçonné l’existence de ces insectes; mais c’est dans le Theatrum insectorum de Moufet qu’il en est parlé pour la première fois avec quelques détails : cet auteur les décrit comme des animaux trèspetits, presque invisibles, résidant sous l’épiderme, produisant de petites vésicules remplies d’un fluide clair, et occasionnant un prurit très-vif, etc.

Dans la suite , le perfectionnement des instruments d’optique vient faciliter de nouvelles recherches. Hauplmann publia le premier la figure de cet insecte, dessinée d’après nature. Toutefois ce furent surtout les faits publiés par François Redi, l’un des plus grands hommes dont s’honore l’Italie, qui firent connaître tout ce qui était relatif à l’insecte de la gale. La lettre d’Hyacinthe Cestoni, où se trouvent consignées ces nouvelles expériences, a été imprimée dans plusieurs ouvrages modernes, et elle est trop connue pour qu’il soit nécessaire de la reproduire ici.

Les recherches ultérieures de Linnée, de De Geer, de Fabricius, de Latreille, ont eu principalement pour but de fixer les vrais caractères de cet insecte, et de lui assigner la place qu’il doit tenir dans les classifications entomologiques. Mais on remarqua des dissidences dans les descriptions de ces naturalistes, ce qui diminua la valeur des expériences microscopiques.

Cependant les témoignages de tant d’auteurs célèbres semblaient devoir établir, d’une manière incontestable l’existence de l’insecte de la gale ; toutefois elle fut révoquée en doute par plusieurs pathologistes qui avaient été moins heureux dans leurs recherches. Ces incertitudes, sur un point si important, engagèrent M. Galès, ancien pharmacien de l’hô-

( pital Saint-Louis, à tenter de nouvelle expériences en isi2; elles eurent, à ce qu’il assure, les résultats les plus favorables. Comme elles ont été consignées avec les plus grands détails dans sa dissertation inaugurale, et plus tard dans l’excellent article de M. le docteur Fournier, je crois inluile de les rappeler ici. Il suffira de dire que M. Galès, s’il faut l’en croire, a observé plus de trois cents individus cirons : il ajoute qu’ils ont constamment offert la même forme, à la grosseur près : que le nombre de pattes est tantôt de six et tantôt de huit; ce qu’il paraît porté à attribuer à la différence des sexes.

Bien que les expériences de M. Galès parussent entourées d’une certaine authenticité, cependant la ressemblance, ou, pour mieux dire, l’identité de l’animal qu’il avait découvert, avec la mite du fromage, quelques circonstances qui semblaient jeter sur ces recherches une sorte de défiance généralement accréditée, et peut-être aussi la facilité de ces succès, laissèrent un doute, dont il était difficile de se défendre.

M. Alibert commença une série d’expériences en 1815 ; il les fit suivre pendant plusieurs mois par une personne accoutumée depuis longtemps aux recherches microscopiques les plus délicates; elles ne produisirent aucun résultat satisfaisant.

M. Biett essaya de reprendre ces expériences en 1818, mais sans plus de succès. Dans le printemps de isi9, il les recommença en s’aidant des lumières et de l’habileté de M. Meunier, dessinateur distingué, qui avait présidé aux recherches de M. Galès : ils les continuèrent pendant plusieurs sémaines sur plus de quatre-vingts galeux qu’ils examinaient au moment même de leur entrée, et avant qu’aucun traitement n’eût modifié l’éruption. Jamais il ne leur fut possible d’apercevoir Vacants. Depuis lors, M. Biett a recommencé ces expériences chaque année, tantôt avec de fortes loupes, tantôt avec d’excellents microscopes, et toujours vainement. En 1820 et en i82i, il s’est même servi du microscope horizontal d’Amici, que les travaux si importants de MM. Prévost et Dumas ont fait connaître en France, et que le respectable Mongez avait fait exécuter à Paris. Mais ces dernières expériences avaient été trop peu nombreuses pour qu’il en pût rien conclure. Avant ces recherches de MM. Alibert et Biett, le docteur Galeoti, médecin de l’hôpital Saint-Eusèbe, à Florence, et Chirugi, chef de l’hôpital de Bonifazio, de la même ville, avaient aussi inutilement cherché à découvrir l’insecte

En 1834, un élève en médecine, M. Renucci, démontra à l’hôpital Saint-Louis, la manière de trouver Vacarus. Dans là Corse, son pays, il avait vu maintes et maintes fois

les femmes extraire l’insecte de la gale ; il l’avait souvent extrait lui-même. 11 fit voir que ce n’était pas dans la vésicule qu’il fallait le chercher, mais bien dans un sillon qui en part, et que ces insectes tracent sous l’épiderme.

Une fois les découvertes faites, les choses paraissent toujours très-simples , et , dans celle circonstance aussi , on se demanda comment dans tant d’essais on était toujours resté à côté de la vérité. Ce qui surprit d’autant plus que l’on s’aperçut bientôt que l’on avait passé trop légèrement sur les descriptions de certains observateurs.... On se rappela que Moufet, entre autres, avait avancé que les cirons ne se trouvent pas dans les pustules , mais à côté d’elles ; que plusieurs pathologistes avaient insisté sur ce point important, qui est surtout présenté avec beaucoup de détails, et de la manière la plus claire dans le bel ouvrage de J. Adams {On morbid poisons, in-4°, London, 1807), dans lequel on trouve deux bonnes figures de Yacarus.

Quoi qu’il en soit, il reste démontré que, sinon constamment, au moins dans beaucoup de cas, on peut facilement trouver Yacarus, quand la gale est encore récente. M. Raspail, qui a proposé de nommer ces insectes sarcoptes hominis , en a donné une très-bonne description et d’excellentes figures ( Mémoire comparatif sur l’Histoire naturelle de l’insecte de la gale, 1834).

Mais l’existence de Yacarus, une fois bien démontrée, il reste encore à étudier plusieurs questions très-importantes : Est-ce la présence de cet insecte qui occasionne seule la gale? N’est-elle qu’un accident, qu’une complication? Dans le premier cas, pourquoi ne le relrouve-l-on pas dans toutes les circonstances? pourquoi ce siège de prédilection, pour ainsi dire, des sillons entre les doigts et audevant des poignets? pourquoi celte énorme différence entre le nombre des insectes et celui des vésicules?

Quelques expériences de MM. Renucci et Albin Gras, tendent à faire admettre la présence de Yacarus comme la seule cause de la gale; mais on se sent surtout disposé à se ranger à celte opinion, quand on a lu l’ingénieux travail que M. Aubé vient de présenter très-récemment ( Considérations générales sur la gale et l’insecte qui la produit ; thèse, Paris, mars iss6), et qui tend à considérer le sarcopte comme un animal nocturne profitant de la nuit pour attaquer sa proie sur une multitude de points, et revenant au jour gagner le sillon ténébreux qui lui sert d’asile. M. Aubé en conclut, i° que la gale est une affection symptomatique produite par la présence d’un insecte arachnoïde nommé sarcoptes hominis ; v> qu’elle n’est conta-

gieuse que par la transmission de cet insecte; 3° que la contagion est fréquente la nuit, rare le jour; 4» que la médication ne doit avoir qu’un seul but, la mort de Yacarus et de ses œufs.

Celte théorie, à laquelle M. Aubé parait avoir été conduit par la voie de l’observation et celle de l’analogie, est loin pour le moment d’être entièrement satisfaisante, et de pouvoir répondre à toutes les objections qu’on pourrait lui faire; mais elle n’en est pas moins fort ingénieuse et de nature à faire regarder comme possible, et même comme probable, une explication qui cependant demande encore de nouvelles éludes pour être entièrement démontrée (Biett, Dictionn. en xxv vol., tome xiii ).

Symptômes. L’apparition de l’éruption, à dater du moment de la contagion, a lieu à des époques variables et d’ailleurs difficiles à déterminer. Ce qu’on peut dire de plus général se borne à ceci : chez les enfants l’éruption se montre souvent quatre ou cinq jours après celui où la contagion s’est opérée; elle tarde huit à vingt jours et plus chez les adultes, quelques semaines et plusieurs mois chez les vieillards et les sujets débilités par des maladies chroniques. Le climat, la saison, le tempérament, et plusieurs autres circonstances éventuelles influent d’ailleurs sur le développement de l’éruption, le hâtent dans quelques cas et le retardent dans d’autres.

Les parties sur lesquelles la contagion s’est opérée deviennent le siège d’un prurit léger qui augmente la nuit et sous l’influence de toutes les causes d’excitation, telles que la chaleur, les boissons alcooliques, etc.; bientôt de petites saillies vésiculeuses, légèrement rosées chez les individus jeunes et sanguins, de la même couleur que le reste de la peau chez les sujets débiles et valétudinaires, se montrent dans les mêmes parties, c’est-à dire ordinairement à la main, dans l’intervalle des doigts et aux poignets. Bientôt ces vésicules grossissent, se multiplient, se propagent aux avant-bras, au pli du coude, à la poitrine, au ventre et aux cuisses, au pli du jarret. Elles s’accompagnent quelquefois de rougeur et même de pustules, si l’inflammation est active, le sujet sanguin et soumis à des causes d’excitation , s’il se gratte avec force, et s’il néglige les soins de propreté. Quand le prurit est violent, le malade écorche, en se grattant, les petites vésicules dont le liquide visqueux s’écoule et se concrète en petites écailles ou croûtes minces et peu adhérentes. Dans un grand nombre de cas , la gale, reconnue et traitée, au bout d'un certain temps se dissipe, avant même d’avoir acquis ce degré d’intensité. Mais, négligée et surtout irritée par le défaut de soins et de propreté, par un régime échauffant, etc., elle s'accompagne d’une

MALADIES DE LA PEAU

irritation vive des téguments, d’où résulte le développement de phlegmasies accidentelles qui se joignent à la gale et en rendent le diagnostic plus difficile. Alors, en effet, peuvent survenir les taches de l’érythème, les vésicules des différentes variétés de l’eczéma, les pustules de l’ecthyma, les papules du lichen, et par suite se forment des squammes ou des croûtes, résultatde quelques-unes de ces éruptions. Quelquefois même des furoncles et des abcès dans le tissu cellulaire sous-cutané peuvent survenir. Alors la fièvre et des irritations cérébrales peuvent compliquerl’affection de la peau. Remarquons cependant que ces complications ne se manifestent que lorsqu’on a opposé à la gale une médication trop active et trop excitante.

Au reste, la marche et les phénomènes de la gale sont puissamment modifiés par l’âge , le tempérament , le climat , la saison , le régime et le traitement.

La gale ne se termine jamais d’une manière spontanée. Si on néglige delà combattre, elle peut se continuer pendant plusieurs années, et même persévérer pendant toute la vie.

Les auteurs ont admis plusieurs variétés de gale; mais il faut admettre avec M. Biett, que toutes les nuances et les modifications que peut présenter la gale, doivent être attribuées à des complications dues à des circonstances particulières, telles que la saison, le climat, l’âge du malade, son tempérament, son idiosyncrasie, ses habitudes, le traitement employé, etc. Enfin qu’elles constituent, dans certains cas, des maladies cutanées papuleuses, vésiculeuses, pustuleuses, , fort distinctes de la gale.

Diagnostic. La gale peut être confondue par des médecins peu habitués à voir les affections cutanées, avec plusieurs autres maladies. Vous la distinguerez du prurigo en ce que dans celui-ci il n’y pas de vésicules, mais des papules qui conservent souvent la couleur de la peau, ou sont excoriées par les ongles des malades, et qui sont surmontées de petites croûtes noirâtres formées par du sang concret et desséché. Elles occupent d’ailleurs le dos, les épaules, les faces dorsale et externe des membres, tandis que les vésicules de la gale se montrent entre les doigts, aux poignets , au pli des articulations, à la face interne des membres. L 'eczema rubrum offre des vésicules réunies en groupes et plus enflammées que celles de la gale; elles se montrent de préférence aux parties où la transpiration est la plus abondante, où abondent les poils et les follicules cutanées , comme aux aisselles , aux oreilles, au front, aux parties génitales ; elles sont plutôt accompagnées d’un sentiment de cuisson que d’un véritable prurit. Elles donnent fréquemment lieu à la formation de concrétions squammeuses, plus ou

moins étendues. L'eczema impetiginodes s’aecompagneordinairement d’une inflammation plus marquée et plus étendue que la gale.

Le pronostic de la gale est rarement trèsgrave ; il ne le devient que lorsqu’elle est compliquée soit de quelque autre maladie de la peau , soit de quelque affection viscérale.

Traitement. On a préconisé une foule de remèdes divers contre la gale. Voici le traitement qui nous parait le plus efficace :

Si l’on a affaire à des sujets irritables et sanguins, si surtout la gale est intense , invétérée, négligée, mal traitée, exaspérée par des frictions irritantes; si elle s'accompagne d’un état inflammatoire des téguments, de rougeurs, de pustules ou de furoncles; avant d’en venir à l’usage des topiques irritants, il conviendra d’avoir recours à l’emploi de quelques bains tièdes, de la saignée , des boissons délayantes et de quelques laxatifs.

La gale, réduite à l’état simple, on la combat par le soufre et ses préparations administrés sous forme de topiques. Ceux qui se sont montrés les plus efficaces sont la pommade soufrée simple , la pommade d’Helmerick et la pommade sulfuro-alcaline du formulaire de l’hôpital Saint-Louis, communément employée par M. Alibert. Le soufre uni à l’axonge dans la proportion d’un cinquième, a guéri en quinze jours vingt malades qui faisaient deux frictions par jour avec une once de celte pommade sur toutes les parties couvertes de vésicules psoriques. Simple, peu dispendieux, ne donnant lieu à aucun accident, ce remède ; a, comme tous les corps gras unis au soufre, ! l’inconvénient de tacher le linge , de laisser sur les téguments un enduit désagréable, et d’exhaler une mauvaise odeur. La pommade d’Helmerick, composée de deux parties de soufre, huit d’axonge et une de potasse purifiée, a eu les effets les plus avantageux dans les nombreux essais entrepris pour en constater l’efficacité. On commence par frictionner et nettoyer la peau dans un bain savonneux pour déchirer les vésicules de la gale et favoriser l’application du remède. On fait ensuite avec ce dernier trois frictions par jour, d’une once chaque, devant le feu, puis on nettoie de nouveau lapeau par un second bain savonneux. D’après les expériences de M. Biett, il serait plus convenable de ne faire que deux frictions par jour. D’après ces expériences la durée moyenne n’a été que de treize jours sur cinquante malades qui ont fait seulement deux frictions en vingt-quatre heures avec cette pommade.

La pommade sulfuro-alcaline de M. Alibert, composée de trois gros de soufre sublimé et lavé, trois gros de sous-carbonate de potasse, et quatre onces d’axonge, guérit un peu plus lentement, mais elle est moins irritante.

llle Genre — bulleuses.

Ire Espèce. — pemphigus.

Le pemphigus est une éruption à bulles trèsvolumineuses, larges, remplies d’abord d’une sérosité limpide, devenant peu à peu rougeâtre, se rompant plus tard, et suivies de la formation de croûtes minces.

Le pemphigus peut se présenter sous la forme aiguë et sous la forme chronique.

Pemphigus aigu. Il peut être partiel ou général. Dans ce dernier étal il peut déterminer des symptômes graves, qui mettent la vie en danger.

Les prodromes du pemphigus aigu consistent en un siinplemalaise. de l’anorexie. Bien- L. des taches rouges, arrondies, apparaissent surmontées par des bulles occupant toute la tache, ou une partie seulement. La grosseur de ces bulles varie depuis celle d’un pois jusqu’à celle d’une noisette. Plusieurs bulles peuvent se grouper et occuper un large espace. Alors l’épiderme tombe dans une grande étendue de la peau , qui paraît si altérée dans son organisation, qu’elle semble avoir été le siège d’une brûlure. Avant que la bulle ne soit rompue, le liquide, de transparent qu’il était, devient louche, et peut ainsi simuler une pustule. La durée de ces bulles peut n’être que de vingt-quatre heures ou de plusieurs jours. Lorsqu’elles crèvent, la peau conserve un aspect de brûlure.

Les symptômes généraux de cette affection peuvent être très-légers ou très-graves, sans qu’il y ait aucun rapport entre l’étendue de l’éruption et l’intensité des symptômes.

La durée du pemphigus aigu est ordinairement de deux septénaires.

Cette éruption reconnaît pour causes' une forte insolation, l’action du feu , des bains trop chauds. J’ai vu un cuisinier qui ne pouvait s’approcher de ses fourneaux sans être pris de pemphigus. Je lui ai conseillé d’abandonner son état et il s’en est bien trouvé.

Le traitement consistedans l’usage des bains et des émollients. On prescrira la diète et le repos.

Pemphigus chronique. Ilestraredansl’enfance. 11 se rencontre le plus souvent chez l’adulte et chez le vieillard. Les femmes y sont plus sujettes que les hommes. Il peut être général ou partiel Celte affection consiste en une série d’éruptions se succédant continuellement. Celte maladie affecte surtout les constitutions débilitées, les individus qui sont soumis à une mauvaise alimentation et qui habitent des lieux humides.

On opposera à cette forme chronique le même traitement qu’à la forme aiguë. On y ajoutera l’usage de la limonade sulfurique. Si e pemphigus chronique dure depuis trop longe mps, et que celte durée soit entretenue par

l’usage d’une mauvaise nourriture, ou par le séjour dans des lieux bas et humides, il faudra s’empresser de prescrire les toniques, une bonne alimentation et une habitation plus saine.

II® Espèce . kijpia.

Le rupia est une éruption de bulles larges et aplaties, dont la base est enflammée, et qui sont remplies d’un fluide, séreux d’abord , puis puriforme, purulent, sanguinolent, en général mal élaboré, qui se concrète rapide ment en croûtes noirâtres plus ou moins épais ses et plus ou moins saillantes.

Cette éruption se rencontre surtout chez les jeunes gens faibles et délabrés , et chez les vieillards. Elle apparaît sous l’influence d’un mauvais régime et de la malpropreté.

Les bulles, telles que nous les avons décrites, se manifestent sur plusieurs parties du corps et particulièrement sur les membres inférieurs , quelquefois sur les lombes, toujours en fort petit nombre et isolées les unes des autres. Ces bulles, dont les progrès sont généralementlongs, contiennent une matière ichoreuse ou séreuse, qui devient séro-purulente. Elles se rompent et donnent issue à celte humeur qui se transforme en croûtes superficielles, brunâtres, sous lesquelles existe une excoriation ordinairement superficielle. Celleci, qui n’a point le caractère rongeant, mais qui se prolonge quelquefois en conservant l’état croûleux chez les sujets dont la constitution est altérée, laisse après la guérison une maculature livide qui persiste pendant quelque temps.

Pour combattre cette affection, il ne faut qu’un bon régime et quelques toniques. On prescrira avec avantage quelques bains tièdes, quelques cataplasmes pour faire tomber les croûtes, des pansements détersifs, astringents ou irritants, si des ulcérations persistent après leur chute.

VIe Genre. — postüleuses .

Ire Espèce. ÉCTHYMA.

Maladie cutanée apyrétique, non contagieuse, caractérisée par des pustules d’un volume assez considérable, rarement nombreuses, mais s'élevant sur d’ivers points de la surface du corps, à des distances assez grandes les unes des autres, et donnant lieu le plus souvent à la formation de croûtes brunâtres plus ou moins épaisses, qui laissent après elles des maculatures rougeâtres, et plus rarement des cicatricules.

Cette maladie se montre surtout dans l’âge adulte, et chez les individus à tempérament sanguin, lymphatique et bilieux. Elle règne de préférence dans les saisons chaudes ou variables. Elle succède souvent aux morsures de

MALADIES DE LA PEAU

sangsues et aux frictions avec la pommade slibiée.

Elle est quelquefois précédée de phénomènes précurseurs, tels que malaise, céphalalgie, inappétence, nausées, etc. L’éruption se manifeste sous la forme de boutons rouges qui paraissent aux membres, à la face, sur le tronc, ordinairement eri fort petit nombre, et assez distants les uns des autres. Ces boutons deviennent purulents à leur sommet presque dès leur apparition , s’ouvrent promptement et donnent lieu à la formation de croûtes brunâtres ou d’im vert obscur, plus ou moins larges, plus ou moins adhérentes, qui se détachent au bout de quelques jours, laissant après elles des maculatures rougeâtres ou livides. Lorsque la maladie se prolonge, l’ulcération croûteuse qui succède à la rupture de la pustule peut s’étendre, persister pendant quelque temps, et laisser après elle une cicatrice plus ou moins apparente.

L’ecthyma peut être aigu ou chronique.

L’ecthyma aigu a une durée de un à deux septénaires. L’ecthyma chronique peut se prolonger pendant plusieurs mois, par la formation successive de nouvelles pustules sur divers points de la peau, parcourant lentement leurs périodes.

L’ecthyma aigu réclame les bains simples ou émollients, les lotions et les applications émollientes.

On opposera à l’ecthyma chronique les bains alcalins, les bains sulfureux, les bains de vapeurs, quelques boissons dépuratives et laxatives.

Dans l’un et l’autre cas on prescrira un régime doux et les soins hygiéniques.

IIe Espèce, impétigo.

L’impétigo est caractérisé par des pustules qui peuvent être agglomérées ( impétigo furfurata ), ou bien dessiminées ( impétigo sparsa) .

Cette éruption se montre d’abord sous la forme de vésicules rouges qui se transforment bientôt en pustules. Celles-ci ne tardent pas à se déchirer, et sont remplacées par des croûtes épaisses, rougeâtres.

Cette maladie attaque principalement les enfants, et survient sans causes connues. Elle apparaît à la face, au cuir chevelu et aux membres.

Le traitement n’offre rien de spécial; il rentre dans les règles que nous avons établies. 11 consiste principalement dans l’emploi des lotions émollientes, des bains, des émissions sanguines, et dans le régime.

Si l’impétigo tend à passer à l’état chronique, il faut le combattre par des lotions toniques, par les sulfureux et par la cautérisation, soit avec le nitrate d’argent, soit avec le nitrate acide de mercure. On emploie aussi

avec succès contre l’impétigo chronique la solution de Pearsonàla dose d’un scrupule à un gros par jour.

IIIe Espèce, l’acné.

L’acné est une affection caractérisée par de petites pustules plus ou moins rouges et enflammées, pénétrant plus ou moins profondément dans le tissu de la peau , ne parvenant que lentement à la suppuration.

Cette affection offre plusieurs variétés.

1° Acné simplex. Caractérisé par une éruption de petits boutons durs, enflammés, d’un volume variable, ordinairement très-petits et superficiels, formant de petites pustules qui se sèchent promptement en petites écailles presque furfu racées. Son siège le plus ordinaire est le front, la face et les épaules.

2° Acné indurata. Boutons plus volumineux, mûrissant plus lentement , offrant un noyau central formé par l’inflammation d’un follicule sébacé. Ces follicules en effet paraissent être le siège principal et le point de départ de Y acné indurata.

Après avoir grossi et persévéré pendant trois, six, huit jours , le sommet purulent de ces boutons jaunit, s’ouvre et laisse échapper une humeur jaunâtre , plus ou moins ténue; ou souvent même on en expulse, par pression, une sorte de bourbillon formé par le follicule lui -même, ou du moins par une sorte de pseudo-membrane qui en a pris la forme, et qui représente un petit kyste contenant une matière sébacée.

3° Acné rosacea ou couperose. Celle variété présente divers degrés : tantôt elle ne donne lieu qu’à une coloration rosée plus ou moins vive et plus ou moins diffuse de la peau, tout au plus accompagnée d’une légère desquammationfurfuracée; tantôt la peau du visage est en outre rugueuse et hérissée de petites saillies, de petites aspérités dues à une injection plus forte du tissu réticulaire souscutané, à une inflammation plus profonde et plus permanente. Le plus souvent les pustules sont petites, superficielles ; quelquefois elles sont entremêlées de points noirs, enfin il peut exister des pustules profondes et des tubercules consécutifs, ce qui constitue le degré le plus intense de la couperose. La structure délicate et vasculaire des parties de la face où siège particulièrement la couperose, est trèspropre à présenter les diverses nuances d’injection simple et passagère , de coloration permanente avec dilatation des ramuscules vasculaires, d’engorgements légèrement tuberculeux, de pustules, d’inflammation folliculeuse, qui forment les différents degrés de Y acné rosacea.

D’après M. Biett, les pustules quelquefois, bornées à un petit espace, sont rares, isolées et ne laissent à leur suite qu’une rougeur lé-

gère. D’autres fois elles se succèdent, se multiplient, envahissent toute la face et s’étendent même jusque sur les oreilles et le cou. Lorsque la couperose est parvenue à ce degré d’intensité, les membranes muqueuses voisines prennent bientôt part à celte irritation si vive ; les conjonctives s’enflamment ; les gencives deviennent douloureuses, se tuméfient; les dents s’ébranlent , et plusieures autres symptômes d’unecomplication scorbutique, viennentajouterà cet état si déplorable. Dans quelques cas assez rares la couperose n’étend pas son siège au delà du nez ; elle y épuise en quelque sorte ses effets. Tous les tissus se gonflent au point de donner à cette partie de la face une dimension double ou triple de celle qui lui est ordinaire. On voit s’élever sur divers points, surtout autour des ailes du nez, des tumeurs plus ou moins considérables, rugueuses , livides , qui offrent une difformité dégoûtante.

Traitement. Vacne simplex ne réclame qu’un régime doux et les émollients. Dans V acné indurata , il faut employer les toniques et les aromatiques , tels que l’eau de sauge ou l’eau de lavande. Si ces moyens ne réussissent pas , il faut avoir recours aux pommades mercurielles. Les douches aromatiques , les vésicatoires peuvent, en exerçant une perturbation salutaire, faire changer l’acne indurata en acné simplex. Souvent ce que l’art ne peut parvenir à opérer la nature le fait toute seule C’est ainsi qu’on a vu un érésipèle de la face modifier Y acné indurata, et le faire passer à l’état de simplicité.

Le traitement de la couperose est beaucoup plus difficile. Cette affection résiste presque toujours aux moyens qu’on lui oppose. Je me borne à vous prévenir que les excitants ne lui conviennent pas.

IVe Espèce. MENTAGRE.

La menlagre est caractérisée par une éruption de pustules sur le menton.

Cette éruption est plus commune chez l’homme que chez la femme.

Son traitement consiste dans l’emploi de préparations sulfureuses et les émollients. Quelques praticiens cautérisent les pustules avec le nitrate d’argent.

Ve Espèce, les teignes. Favus, Porrigo.

On désigne sous ces noms divers une maladie spéciale du cuir chevelu , généralement propre à l’enfance, susceptible de se transmettre par contagion, paraissant siéger dans les follicules pileux, entraînant souvent Yalopècie , et particulièrement caractérisée par des croûtes sèches, fortement enchâssées dans le tissu de la peau (auquel elles adhèrent intimement), d’une couleur jaune pâle et sale, offrant une dépression centrale plus ou moins

régulière, qui donne au produit croûteux quelque ressemblance avec les alvéoles d’une ruche à miel (Giberl).

La teigne est incontestablement contagieuse. Elle peut aussi se développer spontanément. Son développement est favorisé par un tempérament lymphatique, par la débilité, la misère, le défaut de soins de propreté, par la mauvaise nourriture, et l’habitation dans un lieu humide et malsain. Suivant M. Alibert, lateigne/auewse se remarque surtout chez les sujets blonds, roux, lymphatiques ; la teigne granulée se -montre plutôt chez les enfants dont la peau est basanée ; la teigne muqueuse se voit fréquemment chez les sujets lymphatico-sanguins, dont la peau est fine et le visage coloré.

Le même auteur est disposé à croire que la disposition aux éruptions teigneuses peut se transmettre par voie d’hérédité.

La teigne occupe ordinairement le cuir chevelu; mais elle peut siéger aussi aux tempes , au front, au dos, aux lombes, etc.

Le début de l’éruption se manifeste par de très-petites pustules peu ou point élevées audessus du niveau de la peau , qui, dès leur apparition, présentent une petite croûte déprimée en godet, produit de la concrétion de l’humeur qu’elles contiennent. Cette croûte est souvent traversée par un poil, elle s’accroît peu à peu et acquiert un volumé variable, suivant qu’elle reste isolée, ou qu’elle se confond par ses bords avec les croûtes voisines : elle est sèche, fortement, adhérente, et comme enchâssée dans le tissu de la peau; si on veut l’enlever de vive force on excite de la douleur et on fait saigner les téguments, qu’on trouve au-dessous rouges et excoriés : ces excoriations, quand la maladie se prolonge et s’aggrave, peuvent s’étendre à une certaine profondeur. Les bulbes des poils s’enflamment et s’excorient, les cheveux deviennent grêles , décolorés, lanugineux et tombent; la surface de la peau demeure lisse et luisante dans la région dépouillée de cheveux. Chez les enfants, des poux pullulent quelquefois sous les croûtes et ajoutent encore aux démangeaisons vives que cause la maladie. L’humeur qui se concrète en croûtes répand une odeur fétide, qu’on a comparée à l’odeur de souris. Dans plusieurs cas d’inflammation très-vive les ganglions occipitaux et ceux du cou s’engorgent, deviennent douloureux, et de petits abcès se forment dans le tissu cellulaire sous-cutané. Souvent l’extension de Tinflarnmation détermine l’ophthalmie et le coryza, et ces complications peuvent développer un mouvement fébrile.

Les croûtes se dessèchent de plus en plus et se résolvent en une poussière d’un blanc jaunâtre sale à leur centre et à leur circonférence. Lorsqu’elles sont tombées on voit au-

MALADIES DE LA PEAU. 465

dessous d’elles la peau privée d'épiderme, rouge, gercée, excoriée.

La durée de cette maladieest ordinairement fort longue, quelquefois elle résiste aux traitements les mieux combinés. Si la guérison s’opère, les croûtes se détachent et ne se renouvellent plus ; la peau revient peu à peu à sa couleur naturelle ; mais les cheveux tombés dont les bulbes ont été détruits ne repoussent plus.

Traitement. On a généralementabandonné la méthode barbare de la calotte, qui consistait dans l’application sur la tête (dont les cheveux avaient été coupés) d’emplâtres adhésifs qu’on enlevait ensuite en arrachant avec eux des portions d’épiderme, les bulbes des poils 5 on excoriait ainsi la peau, non sans produire beaucoup de douleur. On a substitué aujourd’hui à cette méthode cruelle la méthode épilatoire des frères Mahon, qui compte un grand nombre de succès. Dans cette méthode on commence par couper les cheveux à deux pouces du cuir chevelu; on provoque ensuite, par des applications émollientes, la chute des croûtes, puis on nettoie la peau par des lotions savonneuses. Après l’emploi de ces moyens préliminaires, on fait, tous les deux jours, sur les points affectés de teigne, des onctions avec une pommade composée de saindoux et d’une poudre épilatoire dont la composition est secrète, mais qui, d’après l’analyse faite par M. Chevalier, paraît devoir son activité à la chaux et au sous-carbonate de potasse qu’elle contient. Outre ces onctions, on sème detemps à autresur le cuir chevelu (une fois par semaine, par exemple) une pincée de poudre épilatoire , et l’on peigne doucement les malades avec un peigne fin bien huilé, dans les jours intermédiaires aux onctions. La durée moyenne du traitement, par celte méthode, est de plusieurs mois au moins ; elle a réussi dans des cas où toutes les autres, et même l’application de la calotte, avaient échoué. Elle ne cause point de douleur, n’offre point de danger quand elle estconvenablement appliquée, et n’altère point l’organisation du cuir chevelu ; elle n’empêche même pas les cheveux de repousser, lorsqu’elle est mise en usage à une époque où leurs bulbes ne sont pas fortement altérés. Il est évident, d’ailleurs, qu’elle n’est pas plus infaillible que les autres méthodes, et qu’elle échoue quelquefois (Giberl, Manuel des maladies de la peau).

VIe Espèce. LA. VARIOLE.

La variole est une fièvre éruptive, éminemment contagieuse, qui donne lieu à des pustules, d’abord pointues, puis ombiliquées, et qui, après avoir suppuré pendant une fièvre secondaire de plusieurs jours, se dessèchent et se terminent par de petites cicatrices

irrégulières vers le troisième, et quelquefois à la fin du quatrième septénaire.

Causes. La variole est contagieuse; elle se communique par le contact médiat ou immédiat. Le caractère contagieux se développe pendant la suppuration des pustules, et se conserve jusqu’à l’époque de leur dessiccation. Le pus d’une variole confluente peut en communiquer une qui sera discrète, et vice versa.

La variole attaque tous les sexes et tous les âges; des fœtus, en naissant, en ont porté des traces manifestes.

Elle survient dans toutes les saisons et dans tous les climats.

Elle n’affecte ordinairement qu’une fois le même individu, mais on observe des exemples authentiques de récidive.

La variole est quelquefois sporadique , mais le plus ordinairement elle règne épidémiquement. Dans la plupart des cas elle commence à exercer ses ravages au printemps; elle règne pendant l’étéœt pendant l’automne et disparaît pendant l’hiver.

Symptômes . Nous diviserons en cinq périodes la description de la variole.

•Première période. Incubation. La durée de cette période est assez variable; elle paraît être ordinairement de dix à vingt jours. Elle ne donne lieu, dans la plupart des cas , à aucun phénomène remarquable.

Deuxième période. Invasion. Des symptômes plus ou moins graves annoncent l’invasion. Souvent ce sont des frissons irréguliers, une chaleur plus ou moins vive, accompagnée soit de sueurs, soit, au contraire , de sécheresse de la peau. Le pouls est accéléré, le malade éprouve des lassitudes, des douleurs dans les membres, dans le dos, aux lombes, à l’épigastre; il y a des nausées et des vomissements ; souvent le malade se plaint d’une céphalalgie fort vive; il est accablé, assoupi ; et chez les enfants surtout on observe un état de somnolence, des réveils en sursaut, de l’insomnie et des cris plaintifs. Quelquefois la face est rouge et animée.

Dans d’autres circonstances on observe des bâillements, des inquiétudes, de la dyspnée ; le cœur bat avec force et tumultueusement. Des douleurs vagues et une sensation de resserrementet de constriction se font sentir dans la poitrine.

D’autres foisles nausées et les vomissements sont fréquents; la soif est vive, la langue rouge sur les bords et à la pointe; le ventre douloureux à la pression, météorisé; et simultanément des symptômes cérébraux, tels que la stupeur et la prostration, peuvent apparaître.

Dans quelques cas graves, des ecchymoses diffuses ou des taches violacées, circonscrites, apparaissent, avant l’éruption , sur la peau et à l’origine des membranes muqueuses. Des

hémorragies passives ont lieu par diverses voies.

Le plus souvent ces premiers accidents cessent ou se calment, lorsque l’éruption apparaît et se développe régulièrement ; mais ils peuvent persister, et durer pendant toute la maladie. Quand ils persistent, ils annoncent un danger déjà imminent.

Troisième période. Éruption. Du deuxième au troisième jour de l’invasion, on voit se développer de petites élevures , comme papuleuses , au-dessus du niveau de la peau. Elles sont très-nombreuses à la face, rapprochées ou confondues par leur circonférence, ou disposées en groupes. Elles offrent, en général, une teinte légèrement violacée.

Dans les varioles graves, l’éruption est quelquefois précédée d’une rougeur érythémateuse très-étendue , soit à la face , soit sur le tronc. Les pustules se développent sur toutes les régions du corps , dans la bouche , le pharynx , le larynx, etc. La face et le cou se gonflent comme dans l’érésipèle, la gorge est douloureuse, la déglutition difficile; la membrane muqueuse de la bouche est injectée et parsemée de points blancs, isolés ou rapprochés. Une toux, d’abord rauque, puis sèche, aiguë, douloureuse et déchirante , survient, accompagnée d’une altération de la voix de plus en plus grave.

Dans les varioles bénignes, l’éruption s’annonce par de petits points isolés, distincts, semblables à des morsures de puces , sur les lèvres, puis sur la face, sur le menton, le cou, la poitrine, le ventre et les membres. Le lendemain ces élevures se multiplient , sont plus proéminentes et comme papuleuses; leur sommet devient ensuite vésiculeux et transparent , et le troisième et le quatrième jour de l’éruption, les élevures passent à l’état de pustules, et la suppuration commence.

Quatrième période. Suppuration. Alors les pustules augmentent de volume et offrent bientôt à leur sommet une sorte d’aplatissement suivi d’une dépression ombiliquée. On voit qu’à cette époque les pustules contiennent un peu de sérosité et un petit disque de substance blanchâtre qui, d’abord molle , acquiert ensuite plus de consistance. Dès le troisième jour de l’éruption , la dépression centrale est très-marquée dans le plus grand nombre des pustules; leur forme ombiliquée devient de plus en plus prononcée, à mesure qu’elles augmentent de volume et que la période de suppuration approche ; elles sont blanchâtres et entourées d’une auréole rouge ou d’un rouge vineux : lorsque les pustules sont cohérentes ou en groupes, on voit rarement ces dépressions. Dès le second ou le troisième jour la face est couverte d’une large pellicule blanchâtre sous-épidermique, sorte

d’exsudation membraneuse, semblable à celle ! que l’on observe dans les pustules isolées, i Au huitième jour de l’existence de l’érup- ; tion, la suppuration est bien établie. Du huii tième au douzième jour dans l’intervalle desquels la suppuration suit son cours ,on n’ob- ! serve rien de particulier.

En même temps que les pustules apparaissent sur la peau, on en observe sur la membrane muqueuse des lèvres, sur la langue, sur le palais, à la partie interne des joues, à l’ouverture du larynx. Je doute que les pustules sedéveioppentplus profondément. Des pustules peuvent aussi se montrer sur l’œil et entraîner la perte de cet organe.

Comme nous l’avons déjà dit, la fièvre cesse ordinairement au début de l’éruption. Mais elle peut se rallumer au moment où les pustules sont en pleine suppuration, et des accidents graves peuvent survenir qui entraînent j la mort des malades. La mort peut être alors j le résultat de l’absorption de la matière pu- | rulente contenue dans les pustules, j Un ptyalisme très-abondant peut se manifester à l’époque de l’existence de pustules. Ce ptyalisme a été considéré par Sydenham comme un événement très-heureux. Nous considérons ce phénomène comme le résultat d’un travail inflammatoire , déterminé par la présence des pustules , travail inflammatoire qui peut avoir des suites très-fâcheuses.

Cinquième période. Dessiccation. Presque toujours elle commence à la face, et cette partie est souvent entièrement couverte de croûtes, que les pustules des membres inférieurs sont à peine arrivées à leur maturité.

Alors la tuméfaction diminue, les pustules se dessèchent, et toute la face semble couverte d’une seule pustule. Alors aussi les traits du visage sont masqués par une incrustation brunâtre, épaisse , qui tombe du cinquième au sixième jour à dater de sa formation, et qui est remplacée par des écailles qui se renouvellent plusieurs fois. Dans les varioles très-confluentes, ces croûtes sont plus humides. Les malades éprouvent un sentiment de tension et de douleur jusqu’à la chute des croûtes qui couvrent le visage, et qui arrive du quinzième au vingtième jour de la malaj die. Souvent les pustules s’ulcèrent, et quand j l’ulcération s’étend en surface et attaque l’é- I paisseur du derme, elle est suivie de cicalrii ces difformes.

! La formation des croûtes est accompagnée | d’une démangeaison assez vive et qui excite | le malade à se gratter, j Quand les croûtes sont tombées, il reste sur les surfaces qu’elles recouvraient une teinte rouge vineux qui ne disparaît que lentement, et qui rend les cicatrices de plus en plus apparentes. Ces cicatrices sont toujours plus apparentes à la face que surles autres ré-

MALADIES DE LA PEAU

gions du corps, et quelquefois elles y forment de véritables brides et des coutures qui traversent le visage et le défigurent horriblement.

Telle est la marche , tels sont les symptômes de la variole régulière. Mais cette maladie peut présenter dans sa marche et dans ses symptômes des désordres qui constituent la variole irrégulière. Ces désordres ou ces irrégularités sont très-importants à connaître , puisque c’est quand ils existent que le médecin doit agir et peut les combattre.

Les causes de ces désordres doivent être cherchées dans la peau et hors de la peau. Ainsi, dans la peau, l’inflammation peut être beaucoup trop intense , d’où fièvre violente qui ne diminue pas, quoique l’éruption apparaisse, et qui accompagne la variole pendant toutes ses périodes.

Au lieu d’être trop forte, l’inflammation peut être trop faible; d’où résulte que la marche de la maladie est entravée , que l’éruption se fait mal, et que tous les efforts du médecin doivent tendre à favoriser son développement.

Dans quelques circonstances la variole marche irrégulièrement d’une autre manière. Ainsi, il peut arriver que les vésicules, au lieu de se remplir de pus, restent pleines de sérosité. Dans ces cas on appelle les pustules cristallines, et cette circonstance rend le pronostic très- grave. D’autres fois les pustules présentent des croûtes qui ont l’aspect de verrues , d’où le nom de verruqueuses qui leur a été donné. Dans d’autres cas, les pustules ressemblent à celles de l’impétigo, dans d’autres à celles du pemphigus. Les pustules peuvent être remplies de sang (pustules sanguines) , c’est le cas le plus grave. Enfin les pustules étant bien arrivées à la période de suppuration se flétrissent et se vident sans avoir été percées. 11 y a alors résorption du pus, et ce phénomène est , dans le plus grand nombre des cas , du plus fâcheux augure , et produit des accidents souvent mortels.

Voilà autant de cas pris dans la peau ellemême , qui rendent la variole irrégulière.

Hors de la peau, l’irrégularité de la variole peut dépendre de beaucoup de causes. La constitution des individus en est une des plus influentes. Ainsi , par exemple , un état hypersthénique est une condition défavorable quand la variole fait invasion. Il en est de même de l’état pléthorique. Dans l’asthénie les pustules n’arrivent pas à la suppuration , et c’est d’un mauvais présage. C’est dans des circonstances semblables que des pétéchies peuvent survenir. 11 en est de même quand les malades sont placés dans un air humide ou insuffisamment renouvelé.

La variole est une des maladies qui occasionnent le plus de désordres nerveux. Ainsi,

par exemple, le vomissement estunphénomène fréquent dans cette maladie , et ce vomissement est bien un phénomène nerveux qui n’est nullement en rapport avec des lésions anatomiques. C’est un vomissement analogue à celui qui est produit par l’introduction, dans l’économie , de substances délétères.

L’estomac n’est pas le seul organe qui présente des désordres. Souvent vous observerez une dyspnée remarquable , et l’auscultation ne vous démontrera aucune lésion. Si les individus succombent et que vous en fassiez l’autopsie , vous ne trouverez rien chez eux, pas plus que chez les cholériques qui ont présenté de la dyspnée.

La variole peut présenter trois complications principales : i° la gastro-entérite ; 2° la pneumonie lobaire ou lobulaire ; 3° le mal de gorge. Le malade peut succomber à un mal de gorge, par l’occlusion du passage de l’air. Des fausses membranes peuvent se former dans les voies aériennes , et les malades périr présentant tous les symptômes du croup. La phlébite et aussi une terrible complication de la variole. Plus d’une fois j’ai eu occasion de faire l’autopsie de varioleux qui avaient des collections purulentes dans le foie, la rate, le poumon.

Ces complications peuvent survenir pendant la période d’invasion, ce qui est le cas le plus rare, pendant la période d’éruption et pendant celle de suppuration.

La variole peut être bénigne par deux circonstances , i° par le fait de la vaccination. 2° par le fait d’une seconde éruption de variole sur un individu.

Il faut donc admettre que la vaccine légitime et de bonne nature a la propriété de modifier la variole, puisque quand elle survient sur un sujet vacciné , elle a perdu quelques uns de ses caractères. On l’appelle alors varioloïde.

L’invasion de celte varioloïde est la même que celle de la variole ; elle peut même présenter dans cette période des symptômes trèsgraves. Maintenant l’éruption de la varioloïde a-t-elle des caractères qui puissent la distinguer de la variole? Oui, dans un certain nombre de cas. Dans la varioloïde, en effet , les pustules sont moins grandes, elles ont une forme conique et non ombiliquées. Cependant il ne faut pas attacher trop d’importance à ces caractères, pas plus qu’à ceux tirés du nombre des pustules.

Le meilleur caractère qui puisse distingue ces deux affections l’une de l’autre se tire de la durée de la période de suppuration. Au septième jour, en effet, les pustules sont parfaitement développées; au huitième ou au neuvième jour tout a disparu.

En est-il de même dans tous les cas ? Non assurément. J’ai vu des individus portant au

bras des traces de la vaccine la plus franche, et qui ont été atteints d’une variole terrible qui s’est terminée par la mort. Ces cas sont heureusement très-rares. En 1822 et 1825 il survint une épidémie meurtrière de variole , qui montra combien la vaccine a perdu de son empire.

La variole terminée peut laisser à sa suite d’abord des cicatrices au visage, plus ou moins hideuses, puis des abcès sous-cutanés dont les récidives peuvent être si fréquentes que le malade succombe. J’ai vu des cas de variole suivis de décollement delà peau dans une grande étendue; elle peut déterminer des furoncles, des ophthalmies qui entraînent la perte de l’œil par suppuration, des otites , etc.

Traitement. Si la variole est simple , il faut prescrire une diète rigoureuse, laver souvent les yeux, gargariser la bouche et mettre de la poudre de lycopode dans les plis de la peau. On aura soin d’entretenir la pureté de l’air autour du malade, et on lui donnera quelques bains après la période de dessiccation.

Quelques praticiens saignent les malades dans la fièvre d’invasion. Mais il est difficile de prédire par cette fièvre d’invasion , si on doit avoir affaire à la variole. Je vous ai dit, en effet, que rien ne ressemblait plus aux prodromes d’une fièvre typhoïde , que la période d’invasion de la variole. J’ai moi-même saigné dans cette période d’invasion, mais je n’en ai retiré aucun avantage.

D’autres praticiens purgent leurs malades pendant la fièvre d’invasion. 11 en est qui appliquent des vésicatoires aux cuisses et aux parties inférieures , pour détourner l’éruption de la face et des membranes muqueuses.

La cautérisation des pustules a été préconisée par des médecins recommandables. Pour la pratiquer, on ouvre les vésicules et on cautérise. Pour ma part, je pense qu’on peut cautériser les vésicules qui entourent les paupières, lorsqu’elles sont nombreuses et qu’elles menacent l’œil. On peut encore, à mon avis, cautériser le fond de la gorge pour éviter la formation de fausses membranes.

Lorsqu’il existe des inflammations intercurrentes, mon opinion est qu’il faut les attaquer d’une manière franche et rapide. Ainsi dans ma pratique , j’attaque l’inflammation interne , comme s’il n’existait rien à la peau.

Quand la réaction est trop forte , on peut faire usage des bains tièdes. Si, au contraire, la réaction est trop faible , il faut employer les toniques et les aromatiques. Ainsi on pourra faire usage de la sauge , de l’angélique , de la camomille , du vin étendu d’eau , des bains chauds ; on pourra appliquer des vésicatoires, des sinapismes.

Il existe des cas où l’individu varioleux est frappé d’une exagération singulière de la sensibilité. Alors on peut avoir recours aux narcotiques, soit à l’intérieur, soit à l’extérieur.

Dans la convalescence on prescrira avec avantage un ou deux purgatifs. J’y manque rarement dans ma pratique , et je les crois plus avantageux dans la variole que dans la rougeole.

Ce serait ici le cas de parler de la vaccine ; mais je ne veux pa^ sortir de notre cadre. Cette opération appartient à la chirurgie , et doit naturellement trouver sa place dans le cours de pathologie externe.

ÉRUPTIONS VARIOLIQUES.

(M. Rayer a publié sous ce titre , dans le Dictionnaire de médecine et de chirurgie pra tiques, un article qui résume les opinions de ce praticien , opinions dont quelques-unes sont en opposition avec celles de M. Andral. Le lecteur pourra lui-même apprécier cette dissidence par le rapprochement des opinions de M. Rayer.)

Je comprends , dit-il , sous le nom d’éruptions varioliques, plusieurs inflammationsculanées, vésiculeuses ou pustuleuses , aiguës et contagieuses, que l’analogie de leur développement et de leur marche , et surtout leur association constante , lorsque la variole se montre sous forme épidémique, ou leur reproduction l’une par l’autre, autorisent à regarder comme les effets d’une même contagion. Ces éruptions ont entre elles plus de ressemblance et de rapports naturels que d’autres maladies dont l’identité d’origine n’est pas contestée, que les syphilides , par exemple.

§1. Les éruptions varioliques peuvent être rangées dans deux séries. L’une comprend les varioles pures et légitimes , qui constituent le type du genre ; les autres paraissent en être des modifications : ce sont les varicelles qui peuvent se montrer sous cinq formes principales, le plus souvent combinées : i° la varicelle pustuleuse ombiliquée ou varioloïde: 20 la varicelle pustuleuse cono'ide; 3° la varicelle pustuleuse globuleuse ; 4° la varicelle papuleuse ; 5° la varicelle vésiculeuse (chicken-pox). La consanguinité de ces affections ou leur origine d’une même source est prouvée par les faits suivants : i° quand une épidémie variolique se déclare , les individus qui n’ont eu ni la variole ni la vaccine, sont presque inévitablement atteints de la variole pure ou légitime , caractérisée par l’éruption de pustules ombiliquées et le développement d’une fièvre secondaire. Chezd’autres, et ce sont presque toujours des variolés , des inoculés ou des vaccinés , on observe bien les pustules ombiliquées de la variole, mais à la fin du premier septénaire, il n’y a ni période

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de suppuration ni fièvre secondaire ( varioloïde). Chez quelques autres , indépendamment de ce changement dans la marche et la durée de la maladie , la forme et la structure des pustules sont modifiées ( varicelle pustuleuse conoïde , varicelle pustuleuse globuleuse ) ; chez quelques-uns l’apparence de l’éruption est encore plus altérée : ce sont des papules ou de véritables vésicules qu’on observe à la peau ( varicelle papuleuse, et varicelle vésiculeuse) ; enfin chez un très-petit nombre d’individus, la maladie se déclare par les mêmes symptômes généraux et marche sans éruption {fièvre varioleuse).

Cette manifestation ou plutôt cette association de la variole , de la varioloïde et des autres variétés de varicelle , dans toutes les épidémies varioliques, a été constatée en Écosse en îsis, en Angleterre en 1822, 1823, 1824 , 1825 ; à Philadelphie en 1824 , à Montpellier en 1819, à Paris en 1825 , à Marseille en 1828, etc. Dans l’épidémie de Paris (1824) , la variole régna en juillet et en août, et la varioloïde et les autres varicelles, en septembre ; en 1825 , il y eut des varioloïdes et des varicelles pendanttoute l’épidémie ; mais elles furent plus abondantes en octobre quand la variole devint plus rare : une seule cause, l’influence épidémique , développait ces diverses éruptions ; on les observait dans les mêmes quartiers, dans les mêmes rues, dans la même maison ; si la maladie venait à se déclarer dans une famille nombreuse , les uns étaient atteints delà variole, quelques autres de la varioloïde , et d’autres de la varicelle vésiculeuse.

2° Il n’existe pas d’épidémie de varicelle sans variole ou sans varioloïde ; ni d’épidémie variolique sans varicelle ou sans varioloïde ; toutes sont l’effet d’une même constitution médicale. Quant à la proportion des diverses espèces d’éruption dans les épidémies varioliques, elle ne peut être appréciée faute de relations exactes. En effet, les médecins français n’avaient d’abord admis que deux espèces d’éruptions varioliques, la variole et la varicelle, les médecins anglais ont décrit les premiers deux variétés de varicelle, le chicken-pox et le swine-pox , auxquels ils ont successivement ajouté le horn-pox , le pig-pox , le hives, etc. Odier, et d’autres observateurs ont admis plusieurs espèces de varicelle sans en fixer le nombre ; d’autres, Bérard et Lavit en particulier, ont considéré ces mêmes maladies comme des anomalies de la variole ; enfin, ce n’est que dans ces derniers temps qu’on a décrit avec soin une autre variété de la varicelle , la varioloïde ; plus voisine de la variole légitimequ’aucune autre éruption ; mais si la proportion des espèces ne peut être calculée, même pour un certain nombre d’épidémies récentes , leur association et leur déve-

loppement par une même cause n’en sont pas moins incontestables.

3° Les épidémies varioliques sont quelquefois varicelleuses à leur début ou à leur cessation, et varioleuses entre ces deux époques.

4° On voit quelquefois sur un individu atteint d’une variole légitime, toutes les variétés de forme et d’aspect que peuvent présenter les éruptions varioliques, savoir : des pustules ombiliquées, des pustules globuleuses et conoïdes, des élevures papuleuses et des vésicules.

5° L’inoculation du pus variolique a quelquefois donné lieu au développement de la varicelle. Maxwell (William) prétend avoir obtenu, en inoculant le virus de la variole, des éruptions très-légères, sans fièvre, complètement desséchées le huitième jour, et qui n’ont pas laissé de cicatrices ; Dézoteux et Valentin décrivent aussi une variole inoculée dite courte espèce, dont la durée est absolument la même que celle des varicelles, c’est-àdire des éruptions dont la guérison avait lieu vers le huitième ou le neuvième jour sans fièvre secondaire.

6° Quant à la varicelle vésiculeuse (chickenpox) , celle dont la n ature variolique a été le plus contestée , M. Thompson a prouvé par des faits, d’une part, que des personnes saines mises en contact avec des personnes actuellement affectées de cette espèce de varicelle, avaient contracté la variole, etde l’autre que la contagion de cette dernière affection avait développé le chicken-pox.

7° Sous le rapport des symptômes, dans la variole, la varioloïde et les autres varicelles, l’analogie est complète pendant l’incubation et le développement de l’éruption. En effet, si dans une éruption variolique les élevures passent dès le cinquième ou le sixième jour à la dessiccation , pour le plus grand nombre des médecins c’est une varicelle ; s’ils ne s’éteignent qu’au septième ou huitième, c’est la varioloïde ; s’ils suppurent pendant plusieurs jours, c’est la variole. La principale différence est dans la rapidité plus ou moins grande de la maladie, et ce n’est pas là une différence essentielle ; car la variole confluente, la variole discrète et la variole inoculée, n’ont pas absolument la même marche, et surtout la même durée, et cependant elles sont bien évidemment de la même nature puisqu’elles naissent facilement les unes des autres.

8° Enfin, la variole, la varioloïde et les autres varicelles sont des effets variés d’une même cause, car elles peuvent naître toutes les unes des autres dans certaines conditions.

§ II. Cependant quelques auteurs persistent à vouloir séparer plusieurs de ces éruptions de la variole. Ils étayent leur opinion d’assertions et de faits que je reproduis ici :

Dans une épidémie de variole il est très-

difficile de préciser si le développement de j cetle affection chez les individus mis en con- ! tact avec d’autres qui sont atteints de la varicelle, est plutôtle résultat de cette communication quede l’infection variolique qui développe alors la maladie de tous les côtés.

2° La varicelle vésiculeuse ne se transmet pas par inoculation , et ne développe jamais la variole.

3° Les personnes qui regardent la varicelle comme contagieuse ont confondu cette affection avec la varioloïde ou variole modifiée.

4° La varicelle se développe chez des personnes non vaccinées et qui n’ont jamais eu la variole ; et on ne peut la regarder alors comme une variole modifiée par l’existence antérieure, soit de cette maladie, soit de la vaccine.

5° La vaccination, pratiquée peu de temps après la disparition de la varicelle, poursuit sa marche de la manière la plus régulière, ce qui n’arrive jamais lorsqu’on vaccine après la variole.

6° La marche de la varicelle est toujours la même, soit qu’elle se développe avant, soit qu’elle se montre après la vaccination ou la variole.

7° La variole règne souvent épidémiquement sans être accompagnée de la varicelle, et d’un autre côté cette dernière affection peut aussi régner d’une manière épidémique, sans être accompagnée delà première. Ainsi, de îsto à 1825 il n’y a pas eu de petite vérole à Copenhague, et cependant M. Mæhl assure que la varicelle s’y est montrée chaque année.

8° Enfin les caractères de l’éruption et les symptômes de la varicelle diffèrent essentiellement de ceux de la variole.

§ III. Je reprends une à une ces objections.

1° Ce n’est point seulement dans une épidémie variolique, mais dans d’autres conditions, ce qui rend le fait plus concluant et sans réplique, qu’on a vu le chicken-pox donner lieu à la variole. « Aucun exemple de petite vérole ne s’était montré dans cette ville (Kirreimeur) depuis neuf ans ; l’hiver dernier, un petit vagabond revient d’une maison d’un village voisin où régnait la petite vérole : l’enfant lui-même avait été vacciné quelques années auparavant. A son retour il fut saisi de symptômes fébriles, et resta deux ou trois jours au lit; après quoi parut une éruption semblable au chicken-pox. Aussitôt la fièvre cessa, et deux ou trois jours après, il se leva pour aller à un marché de bestiaux, sans qu’il lui en arrivât malheur. Une semaine après, un des enfants de son maître fut malade et passa par toutes les phases régulières de la variole bénigne ; puis un second enfant, de la même manière ; un troisième eut ensuite son tour ; mais celui-ci eut une variole confluente qui nefut pas sansdanger ; un qua-

î trième lui succéda et fut un peu plus malade ! que les deux premiers ; enfin un cinquième , âgé de cinq ans, fut atteint de ce que j’appellerais, sans hésiter, un chicken-pox , si je n’avais vu les cas précédents ; car la maladie se passa avec peu ou point de fièvre, et les pustules étaient pleines d’une humeur aqueuse qui ne fut pas convertie en la matière purulente de la petite vérole. Aucun de ces enfants n’avait été vacciné. (Thomson John, an Account on the varioloid epidemie, etc.)

2° La seconde objection n’est pas plus exacte. En effet, les résultats des expériences tentées jusqu’à ce jour sur l’inoculation des varicelles, peuvent être rattachés à trois groupes.

1° Le premier comprend les cas où l’inoculation est restée sans effet, et ce sont les plus nombreux : ils sont rapportés par Brasdor , Thouret , Fréteau , Corvisart, Valentin , etc.

2° Le second comprend les cas où l’inoculation a été suivie d’une éruption locale, et ils ont été rapportés par Willan, Fontaneilles, etc.

3° L’inoculation de la varicelle a eu pour effet une éruption générale dans des cas rapportés par Dimsdale, par Mumsen , par Heim, par Salmon et Willan, etc.

Il est vrai que l’humeur du chicken-pox , inoculée par piqûre, ne donne jamais lieu à la variole ; mais cetle circonstance ne peut détruire le fait précédent, dans lequel l’inoculation s’est faite par une autre voie ; d’ailleurs l’humeur séreuse des pustules de la variole, non encore parvenues à leur état, ne produit pas toujours la variole, et ce fait ne détruit pas leur nature variolique, déjà incontestable à cette période. En outre, est-il démontré que l’humeurdespustules Conoïdesel globuleuses, et celle des vésicules qu’on observe sur quelques points de la surface du corps des variolés transmettent la variole avec la même énergie que l’humeur des pustules ombiliquées?

4° Dire que les personnes qui regardent la varicelle vésiculeuse comme contagieuse ont confondu cette maladie avec la varioloïde , c’est contester le fait de la contagion du chicken-pox, constaté expérimentalement, etsupposer gratuitement une erreur de diagnostic.

5° Si la varicelle se montre chez des personnes non vaccinées, ce fait n’est pas plus extraordinairequeledéveloppement bien constaté de la varioloïde, dont la nature variolique n’est pas contestée , chez des individus qui n’ont été ni vaccinés , ni inoculés , ni variolés.

6° Sans doute la vaccination pratiquée après le chiclcen-pox est le plus souventsuivie d’une vaccine régulière ; mais est-il bien démontré que les varieellés contractent la vaccine et la variole aussi: facilement que ceux qui n’ont point été atteints du chicken-pox ? Dans une épidémie variolique , les individus atteints de

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la varicelle contractent rarement la variole ; pourquoi ? D’un autre côté, il est inexact d’avancer que la vaccine ne peut jamais se développer chez un variolé ou chez un individu qui a eu la varioloïde ?

7° De ce que la marche de la varicelle est toujours la même , soit qu’elle se développe avant ou après la variole , qu’en conclure ? La marche de la varioloïde inoculée ou contractée dans une épidémie par un individu qui n’a éprouvé ni la variole , ni la vaccine , n’est-elle pas la même que celle des varioloïdes observées chez des vaccinés?

Je conteste, moi, formellement, que la variole règne souvent épidémiquement, sans être précédée, accompagnée ou suivie de varicelles. Quant aux épidémies de varicelles , indépendantes de la cause de la variole et de la varioloïde ; admises par Eichhorn et plusieurs autres , je n’en connais par une seule relation authentique ; toutes les épidémies ont été observées dans des constitutions médicales varioliques : ainsi dans l’épidémie de varicelle de Copenhague , décrite par M. Mæhl , si on n’observait pas de varioles , il existait des varioloïdes , l’épidémie de varicelle , décrite par M. Barnes , avait été précédée , plusieurs mois auparavant, de varioles légitimes, et il n’est pas démontré qu’il ne régnât pas de varioloïdes en même temps que le chickenpoa ?.

Dans l’épidémie de varicelle observée dans le bailliage norwégien de Smoolehnen, en 1819, parle docteur Fred. Holst, la maladie se manifesta chez des vaccinés ou des variolés; vers le même temps, une épidémie de variole régna dans le canton de Christiana; dans l’épidémie de Milhau, la varicelle régna conjointement avec la variole , et celle connexion a été constatée dans un grand nombre d’épidémies.

8° Dire que les symptômes de la varicelle diffèrent essentiellement de ceux de la variole, c’est oublier que dans une foule de cas, et M. Bousquet en cite plusieurs exemples , la même éruption a été regardée par les uns comme une varicelle , et par d’autres comme une variole.

En résumé, aucune des objections proposées contre la théorie qui attribue à une même cause la production des varioles et des varicelles , ne me paraît solide ; aucune d’elles ne détruit le fait de l’origine commune des varioles et des varicelles, sous une même influence épidémique, et surtout celui du développement mutuel et réciproque des uns par les autres, dans certaines conditions.

Ve Genre. — papuleuse.

Ire Espèce, lichen.

Le lichen est une maladie de la peau, ordinairement chronique, non contagieuse, ca-

ractérisée par de petites élevures pleines et solides, de la même couleur que la peau, ou légèrement rouges, presque toujours agglomérées, donnant lieu à des démangeaisons plus ou moins vives, et qui sont suivies, soit d’une légère desquamation , soit d’excoriations enflammées qui se recouvrent de légères concrétions.

Les causes de cette maladie sont souvent, comme celles de toutes les affections cutanées, fort obscures. Le lichen peut attaquer tous les âges et tous les sexes. L’action d’un soleil brûlant peut le produire , comme cela se voit sous les Tropiques {lichen tropicus).

Il faut distinguer dans le lichen plusieurs variétés.

1° Lichen simplex, caractérisé par de petites papules peu ou point enflammées , qui se révoltent en peu de jours, avec une légère desquamation furfuracée. Il peut se présenter sous la forme aiguë ou chronique. A l’état aigu, il occupe spécialement la face, le tronc; tandis qu’à l’état chronique il occupeles membres et la face dorsale des mains.

2° Lichen agrius : il est beaucoup plus grave. 11 est caractérisé par des groupes de papules rouges et enflammées , réunies en grand nombre, accompagnées d’un prurit très-intense , souvent écorchées par les ongles des malades , ou qui s’excorient à leur sommet et exhalent une humeur qui sedessèche en petites concrétions croûteuses.

Cette variété se présente quelquefois sous la forme aiguë, et alors, au bout d’un à deux septénaires, les excoriations se sèchent, l’exhalation cesse, une simple desquamation furfuracée s’établit, la rougeur s’efface, et la peau revient plus ou moins promptement à son état naturel. Mais souvent il suit une marche tout à fait chronique. La peau reste rude et hérissée de petites papules acuminées, s’épaissit et s’exfolie. Plusieurs malades présentent sur le dos de la main ou des doigts, sur la face dorsale du poignet, sur les avantbras, un ou plusieurs groupes de papules enflammées, suintantes, avec rougeur, dureté, gerçure de la peau. D’autres fois le lichen agrius occupe le visage; chez quelques malades il se montre sur les membres inférieurs, enfin chez quelques individus il devient général.

Traitement. Il ne diffère en rien de celui de l’eczéma. Le régime, les bains sulfureux, les toniques et les lotions aromatiques en font la base.

Ile Epsèce. prurigo.

Le prurigo est une affection de la peau non contagineuse, caractérisée par de petites papulessans changement de couleur à la peau, le plus souvent bornées à la face dorsale des ; membres et du tronc, et qui sont aecompa-

gnées d’un prurit souvent insupportable, prurit qui occasionne des excoriations au sommet des papules, qui se recouvrent de petites croûtes noires de sang concret.

Causes. Les deux extrêmes de la vie, l’enfance ét la vieillesse , sont les âges dans lesquels le prurigo est le plus fréquent. La misère, la malpropreté, une mauvaise nourriture et un régime stimulant favorisent le développement du prurigo. Néanmoins il n’est pas rare de l’observer dans des conditions entièrement opposées. Quelquefois une émotion morale a suffi pour le développer. Il sévit plus particulièrement dans les saisons chaudes et variables.

Symptômes. L’éruption du prurigo a lieu par de petites papules prurigineuses, avec peu ou point de changement à la peau, faisant saillie à la surface du corps, et appréciables à la vue et au toucher , se montrant sur les épaules, sur les faces dorsale et externe des membres supérieurs, sur la nuque, et, dans les cas de maladies invétérées, sur presque toute l’étendue des téguments. Tantôt ces papules discrètes, isolées, sont petites, peu nombreuses, peu saillantes et accompagnées d’un prurit modéré ; d’autres fois elles sont plus larges, plus saillantes, et accompagnées d’un prurit intolérable qui s’exaspère surtout le soir et la nuit, et qui force quelques malades à employer tous les moyens possibles de frottement.

Si la maladie est bénigne et accidentelle, elle peut se terminer en deux ou trois septénaires. Les papules s’effacent sans laisser de traces de leur existence , ou en s’accompagnant d’une très-légère desquamation furfuracée. Dans d’autres circonstances où la maladie est très-intense, elle s’invétère et se prolonge pendant des mois, des années, et même pendant un temps indéfini. Alors les papules deviennent dures, larges, saillantes, accompagnées d’un épaississement rugueux très-marqué de la peau. Dans ce cas, une éruption de nouvelles papules a lieu de temps à autre, suivie d’exacerbations plus ou moins intenses.

Variétés. D’après Bateman on doit distinguer dans le prurigo les variétés suivantes :

1° Le prurigo mitis , qui est caractérisé par de petites papules discrètes et peu saillantes, accompagnées d’un prurit plus ou moins incommode, mais en général modéré et temporaire. Il se montre particulièrement au printemps et dans l’été chez les jeunes sujets dont la peau est fine et délicate, et peut alors ne constituer qu’une affection passagère et bénigne.

2° Le prurigo formicans, ainsi nommé à cause de la sensation de fourmillement qui l’accompagne souvent; celui-ci attaque de

préférence les adultes et les vieillards, se manifeste par des papules plus larges et plus saillantes qui excitent un prurit intense et parfois intolérable. C’est surtout cette variété qui est sujette à récidiver ou à se perpétuer, et qui présente , en général , une ténacité qu’on n’observe pas dans la précédente.

3° Le prurigo senilis et pedicularis revêt souvent cette forme et empoisonne alors le reste de l’existence. Il s’accompagne chez plusieurs vieillards de la présence d’insectes, ordinairement de genre pediculus {poux) qui se reproduisent et se multiplient avec une extrême facilité ; à cet état, il est souvent incurable, et constitue toujours une affection fort pénible.

4® Le prurigo partiel, qui peut se développer sur plusieurs parties et qui, suivant son siège, prend les noms de prurigo pudendi muliebris, scroti, prœputiif etc. Le prurigo des parties génitales est le plus douloureux de tous ; en voici une peinture très-énergique d’après Lorry ( Tractatus de morbis cutaneis, in-4°, page 449 ).

« Cette affection attaque particulièrement les adultes et ceux qui ont passé l’âge de la puberté, les individus qui , doués d’un appétit vénérien très-prononcé, vivent dans la continence et la chasteté. Les femmes en sont aussi quelquefois atteintes, mais dans un âge plus mur. Au commencement, la maladie se présente sous un aspect assez bénin , et ne cause que de la démangeaison; mais, plus tard, tant chez les hommes que chez les femmes , surgit une ardeur incroyable pour les plaisirs vénériens. C’est en vain que la morale et la pudeur résistent à ces désirs , la main se porte involontairement vers les parties irritées, le frottement ajoute encore au

prurit et animus ipse in partem operis

venit cum artuum tremore et palpitatione . Il y a des heures de rémission pendant lesquelles les malades jouissent de quelque tranquillité , mais le mal se produit par accès qui se montrent surtout la nuit. Les relations familières qui existent entre les personnes de sexe différent contribuent beaucoup à entretenir ces paroxysmes. Le vin, les épices , le café, les spiritueux accroissent les accidents, tellement même, que j’ai connu des hommes qui n’étaient en proie à ce tourment que lorsqu’une semblable cause venait le provoquer : aussi, instruits par l’expérience, ils évitaient soigneusement l’usage des excitants. Le mal faisant des progrès, les parties où il siège se couvrent de taches jaunâtres ; le scrotum s’épaissit et devient rugueux ; il se rétracte singulièrement pendant le paroxysme; il en est à peu près de même des grandes lèvres chez la femme. La fréquence des érections réagit sur le moral qu’enflamment des images passionnées. Les parties n’offrent pas précisé-

MALADIES DE LA PEAU

ment d’éruption lichenoïde , mais elles ont un épiderme rugueux d’où suinte une perspiration odorante dont le produit ne tache pas le linge et n’adhère pas aux doigts, mais rend la peau onctueuse au toucher. A mesure que la maladie s’accroît, le prurit devient de plus en plus insupportable, les paroxysmes redoublent de force et de fréquence, si bien que le malade, perdant toute retenue, ne saurait s’empêcher de se gratter, même en présence d’un roi! Souvent, dans l’intervalle même des paroxysmes, la peau est le siège d’élancements douloureux, comme si elle était traversée par des aiguilles enflammées, et cette sensation pénible arrache des cris aux malades. La peau se gerce, se ride, se fendille ; elle est écorchée par les ongles du patient; le moindre frottement lui fait exhaler un liquide odorant, et l’éréthisme vénérien devient continu. »

Traitement. On doit débuter par le traitement antiphlogistique lorsque la constitution est bonne , et que la maladie présente une certaine acuité. Ainsi au début du traitement on emploiera la saignée générale, la saignée locale quand l’affection est partielle, les boissons tempérantes, délayantes , relâchantes, légèrement acidulés, les bains tièdes , les lotions ou les applications froides, etc.

Si la maladie résiste à ces premiers moyens, lorsque le sujet est plus avancé en âge, peu irritable, et dans des conditions de misère et de mauvais régime; s’il n’y a point de signes d’inflammation, on aura recours à des dérivatifs intérieurs, aux toniques, aux dépuratifs et à des toniques plus ou moins actifs.

Ail reste, une foule de moyens ont été proposés contre le prurigo. C’est dans les ouvrages spéciaux sur les maladies de la peau que vous trouverez toutes les indications à ce sujet.

Ordre III. hémorragies.

Les hémorragies de la peau doivent être considérées comme une véritable exhalation à travers les pores de la peau, exhalation qui peut se produire sous l’influence de causes très-diverses.

L’habitation dans des lieux élevés, sur le sommet de hautes montagnes, donnefréquemment lieu à des hémorragies cutanées. Ainsi M. de Humboldt rapporte que parmi les peuplades qui habitent les plateaux les plus élevés des Cordillières, règne à certaines époques une maladieépidémique caractérisée par des hémorragies de la peau. Chez ces individus le sang s’écoule par les parties où la peau est le plus fine, par les aisselles principalement. Les aéronautes qui s’élèvent à des hauteurs très-considérables sont également sujets à cette hémorragie cutanée.

Dans d’autres circonstances, l’hémorragie de la peau est tout à fait indépendante de ces

causes. Ainsi on observe quelquefois une hémorragie des aisselles ou de la pulpe des doigts chez les femmes depuis longtemps privées de leurs règles. J’ai vu deux cas très-remarquables de ce phénomène : dans un, le sang coulait par la pulpe de l’index, dans l’autre, il sortait par la pulpe du médius.

Il y a une autre sorte d’hémorragie dans laquelle le sang au lieu de s’écouler au dehors, reste dans le derme lui-même , ou pour mieux dire dans le réseau muqueux qui est placé entre l’épiderme et le derme. C’est l’hémorragie interstitielle. Les taches qu’elle détermine ressemblent beaucoup à celles que déterminent les ecchymoses. Elles se montrent dans plusieurs variétés du typhus , dans la fièvre jaune et dans le scorbut. Dans tous ces cas l’hémorragie de la peau se perd au milieu des autres symptômes qui sont d’une bien plus grande importance.

Dans d’autres circonstances , l’hémorragie de la peau constitue à elle seule une maladie que les dermatographes ont depuis longtemps décrite sous le nom de purpura.

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