AFFECTIONS TUBERCULEUSES DE LA PEAU
Éléphantiasis des Grecs.
Maladie cutanée caractérisée par de petites tumeurs ou tubercules qui se montrent principalement à la face, aux oreilles , dans la bouche, aux membres, etc., susceptibles de
persister fort longtemps à l’état d’induration, ou de se terminer par ulcération, rarement par résolution.
Cette maladie tuberculeuse donne lieu à une altération profonde de la peau , soit dans sa couleur , soit dans sa texture. Elle devient épaisse, rugueuse, grisâtre, livide, brunâtre, analogue à celle de l’éléphant.
L’éléphantiasis des Grecs est fort rare en Europe; il ne s’y observe guère que chez les individus qui ont fait des voyages maritimes ou dans quelques contrées chaudes de la Provence, de l’Espagne et du Portugal. Il est au contraire assez commun en Afrique, en Syrie, dans les Indes et dans nos colonies d’Amérique.
Il est fort contestable que cette maladie soit contagieuse, malgré l’opinion vulgaire, longtemps partagée par les médecins. Dans nos climats au moins on peut assurer qu’elle ne l’est pas.
La chaleur et l’humidité paraissent favoriser son développement. Il en est de même de la malpropreté, du défaut de soins, delà misère, etc. On a attribué sa production à l’usage des poissons corrompus, de poissons salés, de viandes salées et fumées, et surtout à celle du porc.
D’après les auteurs qui ont eu occasion d’observer cette maladie, elle consiste en une altération superficielle d’abord , puis de plus en plus profonde de la peau , qui se couvre de maculatures fauves, grisâtres ou brunâtres, puis s’engorge, s’épaissit, s’indure, devient grisâtre , bronzée, brunâtre , chez les Blancs, puis rugueuse, inégale, se hérisse de tubercules, de rides, de bourrelets hideux : ceuxci, plus prononcés au visage que partout ailleurs, grossissent et déforment les traits , de manière à ce que la physionomie des malades a pu être comparée avec celle des satyres ou du lion , l’induration ou la tuméfaction des lèvres, des ailes du nez, de la peau du front, des oreilles, donnent véritablement au visage un aspect horrible.
Voici la description énergique qu’en donne Arelée :
« La maladie que l’on nomme éléphant et l'animal qui porte ce nom ont entre eux beaucoupde rapports communs, quant àleur forme ou apparence, leur couleur, leur grandeur, durée, et ne ressemblent, au reste, à nulle autre chose au monde, car il n’y a aucune autre affection pareille à celle-ci, comme il n’y a aucun animal qui ressemble à l’éléphant.... On donne aussi à celte maladie le nom de lion, à cause que le malade a le dessus des sourcils, comme il sera dit plus bas, froncé et rabattu comme cet animal. D’autres l’appellent satyriase, à cause de la rougeur des joues et de la lubricité extrême de celui qui en est attaqué; d’autres enfin, le mal d’Hercule ,
MALADIES DE LA PEAU
parce que nul autre n’attaque avec plus de force et de vigueur. Celte maladie est, en effet, extrêmement violente, il n’y en a point qui tue plus énergiquement; son aspect est hideux et effrayant, comme celui de la bête à laquelle elle ressemble ; elle fait périr d’autant plus inévitablement, que la cause qui la produit est celle de la mort même*.... Celte maladie, toute funeste qu’elle est, ne présente néanmoins dans le commencement aucuns symptômes qui puissent la bien faire conjecturer ; elle ne s’annonce point comme un mal nouveau et extraordinaire; elle ne se manifeste point sur la surface elles parties les plus apparentes du corps, afin qu’on ne puisse la signaler de bonne heure et s’opposer à ses progrès. Ce n’est souvent qu’après s’être glissé sourdement dans la profondeur des viscères, comme dans le manoir de Pluton, y avoir attisé un feu secret et s’être totalement emparé de l’intérieur, que le mal victorieux se présente au dehors et qu’il brille alors le plus souvent sur la figure, tel qu’un fanal qu’on aperçoit de loin ; ou bien qu’il se manifeste sur les coudes ou les genoux, et sur les autres articulations des pieds et des mains. Ce qui contribue aussi à rendre cette maladie désespérée , c’est que le médecin ne la connaît pas d’abord, ou bien que la connaissant, il néglige d’employer les secours de l’art contre des commencements aussi faibles. Les malades, en effet, ne paraissent dans les premiers temps qu’un peu plus engourdis que de coutume, plus taciturnes, plus assoupis, un peu plus constipés; choses qui peuvent quelquefois arriver aux personnes qui se portent bien, et qui proviennent ordinairement d’une cause légère. A mesure que le mal augmente, leur haleine devient extrêmement fétide ; l’air
qu’ils attirent de la poitrine est infect Les
urines deviennent épaisses, blanches, troubles, jumenteuses... Il paraît sur la peau des boutonsou tubercules épais, pleins d’aspérités, assez près les uns des autres, sans cependant se loucher; l’espace intermédiaire est rempli de scissures comme sur la peau de l’éléphant ; les veines deviennent saillantes, non par l’abondance du sang, mais à cause de l’épaisseur de la peau. Bientôt après le mal se déclare plus ouvertement encore, et la surface du corps entière ne formant qu’une seule croûte, les poils tombent par toute la peau, aux mains, aux pieds, aux jambes, etc. Ceux dii menton et des parties génitales deviennent extrêmement clairs, ainsi que les cheveux qui, chose qu’on aura peine à croire, blanchissent avant l’âge; mais peu après, la tête devient rapidement chauve et le menton et les parties naturelles entièrement rases, ou s’il reste quelques poils , ils causent plus de difformité que s’il n’en paraissait aucuns ; toute la peau de la tête se crevasse , les rhagades qui s’y forment sont
multipliées, profondes, inégales, pleines d’aspérités; la face se couvre de gros boutons durs, terminés en pointe, blancs à leur sommet et un peu jaunâtres à leur base, le pouls est lent, peu développé et paraît se mouvoir comme dans la boue; les veines des tempes se gonflent ainsi que celles du dessous de la langue, qui devient raboteuse et couverte de boutons semblables à des grains de grêle.... S’il arrive que le mal se porte de l’intérieur à la surface, on aperçoit d’abord en|grande partie sur l’extrémité des doigts et sur les genoux des éruptions prurigineuses , qui causent une espèce de plaisir quand on les gratte ; quelquefois elles paraissent au menton et y forment un chapelet, ou bien sur les joues qu’elles font paraître rouges et gonflées ; les yeux deviennent ternes, caligineux, les sourcils protubérants, épais, glabres, pendants , et forment en se réunissant une tumeur extrêmement saillante, d’une couleur noire ou livide; le dessus des sourcils est fortement froncé et rabattu au point de couvrir la vue, ce qui fait que les malades ressemblent à une personne courroucée ou à un lion, d’où elle a reçu ce nom ; mais si elle ressemble ou à un lion, ou à l’éléphant, on peut dire aussi qu’elle est semblable à la nuit obscure. Le dessus des yeux et les environs du nez sont gonflés, raboteux, couverts de tubercules noirâtres, les lèvres épaisses, protubérantes, le nez extrêmement difforme et gros, les dents, sans être blanches, le paraissent à cause de la noirceur des parties voisines ; les oreilles sont d’un rouge qui tire sur le noir , obstruées , plus grandes que d’ordinaire , et donnant une idée de celles de l’éléphant; elles ont à leur base des ulcères d’où découle une | matière ichoreuse, elles leur cuisent heau- I coup; toute la surface du corps est sillonnée ; des crevasses rudes, inégales; ces crevasses | sont profondes et ressemblent aux raies noi- | res de la peau de l’éléphant, celles du talon et de la plante des pieds se prolongent jusqu’au milieu des orteils. A mesure que le mal fait des progrès , les élevures prurigineuses sur les joues, le menton, les doigts, les genoux s’ulcèrent; les ulcères qui s’y forment sont fétides, incurables; ils s’exaspèrent et s’adoucissent alternativement, et suspendent ainsi la mort des malades, jusqu’à ce qu’enfin le nez, les doigts, les pieds, les parties génitales, les mains tombent en putréfaction et se séparent du reste du corps; car cernai cruel ne les délivre d’une vie honteuse et pleine de souffrances, qu’après les avoir entièrement mutilés, et sous ce rapport, ils semblent durer autant que :1a vie d’un éléphant.
Lorsque la douleur des parties affectées est encore récente, elle est bien plus vive, plus sévère etmoins fixe; l’appétit des malades n’est | pas entièrement émoussé, mais ils ne trouvent
aucun goût à leur nourriture; ils ne mangent, ni ne boivent avec plaisir, l’excès de leur mal fait qu’ils prennent tout en aversion, le corps dénué de nourriture s’atrophie; ils deviennent extrêmement lubriques, cette passion est portée chez eux jusqu’à la rage; ils éprouvent des lassitudes spontanées dans tous les membres, les plus petits n’en sont pas exempts; tout leur pèse et les accable; ils ne se trouvent bien, ni du bain, ni du défaut de bain , ni d’avoir mangé, ni d’être à jeun, ni du mouvement, ni du repos; le mal ne s’accommode de rien ; ils ne dorment point et le peu de sommeil qu’ils prennent leur devient encore plus désagréable que l’état d’insomnie, à cause des rêves effrayants dont ce sommeil est accompagné; ils ne respirent qu’avec la plus grande difficulté; et souvent ils s’en trouvent suffoqués comme si on les étranglait ; on en voit qui tombent dans un sommeil léthargique et qui passent de ce sommeil à la mort.
Les malheureux réduits à l'état dont nous venons de parler sont un objet d’horreur et d’aversion; leurs parents les plus proches n’osent les approcher et les fuient d’autant plus que ce mal est contagieux et qu’on craint de le gagner; c’est ce qui fait qu’il y en a beaucoup qui conduisent les personnes qui leur sont les plus chères dans les déserts ou au milieu des montagnes, où les uns prennent soin d’elles et les assistent le reste de leur vie; d’autres les abandonnent entièrement à leur propre sort, aimant mieux les voir périr que de les voir vivre dans un état semblable. »
11 n’est pas rare que le développement de cette maladie soit précédé de quelques phénomènes généraux, d’un état de langueur morale et physique qui va quelquefois jusqu’à l’idiotisme et l’abattement.
Le début de cette affection s’annonce par des taches légères qui changent la couleur naturelle de la peau, et qui la rendent fauve , bronzée; quelquefois luisante et comme vernissée ; ces taches, quelquefois larges et irré- j gulières, sont, d’autres fois, petites et arron- j dies. Les fonctions de sensibilité de la peau j sont quelquefois perdues sur les parties qui sont le siège de l’éruption ; d’autres fois , au contraire elles sont exaltées.
Bientôt des tubercules apparaissent sur la peau à l’endroit même de la coloration. La face en est surtout le siège et prend une expression hideuse et terrible. La muqueuse des yeux, de la bouche, du larynx et du pharynx présente aussi des tubercules , d’où une altération de la voix, qui d’abord rauque, s’éteint tout à fait dans les derniers temps. A la longue la muqueuse digestive s’affecte ellemême, les follicules de Peyer se tuméfient et s’ulcèrent, d’où résultent des coliques et des diarrhées rebelles.
Les organes des sens sont successivement dé-
truits; la fièvre s’allume, la respiration s’embarrasse, et la mort vient terminer les souffrances du malade.
Traitement. Il repose à peu près sur les mêmes principes que celui de certaines maladies cutanées dont j’ai déjà parlé. Il consiste dans l’emploi des bains de vapeurs, des émollients en lotions, des aromatiques et des excitants de la peau. A l’intérieur, on pourra donner différents sudorifiques et dépuratifs, tels que la salsepareille , le gaïac, la squine, le sassafras ; la teinture de cantharides a été employée contre cette affection.
FRAMBOESIA.
Je ne fais qu’indiquer cette maladie, qui est extrêmement rare en Europe. Elle est commune en Afrique et se rencontre surtout chez les nègres. Cette affection a reçu son nom de sa ressemblance avec la framboise. Son traitement repose sur les mêmes règles que celles dont je vous ai parlé d’une manière générale.
MOLLUSCUM.
Affection extrêmement rare , dont le nom indique la ressemblance avec certains mollusques.