C. Troubles des fonctions de V utérus
Quand l’engorgement est peu considérable, qu’il n’affecte qu’une partie limitée du corps de l’urétus, ou seulement le col, il ne peut pas s’opposer à la fécondation et à ses résultats. Il existe un grand nombre d’exemples d’engorgements, dits squirrheux , du col de l’utérus, qui, ne s’étant pas opposés à l’accomplissement de la génération , ni à la marche de la grossesse, ont apporté, à la sortie de l’enfant , un obstacle tel qu’on a été dans la nécessité de recourir à l’instrument tranchant , pour que l’accouchement pût se terminer. On se rappellera toutefois que nous avons démontré plus haut que ce que les accoucheurs ont regardé comme des engorgements par induration, paraissait plutôt dépendre, dans un certain nombre de cas, d’une hypertrophie, et que la belladone est alors la pierre de touche avec laquelle on lève tout doute à cet égard. On conçoit que quand l’engorgement affecte entièrement le col de l’urétus, et surtout le corps de cet organe, la fécondation n’est plus possible, mais la fécondité peut être rétablie, dès que l’on a obtenu la résolution de l’engorgement , comme nous en donnons plus loin des exemples.
Tout engorgement dur , sans ulcération , doit aussi suspendre ou diminuer, rendre en un mol plus difficile la sécrétion menstruelle; et en effet, la dysménorrhée est le signe le plus constant de ces affections. Lorsque l’engorgement est limité , il peut bien par les tiraillements, l’irritation que sa présence occasionne sur les parties restées saines, déterminer des congestions sanguines et des flux hémorragiques plus ou moins abondants ; mais ces cas sont extrêmement rares. C’est d’après l’examen attentif, et sur la comparaison des faits que nous avons eu l’occasion d’observer, I que nouscroyonspouvoirétablirenthèsegéné-
raie et à peu d’exceptions près : 1 0 Que la dys- ! mênorrhée est un caractère diagnostique des engorgements durs, comme les pertes habituelles sont le résultat ordinaire des engorgements sanguins ou congestifs.
2° Que le toucher qui dans ces derniers provoque constamment Vécoulement du sang , ne produit pas d’ordinaire d’effet semblable dans l’engorgement dur.
A mesure que la résolution s’opère , les règles deviennent plus abondantes et reprennent leurs cours accoutumé.
D. Écoulements utérins et vaginaux. — Comme des engorgements plus ou moins volumineux peuvent exister sans produire d’écoulement, on doit tout naturellement en conclure que, quand il y a des écoulements , ils dépendent, non de l’altération elle-même qui, ce nous semble , doit plutôt avoir pour effet desuspendreceux dont la partie affectée pourrait être le siège, mais de circonstances accessoires telles que l’existence antérieure et habituelle d’une leucorrhée vaginale et utérine, ou le développement de cet écoulement par suite de l’irritation que doit produire sur le canal vaginal la présence d’une tumeur résultant de l’engorgement du col. Dans le plus grand nombre de cas. l’orifice utérin est sec, ou bien il ne laisse suinter que quelques filaments muqueux plus ou moins teints de sang, ou une très-petite quantité de sérosité limpide ou rougeâtre, mais cela en si petite quantité que tout se perd dans le vagin , et qu’on ne l’aperçoit qu’en maintenant le spéculum appliqué pendant quelques instants.
On ne peut non plus fonder de signes diagnostiques sur l’odeur de la matière des écoulements , quand ils existent, puisqu’elle n’est pas le produit immédiat de l’altération, ou de la partie du tissu qui en est affectée ; aussi tantôt elle est inodore, d’autres fois elle pré- < sente une odeur, soitacide, soit fade, soit fétide et infecte.
Ce dernier caractère tient alors à une idiosyncrasie particulière, car on l’observe chez quelques femmes affectées de simples leucorrhées sans autre altération de l’utérus ou de ses annexes.
Ainsi les écoulements vaginaux ne peuvent fournir de signes diagnostiques sur l’existence et la nature des engorgements durs de l’utérus .
Symptômes généraux ou sympathiques.
L’utérus peut être affecté d’un engorgement dur très-considérable, sans occasionner d’autres troubles dans les fonctions que ceux qui résultent du volume de la tumeur qui pèse sur les organes voisins et les gêne. Quant aux autres ils sont très-variés et peu constants.
Le ventre est alternativement bouffi ou flas-
que et affaissé, les digestions sont dérangées , suspendues, ou il y a des appétits capricieux, des signes de gastrite, de gaslro-enlérite, coïncidant avec la maladie ; mais le phénomène sympathique le plus constant, c’est le vomissement. Il se manifeste à des heures irrégulières, que l’estomac soit vide ou plein; l’exploration la plus soigneuse ne fait alors découvrir aucune affection dans l’estomac ou son voisinage, qui puisse expliquer cet accident ; ou s’il existe une gastrite, par exemple, le vomissement n’en persiste pas moins après que l’on a fait disparaître cette phlegmasie par un traitement approprié.
On peut soupçonner, par ce signe seul, une altération de la matrice quand la malade se tait sur les autres symptômes, quand il existe en même temps que la dysménorrhée , le vomissement devient un signe diagnostique presque certain d’un engorgement dur de la matrice.
La fièvre est très-rarement produite par les engorgements durs de l’utérus ; elle n’a lieu en général que quand il se fait vers cet organe des congestions violentes, ou qu’il se développe de l’inflammation franche , soit aux limites de l’altération, soit dans son centre. Mais aussi, alors, les symptômes locaux annoncent un état actif, et présentent les caractères propres à' la métrite aiguë.
Différentes névroses sont souvent le résultat des engorgements durs, comme de toutes les maladies de l’utérus. Elles prennent ordidairement la forme hystérique. Le caractère des femmes devient impatient, irascible, emporté, colérique ; elles acquièrent une impressionnabilité exquise, etalors la plus légère sensation, la mo indre émotion, produisentcomme une commotion électrique qui va retentir jusque dans le bassin et y réveille les douleurs.
Il résulte évidemment, des considérations que nous venons de présenter, et qui ne sont que l’interprétation rigoureuse des faits , que le diagnostic précis et propre à chaque espèce d’altération qui peut constituer les engorgements durs de l’utérus est très-difficile à établir.
L’inflammation chronique, l’induration et le squirrhe de la matrice peuvent donc revêtir et offrent en effet le même aspect dans le plus grand nombre des cas. Ces trois étals ont des signes communs; ceux qui sont spéciaux â l’un ou l’autre de ces étals pathologiques ne sont pas constants. On n’a donc pour distinguer les unes des autres ces trois affections, que la ressource des circonstances accessoires relatives à la manière dont l’engorgement a pris naissance, et à la nature des causes qui en ont provoqué ou favorisé le développement, un rapport de temps ou d’ancienneté de la maladie à l’âge de la malade. Mais on sent
MALADIES DE L’UTERUS.
combien doivent être incertains ces signes commémoratifs ou indirects.
Nous déduirons aussi des remarques cliniques faites à l’occasion soit des engorgements sanguins , soit des engorgements durs, celte thèse générale et qui n’admet que peu d’exceptions, que les désordres, quels qu’ils soient, de la menstruation ne constituent que très-rarement des états pathologiques essentiels, mais qu’ils ne sont le plus souvent qu’une des manifestations , le résultat ou la conséquence de l’existence d’altérations organiques de la matrice.
L’engorgement dur du col de l’utérus est facile à reconnaître, et à distinguer d’autres maladies, pour peu que l’on examine avec attention. Les maladies avec lesquelles on pourrait les confondre sont le boursoufflement et le renversement du vagin, le développement d’une tumeur dans les parois de ce canal, comme on en trouve une observation curieuse dans l’ouvrage de M. Palrix, le déplacement et le renversement de la matrice.
Mais il n’en est pas de même des engorgements du corps du l’utérus; le signe pathognomonique essentiel de cet état, l’augmentation de volume, lui est commun avec toutes les circonstances pathologiques et physiologiques susceptibles de produire ou de simuler ja dilatation de la cavité de l’organe , telles une grossesse ordinaire ou extra-utérine, la présence d’une mole, d’hydatides, de concrétions crétacées, d’un polype, de masses fibrocelluleuses particulières dont nous avons publié une observation dans la Bibliothèque médicale, et dont nous n’avons pas encore vu d’analogue rapporté parles auteurs ; la rétention du produit de la menstruation dans la cavité utérine , par suite de l’oblitération de son orifice ; oblitération qui peut survenir accidentellement chez des femmes auparavant bien réglées et ayant eu même des enfants, ainsi que M. Dance en a fourni un exemple remarquable.
Nous ne ferons qu'une remarque sur ces maladies diverses : ou bien elles ne produisent que des accidents peu alarmants, et alors on peut attendre sans grands inconvénients que l’état pathologique ou physiologique qui les constitue se dessine par des signes plus propres à le faire reconnaître et à lever tous les doutes; ou bien elles occasionnent des accidents insupportables ou dangereux, dont les plus ordinaires, sont, pour tous les cas, des hémorragies et des douleurs. Or , alors le traitement symptomatique ou propre à ces accidents, est pour ainsi dire le seul qui convienne. On rétablit ainsi les choses dans leur première condition , et l’on peut attendre.
Marche. — Les altérations qui nous occupent se développent, en général, lentement. Elles restentde temps en te mps stationnaires,
pendant quelques semaines, quelques mois, et même des années. Les époques menstruelles, les émotions morales activent leur marche. L’âge critique a surtout, sur les engorgements, une influence fâcheuse. C’est alors qu’on les voit promptement passer à l’état du cancer confirmé. La marche se ralentit quand l’époque critique s’est passée sans autres accidents; et dès lors la maladie ou reste stationnaire, ou ne fait plus que des progrès insensibles. C’est dans l’intensité de l’altération, que s’opèrent alors les changements les plus remarquables. Elle acquiert de plus en plus de consistance, et devient successivement cartilagineuse et osseuse.
Durée. — D’après ce qui vient d’être dit , la durée des engorgements durs de l’utérus est indéterminée.
Terminaison. — Des engorgements peu considérables peuvent se résoudre spontanément, si la femme se trouve placée au milieu des conditions hygiéniques convenables, et surtout éloignée des causes qui ont déterminé et entretenu l’engorgement. Dans le cas contraire, et si l’on ne s’est pas rendu maître de l’altération , si l’on ne l’a pas combattue à temps, et fait disparaître par des moyens convenables, elle tend le plus souvent, quelle qu’en soit d’ailleurs la nature, à marcher vers des altérations profondes. L’induration passe à l’ossification ou se change en squirrhe; celui-ci se ramollit, la matière cérébriforme s’y joint, l’ulcération s’établit et s’étend; et de cette combinaison d’altérations avancées résulte le cancer confirmé ou incurable.
On ne peut guère compter pour les engorgements ou autres altérations de l’utérus, comme pour les mêmes affections dans les organes externes, des mamelles, par exemple, sur le sphacèle des parties malades et la séparation spontanée des parties saines dans lesquelles s’est établie une inflammation aiguë salutaire. Cette heureuse terminaison n’est possible et n’a été observée que dans les cas de précipitation delà matrice hors de la vulve. De là est née l’idée première de la possibilité de pratiquer l’extirpation de cet organe.
Pronostic. — Méconnus dans leur nature, et partant traités sans règles , les engorgements durs de l’utérus ne pouvaient que se terminer, en général, d’une manière fâcheuse; aussi les auteurs portent-ils un pronostic trèsgrave sur ce genre d’affection. Plus heureux, nous avons éprouvé que ces engorgements sont susceptibles de guérison, et nous pouvons fonder sur une masse assez imposante de faits un pronostic à beaucoup près moins défavorable.
Tout engorgement général ou partiel, qui a lièu chez .les filles , et succède aux causes qui troublent la menstruation; ceux qui se développent plus ou moins immé-
diatement après V accouchement précoce ou à terme , sont presque sans exception aucune, susceptibles de résolution, qu’ils soient dus à une métrite chronique, à un état d’induration, ou qu’ils offrent des signes qui fassent présumer leur nature squirrheuse.
Le pronostic est plus fâcheux pour les engorgements qui se développent ou augmentent chez les femmes , sur le retour de l’âge. Néanmoins, il n’est pas impossible de les guérir, ou du moins de les rendre stationnaires.
Les engorgements qui naissent après l’époque critique sont en général incurables; mais par la lenteur de leur marche et de leur développement, ils ne font pas courir de dangers immédiats aux malades.
Les engorgements qui en se développant, restent durs, sans inégalités, qui n’occasionnent ni douleurs insupportables , ni dérangements notables dans les fonctions , soit générales, soit des organes voisins, doivent inspirer moins de crainte pour leur terminaison fâcheuse , que ceux qui se couvrent de bosselures molles qui font éprouver des élancements vifs et profonds. Pour ceux-là la transformation prochaine en cancer ulcéré n’est pas douteuse.
Le pronostic est moins grave pour l’engorgement borné au col de l’utérus, que pour celui qui affecte l’organe tout entier .
L’engorgement qui a com mencé par un ou plusieurs petits tubercules peut être considéré comme étant essentiellement squirrheux; le pronostic est funeste.
Traitement des engorgements durs de la matrice.
Que l’engorgement dur de l’utérus soit formé par une phlegmasie chronique, avec induration. ou qu’il soit dû à un état squirrheux, les indications thérapeutiques nous paraissent devoir être les mêmes dans les deux cas.
Rappelons-nous que ces deux états pathologiques sont le résultat d’une sorte d’exagération delà vitalité du tissu fibro-cellulaire , trame fondamentale des tissus accidentels, comme des tissus naturels; exagération simple , comme dans toute phlegmasie pour l’induration , avec altération spéciale pour le squirrhe.
Rappelons-nous que tous deux sont formés par une matière plus ou moins concrète , déposée dans les mailles et les interstices du tissu malade, et que cette matière est fournie parle sang, soit par un acte de sécrétion, comme probablement dans l’induration, soit par un acte de nutrition anormale , comme pour le squirrhe.
Les indications thérapeutiques, déduites de cette manière d’envisager ces altérations or-
ganiques, doivent donc, en dernière analyse, avoir pour but :
1° D’écarter ou d’éloigner de l’organe malade les éléments matériels de l’altération ;
2° De modifier ou de détruire l’exagération des fonctions sécrétoires ou nutritives par lesquelles ces éléments sont séparés du sang et assimilés à l’organe affecté ;
3° De provoquer, ou favoriser la résorption de la matière morbide déposée.
première indication. — Écarter ou éloigner
de l’organe malade le s éléments matériels
de l’altération.
Comme tous les êtres organisés, l’économie humaine est soumise au double mouvement de composition et de décomposition. Il est aussi d’observation que ces deux mouvements existent dans des rapports inverses, de manière que plus l’un est actif, plus l’autre se trouve ralenti; autrement le corps ou les organes qui le composent ne changeraient point de volume ni de dimension.
Les tissus accidentels paraissent aussi bien, soumis à cette loi ou^règle générale, que les tissus naturels : nous en avons déjà fourni des preuves; de nouveaux témoignages surgiront des considérations que nous présenterons à ce sujet.
Or, tout ce qui peut arrêter ou entraver le mouvement de composition doit faire prévaloir le mouvement de décomposition ; donc en privant l’économie des sources du renouvellement de ses éléments organiques , naturels ou accidentels, on provoquera l’activité du mouvement de décomposition, d’où résultera l’amaigrissement des tissus naturels et l’atrophie des tissus accidentels, qui sont le produit d’une sorte de nutrition anormale : ou bien , si les altérations sont formées par sécrétion ou exhalation , la suppression des éléments de renouvellement ou d’entretien devra avoir pour effet d’en arrêter le développement ultérieur.
On considère à juste titre le sang comme le stimulant naturel des organes, et principalement des fonctions nutritives et sécrétoires dans l’état physiologique , et à plus forte raison n’exerce-t-il pas celte action plus activement dans les états pathologiques. Il n’est pas moins certain que c’esL ce fluide qui fournit, ou que c’est dans lui que sont puisés les matériaux des altérations organiques, qu’ils en soient séparés par un acte nutritif, ou par un acte sécrétoire. Il est évident qu’en élevant i ou en modifiant cette source des éléments | pathologiques, on obtiendra pour premier ! résultat la suspension du développement de l’altération organique , première condition indispensable avant d’arriver à d’autres résultats.
MALADIES DE L’UTÉRUS
Aussi est-ce parmi les modificateurs de la circulation ou de la composition du sang, que se trouvent les moyens propres à remplir la première indication du traitement des engorgements durs de l’utérus, comme de toute altération organique par excès.
On tarit, si je puis m’exprimer ainsi, ces sources matérielles des altérations organiques, i° en soustrayant du sang de la masse générale, par les émissions sanguines opérées par la lancette, par les sangsues et par les scarifications avec ventouses ; 2° en dégorgeant directement le système vasculaire de la partie malade, par l’application immédiate de ! sangsues; 3° en modérant l’activité delacir- j culation, soit d’une manière générale comme j par l’usage des boissons tempérantes, de la i digitale, du nitrate de potasse, par le repos ab- ! solu ; soit particulièrement de l’organe malade, en donnant, par exemple , au corps , j une position horizontale, ou inclinée de manière que la région affectée se trouve sur un plan plus élevé que le reste du corps; 4° en appelant ou dirigeant plus spécialement l’ac- 1 livilé circulatoir e sur d’autres parties , vers d’autres régions plus ou moins éloignées ; effet que produisent les saignées locales , dérivatives, les ventouses sèches, les frictions cutanées, les bains chauds, les sinapismes, etc.
Outre ces modificateurs de la circulation, l’art possède les moyens d’agir sur la composition même du sang. En première ligne se range la diète, qui prive ce fluide du renouvellement de ses éléments réparateurs; viennent ensuite les excitants des diverses sécrétions naturelles qui, parleur abondance, soustrayentau sang une partie de ses matériaux, et le rendent moins propre à fournir aux sécrétions anormales ou aux nutritions pathologiques : ainsi les vomitifs et surtout les purgatifs, les diurétiques , les diaphoniques et les excutoires.
Enfin il est des substances auxquelles on a cru reconnaître la propriété de modifier ou d’altérer le sang, et principalement d’agir chimiquement sur ceux des éléments organiques de ce fluide qui paraissent plus spécialement concourir à la formation des engorgements chroniques , ou qui constituent, même essentiellementceuxde ces éléments matériels dont ils sont le plus ordinairement formés; savoir : l’albumine , la fibrine et la graisse, comme le prouvent les analyses chimiques. Nous citerons la potasse et ses préparations savonneuses dont l’usage prolongé rend évidemment le sang diffluenl et pauvre en matériaux organiques.
Reprenons en sous-œuvre les principaux de ces agents modificateurs de la circulation et de la composition du sang , et faisons connaître le mode particulier de leur action dans les engorgements durs de l’utérus, et les rè-
gles que l’on doit suivre dans les applications spéciales aux diverses altérations qui les constituent.
J’observerai que le traitement des affections cancéreuses, du moins de celles qui procèdent des altérations simples qui nous occupent maintenant, reposant sur les mêmes bases que celles-ci, nous serons souvent obligé de parler, par anticipation, de son application à ces affections.
1° Émissions sanguines. Les émissions sanguines aidées de précautions hygiéniques qui seront rappelées ailleurs, ont dans un certain nombre de cas, et sans autres moyens thérapeutiques, amené la fonte d’engorgements utérins, qui, par leur gros volume, leur forme, leur dureté, les douleurs dont ils étaient le siège, auraient pu être considérés comme étant de nature squirrheuse, et qui paraissaient conséquemment devoir être incurables, ou ne pouvoir être détruits que par un traitement chirurgical.
A plus forte raison doit-on compter sur les succès lorsque l’engorgement est évidemment le résultat d’une mélrite chronique.
En outre l’observation attentive des faits prouve que dans tout engorgement dur quelconque l’état inflammatoire, qu’il soit primitif ou consécutif, essentiel ou symptomatique, aigu ou chronique, oppose un obstacle insurmontable à l’action des résolutifs les plus puissants, des fondants les plus héroïques. Non-seulement ces médications échouent alors, mais souvent encore elles ne produisent que des effets fâcheux et tout opposés à ceux qu’on se promettait de leur emploi. Or, comme dans la majorité des cas d’engorgements durs, il y a eu phlegmasie essentielle ou complication de cet état pathologique, c’est à le détruire que doivent tendre les premiers efforts du médecin avant de passer à d’autres moyens thérapeutiques.
La médication antiphlogistique, à la tête de laquelle sont les émissions sanguines, sera donc toujours, ou à très-peu d’exceptionsprès, le traitement curatif essentiel pour quelques engorgemenlsdursde l’utérus, et le traitement préparatoire indispensable pour touslesau très.
Cette règle de conduite pratique n’est pas seulement nécessairement applicable aux engorgements chroniques de l’utérus, elle l’est également à la plupart des altérations organiques sous forme d’engorgements, quel que soit leur siège. Je suis convaincu que si les altérations viscérales ou autres désignées sous les noms de squirrhe, d’induration, de tumeurs splanchniques ou viscérales, d’obstructions, etc., résistent aussi souvent aux traitements qu’on leur oppose, c’est parce qu’on n’insiste pas suffisamment sur la nécessité de cette règle générale, ou qu’on en néglige Inapplication.
Ainsi les émissions sanguines ne peuvent, dans les cas d’engorgements durs de l’utérus, que produire de bons effets lorsqu’on les emploie en temps opportun et avec discernement. Elles détruisent ou détournent la congestion sanguine et lemouvement fluxionnaire qui alimentent l’altération, et entretiennent la surexcitation vitale qui préside à son'développement.Aussivoit-on après ces premiers résultats obtenus, la plupart des engorgements, s’ils ne disparaissent pas parla seule influence de celte médication, céder avec facilité à l’action des autres moyens résolutifs, même moins énergiques, tandis qu’auparavant les plus héroïques n’avaient fait qu’aggraver le mal.
C’est principalement dans les engorgements de l’utérus, quelle qu’en fût la nature, que j’ai vu l’application de cette méthode féconde en avantages.
Le nombre des saignées que l’on doit faire, la quantité de sang qu’il faut tirer, seront relatifs à l’âge, au tempérament, à la force du sujet, et basés sur le degré de prédominance des phénomènes congestifs ou phlegmasiques locaux et sur l’état de la réaction générale.
De petites saignées de deux à trois palettes, mais souvent répétées, sont infiniment préférables à des saignées plus abondantes et moins fréquentes. Par ce moyen de produire ou d’entretenir une dérivation plus soutenue, on contrebalance avec plus de succès le mouvement fluxionnaire ou congestif qui tend à perpétuer* ou accroître l’engorgement. On ménage aussi bien mieux des forces suffisantes pour que les malades puissent supporter la longueur quelquefois inévitable du traitement, forces qui ne seront pas moins utiles à une période plus avancée, pour entretenir ou exciter une réaction avantageuse. Le moment le plus favorable pour la saignée est quelques jours avant l’époque probable des règles et plus ou moins immédiatement après.
Avant cette époque la saignée modère le raolimen menstruel, le mouvement congestif que nous avons dit être cause de l’exacerbation des accidents et des progrès de l’engorgement dans la plupart des cas.
Après cette époque la saignée détruit la congestion que la fluxion menstruelle a pu laisser subsister dans l’organe malade, et qui ne peut qu’ajouter à l’engorgement, en favoriser les progrès ultérieurs et s’opposer à l’action des autres moyens résolutifs.
Est-il nécessaire de dire que pour rendre la saignée le plus dérivative possible, elle doit être pratiquée aux bras, préférablement aux pieds? La diminution et même la suppression complète des menstrues n’apportent pas de contre-indication à cette règle, car ce n'est pas parce que le sang ne se porte pas à Kulérus que la menstruation est troublée dans le cas d’engorgement, mais parce que la maladie
ôte à l’organe la faculté de se débarrasser de ce fluide si la saignée du pied produisait l’effet sur lequel on se fonde pour la préférer (l’appel du sang vers l’utérus). 11 est évident qu’en excitant celle fluxion on n’obtiendrait par ce moyen d’autre résultat que d’augmenter l’engorgement. Ces réflexionss’appliquenl également à l’apposition des sangsues à la vulve où à l’anus employée dans les mêmes inlenlionsquela saignée du pied. Est-il donc étonnant que ces opérations manquenLsi souvent le but qu’on se propose de leur emploi, le rétablissement delà menstruation?
Au contraire, et les faits que nous avons déjà rapportés et ceux que nous citerons par la suite le prouvent, la saignée du bras pratiquée peu avant l’époque menstruelle, rend l’excrétion sanguine plus facile et plus abondante.
Dans les cas de suppression des règles, alors et depuis aveuglément considérés comme un état pathologique essentiel , Pasta ne pratiquait la saignée du pied qu’après deux ou trois saignées du bras. La diminution de la masse du sang a rendu , par ces précautions préalables, la congestion utérine moins à craindre, et la saignée du pied peut, comme l’aurait probablement fait celle du bras réitérée, favoriser la résolution définitive de l’engorgement. C’est de cette manière que Mercatus obtint un succès frappant de la saignée du pied dans un cas donné comme exemple d’aménorrhée, mais dans lequel on reconnaît tous les signes indiquant d’une manière positive l’existence d’un engorgement de l’utérus.
La saignée n’est pas seulement un des meilleurs moyens curatifs des engorgements utérins, elle peut prévenir leur formation et leur développement ultérieur.
Si l’on pratiquait des saignées peu abondantes, mais répétées aux approches de l’âge critique, ne pourrait-on pas détourner la tendance aux fluxions utérines désormais anormales , et conséquemment prévenir les engorgements qui résultent souvent de ces congestions, qui ne trouvent plus dans l’excrétion sanguine , désormais empêchée par suite des changements que l’âge opère dans l’organisation de la matrice, un émonctoire naturel, et par là un moyen spontané de résolution? Do petites saignées répétées et juste suffisantes pour ne pas permettre des stases ou fluxions sanguines locales, ne sauraient occasionner un affaiblissement préjudiciable à la santé des femmes, et pourraient prévenir le développement d’altérations redoutables.
Cette précaution prophylactique est surtout indiquée chez les femmes, qui, par leur tempérament, leur constitution, par des antécédents particuliers ou par quelques symptômes actuels, paraissent offrir des prédispositions aux engorgements et autres altérations organiques de la matrice.
MALADIES DE L’UTÉRUS
2° Ventouses scarifiées. Les ventouses scarifiées promenées sur les reins, le bas-ventre, voir même sur les cuisses, ajoutent à l’effet dérivatif de la saignée qu’elles opèrent, et peuvent être employées avec avantage.
5° Sangsues. On obtient des effets analogues par les sangsues appliquées sur l’hypogastre, les lombes, les reins ; il faut beaucoup de réserve dans leur application aux cuisses, aux aines, aux grandes lèvres, ou à l’anus. Il convient alors d’en mettre une quantité suffisante pour obtenir une forte saignée; autrement, l’on pourrait manquer son but, ou exciter encore davantage la fluxion pelvienne. Le développement ou la propagation de l’inflammation aux annexes de l’utérus, extension qui se dévoile parles douleurs dans les régions iliaques et hypogastriques , la sensibilité et la tension de ces parties, indiquent l’emploi des sangsues sur ces régions.
Sangsues sur le col de l’utérus. — J’appellerai l’attention des praticiens sur l’application des sangsues au col de l’utérus, moyen dont j’ai obtenu les plus heureux effets dans les cas d’engorgement, soit du corps, soit du col de l’organe, alors même que tout faisait présumer leur nature squirrheuse et qu’ils avaient déjà résisté aux traitements ordinairement indiqués contre cette redoutable affection. La rapidité avec laquelle la résolution s’opère alors, est telle, dans certains cas, qu’il faut en avoir été le témoin pour n’être pas tenté d’accuser de prévention ou d’exagération celui qui énoncerait de pareils faits.
Le premier effet de l’application des sangsues au col de l’utérus, effet qui a constamment lieu, quand même la maladie n’est pas de nature à pouvoir guérir, ou dans les cancers confirmés eux-mêmes, c’est de calmer comme par enchantement les douleurs sacrolombaires, les élancements, enfin toutes les sensations pénibles qui sont les compagnes ordinaires des altérations profondes de la matrice.
Le nombre des sangsues doit être proportionné au volume de l’engorgement, au degré de prédominance des symptômes inflammatoires et à l’état général des forces. Je remarquerai cependant, que cette saignée directe produit moins de faiblesse, toute proportion gardée que la saignée générale; aussi peutelle être employée dans les cas où celle-ci pourrait paraître préjudiciable, comme dans les derniers degrés du cancer, par exemple.
Observons qu’en général les accidents les plus insupportables des affections cancéreuses de l’utérus, sont moins le résultat de ces maladies elles-mêmes que de l’inflammation qui peut s’y développer ou qu’elles déterminent. Ainsi les squirrhes comme les masses encéphaloïdes ramollies, ne s’ouvrent, pour devenir ulcérés, qu’après que l’inflammation
s’y est développée, comme le prouvent les phénomènes qui accompagnent ce travail éliminatoire et la nature des matières qui s’échappent. C’est alors surtout que se manifestent ces douleurs atroces qui caractérisent les progrès des cancers, ou quelquefois en décèlent l’existence jusque-là inaperçue; eh bien ! dans ces cas les sangsues appliquées sur la tumeur en travail, arrêtent l’inflammation, suspendent les douleurs qu’elle avait occasionnées ou exaspérées et peuvent ainsi retarder la marche de la maladie , éloigner l’époque fatale de sa funeste terminaison.
Dans les cas d’ulcères cancéreux, il est aussi d’observation que la maladie n’envahit les parties voisines qu’après y avoir développé l’inflammation sous forme de bourrelets, d’engorgements dont la couleur rouge et la sensibilité douloureuse attestent la nature inflammatoire. Dans ces cas encore, les sangsues appliquées sur ces parties, arrêtant l’inflammation, font cesser par conséquent les douleurs qu’elle produisait, etpeuvent encore suspendre la marche envahissante de l’ulcère.
Ainsi donc, les sangsues appliquées sur le mai lui-même provoquent sa guérison ou fournissent dans les altérations incurables un l des plus puissants palliatifs que l’art possède.
Ce n’est pas seulement quand l’engorgement occupe le col utérin qu’elles conviennent; elles ne produisent pas de moins bons effets dans les engorgements de l’utérus lui-même.
Procédés et règles à suivre dans Vapplicationdes sangsues au col de l’utérus. Lorsque la matrice est basse, et qu’en écartant les grandes lèvres on aperçoit son col, on peut faire une application immédiate de sangsues. Un hasard m’a fourni l’occasion de faire cette application sans le vouloir, et non sans quelques inquiétudes sur les suites qu’elle pourrait avoir. Je n’ai pas su pour lors tirer parti pour ma pratique des résultats heureux et inattendus qu’elle produisit. 11 était réservé à l’imagination praticienne de M. Récamier dé prévoir les avantages qu’on pourrait obtenir de ce moyen précieux.
Dans les autres cas où l’utérus occupe sa place normale , le spéculum sert à mettre le col del’ulérus à découvert et à porter les sangsues jusque sur celte partie.
Quand on a placé l’instrument comme dans l’exploration , et de manière à ce que la circonférence de son ouverture embrasse exactement et exclusivement le col, afin que les sangsues ne mordent pas au delà, on injecte à grande eau pour nettoyer ces parties des matières qui , par leurs qualités, pourraient empêcher les sangsues de prendre.
On les introduit dans le tube, on les pousse et on les maintient près du col, en enfonçant après elles un bouchon ou lampon de linge
afin qu’elles ne sortent pas ; on enlève le tampon dès que les sangsues sont attachées.
Elles s’attachent ordinairement très-promplemenl. Au grand étonnement des malades, les piqûres et la succion sont à peine senties; quelquefois cependant les malades, pendant celte opération qu’elles redoutent beaucoup à cause de l’état habituellement douloureux de l’utérus malade, ressentent dans la région sacrée et le bassin du chatouillement, de la chaleur et des élancements vifs, mais toutes ces sensations sont aisément supportables.
En dix ou douze minutes les sangsues ont pris, se sont gorgées et tombent; elles se glissent et échappent hors du spéculum, ou bien on les en retire avec les doigts ou avec une pince à pansement. Enfin on fait quelques injections à grande eau, puis on retire l’instrument.
J’ai cru remarquer que quand l’engorgement paraissait être de nature squirrheuse par sa dureté, son ancienneté, la blancheur de la tumeur, les piqûres saignaient très-peu après la chute des sangsues, et que quand au contraire le col de l’utérus était coloré, d’une dureté modérée, en un mot quand l’engorgement était plus inflammatoire qu’induré, la saignée était plus abondante, et pouvait même devenir inquiétante. Mais il est facile de se rendre maître du sang par le tamponnement. Presqueconstamment aussi l’écoulement sanguin se montre de plus en plus abondant à mesure que les premières applications en ramenant le tissu de l’utérus à son état anatomique naturel, le rendent plus perméable au sang.
Il faut avoir égard à toutes ces circonstances pour se déterminer sur le nombre de sangsues àappliquer. Le plus que nous en ayons mis ne dépassait pas douze à la fois ; six à huit suffisent le plus souvent pour produire une saignée assez copieuse : on diminue ce nombre dans les applications subséquentes.
On a dit que les piqûres de sangsues sur un col utérin engorgé ne se cicatrisaient pas, qu’elles restaient béantes, sans toutefois s’ulcérer. J’avoue qu’il m’a été impossible de revoir les traces des piqûres des premières sangsues lorsque je répétais plus tard les applications; mais ceci pourrait bien résulter du retrait de la partie engorgée qui amène nécessairement une diminution proportionnée dans l’étendue des piqûres, comme on voit des incisions profondes sur une partie tuméfiée, la langue, par exemple, être réduites en divisions linéaires imperceptibles après le dégorgement.
Les succès inespérés que j’ai obtenus de l’application des sangsues au col utérin dans les engorgements, non moins que dans les altérations plusprofondes et plus avancéesde l’utérus , m’autoriser.t à placer ce moyen en
tête de ceux qu’on a préconisés contre ces redoutables maladies. La guérison des unes, le soulagement des autres, ont été en grande partie dus à ce moyen. Il ne faut pas cependant négliger les autres moyens thérapeutiques qui, en général, aident à l’efficacité de celui-ci, ou qui dans quelques cas, produisent des effets avantageux que l’on n’aurait pu obtenir de la saignée locale.
Toutefois on ne doit avoir recours à l’application des sangsues sur le col de l’utérus , qu’après avoir pratiqué une ou plusieurs saignées générales ou dérivatives, afin de prévenir les congestions consécutives qui rendraient alors l’emploi de ce moyen plus préjudiciable qu’utile.
2° Régime , diète, abstinence , cura famis. Depuis longtemps on a observé que l’abs tinence des aliments avait sur les altérations organiques sous forme d’engorgement , et quelle qu’en fût d’ailleurs la nature, une action résolutive remarquable. Aussi quelques médecins ont-ils fait de ce moyen la base essentielle, ou même le traitement exclusif de ces maladies. On a donné à ce mode de traitement le nom de cura famis ; nous dirons que dans les cas où on a obtenu de l’usage de la ciguë, de l’aconit et autres médicaments prétendus résolutifs, des succès contre les affections squirrheuse etcancéreuse,unegrande partie peut être revendiquée en faveur du régime sév ère, de la diète rigoureuse employés en même temps. Ce qui paraît le prouver, c’est que l’usage exclusif et sans précautions diététiques de ces médicaments héroïques, amène bien rarement les résultats marqués, tandis que sous l’influence de la diète seule et sans le secours d’aucun moyen thérapeutique, on a vu des engorgements revêtus de tous les caractères du squirrhe, se fondre et guérir.
En appauvrissant le sang, l’abstinence doit nécessairement suspendre le développement des engorgements, parce qu’ils ne trouvent plus dans ce fluide de matériaux suffisants pour leur alimentation et que d’une autre part il a perdu proportionnellement de ses propriétés stimulantes propres à entretenir l’excitation anormale, principe de l’altération. Jusque-là, on conçoit que la maladie a pu être rendue stationnaire. Mais comment s’opère la fonte, la résolution subséquente? N’est-ce pas par suite de celte loi organique par laquelle le mouvement de composition étant arrêté , celui de décomposition n’en continue pas moins, quelquefois même avec plus d’activité ; ou par suite de celte autre loi équivalente que l’action sécrétoire étant suspendue dans un organe ou un tissu, la faculté résorbante se développe ou devient plus active? Les phénomènes que produit l’abstinence viennent confirmer ces assertions.
Un résultat constant de l’abstinence sévère
MALADIES DE L’UTÉRUS
et prolongée est l'amaigrissement. 11 porte I d’abord sur le tissu cellulaire ou adipeux , d’où résulte l’amaigrissement proprement dit, et plus tard sur tous les tissus mous , et notamment sur le système musculaire à fibres rouges , ce qui constitue le marasme ou l’atrophie.
Ainsi l’abstinence a pour effet premier et immédiat la résorption des produits naturels de l’exhalation ou de la sécrétion du tissu cellulaire ; savoir : la sérosité et la graisse. Elle agit donc en excitant la faculté résorbante de ce tissu, ou plutôt en lui rendant toute la plénitude delà faculté absorbante dont il est doué.
Or, admettons-nous que quelques engorgements résultent de l’infiltration , ou de l’épanchement, ou du dépôt d’éléments organiques anormaux plus ou moins concrets , à la place de la graisse qui remplit les mailles du tissu fibro-cellulaire, ou de la sérosité qui en lubréfie naturellement les interstices, comme il paraît en être ainsi pour les engorgements par induration, par exemple? On conclura dès lors que l’abstinence pourra tout aussi | bien rappeler ou faire prédominer la faculté résorbante dans cette portion malade du tissu fibro-cellulaire, que dans le système tout entier , et que la résorption s’opérera là sur les produits anormaux de ce tissu , comme elle opère ici sur les produits physiologiques.
Par la prolongation de l’abstinence, les tissus parenchymateux dépérissent à leur tour. Les rapports entre les mouvements de composition et de décomposition sont changés. Le premier s’arrête par défaut de matériaux réparateurs , le second marche toujours; les organes s’atrophient. Ceteffet s’observe d’une manière plus marquée encore dans les organes en lesquels il y avait excès anormal de nutrition , en un mot hypertrophie. Il semble même que ce soit par eux que la nature conservatrice commence l’atrophie, laquelle paraît localement se consommer dans la partie malade avant de devenir générale; et en effet le cura famis , appliqué au traitement de l’hypertrophie du cœur, par exemple, ramène souvent cet organe à ses proportions naturelles avant d’avoir produit un marasme proportionnel dans toute l’économie.
Or , en admettant que quelques-unes des altérations organiques, sous forme d’engorgement, sont le résultat d’une nutrition anormale , d’une hypertrophie, soit simple , soit par aberration plus ou moins spéciale , on concevra comment le mouvement de composition y étant arrêté par le fait de l’abstinence, le mouvement de décomposition , auquel ces altérations ne sont pas moins soumises que les autres parties de l’économie , comme nous l’avons démontré par des faits à l’appui desquels nous aurons bientôt l’occasion d’en apporter de plus concluants encore; ce mouve-
ment de décomposition, dis-je, continuant, amènera nécessairement la fonte, la résolution de l’engorgement.
Ainsi donc , que les altérations organiques soient le résultat d’une nutrition parenchymateuse exagérée ou altérée, ou le produit d’une sécrétion anormale, l’abstinence peut en opérer la guérison. Des faits nombreux pourraient au besoin être extraits des archives de la médecine, pour prouver cet heureux effet de l’abstinence.
Le cura famis deviendra donc, entre les mains du praticien, un moyen précieux contre les engorgements durs de l’utérus, comme il l’a été contre les affections squirrheuses des autres organes.
On peut éviter de soumettre les malades à une diète par trop rigoureuse, ou trop longtemps prolongée, en faisant concourir avec ce moyen quelques autres capables d’en seconder et d’en activer les résultats : tels, par exemple, que les sédatifs, les saignées, etc.
Dans tous les cas d’affections chroniques, il j pourrait être dangereux de soumettre trop brusquement les malades à une diète rigoureuse ; il convient de n’y arriver que par gradation. 11 faut du reste proportionner le régime à l’état général des forces, aux habitudes, au degré d’intensité ou de ténacité de l’altération.
Les aliments que l’on permet doivent être choisis parmi les plus doux pour ne point éveiller la stimulation des organes, eten même temps les moins substantiels et les plus faciles à digérer. Le régime lacté complet nous a paru généralement le plus convenable. Si la malade ne peut le supporter, on la nourrit avec de légers potages ou bouillon de poulet ou de veau, ou bouillon d’herbes; des fruits cuits ou crus; des légumes herbacés; des racines pulpeuses ou charnues, du lait caillé, du fromage blanc, des œufs frais, du poisson ; on permet peu de pain , on le remplace par quelques échaudés.
La privation de toute boisson fermentée, de toute liqueur alcoolique au spiriiueuse, ou aromatique doit être rigoureuse.
Repos. — Position. Par sa situation dans la partie la plus déclive de l’abdomen, par sa mobilité, suite de la laxi,té des soutiens qui la maintiennent au milieu de l’excavation du bassin, la matrice se trouve exposée à ressentir, plus que tout autre organe, les secousses et les commotions que produisent la marche, la course, le saut, la danse, les exercices du cheval ou en voiture mal suspendue. Nous avons dit qu’une chute sur les pieds, les genoux ou les fesses , pouvait imprimer à cet organe une commotion assez forte pour occasionner son engorgement.
Quand celui-ci existe déjà, les effets de ces causes sont plus à craindre; elles doivent
tendre à augmenter l’étal pathologique déjà existant.
Il convient donc de prescrire aux femmes en traitement un repos absolu dans une position horizontale, et même le bassin tenu plus élevé que le reste du tronc. Ces précautions ! ont pour objet de prévenir les stases et les congestions passives de l’utérus ; elles sont aussi indiquées dans les cas où cet organe est descendu, et suffisent toujours alors pour le faire remonter. On en obtient doncce premier avantage, de voir disparaître les sensations pénibles de tiraillements dans les reins et de pesanteur sur le rectum, résultant de la descente de la matrice.
Comme, dans ces affections, les malades sont souvent tourmentées par des sensations de chaleur insupportables dans les reins, le siège ou le dos, et que la position couchée tend à produire et à augmenter ces sensations pénibles, on prévient en partie ces inconvénients en les couchant sur un sommier de crin, et en composant avec de la paille d’avoine le coussin qui doit tenir le bassin élevé. C’est dans ces cas que l’on se trouve bien sur des matelas ou coussins en tissus imperméables aérifères; l’usage d’un hamac nous semble ! très-convenable en raison des oscillations qui tiennent la malade dans un état permanentde fraîcheur, et lui procurent un sommeil qu’on ne pourrait peut-être obtenir par les sédatifs.
Évacuants. Nous comprenons sous ce titre toutes les médications qui ont pour effet de rétablir les sécrétions ou excrétions supprimées, ou de les augmenter.
Ils peuvent être un très-bon moyen pour enlever au sang une certaine quantité de ses matériaux, pour contre-balaneer et détruire l’activité de la circulation capillaire de l’utérus malade, en la disséminant et la reportant sur d’autres organes. Sous ce rapport les boissons diapborétiques, diurétiques et délayantes ou laxatives, sont indiquées dans le traitement des engorgements don t nous nous occupons.
On pourrait penser que les vomitifs seraient capables d’exercer une sorte de dérivation générale par l’ébranlement qu’ils produisent dans toute l’économie; mais outre que les médications violentes et promptes ont trèspeu d’influence sur les états pathologiques chroniques, il serait à craindre que les secousses imprimées à la matrice par les efforts du vomissement, n’augmentassent la maladie dont elle est affectée.
Comme les purgatifs violents administrés par les voies supérieures et en lavements , provoquent dans les intestins une irritation qui peut se propager par la contiguïté d’une manière désavantageuse à l’utérus , ce n’est qu’avec réserve qu’on doit y avoir recours . Les minoratifs légers conviennent seuls, e n j
général , pour combattre et prévenir une constipation toujours défavorable dans le cas de maladies utérines.
Dérivatifs. — Les dérivatifs extérieurs concourent avantageusement avec les autres moyens à favoriser la résolution des engorgements de l’utérus. On promène des sinapismes sur la surface extérieure du corps ; on fait porter des vêtements de flanelle à la malade; on pratique des frictions sèches ou animées par quelque liniment alcalin ; on couvre les régions sacro-lombaires de ventouses sèches ou scarifiées, ou on applique sur ces parties un large emplâtre de poix de Bourgogne simple ou stibiée ; des moxas, des cautères temporaires , des sétons peuvent être aussi établis au voisinage du bassin.
Si la malade a été au trefois affectée de rhumatisme , de maladies cutanées, il est bon ; d’établir, sur ou près des parties qui en étaient le siège , des exutoires permanents. Ceux-ci conviennent, dans tous les cas pour contre*' balancer la tendance aux récidives.
deuxième indication.— Modification de l’innervation.
j Les médications qui précèdent suffisent quelquefois pour , en privant le tissu affecté de ses stimulants ordinaires, le sang et ses éléments, faire disparaître l’exagération de sa vitalité , et la ramener à son état normal. On peut et l’on doit cependant faire concourir au traitement, les médicaments essentiellement propres à détruire cette exagération. C’est parl’intermède des modificateurs del’innervalion que l’on influe artificiellement sur la vitalité de l’organe altéré , comme c’est par l’intermède de la circulation et du sang que l’on agit sur les matériaux de l’altération.
L’influence de l’innervation ou des nerfs dans les affections squirrheuses, même ulcérées, a été signalée par quelques auteurs; mais comme ils n’ont établi leurs opinions que sur une interprétation contestable de faits I peu positifs, elle a été combattue et rejetée par le plus grand nombre.
Au reste , je crois que c’est à tort que l’on attribue à la ciguë et ses congénères la puissance de produire, par une action spéciale, la fonte et la résorption des matières qui forment les engorgements squirrheux cérébriformes et tous les autres désignés par le nom d’obstructions. Je ne reconnais pas non plus dans ces substances, une propriété spéciale d’exciter la faculté résorbante de ces tissus affectés. Je pense plutôt que ces médicaments agissent exclusivement sur le système nerveux, et qu’ils ont pour unique effet de ramener l’innervation exagérée ou altérée du tissu malade à son degré physiologique ; condition nécessairepour qu'en perdant sa
MALADIES DE L’UTÉRUS
faculté sécrétoire anormale ce tissu récupère sa faculté absorbante physiologique.
Lorsque je parlerai des résolutifs proprement dits, je trouverai l’occasion toute naturelle de revenir sur cette assertion, et de lui donner les développements suffisants pour faire passer dans l’esprit des lecteurs ma conviction.
Quoi qu’il en soit, la ciguë est de toutes les substances appartenant aux modificateurs de l’innervation, celle dont on a généralement obtenu le plus d’effets avantageux dans le traitement des engorgements squirrhiformes et des affections cancéreuses en général. M. Récamier, dont le nom se présente toutes les fois que l’on traite de ce sujet, a expérimenté et reconnu que l’extrait de ciguë préparé à la vapeur acétique ou alcoolique, jouissait de propriétés résolutives plus actives , et qu’ainsi préparé, il n’avait pas les inconvénients attachés à l’usage des extraits ordinaires qui fatiguent l’estomac et en troublent les fonctions. L’extrait préparé à la vapeur semble au contraire remonter le tonde l’estomac et rétablir les digestions si souvent dérangées dans ces cruelles maladies.
En résumé : i° Le traitement débilitant ou antiphlogistique, ayant pour but de faire prévaloir le mouvement de décomposition sur celui de composition îles altérations organiques, en diminuant ou tarissant la source des matériaux qui entrent dans leur formation et de rendre en même temps à la faculté absorbante du tissu altéré toute son activité, en réduisant l’exagération vitale qui préside à leur développement; ce traitement , dis-je, est essentiellement indiqué dans les engorgements durs de la matrice, quelle que soit d’ailleurs ia nature des altérations qui les constituent.
Il opère seul la guérison lorsque les engorgements sont le résultat d’une inflammation.
Il convient, dans la presque universalité des cas, pour disposer la partie altérée à recevoir avec avantage l’action des autres médications, et principalement des résolutifs et des fondants proprement dits. Le traitement antiphlogistique forme alors partie préparatoire indispensable ou auxiliaire obligée des autres méthodes de traitement.
Enfin, c’est encore lui qui fournit en général les moyens les plus efficaces pour, dans les cas où l’altération porte un caractère d’incurabilité, en arrêter la marche et modérer plusieurs des symptômes qui sont les plus redoutés de celte maladie. Ainsi, il arrête la complication inflammatoire qui, le plus ordinairement, est le moyen d’extension de l’altération des parties affectées à celles qui étaient encore saines, ou qui en marque ou active les transformations redoutables, ou rend trèsdouîoureuxdes engorgements squirrheux, auparavant indolents.
2° Le traitement sédatif ou stupéfiant peut, en déprimant l’exaltation ou l’exagération vitale qui préside à la formation des engorgements durs de l’utérus, ou des altérations qui le constituent, arrêter leurs développements, et en laissant à la faculté absorbante du tissu altéré tout son empire, favoriser la résolution. Mais l’obligation dans laquelle on est de n’administrer que les médicaments qui composent les médications sédatives ou stupéfiantes qu’avec réserve, vu les dangers qui résulteraient de leur action toxique, s’oppose à ce qu’on puisse retirer de ces médications tous les avantages que l’on aurait droit d’en attendre. Au reste, nous croyons qu’on aurait tort d’attacher à quelques-uns de leurs agents une spécificité absolue.
Les sédatifs, les stupéfiants et les narcotiques deviennent des auxiliaires puissants des autres médications. Combinés avec le traitement débilitant, et notammentavec la diète, on peut compter sur de prompts et heureux résultats.
Unis aux résolutifs proprement dits, ils en favorisent aussi les effets en contre- balançant ou empêchant l’action irritante des médicaments qui les composent , action qui pourrait mettre obstacle à l’accomplissement des résultats heureux qu’ils promettent. Ainsi on unit avec succès les extraits de ciguë, d’aconit, d’opium, etc., au calomélas, aux préparations d iode, à l’émétique, aux savons alcalins.
Enfin ces médications conviennent spécialement dans les cas de prédominance des symptômes nerveux, comme lorsqu’il existe des douleurs violentes ou très-aiguës , de l’insomnie, des spasmes ou des convulsions, etc.
5° Enfin les médications résolutives ou fondantes proprement dites, ne sont applicables, avec succès, que lorsqu’après un emploi raisonné des moyens appartenant aux deux indications qui précèdent, il ne reste plus qu’à éveiller ou à activer, d’une manière plus directe ou plus spéciale , la faculté absorbante des tissus, siège de l’altération. Auparavant, ces médications seraient inefficaces ou même préjudiciables.
HEMORRAGIES .
Nous ne nous occuperons ici que des hémorragies de l’utérus qui ont lieu en dehors de la grossesse et de la délivrance, et qui ne sont pas du ressort du médecin accoucheur.
Doit -on admettre des hémorragies utérines essentielles? S’il en existe, elles sont fort rares, et l’on doit admettre que la métrorragie est à la matrice ce que l’hémoptysie est aux poumons. Ce dernier accident est presque toujours lié à une altération organique des poumons, comme la perte utérine est aussi presque toujours un symptôme de quelque lésion grave de l’utérus.
La métrorragie peut survenir chez les femmes réglées ou qui ont cessé de l’être ; ce dernier cas est le plus commun.
Les causes sont variables. C’est tantôt un polype qui occasionne les pertes, d’autres fois c’est une inflammation légère ou grave du corps ou du col utérin , des érosions légères de cette partie, quelquefois une inflammation du vagin , ou enfin toute autre cause d’irritation, siégeant dans le bassin , et appelant le sang vers les viscères de cette cavité.
Les symptômes des hémorragies de l’uté- . rus sont : l’affaiblissement progessif , la pâleur du teint, la chlorose si l’hémorragie persiste; on remarque que des palpitations de cœur surviennent à mesure que l’écoulement du sang est plus abondant.
Traitement. Quand l’hémorragie n’est pas ancienne, et qu’elle ne se lie pas encore à une affection organique grave, on pratiquera une saignée d’une ou deux palettes au plus. Souvent, sous son influence, on voit les forces renaître. La femme devra en même temps garder la diète et suivre un régime diététique en rapport avec ses forces. Elle devra prendre pour boissons la décoction de grande consoude édulcorée avec le sirop de même nom. Après une nouvelle saignée pratiquée le lendemain, on fera des applications réfrigérantes et astringentes, et enfin, si l’hémorragie est considérable, on pratiquera le tamponnement.
Quand l’hémorragie utérine est ancienne, il faut prescrire tous les moyens qui tendent à modifier la constitution de la malade, tels que l’exercice , un régime tantôt tonique et substantiel, tantôt végétal et peu abondant, des boissons émollientes ou astringentes, et surtout de temps en temps de petites saignées révulsives : tels sont les moyens généraux qu’il faut employer, quelquefois pendant longtemps , avant d’arriver aux moyens locaux.
Si l’hémorragie est liée à une affection grave de l’utérus , les moyens alors qui tendraient à l’arrêter sont souvent funestes. Il vaut mieux ne pas chercher à la supprimer, car il semble que c’est un moyen qu’emploie la nature pour diminuer l’engorgement de l’organe : il arrive en effet très-souvent que desdouleursalroces cessent ousont diminuées quand l’hémorragie a lieu.
Dans les hémorragies très- abondantes et comme foudroyantes , outre la saignée révulsive, il faut alors mettre en usage les moyens locaux les plus prompts à agir, les injections froides et astringentes et le tamponnement.