‹ Cours de pathologie interneChapitre 37 sur 232 · BOULIMIE · texte numérisé non relu

BOULIMIE

L’augmentation de la faim, ou la boulimie „ j se rencontre quelquefois dans la gastrite chronique, mais souvent elle ne peut lui être rapportée. On l’observe surtout pendant un accroissement très-rapide, au moment de la puberté. On dirait qu’il y a alors stagnation dans le mouvement nutritif, à cause du nouveau travail fonctionnel qui s’établit. On la remarque fréquemment dans les convalescences et pendant la grossesse. Chez certains individus, elle constitue une véritable maladie; sans cesse tourmentés par une faim insatiable (t), ils sont insupportables aux autres et à eux-mêmes. On a prétendu que, chez ces individus, l’estomac était plus volumineux. Je crois qu’on a pris l’effet pour la cause, et que si, chez les personnes qui mangent beaucoup, l’estomac est plus ample , c’est précisément parce qu’elles y ingèrent une très-grande quantité d’aliments. Dans un cas de voracité extrême, le canal alimentaire était plus court que dans l’état normal. Dans un autre cas le canal chlolédoque venait s’ouvrir dans l’estomac; mais on ne peut rien conclure de ces observations isolées. On a cru que la boulimie pouvait, dans quelques cas, dépendre d’une sécrétion trop abondante de suc gastrique , et l’on a tenté de la faire cesser en adminis-

(î) J’en ai vu un exempte bien remarquable"sur un de mes camarades du collège, qui dévorait à lui seul le dîner destiné à huit personnes, et qui cachait dans son lit, des quantités énormes de pain qu’il mangeait pendant la nuit.

POLYDIPSIE.

trant de l’opium ou quelques substances inertes, comme la magnésie.

L’abolition complète de la faim, ou V anorexie , peut être le résultat d’une gastrite aiguë ou chronique; elle a lieu aussi dans presque toutes les affections des différents organes. TJne émotion morale vive, les chagrins , une forte tension intellectuelle , une fatigue musculaire excessive abolissent la faim, et dans ces cas là, on ne peut pas dire qu’il y ait gastrite.

La perversion de la faim ou le pica , peut aussi être liée à une gastrite aiguë ou chronique ; mais il y a des cas où elle est le résultat d’une névrpse gastrique, comme chez les femmes enceintes, chez quelques femmes stériles ou hystériques, chez certains enfants.

2fi Espèce. Altérations du sentiment de la soif.

POLYDIPSIE.

Elle peut tenir au diabètes, ou provenir de pertes abondantes par les sueurs. Rarement elle coïncide avec les affections des séreuses, elle se lie fréquemment au contraire aux sécrétions glandulaires anormales. Mais dans certains cas elle est idiopathique, comme on l’observe chez certaines femmes hystériques. Je ne connais pas d’exemple de cessation de la soif. Rien n’est , au reste , plus variable que la quantité de liquide que peuvent rendre tels ou tels individus. On observe quelquefois la perversion de la soif chez certaines filles chlorotiques, qui boivent avec délices du vinaigre et autres boissons acides.

2^ Genre. États morbides ou altérations de l’acte par lequel l’aliment est chylifié. Il y a plusieurs autres espèces de dyspepsies, chacune ayant des causes diverses , et demandant des traitements différents. On peut admettre une dyspepsie par inflammation, une dyspepsie par asthénie, une dyspepsie par modification de la sécrétion du suc gastrique, une dyspepsie par modification de l’innervation, et enfin une dyspepsie par modification du sang. Passons-les rapidement en revue.

La dyspepsiepar inflammation, estun symptôme de la gastrite aiguë ou chronique. C’est dans ce cas là seulement que ce désordre fonctionnel est accompagné de lésions organiques.

La dyspepsie, par asthénie, peut survenir à la suite de jeûnes trop longtemps prolongés; à la suited’une diète mucilagineuse ou lactée, dans les convalescences des maladies de longue durée. Quelquefois elle reconnaît pour cause des excès vénériens. C’estau traitement que l’on reconnaît , dans certains cas, si la dyspepsie est liée à une inflammation d’estomac , ou si elle dépend de l’asthénie de cet organe, car les symptômes sont ordinairement négatifs, ou se rapprochent de ceux de la gastrite chronique. Ainsi la langue ne pré-

sente aucune rougeur; il y a absence de soif. Au lieu de douleur, le malade peut ressentir une espèce de pesanteur à l’épigastre. Les digestions sont accompagnées d’un grand développement de gaz. Il est bon de faire remarquer que , quoiqu’il y ait asthénie , le pouls peut avoir une certaine fréquence. Le traitement de cette affection est , comme nous l’avons déjà dit, la pierre de touche qui indique sa nature. Les antiphlogistiques, dans la plupart des cas, n’apportent aucune modification à cette maladie, qu’on guérit, le plus ordinairement, par les toniques et les amers, comme le quinquina, le jus de viandes , le vin vieux coupé avec de l’eau, etc. Si, dans la plupart des cas, la dyspepsie n’est qu’un symptôme de la gastrite, il faut se souvenir néanmoins qu’elle peut être idiopathique, qu’elle peut présenter quelque chose de particulier, qui demande un traitement opposé à celui de la gastrite.

La dyspepsie par modificationdes sécrétions gastriques, ne doit être admise que par hypothèse. Si l’état normal de la digestion est dû à une certaine quantité et à une certaine qualité du sucgastrique ; si cette qualité ou cette quantité viennentà être modifiées, en plus ou en moins, soit par une cause inflammatoire, soit sans cause appréciable, l’éta t normal de la digestion sera nécessairement troublé, et dans le cas où cette modification ne sera pas causée par l’inflammation , elle nécessitera un traitement particulier. C’est ce qui arrive dans ces affections légères désignées sous le nom d’embarras gastrique. Ces affections se traduisent par la sensation d’un poids énorme dans l’estomac , par des rapports d’une odeur désagréable, par des alternatives de constipation et de diarrhée. La langue est large, sans rougeur, mais recouverte d’un enduit plus ou moins sale ; la bouche est pâteuse et amère ; les malades ont des nausées suivies de vomissement. Ils éprouvent en même temps des symptômes généraux : céphalalgie sus- orbitaire, malaise général, brisure des membres, découragement , tristesse , prostration des forces. Chacun de ces symptômes isolés peut appartenir à la gastrite aiguë ou chronique; mais c’est à leur ensemble qu’on a donné le nom d’embarras gastrique, et c’est lui qui caractérise une affection tout à fait indépendante de l’inflammation de l’estomac, et qui exige un traitement particulier. Ici au lieu de l’eau de gomme et de poulet, vous administrez avec le plus grand avantage des limonades et des boissons acidulés. Vous vous trouverez surtout admirablement bien de provoquer le vomissement au moyen de deux grains de tarlre-stibié. La fièvre même , dans ces cas , n’est pas une contre-indication au vomitif; vous verrez souvent la guérison s’opérer dans les vingt-quatre heures sous l’influence de ce médicament.

54 MALADIES DE L’APPAREIL DE LA DIGESTION

La dyspepsie , par modification du sang, reconnaît plusieurs causes. On rencontre des individus qui, après avoir été beaucoup saignés pendant le cours d’une maladie, éprouvent, à la suite , des digestions pénibles , tandis qu’auparavant , cette fonction s’exécutait très-bien. Il y a quelques années , que dans un pensionnat de Paris, on voulût contraindre les jeunes demoiselles à se faire religieuses ; on n’avait pas trouvé de moyen plus efficace de modifier les idées et les penchants de ces jeunes filles , qu’en les saignant abondamment. J’eus occasion de voir une de ces demoiselles chez qui l’appétit était entièrement perdu; elle était réduite à un état déplorable d’épuisement que l’on ne parvint à faire cesser qu’ensuivant avec beaucoup de ménagement, un régime tonique. C’est par une modification du sang, que surviennent quelquefois les dyspepsies chez des personnes qui ont une abondante sécrétion, chez les nourrices, par exemple. La sécrétion vient-elle à diminuer, les fonctions digestives s’améliorent. Il n’est pas rare de voir les digestions troublées chez les malades affectés de bronchite chronique. Ce n’est pas qu’ici il y ait réaction inflammatoire des bronches vers l’estomac; la dyspepsie est due à un état de gêne ou à un état anormal de l’hématose.

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